Borsus : «J’ai une conviction absolue: une autre Wallonie est possible»

Dans « Le Soir » du 20 février 2014, le chef du groupe libéral au Parlement wallon répond aux questions d’Eric Deffet

2014-02-21_200113

Pourriez-vous nous indiquer le fil bleu qui traverse les propositions du MR pour la Wallonie ?

La réussite est à la portée de la Wallonie, mais la tâche à accomplir est immense. Et le succès viendra si nous sommes capables d’inverser la logique qui prévaut dans la conduite des dossiers et des politiques. Cette question m’obsède : avec les atouts qu’on lui connaît, le savoir-faire de ses habitants, sa localisation ou ses axes de communication, comment la Wallonie ne décolle-t-elle pas ? Je pense qu’il faut cesser d’appliquer les vieilles recettes qui ont montré leurs limites. Le fil conducteur, c’est ça : changer d’optique, de logique.

Dans quel secteur ce principe pourrait-il s’appliquer ?

Nous voulons notamment faire de l’administration wallonne un vecteur de développement économique. Je me vois un jour rencontrer les fonctionnaires et leur annoncer cette révolution : quel événement ! Au parlement, nous débattons actuellement du nouveau code de développement territorial et le MR plaide dans ce domaine, comme dans d’autres, pour la simplification des procédures réservées aux citoyens et aux entreprises, la réduction sensible, voire de moitié, des délais d’instruction des dossiers, des délais de rigueur systématiques pour les réponses de l’administration, pénalités à la clé. Inverser la logique, comme nous le préconisons, c’est par exemple généraliser le principe de confiance à l’égard de celui qui demande un permis. Savez-vous que dans certains cas, tombe encore la réponse suivante : si on ne vous répond pas dans les délais, c’est que notre réponse est négative ! Changeons tout cela !

On touche aux questions de gouvernance, de démocratie.

Oui et nous formulons plusieurs propositions qui ont pour ambition de rapprocher les gens du niveau de pouvoir régional et de vitaliser l’exercice démocratique : prévoir la consultation populaire régionale, élire directement le ministre-président wallon sur base du projet qu’il présentera aux citoyens, même chose pour les bourgmestres…

Comment impliquer les jeunes dans l’exercice démocratique ?

Je vous donne un scoop. Dimanche à Marche, nous allons proposer à la ratification des congressistes le droit de vote à 16 ans, d’abord pour les élections locales. Ce serait pour nous une manière de revitaliser la démocratie et de rendre la politique plus en phase avec son temps. (…)

Depuis cinq ans, le MR propose de rationaliser les structures publiques et de simplifier les organismes économiques. Vous persistez ?

Plus que jamais. Fusionnons tous les outils financiers et économiques ! Pour éviter les redondances et offrir un référent unique aux entreprises. Cela aussi, c’est de la bonne gouvernance. Si on génère ce type d’économies d’échelle et de gains d’efficacité, en mobilisant les capitaux nichés ici ou là, en gérant les ressources de manière moderne, nous disposerons d’une force de frappe de deux milliards.

Estimez-vous que la Wallonie est en ordre de bataille pour gérer les transferts de compétences ?

Ces transferts fournissent l’occasion de travailler différemment, de développer des politiques mieux harmonisées, plus efficaces. Tout n’est pas à jeter dans ce qui a été fait. Je pense notamment aux pôles de compétitivité du plan Marshall. Mais d’une manière générale, l’heure de la réforme a sonné avec cette échéance qui s’impose à la Wallonie. Ici aussi, il faut être prêt à inverser les logiques et même à briser des tabous.

Quels tabous ?

Avec ce qui nous attend, nous savons que nous devrons faire mieux avec moins. Donc, il faudra systématiquement rechercher la voie la moins coûteuse pour les politiques à mener. Avec l’idée bien sûr de dégager des moyens à consacrer à l’essentiel, c’est-à-dire à l’emploi et l’économie.

Quelles sont ces voies moins coûteuses ?

Dans certains domaines, le choix peut être celui du privé plutôt que du public. Pourquoi ne pas favoriser les bus privés pour le transport public, des gardiennes autonomes plutôt que des crèches subsidiées ou encore du logement social qui favorise vraiment l’accès à la propriété ?A chaque fois et à résultat égal, nous voulons que l’option la moins onéreuse soit retenue. Mais je sais que dire cela, c’est ouvrir un débat cadenassé idéologiquement…

En d’autres termes, le MR compte lancer la chasse à tous les gaspillages.

Pour nous, c’est même une obligation éthique qui découle d’une valeur essentielle à nos yeux : la responsabilité. Nous voulons insuffler celle-ci partout, miser sur un nouvel état d’esprit, une nouvelle culture de la gestion publique en Wallonie. Nous demandons la création d’une commission spéciale du parlement chargée de la lutte contre le gaspillage. Sait-on que sur cinq ans, le gouvernement aura consacré 21 millions à la politique de communication ? Nous insistons aussi pour une remise à plat intégrale des finances régionales. Nous réclamons de travailler sur un « budget base zéro ». En Wallonie aujourd’hui, chaque budget est reconstruit sur base de son prédécesseur dans une forme de routine. Il faut au contraire se reposer chaque fois la question de la meilleure destination possible pour chaque dépense.

Et privilégier l’emploi et la formation avec les moyens ainsi dégagés, c’est cela ?

Nous fixons un objectif : 30.000 nouveaux emplois créés chaque année à venir, alors que l’on tourne aujourd’hui autour de 10 à 12.000. Il faut impliquer beaucoup plus les entreprises dans l’enseignement, notamment dans les pouvoirs organisateurs des écoles, pas seulement techniques et professionnelles. Cela permettra d’anticiper les évolutions du marché de l’emploi. Nous demandons aussi que chaque étudiant soit informé individuellement de l’état de l’emploi dans la filière ou le métier auquel il se destine.

                                                        °

Pour Willy Borsus, il importe également de s’attaquer aux droits de succession. Cet impôt sur la douleur que le gouvernement refuse de supprimer est une injustice. (…) Contrairement à ce quoi est dit, cette mesure est finançable.

Il faut également soutenir à tout prix le secteur des PME, aider celles-ci à grandir ou à exporter davantage. Une proposition de décret prévoir que les bénéficiaires d’une donation ou d’une succession pourront bénéficier de taux d’imposition réduits s’ils investissent ces moyens dans l’économie réelle.

Autre objectif : supprimer la télé-redevance. Cette taxe est injuste et elle ne se justifie tout simplement plus : aujourd’hui, la technologie permet de recevoir des programmes sans posséder de télévision. Cette exception wallonne est absurde.

Le MR veut également encourager l’intermodalité dans les transports, sans alourdir la facture des usagers. C’est pourquoi nous proposons d’ouvrir gratuitement les parkings de la SNCB à tous les détenteurs d’un abonnement. Un nouvel afflux prévisible de voyageurs pourra rendre cette mesure indolore.

Enfin, le MR entend supprimer le lien chômage et emploi. Aujourd’hui, s’il veut bénéficier d’un emploi subventionné type APE, un demandeur d’emploi doit d’abord prouver qu’il est dans les conditions, en termes de délais de chômage minimaux. C’est un non-sens : il faut être chômeur, et longtemps encore, pour obtenir le droit de travailler. Il faut être éligible, ce qui favorise en réalité l’installation dans le chômage et exclut du marché du travail des gens de qualité. Nous voulons mettre un terme à ce lien artificiel.