Archives mensuelles : avril 2014

Des PME wallonnes trop petites et mal capitalisées

Jean-François Munster, « Le Soir », 29 avril 2014

2014-04-29_194056Jamais on n’a autant parlé des PME que durant cette campagne électorale. L’idée que le redressement de la Wallonie passera par celles-ci semble faire aujourd’hui l’objet d’un large consensus au sein des partis. A quelques semaines des élections, l’Union wallonne des entreprises a cherché à savoir quelles étaient les performances de ces PME et surtout pourquoi celles-ci étaient à la traîne par rapport à la Flandre. Elle a commandité à la société de consultance EY une étude qui porte sur les comptes de 10.000 PME wallonnes et 30.000 flamandes d’au moins trois personnes.

Le constat de départ est sévère et donne une idée du chemin à parcourir : les PME wallonnes ont produit une valeur ajoutée cumulée de 5.513 euros par habitant contre 10.215 euros du côté flamand, soit 85% de plus. Comment expliquer un tel écart ?

Philippe Pire, associé chez EY pointe une première explication : la taille. Les PME wallonnes sont plus petites que leurs homologues flamandes. Elles ont généré en 2012 en moyenne 1,4 million d’euros de valeur ajoutée contre 1,8 de l’autre côté de la frontière linguistique. Cet écart de taille s’explique en partie par la jeunesse relative des entreprises wallonnes. Alors que le tissu flamand de PME s’est développé dès les années 50, notamment grâce à la sous-traitance automobile, il a fallu attendre les années 70 pour assister à un mouvement similaire au sud du pays.

Les PME wallonnes résorbent-elles leur retard ? Oui, mais à petits pas. Leur taux de croissance est à peine plus élevé que celui des entreprises flamandes (5,15% contre 4,95%). Autre point positif, cette croissance se traduit dans une création d’emplois nettement plus forte : +15% sur la période 2006-2012 (28.000) contre +9% en Flandre. Les secteurs de la construction et des services aux entreprises et aux personnes ont connu la plus forte progression.

Deuxième explication : la densité du tissu de PME, beaucoup moins forte au sud du pays. Alors qu’en Flandre, on dénombre 487 PME par 100.000 habitants, on en est à 324 en Wallonie. Le Brabant wallon affiche la plus forte densité de PME.

Cette plus faible densité trouve son origine dans un taux de création de nouvelles entreprises plus faible et dans un taux de disparition plus élevé. La Wallonie a créé 69 PME par 100.000 habitants entre 2006 et 2012 contre 87 en Flandre, soit 24% de moins. Elle est néanmoins sur la bonne voie, note Philippe Pire, puisque ce fossé ne cesse de se réduire (53% en 1970, 31% en 1990).

Les PME wallonnes sont aussi plus fragiles. La part des entreprises en faillite, en réorganisation judiciaire ou en cessation de paiement était de 6,3% en 2013 contre 3,9% en Flandre. Cette fragilité n’est pas due à un problème de performances – PME wallonnes et flamandes affichent les mêmes marges opérationnelles – mais bien à leur structure financière. Elles ont moins de financement à long terme à leur disposition (fonds propres, prêts long terme) et doivent davantage aller chercher du financement alternatif, allonger les délais de paiement des fournisseurs… En moyenne, le financement long terme représentait 34,3% de la valeur ajoutée des PME wallonnes contre 52,6% en Flandre.

Cette structure financière plus faible pèse sur les investissements à réaliser et donc sur le futur de ces entreprises. L’étude d’EY montre que lors de la crise de 2009, le taux d’investissement des PME a décroché de façon plus prononcée au sud (-60%) alors que jusqu’ici les deux Régions se situaient à des niveaux voisins. Pour Philippe Pire, il est clair que la faiblesse de la capitalisation des PME wallonnes a rendu l’accès aux sources de financement (actionnaires, banques…) plus difficile.

Guiseppe Pagano «Nous créons trop peu de valeur ajoutée»

Interview réalisée par Pascal Lorent (« Le Soir », 26 avril 2014)

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Spécialiste de l’économie wallonne, expert consulté par le Gouvernement wallon, Guiseppe Pagano est Vice-Recteur de l’Université de Mons.

