Eurostat donne raison à Antoine

Martial Dumont, « Vers l’Avenir », 24 avril 2014

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Les derniers chiffres de l’Institut des comptes nationaux évaluaient la dette wallonne à plus de 12 milliards. Presque le double de celle annoncée il y a quelques mois par le ministre du Budget André Antoine.

Du coup, polémique: l’opposition MR estime qu’il y a une dette cachée. André Antoine, lui, explique que ce sont les nouvelles règles comptables de l’Europe intégrant le financement alternatif qui sont responsables. Mais que, sur le fond, cela ne change rien.

«J’ai fait des erreurs de communication, je n’ai peut-être pas eu le talent d’expliquer» estime André Antoine. «Mais la thèse du MR qui dit que la dette a doublé en 5 ans, c’est une supercherie».

Une dette d’investissement

Eurostat vient de donner raison à sa vision de la dette: si la dette publique belge a augmenté pour atteindre 101,5% du PIB, c’est parce qu’il y a eu récemment«l’intégration d’unités dans le secteur des administrations publiques». En fait, les nouvelles règles comptables ne devaient entrer en vigueur qu’en septembre 2014. Mais, dans les faits, la nouvelle donne est déjà d’actualité.

«Désormais, la dette n’est plus seulement liée à un déficit mais également aux investissements» explique André Antoine. «En clair, quand la Région subventionne des outils économiques, des communes, des OIP, ça devient une dette».

Du coup, des investissements réalisés par la Wallonie il y a parfois plus de 15 ans sont aujourd’hui intégrés dans sa dette.

«C’est le cas par exemple des aides aux grandes villes, du plan d’investissement de rénovation au logement, des subsides aux aéroports pour insonoriser les maisons des riverains ou encore de toutes les subventions aux outils économiques qui aident nos entreprises».

Déjà dans le budget

Pour le ministre CDH, donc, Eurostat vient confirmer ses dires.

Question: est-ce grave? Selon Antoine, sur le plan budgétaire, ça ne change rien.

«Les banques nous font confiance en nous prêtant à un taux historiquement bas, l’agence de notation Moody’s a changé la note de la Wallonie en mars en faisait passer notre perspective de négative à stable. Mais surtout: tout ce qui est désormais intégré à la dette figure déjà dans le budget. Ça n’aura donc aucun impact sur le citoyen».

En revanche, André Antoine est inquiet quant à l’avenir du financement alternatif.

«Les nouvelles règles nous imposent d’amortir nos investissements dans l’année de la décision. C’est comme si on devait payer une maison cash. Et puis, le financement alternatif aura désormais beaucoup moins d’intérêt. D’autant que même si les outils utilisés sont majoritairement indépendants, leur dette d’investissements sera désormais comptabilisée… dans la dette de la Région. C’est interpellant sur l’indépendance qu’on va devoir donner à des outils… que nous avons créés.»

Dernière précision: l’intégration des dettes d’investissements du financement alternatif ne concerne pas que la Wallonie: la Flandre, Bruxelles et le Fédéral ont également vu certains investissements alternatifs requalifiés. Et intégrés à leurs dettes respectives.

Ce qui, in fine, a aussi contribué a augmenté la dette globale de la Belgique.