Archives mensuelles : février 2014

Les centres-villes wallons à ranimer d’urgence

Emmanuel Huet, « Vers l’Avenir », 28 février 2014

2014-03-01_142809«On n’a jamais vu une dégradation aussi rapide. C’est une première pour nous.»   Les centres-villes sont de moins en moins attractifs. Chaque année, l’Association du management de centre-ville dresse le bilan du dynamisme commercial au cœur des villes wallonnes. Jean-Luc Calonger, président de l’AMCV s’inquiète de l’accélération du processus. L’explication de cette désertification du centre-ville trouve logiquement son explication dans le développement des pôles commerciaux périphériques. Mais, sur les douze derniers mois, l’érosion a pris une dimension alarmante. «Avant, il fallait 4 à 5 ans pour sentir l’impact d’un zoning commercial. Maintenant, les commerces du centre-ville sont plus fragiles: ils n’attendent plus en se disant que ça va aller mieux. » Les grandes chaînes règlent plus vite le sort des magasins moins performants. «Elles ne laissent plus la même enseigne des deux côtés. » Et de citer l’exemple deH& M qui a adapté sa stratégie au cœur des villes: «H& M a des conditions agressives pour faire descendre ses loyers dans les centres de 40 à 50%. » Et si le propriétaire ne cède pas, c’est le déménagement en périphérie.

Autre explication: la fragilité des nouveaux commerçants. «On pousse des jeunes à créer leur propre commerce et puis on les laisse se débrouiller tout seuls. Il y a de la bonne volonté de leur côté mais peu de capitaux. »

Cet exode urbain ne doit pas forcément trouver d’explication dans un manque de dynamisme du commerce local. À un moment, il est impossible de rivaliser avec les zonings commerciaux. Les responsables? Les autorités politiques. Qui sont communales dans le cas de l’attribution de permis pour des surfaces de moins de 4 000 m2 . Et régionales pour les superficies supérieures. «Quand on fait du développement à outrance en périphérie, ce n’est pas la faute des commerçants du centre. »

La pauvreté explose: +23% de minimexés à Bruxelles et en Wallonie

Anthony Planu, « Le Vif », 27 février 2014

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En cinq ans, le nombre des personnes bénéficiant du RIS (le revenu d’intégration sociale) a augmenté de 19% sur l’ensemble du pays, de 23,5% à Bruxelles et de 23% en Wallonie, selon les chiffres du SPP Intégration sociale, relayés par Sudpresse ce jeudi.

Si l’on compare les chiffres sur les cinq dernières années, de2008 à 2013, on constate qu’au niveau national le nombre de personnes bénéficiant du RIS a augmenté de 19%, avec de grandes disparités régionales: +7,5% en Flandre, +23,5% à Bruxelles et + 23% en Wallonie.

C’est la province du Hainaut qui enregistre la hausse la plus forte de personnes minimexées aidées par les CPAS (+34%, 19.231 personnes), suivie par Namur (+30%, 5.392), le Luxembourg (+27%, 2.019), le Brabant wallon (+15%, 2.029) et Liège (+12%, 19.231).

Près de 100.000 minimexés en 2013

Il y a eu l’an dernier en Belgique une moyenne de 98.401 personnes minimexées, soit une hausse de 3,3% par rapport à la même période en 2012 (95.352 personnes).

Au niveau des Régions, Bruxelles arrive en tête avec 4,8% de minimexés de plus (28.677), suivie par la Flandre (+2,8%, 23.876) et par la Wallonie (+2,5%). La Wallonie reste toutefois toujours en tête du nombre de personnes bénéficiant du RIS, avec 45.848 minimexés pris en charge.

Ces chiffres ont de quoi inquiéter à 10 mois de l’exclusion de 55.000 chômeurs dont une partie bénéficiera du revenu d’intégration sociale…

Les chiffres du SPP Intégration sociale ne portent que sur les dix premiers mois de 2013, cependant les deux derniers mois ne devraient pas faire varier ce constat. « Ces données connaissent chaque année des fluctuations saisonnières, mais elles concernent essentiellement les mois de juillet et août durant lesquels certains étudiants retrouvent des jobs d’été leur permettant de se passer momentanément du revenu d’intégration sociale », explique un membre du SPP dans les journaux de Sudpresse.

Cette hausse l’an dernier fait suite à deux années de relative stabilisation, avec une hausse de 0,5% en 2012 et une baisse de 0,8% en 2011.

Le prix de l’eau en augmentation pour quasi tous les Wallons

« Vers l’Avenir », 27 février 2014

2014-02-27_230446Le ministre fédéral de l’Economie Johan Vande Lanotte a accordé à la SWDE, qui distribue l’eau du robinet à plus de 70% des habitants de Wallonie, une augmentation de tarif de 6 eurocents/mètre cube.