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Quel est l’état de la Wallonie ?

En 2014, elle va mieux mais cela ne veut pas dire qu’elle va bien. Depuis 1997, l’écart de PIB entre la Flandre et la Wallonie s’est stabilisé. On est encore loin d’une situation favorable et de la moyenne belge. Je pars souvent d’une notion simple : le revenu disponible par habitant. En moyenne, le Wallon a environ 90% de ce qu’a en poche le Belge. Pourquoi ? Pas à cause d’une solidarité insuffisante de la Flandre car sans elle, nous serions à 87% du revenu moyen. La raison, c’est notre PIB, qui représente 74% de la moyenne nationale. Mais comme il y a des Wallons –  et de plus en plus – qui travaillent et vont chercher un revenu en dehors de la Wallonie, le revenu moyen remonte.

Comment expliquer cette faiblesse du PIB ?

Les filières que nous développons, ne créent pas assez de valeur ajoutée. Notre incapacité à produire de la richesse en Wallonie est notre principal problème. Cela va un peu mieux grâce aux Pôles de compétitivité, où sont enregistrés les progrès les plus significatifs.

Que faut-il désormais pour prolonger le Plan Marshall ?

L’étape suivante doit surtout rencontrer deux objectifs. Nous avons trop peu d’entreprises car, si nous en créons autant que les Flamands, trop d’entre elles disparaissent dans les cinq ans. Beaucoup d’entre elles démarrent avec trop peu de fonds propres et empruntent le reste. De plus, elles sont trop petites et produisent trop peu de valeur ajoutée. C’est ça, le mal wallon. Le faible taux d’emploi (84% de la moyenne nationale) s’explique par le trop faible nombre d’entreprises. C’est pourquoi le Wallon doit aller chercher de l’emploi ailleurs.

Ne pâtit-on pas aussi des effets du chômage de longue durée ?

Tout à fait. Les problèmes engendrent les problèmes. Ce chômage permanent depuis 1974 a créé un manque de confiance dans la population. Et avec cette inactivité prolongée, les gens perdent leur qualification. Cela représente 15% de la population active. C’est énorme. Une partie de ces personnes sortent de l’école et ne demandent pas mieux que de travailler. Ils constituent aussi une réserve de main-d’œuvre disponible que l’on peut, pour partie, former très vite. C’est un atout par rapport à la Flandre.

Malgré des poches d’innovation, la désindustrialisation semble se poursuivre…

C’est vrai. Mais gardons bien la mesure du phénomène que connaît aussi la Flandre. Caterpillar, Duferco ou AGC, c’est wallon. Mais la Flandre, elle, a perdu pratiquement tout son secteur automobile en quelques années. C’est un phénomène général qui concerne toute l’Europe à l’exception de l’Allemagne. C’est lié aux coûts salariaux, un problème plus aigu en Wallonie en raison de la faible productivité. Il faudra donc réduire les coûts salariaux tout en maintenant la solidarité. Cela passe sans doute par une hausse de la TVA.

Cela suppose de transférer ce coût des entreprises vers les ménages, d’affaiblir la demande…

Oui. Mais il faudra faire des choix. On risque bien sûr de faire baisser la demande intérieure. Mais comme nous sommes une économie ouverte, une partie de la baisse de la consommation pèsera sur les importations. On peut aussi taxer les revenus de l’épargne. Ou lier le bénéfice des intérêts notionnels au maintien ou à la création d’emplois. Ce serait cohérent. Et la diminution du coût salarial pourra être réinvestie par les entreprises au profit de l’emploi, même si le risque existe que l’excédent brut serve à augmenter les dividendes versés aux actionnaires.

La Wallonie relève la tête, malgré des handicaps

Pascal Lorent, « Le Soir », 26 avril 2014

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Comment se porte la Wallonie, après cinq années sous l’Olivier (PS-CDH-Ecolo) ? Et quasi autant exposée aux vents de la crise économique. Le redressement économique tant attendu est-il en marche ?

