La Wallonie relève la tête, malgré des handicaps

Pascal Lorent, « Le Soir », 26 avril 2014

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Comment se porte la Wallonie, après cinq années sous l’Olivier (PS-CDH-Ecolo) ? Et quasi autant exposée aux vents de la crise économique. Le redressement économique tant attendu est-il en marche ?

Répondre par l’affirmative serait présomptueux, comme en témoignent les principaux indicateurs. Certes le plan Marshall et sa suite « 2.Vert) ont permis à la Région d’identifier ses secteurs stratégiques et d’y développer des projets innovants qui, demain, permettront peut-être de créer cette valeur ajoutée dont manque tant son PIB. Mais la dette, revue et alourdie, pourrait limiter les moyens pour financer sa poursuite, le « Marshall 2022 ».

Or le sud du pays reste tourné vers une vieille industrie qui pâtit du ralentissement de la consommation en Europe de l’Ouest. Et comme l’export wallon reste en grande partie vers les pays voisins, cela expliquez la fonte de l’excédent commercial. Seule, la pétrochimie, le secteur pharmaceutique et l’agroalimentaire (avec AB InBev, notamment) font exception. Pour le reste, le tissu économique reste dominé par les PME.

L’emploi est un autre point faible de la Wallonie. Le taux de chômage entre 2009 et 2013 est resté constant. Et plus de la moitié des demandeurs d’emploi wallons affichent actuellement plus d’un an de chômage. Avec, souvent, une qualification trop faible ou impossible à valoriser sur le marché de l’emploi.

Une situation que les restructurations en cours vont encore aggraver : en effet, un sidérurgiste ou un verrier présente des compétences difficiles à transférer dans un autre secteur. Le risque est grand dès lors de voir s’allonger les files des chômeurs de longue durée et des bénéficiaires de l’aide sociale, qui n’ont cessé de grossir au cours des ans, nourrissant un sentiment collectif de découragement. Peut-être faut-il y voir une des causes des performances moindres de l’enseignement primaire et secondaire francophone.

Tout n’est pas noir pour autant. La réserve de main-d’œuvre, à former, constitue un avantage par rapport à la Flandre (où de plus en plus de Wallons travaillent). Car les performances de l’enseignement supérieur francophone garantissent aux investisseurs des têtes bien pleines. Sentiment que confortent les performances de nos chercheurs. Et après des années de frilosité, le Wallon semble réconcilié avec l’esprit d’entreprendre, même s’il trahit parfois certaines lacunes en matière de gestion.

La situation de la région, entre les géants français et allemand et l’opulent Luxembourg, constitue un atout. Les terrains disponibles pour l’activité économique aussi, à côté d’une Région-capitale et d’une Flandre à l’étroit sur leurs territoires. Bref, avec sa jeunesse et ses hectares, la Wallonie complète le puzzle économique belge. Une force dont elle tire encore trop peu profit.

Les indicateurs

Chômage

Le taux de chômage était de 16,2% en 2009 et de 16,1% au terme de 2013. Le nombre de demandeurs d’emploi inoccupés est resté stable malgré la crise : 250.096. Dont 43.854 qui comptent d’un à deux ans de chômage et 93.191 qui ont dépassé le cap des 24 mois d’activité. Consolation : les Wallons sont désormais plus de 50.000 à travailler en Flandre.

PIB

Quand, en 2010, le PIB wallon avait atteint 84,5 milliards d’euros, c’était au terme d’une croissance annuelle de 3%. Pour 2014, les prévisions l’annoncent à 86,085 milliards (+1,6%).

Entreprises

La Wallonie compte près de 73.000 entreprises. Majoritairement, des PME : elles représentent 99,6% des entreprises et 79,2% de l’emploi salarié wallon.

Dette

Elle est passée de 4,748 milliards en 2009 à 6,2 milliards avant sa requalification par la Cour des Comptes, en janvier. Elle est désormais à 11,237 milliards.