L’ombre de la Wallonie affairiste

Eric Deffet, « Le Soir », 14 avril 2014

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Nous ne pensions pas si bien dire en dénonçant, ici même jeudi dernier, « la course folle de l’Olivier » en cette fin de législature et même « une chasse au résultat qui fait peine à voir ». Ce jour-là, les cabinets PS, CDH et Ecolo se réunissaient jusqu’au milieu de la nuit pour accoucher en extrême urgence d’amendements substantiels au décret « Electricité » de Jean-Marc Nollet. Le lendemain, dans un ordre du jour kilométrique, des parlementaires de la majorité déposaient ces textes à la sauvette, en violation de tous les usages, ce qui suffisait à mettre le feu à une journée qui n’en demandait pas tant.

L’avenir du pays ou de la Wallonie était-il en jeu pour que ce gouvernement en fin de partie bafoue ainsi le parlement ? Oui, le parlement et pas uniquement l’opposition MR : les amendements en question ont été escamotés du débat en séance plénière, aucun élu de la majorité n’a répliqué sur le fond à l’analyse des libéraux.

Tout indique en réalité que l’urgence valait avant tout pour Tecteo pressé de déployer ses puissantes ailes dans la distribution d’énergie. Si rien ne permet d’affirmer que le groupe liégeois a formellement « dicté » ses exigences au gouvernement, il apparaît clairement qu’il est bien le principal bénéficiaire de cette manœuvre de fin de législature.

Le projet de décret amendé en commission fixait un cadre et prévoyait que le gouvernement en précise les contours exacts ultérieurement. Le décret adopté vendredi intègre ces contours à la hussarde et ouvre la porte à la présence de personnes morales de droit privé dans le secteur de la distribution d’électricité.

Ni vu ni connu, pour ainsi dire : la démocratie parlementaire fait peine à voir quand elle est ainsi foulée du pied par des intérêts partisans qui rappellent les heures les plus noires de la Wallonie affairiste.

Rien d’illégal bien sûr dans ce coup de force de la majorité régionale. Mais il faut déplorer que le débat sur un décret de grande envergure, qui engrange des progrès sensibles dans bien des domaines et règle des questions stratégiques pour le développement de la Wallonie, tourne en eau de boudin et ridiculise la représentation démocratique.

Ajoutons un dernier point qui porte à réfléchir : l’Olivier a fait barrage à la demande de l’opposition de soumettre les textes en urgence au Conseil d’Etat. C’était jouable, malgré le calendrier : la Fédération Wallonie-Bruxelles vient d’agir de la sorte pour un décret sur l’enseignement.

Et si l’insécurité juridique planant sur ces amendements était le pire ennemi de Tecteo ? Rédigés dans l’urgence, à peine abordés par les députés, ne bénéficiant pas d’un regard extérieur souvent utile, ils deviennent peut-être le talon d’Achille du décret Nollet.