Répondre par l’affirmative serait présomptueux, comme en témoignent les principaux indicateurs. Certes le plan Marshall et sa suite « 2.Vert) ont permis à la Région d’identifier ses secteurs stratégiques et d’y développer des projets innovants qui, demain, permettront peut-être de créer cette valeur ajoutée dont manque tant son PIB. Mais la dette, revue et alourdie, pourrait limiter les moyens pour financer sa poursuite, le « Marshall 2022 ».

Or le sud du pays reste tourné vers une vieille industrie qui pâtit du ralentissement de la consommation en Europe de l’Ouest. Et comme l’export wallon reste en grande partie vers les pays voisins, cela expliquez la fonte de l’excédent commercial. Seule, la pétrochimie, le secteur pharmaceutique et l’agroalimentaire (avec AB InBev, notamment) font exception. Pour le reste, le tissu économique reste dominé par les PME.

L’emploi est un autre point faible de la Wallonie. Le taux de chômage entre 2009 et 2013 est resté constant. Et plus de la moitié des demandeurs d’emploi wallons affichent actuellement plus d’un an de chômage. Avec, souvent, une qualification trop faible ou impossible à valoriser sur le marché de l’emploi.

Une situation que les restructurations en cours vont encore aggraver : en effet, un sidérurgiste ou un verrier présente des compétences difficiles à transférer dans un autre secteur. Le risque est grand dès lors de voir s’allonger les files des chômeurs de longue durée et des bénéficiaires de l’aide sociale, qui n’ont cessé de grossir au cours des ans, nourrissant un sentiment collectif de découragement. Peut-être faut-il y voir une des causes des performances moindres de l’enseignement primaire et secondaire francophone.

Tout n’est pas noir pour autant. La réserve de main-d’œuvre, à former, constitue un avantage par rapport à la Flandre (où de plus en plus de Wallons travaillent). Car les performances de l’enseignement supérieur francophone garantissent aux investisseurs des têtes bien pleines. Sentiment que confortent les performances de nos chercheurs. Et après des années de frilosité, le Wallon semble réconcilié avec l’esprit d’entreprendre, même s’il trahit parfois certaines lacunes en matière de gestion.

La situation de la région, entre les géants français et allemand et l’opulent Luxembourg, constitue un atout. Les terrains disponibles pour l’activité économique aussi, à côté d’une Région-capitale et d’une Flandre à l’étroit sur leurs territoires. Bref, avec sa jeunesse et ses hectares, la Wallonie complète le puzzle économique belge. Une force dont elle tire encore trop peu profit.

Les indicateurs

Chômage

Le taux de chômage était de 16,2% en 2009 et de 16,1% au terme de 2013. Le nombre de demandeurs d’emploi inoccupés est resté stable malgré la crise : 250.096. Dont 43.854 qui comptent d’un à deux ans de chômage et 93.191 qui ont dépassé le cap des 24 mois d’activité. Consolation : les Wallons sont désormais plus de 50.000 à travailler en Flandre.

PIB

Quand, en 2010, le PIB wallon avait atteint 84,5 milliards d’euros, c’était au terme d’une croissance annuelle de 3%. Pour 2014, les prévisions l’annoncent à 86,085 milliards (+1,6%).

Entreprises

La Wallonie compte près de 73.000 entreprises. Majoritairement, des PME : elles représentent 99,6% des entreprises et 79,2% de l’emploi salarié wallon.

Dette

Elle est passée de 4,748 milliards en 2009 à 6,2 milliards avant sa requalification par la Cour des Comptes, en janvier. Elle est désormais à 11,237 milliards.

«Il faut rendre la Wallonie sexy»

Paul Gérard, « Le Vif », 25 avril 2014

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Patron du groupe Sonaca, Bernard Delvaux a de grosses ambitions pour l’économie wallonne.  Il en appelle à une vraie politique industrielle et à des réformes en profondeur. Ce qui suppose d’élever le débat et de faire sauter quelques tabous entre partenaires sociaux.

Quand il n’est pas quelque part dans le monde au nom de la Sonaca, l’équipementier aéronautique basé à Gosselies et dont les bords d’attaques équipent les ailes de nombreux avions, Bernard Delvaux décortique l’économie wallonne et consulte tous azimuts pour faire avancer un ambitieux projet de réindustralisation du pays. Celui qui se définit comme un transformateur d’entreprises éprouve « un fort sentiment d’urgence ».

