Code wallon de l’Agriculture: «C’est fait… Et c’est fait pour durer !»

Pascale Serret, « Vers l’Avenir », 26 mars 2014

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Rassembler et rendre cohérentes tous les textes législatifs relatifs à l’agriculture, définir des objectifs à long terme, soutenir une agriculture «familiale et diversifiée, humaine» mais rentable, qui encourage l’emploi et qui «respecte l’environnement et les hommes»: tout ça est désormais bétonné dans un Code wallon de l’Agriculture, qui sera voté ce mercredi au Parlement wallon.

Le ministre wallon de l’Agriculture (CDH), qui présente aussi un décret «pêche», se dit content. Ses successeurs ne pourront plus faire «ce qu’ils veulent».

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Carlo Di Antonio, il fallait un Code pour que la Région ait enfin une vision à long terme de l’agriculture?

Chaque ministre a eu sa vision de l’agriculture. Mais ici, on a fait travailler tout le monde, le secteur, l’administration, les pararégionaux… C’est deux ans de course contre la montre pour se mettre d’accord sur une vision de l’agriculture de demain. C’est fait. Et c’est fait pour durer!

Mais ça ne va pas entrer en vigueur tout de suite…

On a déjà approuvé une quinzaine d’arrêtés d’application en première lecture. Le Code entrera bien en vigueur cette année. C’est une mise en application très concrète de la nouvelle Politique agricole commune (PAC). Avant, tout était lié à la bonne volonté d’un ministre. Ici, on a un Code, une base légale pour… tout. Un futur ministre ne pourra plus repartir à zéro, faire ce qu’il veut. Pas sans modifier le Code.

En fait, vous êtes le dernier à avoir pu travailler sans base légale…

Oui. Par exemple, il y avait 12 filières, avec chacune une subvention, un peu de personnel. Tout a été regroupé en un collège de producteurs qui travaillent ensemble. Ça, je l’ai fait en anticipant le Code. C’est la même chose pour la fusion déjà opérée des instruments de promotion (OPW et Apaq-W) ou d’autres outils: il n’y a aucune structure mentionnée dans le Code qui ne soit pas déjà en place.

On parle de long terme. Mais certains agriculteurs sont contraints de vivre dans l’urgence.

C’est dans ce sens que les outils ont été réorganisés: pour être à leur service et rétablir un équilibre économique des exploitations. C’est l’axe central.

La Fédération wallonne de l’agriculture s’est montrée très critique sur ce Code. Ça va mieux, l’ambiance?

Oui, oui… En fait, le secteur est divisé sur le type d’agriculture qu’on souhaite voir se développer. Certains pensent que les grosses exploitations vont de toute façon engloutir les autres. Ce n’est pas ma vision. Je ne peux pas m’y résoudre et je prétends que ce n’est pas inéluctable. De plus en plus, les citoyens veulent une production de proximité.

Mais une minorité seulement se fournit auprès des producteurs locaux. Il reste du travail…

Le local, c’est aussi le régional. Ça passe notamment par la campagne «Agriculture de Wallonie» (1 500 produits pastillés à l’heure actuelle). Si 95% de la viande vendue chez nous est wallonne, les gens pensent parfois qu’elle vient du bout du monde. Les pastilles les rassurent. Au passage, ces pastilles, c’est aussi une des conséquences du Code. Et c’est déjà en place.

Vous insistez aussi sur l’accès aux terres pour les jeunes. Le Code prévoit la mise en place d’une «banque foncière» rassemblant les terrains appartenant à la Région et à d’autres pouvoirs publics, ou à de petits propriétaires. Est-ce réaliste de vouloir s’extraire des spéculations?

Oui. C’est un peu le modèle de l’Agence immobilière sociale. Mais il faut aller plus loin. L’étape suivante, c’est la réforme du bail à ferme. Là, c’est un vrai choix de société. Soit on privilégie le plus offrant, qui rafle la mise (c’est ce qui se passe aujourd’hui: la surenchère entre gros exploitants qui se battent), soit on opère une régulation, une forme d’encadrement des prix. Même si je suis loin d’être communiste… Ce sera le débat de 2015.