Le Vif/L’Express : Que pensez-vous de l’état économique de la Wallonie ?

Bernard Delvaux : Toute une série d’initiatives très positives ont été prises ces dernières années par la Région wallonne. Je pense en particulier au plan Marshall et aux pôles de compétitivité. Je le vois dans mon secteur, l’aéronautique. Cette logique de pôles génère une dynamique indéniable en mettant ensemble les universités, les grandes entreprises et les plus petites, cela fixe des priorités avec des moyens pour la recherche et développement, des mécanismes intéressants comme les avances remboursables ou les réductions de charges pour les chercheurs, avec un vrai support de l’administration et du politique wallons. Donc il y a du bon, il faut le dire et il faut que cela continue.

Mais…

Mais il y a aussi des points inquiétants. Je suis préoccupé par l’évolution de l’industrie en Wallonie. C’est important parce que c’est l’industrie qui génère les exportations, c’est là que se situe la richesse d’un pays : un pays qui exporte plus qu’il n’importe s’enrichit, un pays qui importe plus qu’il n’exporte s’appauvrit. Or, en Wallonie comme en Belgique, l’industrie exportatrice prend de moins en moins de place dans notre économie, ce n’est pas bon. Pendant tout un temps, on a cru que les services allaient remplacer l’industrie. Aujourd’hui, on se rend compte que les services ne peuvent pas remplacer l’industrie dans son rôle central pour une économie, que ce soit en matière d’exportations mais aussi en termes d’impact social : là où elle est présente, l’industrie crée de la cohésion sociale par l’emploi qu’elle génère, notamment auprès des personnes peu qualifiées. Or, qu’observe-t-on chez nous ? Des industries réduisent la voilure, d’autres disparaissent ou délocalisent et très peu s’y installent.

Il faut inverser la vapeur ?

Regardez les Etats-Unis, ils redéployent massivement leur industrie et font tout ce qu’ils peuvent pour faire réimplanter un maximum d’entreprises manufacturières sur leur sol. Je ne compte plus les gouverneurs américains qui me contactent pour voir comment ils peuvent aider la Sonaca à s’implanter dans leur Etat, ils viennent avec toute une batterie d’aides possibles. Il faut faire la même chose chez nous : attirer les investisseurs industriels. Il faut rendre la Wallonie sexy. Je sais que c’est une façon un peu bizarre d’en parler mais je crois vraiment que c’est l’enjeu : comment faire de la Wallonie et de la Belgique un bon coup ? Il s’agit d’améliorer notre compétitivité industrielle et donc notre attractivité auprès des investisseurs industriels. C’est l’enjeu principal de la prochaine législature.

Et que préconisez-vous ?

D’abord, le coût du travail est un vrai problème. On dira : et voilà, il nous ressort l’éternel refrain patronal mais cela n’en est pas moins vrai. La réalité, c’est que la Belgique a un des coûts horaires les plus élevés d’Europe. Pendant tout un temps, cela a été compensé par une productivité plus élevée elle aussi mais, c’est de moins en moins vrai. La solution, ce n’est pas de ramener les salaires belges au niveau des salaires chinois, le salaire net ne doit pas baisser. Mais il faut parvenir à réduire les charges sociales de façon très significative, je propose 20%, non pas unilatéralement mais de façon ciblée sur les entreprises exportatrices et en concurrence avec l’international. Ce faisant, on se donne quelques années pour maintenir les emplois industriels existants et en attirer d’autres.

L’Etat peut-il se le permettre ?

Il faut compenser ce non-perçu par l’Etat, de l’ordre de 7 à 8 milliards d’euros par an, par toute une série d’actions dans d’autres domaines. Par exemple, on peut revoir les aides à l’emploi qui, quand on additionne les mesures fédérales et régionales, représentent 11 milliards d’euros par an. On peut aussi revoir l’impôt des sociétés. Par exemple, imaginer d’autres systèmes que les intérêts notionnels, et lier les exonérations à l’emploi créé, à l’investissement en infrastructures ou en recherche. Cela serait plus utile pour l’Etat et pour tout le monde.

Eurostat donne raison à Antoine

Martial Dumont, « Vers l’Avenir », 24 avril 2014

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Les derniers chiffres de l’Institut des comptes nationaux évaluaient la dette wallonne à plus de 12 milliards. Presque le double de celle annoncée il y a quelques mois par le ministre du Budget André Antoine.

Du coup, polémique: l’opposition MR estime qu’il y a une dette cachée. André Antoine, lui, explique que ce sont les nouvelles règles comptables de l’Europe intégrant le financement alternatif qui sont responsables. Mais que, sur le fond, cela ne change rien.

«J’ai fait des erreurs de communication, je n’ai peut-être pas eu le talent d’expliquer» estime André Antoine. «Mais la thèse du MR qui dit que la dette a doublé en 5 ans, c’est une supercherie».

Une dette d’investissement

Eurostat vient de donner raison à sa vision de la dette: si la dette publique belge a augmenté pour atteindre 101,5% du PIB, c’est parce qu’il y a eu récemment«l’intégration d’unités dans le secteur des administrations publiques». En fait, les nouvelles règles comptables ne devaient entrer en vigueur qu’en septembre 2014. Mais, dans les faits, la nouvelle donne est déjà d’actualité.

«Désormais, la dette n’est plus seulement liée à un déficit mais également aux investissements» explique André Antoine. «En clair, quand la Région subventionne des outils économiques, des communes, des OIP, ça devient une dette».

Du coup, des investissements réalisés par la Wallonie il y a parfois plus de 15 ans sont aujourd’hui intégrés dans sa dette.

«C’est le cas par exemple des aides aux grandes villes, du plan d’investissement de rénovation au logement, des subsides aux aéroports pour insonoriser les maisons des riverains ou encore de toutes les subventions aux outils économiques qui aident nos entreprises».

Déjà dans le budget

Pour le ministre CDH, donc, Eurostat vient confirmer ses dires.

Question: est-ce grave? Selon Antoine, sur le plan budgétaire, ça ne change rien.

«Les banques nous font confiance en nous prêtant à un taux historiquement bas, l’agence de notation Moody’s a changé la note de la Wallonie en mars en faisait passer notre perspective de négative à stable. Mais surtout: tout ce qui est désormais intégré à la dette figure déjà dans le budget. Ça n’aura donc aucun impact sur le citoyen».

En revanche, André Antoine est inquiet quant à l’avenir du financement alternatif.

«Les nouvelles règles nous imposent d’amortir nos investissements dans l’année de la décision. C’est comme si on devait payer une maison cash. Et puis, le financement alternatif aura désormais beaucoup moins d’intérêt. D’autant que même si les outils utilisés sont majoritairement indépendants, leur dette d’investissements sera désormais comptabilisée… dans la dette de la Région. C’est interpellant sur l’indépendance qu’on va devoir donner à des outils… que nous avons créés.»

Dernière précision: l’intégration des dettes d’investissements du financement alternatif ne concerne pas que la Wallonie: la Flandre, Bruxelles et le Fédéral ont également vu certains investissements alternatifs requalifiés. Et intégrés à leurs dettes respectives.

Ce qui, in fine, a aussi contribué a augmenté la dette globale de la Belgique.

L’ombre de la Wallonie affairiste

Eric Deffet, « Le Soir », 14 avril 2014

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Nous ne pensions pas si bien dire en dénonçant, ici même jeudi dernier, « la course folle de l’Olivier » en cette fin de législature et même « une chasse au résultat qui fait peine à voir ». Ce jour-là, les cabinets PS, CDH et Ecolo se réunissaient jusqu’au milieu de la nuit pour accoucher en extrême urgence d’amendements substantiels au décret « Electricité » de Jean-Marc Nollet. Le lendemain, dans un ordre du jour kilométrique, des parlementaires de la majorité déposaient ces textes à la sauvette, en violation de tous les usages, ce qui suffisait à mettre le feu à une journée qui n’en demandait pas tant.

L’avenir du pays ou de la Wallonie était-il en jeu pour que ce gouvernement en fin de partie bafoue ainsi le parlement ? Oui, le parlement et pas uniquement l’opposition MR : les amendements en question ont été escamotés du débat en séance plénière, aucun élu de la majorité n’a répliqué sur le fond à l’analyse des libéraux.

Tout indique en réalité que l’urgence valait avant tout pour Tecteo pressé de déployer ses puissantes ailes dans la distribution d’énergie. Si rien ne permet d’affirmer que le groupe liégeois a formellement « dicté » ses exigences au gouvernement, il apparaît clairement qu’il est bien le principal bénéficiaire de cette manœuvre de fin de législature.

Le projet de décret amendé en commission fixait un cadre et prévoyait que le gouvernement en précise les contours exacts ultérieurement. Le décret adopté vendredi intègre ces contours à la hussarde et ouvre la porte à la présence de personnes morales de droit privé dans le secteur de la distribution d’électricité.

Ni vu ni connu, pour ainsi dire : la démocratie parlementaire fait peine à voir quand elle est ainsi foulée du pied par des intérêts partisans qui rappellent les heures les plus noires de la Wallonie affairiste.

Rien d’illégal bien sûr dans ce coup de force de la majorité régionale. Mais il faut déplorer que le débat sur un décret de grande envergure, qui engrange des progrès sensibles dans bien des domaines et règle des questions stratégiques pour le développement de la Wallonie, tourne en eau de boudin et ridiculise la représentation démocratique.

Ajoutons un dernier point qui porte à réfléchir : l’Olivier a fait barrage à la demande de l’opposition de soumettre les textes en urgence au Conseil d’Etat. C’était jouable, malgré le calendrier : la Fédération Wallonie-Bruxelles vient d’agir de la sorte pour un décret sur l’enseignement.

Et si l’insécurité juridique planant sur ces amendements était le pire ennemi de Tecteo ? Rédigés dans l’urgence, à peine abordés par les députés, ne bénéficiant pas d’un regard extérieur souvent utile, ils deviennent peut-être le talon d’Achille du décret Nollet.

Tecteo accusé de faire la loi au parlement wallon

Xavier Counasse et Eric Deffet, « Le Soir », 12 avril 2014

2014-04-12_195741Du jamais vu ce vendredi au parlement wallon. Les députés devaient examiner en plénière le décret «Electricité»,  un texte fait de petites mesures très diverses autour de la compétence électrique. Le programme du jour était chargé, le décret devait être voté en fin de séance après un échange d’arguments déjà entendus en commission. Mais à la grande surprise de l’opposition, les députés Prévot (CDH), Desgain (Ecolo) et Tachenion (PS) ont déposé en séance une douzaine d’amendements au décret. Le porte-parole du MR venait tout juste de quitter la tribune…

« J’ai failli m’étrangler. C’est du jamais vu », commente Jean-Luc Crucke (MR). Le MR réclame en urgence une commission de l’Énergie, ce qu’il obtient.

Les amendements déposés par les députés de la majorité modifient en effet la substance du décret. D’ordinaire, de telles corrections sont débattues en Commission et le texte arrive toiletté en plénière. « En commission de l’énergie, nous avons débattu jusqu’à deux heures du matin et ces éléments n’ont jamais été mis sur la table », hurle l’élu MR. Tous les observateurs restent sans voix : c’est comme si aucun ministre (il y a eu trois lectures au gouvernement) ou aucun député de la majorité n’avait constaté les imperfections du texte initial. Impensable à ce niveau. Il y a du coup monté derrière cette manœuvre.

Un boulevard pour Tecteo

Le contenu des amendements est d’ailleurs (très) surprenant. Le premier modifie la définition légale d’un gestionnaire de réseau de distribution électrique (GRD). Dans le décret précédent, datant d’avril 2001, un GRD était « une personne morale de droit public, qui peut notamment prendre la forme d’une intercommunale ». Le texte proposé vient compléter cette définition en autorisant au GRD d’être désormais « une personne morale de droit privé », tout de même détenue à 70 % par le public. La justification de l’amendement est encore plus surprenante : rendre possible « pour un GRD d’être constitué sous la forme d’une société anonyme de droit privé », au cas où il voudrait dans un futur proche « rechercher des capitaux sur les marchés en étant côté en bourse ».

Sans rentrer dans trop de détails juridiques, les autres amendements permettent notamment aux GRD wallons d’exercer des activités commerciales autres que la simple distribution d’électricité ou de gaz, ou encore de détenir des participations dans des producteurs d’électricité.

Et en regroupant tous les éléments qui précèdent, un nom revient sur toutes les lèvres : Tecteo. Le GRD liégeois parle en effet de devenir une société anonyme, d’acheter le parc éolien d’Electrawinds (un producteur), et mène d’autres activités commerciales (telecoms)…

Légiférer « sous le joug d’un groupe privé »

Les amendements de dernière minute semblent donc bétonner un texte de loi pour permettre à Tecteo de se développer comme il l’entend dans les prochaines années. «Je savais que Tecteo négociait avec Nollet depuis quelques semaines, mais je ne savais qu’il parviendrait à un tel coup de force », souligne un observateur bien informé.

A Namur, le MR a tout essayé, jusqu’à relancer d’épineuses questions de procédure en début de soirée : la demande des libéraux d’envoyer le texte amendé au Conseil d’Etat a toutefois été rejetée après de longs palabres. C’est un des avantages d’un dépôt d’amendements en plénière : il n’est pas nécessaire de les soumettre à cette instance…

Avant le vote et par la voix de Jean-Luc Crucke à nouveau, les libéraux ont redit leur écœurement. Morceaux choisis : « Dans un parlement, il y a des choses qui ne se font pas. Quand on légifère ainsi, sous le joug d’un groupe privé, on légifère mal. Le ministre Nollet a joué avec le parlement. Les députés qui votent ce texte s’associent à une mascarade. Je ne voudrais pas être à votre place. »

Le décret amendé a été voté majorité contre opposition. Comme les députés CDH Bouchat, Bastin et Tanzilli, Claude Eerdekens (PS) s’est toutefois abstenu: «Je ne comprends pas et je pose une question: Stéphane Moreau a-t-il dicté ces amendements au gouvernement? Ce serait une dérive incontrôlable.»

Le CoDT wallon: «Les procédures vont être simplifiées»

Charlier Maïlys, « Le Soir », 9 avril 2014

©Belga

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L’examen du Code de développement territorial (CoDT) wallon sera voté ce mercredi après-midi. Au total, c’est plus de 400 articles qui ont été revus. S’il est adopté en séance plénière après les vacances de Pâques, le CoDT remplacera le Code wallon de l’Aménagement du territoire, de l’urbanisme et du patrimoine (CWATUP).

La Commission de l’Aménagement du territoire du parlement wallon a achevé mardi à 5h30 l’examen de ce Code de développement territorial (CoDT), une réforme sur laquelle le ministre de l’Aménagement du territoire, Philippe Henry, travaille depuis cinq ans. « Le but est de simplifier les règles et de lutter contre la dispersion de l’habitat, de localiser les bâtiments le plus près possible des services et des transports  », explique le ministre Ecolo.

Cette réforme implique de nombreuses modifications. À commencer par les petites infractions. «  Si on n’a pas tout à fait respecté les règles et que personne ne s’en est plaint au bout de dix ans, il y a prescription », commente Philippe Henry.

Du changement aussi dans l’octroi des permis. Les communes ont 30 jours pour se prononcer sur une demande de permis. Passé ce délai, le demandeur est certain d’avoir une décision. « Si la commune ne se décide pas dans les temps, c’est considéré comme un refus. Dans ce cas, le demandeur peut aller en recours à la région »,déclare le ministre de l’Aménagement du territoire. « On simplifie les procédures, on rend les délais plus court. On réorganise le texte pour qu’il soit plus lisible et compréhensible », ajoute-t-il.

Intercommunales : vers plus de transparence

Belga, 9 avril 2014

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La Commission des Affaires intérieures du Parlement wallon a approuvé ce mercredi une proposition de décret du PS, intégrant un texte d’Ecolo, en vue de réformer certaines dispositions qui régissent les intercommunales.

Le nouveau dispositif vise à améliorer la transparence dans ces structures, en particulier dans les rémunérations.

La proposition déposée par Hugues Bayet et Daniel Senesael traduit au moins en partie la volonté d’un gouvernement wallon qui n’a pu entièrement s’accorder sur la réforme. Des divergences sont apparues entre partenaires et, à croire certaines sources, entre membres du PS.

Le texte impose au comité de rémunération des intercommunales de transmettre chaque année au gouvernement un rapport sur les rémunérations des administrateurs et des fonctions dirigeantes de l’intercommunale, intégrant les divers avantages. Il encadre aussi davantage les possibilités de délégation aux organes de gestion, impose à ces organes de faire régulièrement rapport au conseil d’administration de leur action et prévoit l’obligation de former les administrateurs.

Ces avancées ont été jugées trop timides par l’opposition.

Le MR s’abstient

 

«Je ne sais pas s’il faut parler d’amateurisme ou de football panique dans le chef de l’Olivier parce qu’il a constaté qu’en termes de gouvernance publique, les objectifs mentionnés dans la Déclaration de politique régionale n’ont pas été rencontrés», a souligné Pierre-Yves Jeholet (MR).

Les Réformateurs ont déposé un amendement visant également à encadrer le montant des rémunérations mais ils n’ont pas été suivis. Une ou plusieurs circulaires du gouvernement régional sont attendues à ce propos.

Le projet permet de répondre à l’attitude de certaines intercommunales qui n’ont pas voulu communiquer au ministre des Affaires intérieures Paul Furlan des informations relatives aux rémunérations de leurs dirigeants.

«Ceux qui se sont crus malins de ne pas répondre au ministre, et de le rendre ridicule ou au moins impuissant, en seront pour leurs frais», a lâché Stéphane Hazée (Ecolo).

Un argument qui n’a pas convaincu le MR: le texte ne vise pas les filiales des intercommunales et ne prévoit pas de sanction, a fait remarquer M. Jeholet.

Le MR s’est abstenu lors du vote.

PIB : Demotte maintient ses chiffres

Martial Dumont, « Vers l’Avenir », 8 avril 2014

2014-04-09_212902La semaine dernière, dans L’Avenir et sur www.lavenir.net, le ministre président wallon, Rudy Demotte présentait, avec l’Iweps, le bilan chiffré du Plan Marshall.

Selon Demotte, la Wallonie aurait, entre 2008 et 2011, contribué pour 27% au PIB belge. Ce qui représenterait un bond énorme par rapport à 2003.

Le politologue Vincent Laborderie mais également le MR réfutent catégoriquement ces chiffres (voir nos éditions d’hier).

Tous se basent sur les chiffres de l’Iweps qui renseigne, lui, une participation wallonne au PIB à hauteur de 23,5%. Une sacrée différence…

Prendre en compte plusieurs facteurs

Suite à ces critiques, Rudy Demotte estime devoir mettre les choses au point. Et maintient ses chiffres.

«Tout comme l’Iweps, j’observe que la part de la Wallonie dans le PIB belge est passée de 23,7% à 23,5% entre 2003 et 2011. Mais cette information n’est qu’une seule facette d’un problème plus complexe. »

En effet, estime le ministre président, le calcul de la participation au PIB doit s’analyser de manière multifactorielle.

Et Demotte d’expliquer que son calcul s’appuie sur les chiffres de l’Iweps du PIB… en volume. Lui ne calcule pas la participation wallonne de manière globale mais bien par rapport à l’accroissement de celui-ci.

En clair, Demotte parle du pourcentage wallon dans l’amélioration du PIB, pas du pourcentage dans le PIB en général. Nuance, nuance…

«Durant la période 2003-2007, l’accroissement du PIB belge s’est élevé à 35 milliards auxquels la Wallonie a contribué à hauteur de 21%. Entre 2008 et 2011, le PIB belge a augmenté de 8 milliards… auxquels la Wallonie a contribué à hauteur de 27%.»

Bref, le PIB belge a augmenté moins… Mais la Wallonie a contribué plus. Autrement dit, sans elle, c’eût été pire. On a déjà entendu ça quelque part…

Une explication qui en vaut une autre. Mais qui, de toute façon, sera contestée.

C’est sûr, les chiffres, on leur fait souvent dire ce qu’on veut en fonction de l’interprétation…