Une augmentation moins importante que celle demandée

Dans le cas de la SWDE, une première demande d’augmentation avait été refusée, menant à un recours de la part de l’entreprise. «Le ministre a demandé davantage d’explications sur les investissements, et a fini par accorder à la SWDE une augmentation moins importante que celle qui avait été demandée initialement», explique-t-on au cabinet Vande Lanotte.

«Le tarif de la SWDE passe ainsi à 2,5146 euros par mètre cube, plutôt que les 2,5226 proposés au départ. Pour la CILE, le tarif est passé de 2,6366 à 2,7290».

Le « coût-vérité à la distribution »

L’augmentation demandée par les sociétés de distribution d’eau ne concerne que le «coût-vérité à la distribution» (CVD), qui ne compose qu’une partie de la facture finale au consommateur.

Le CVD est censé correspondre aux charges et investissements nécessaires à l’entreprise pour le captage, la production, le contrôle et la distribution d’une eau de qualité. Tout projet d’augmentation du CVD doit être justifié de la part du distributeur par un plan comptable détaillant les investissements planifiés, et être soumis au Comité wallon de contrôle de l’eau et au SPF Economie, avant que le ministre ne tranche au final.

IECBW: l’augmentation début février

La troisième société de distribution wallonne, l’IECBW, qui s’occupe d’une grosse moitié du Brabant wallon, avait quant à elle choisi une autre période pour demander une augmentation de son CVD. « Nous avons introduit notre demande fin 2013, et sommes parvenus à un accord en janvier. Notre nouveau tarif de 2,16 euros par mètre cube est d’application depuis le 1er février », précise Emmanuel Gaziaux, directeur financier de l’IECBW.

Des investissements à cause de l’ancienneté du réseau

« La plupart des distributeurs importants demandent chaque année une augmentation du CVD de l’ordre de 2% », explique Cédric Prevedello d’Aquawal, l’Union professionnelle des opérateurs publics du cycle de l’eau en Wallonie.

Selon lui, les investissements importants consentis par les sociétés de distribution s’expliquent par l’ancienneté du réseau. « Nous avons 40.000 km de canalisations qu’il faut renouveler petit à petit, car la Wallonie a été historiquement alimentée très tôt en eau et le réseau est donc relativement ancien ».

Le décret «Expropriation» ne passe pas le cap du gouvernement wallon

Eric Deffet, « Le Soir », 27 février 2014

2014-02-27_230217Le gouvernement wallon de ce jeudi ne s’est pas accordé, en troisième lecture pourtant, sur le décret Expropriation de Jean-Claude Marcourt (PS), le ministre régional de l’Economie.

Il s’agit de mettre en place une procédure qui imposerait aux entreprises tentées de quitter le sol wallon de céder leurs installations en cas de projet de reprise par un nouvel investisseur. Le texte a été imaginé dans la foulée du dossier ArcelorMittal, mais trouve une nouvelle actualité ces jours-ci, avec l’annonce de la fermeture de l’usine verrière Saint-Gobain, dans le Namurois.

Une nouvelle fois, l’accord définitif n’a pas pu être trouvé. Le CDH est le partenaire réticent sur cette disposition proposée par le PS et exigée par Ecolo qui avait fixé ce 27 février comme date ultime pour aboutir à un accord au sein de l’Olivier.

Le dossier est remis à quinzaine, soit après le congé de carnaval.

Jules Gheude : «Le moment me semble venu de repenser la stratégie réunioniste»

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Vous avez récemment prôné la fusion des divers éléments qui agissent en vue d’une intégration de la Wallonie à la France. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Parlons d’abord du RWF, le Rassemblement Wallonie-France. Quand Paul-Henry Gendebien lui a fait part, à la fin des années 90, de son intention de mettre sur pied un parti réunioniste, François Perin a tenté de l’en dissuader. N’avait-il pas raison, lorsque l’on constate, après 15 ans d’existence, que ce parti n’est jamais parvenu à décoller ? On reste autour de 1,5, 1,8%.

Votre explication ?

C’est celle qu’a fournie François Perin dans le courrier qu’il a adressé, le 26 janvier 2006, à la section liégeoise du RWF qui le sollicitait pour « pousser » la liste pour les élections provinciales du 8 octobre 2006 : « Ne pouvant avoir aucun programme par définition, il (le RWF) était voué à l’échec et devait fatalement atteindre le but exactement opposé à l’objectif poursuivi : démontrer par déduction arithmétique que 99% des Wallons n’envisageaient pas le rattachement de leur région à la France. Tout cela était et reste absurde car dans l’opinion qui vote pour les partis traditionnels pour des raisons diverses, en principe, en raison de leur programme social, économique, fiscal, etc., il y a des électeurs qui doutent de la pérennité de la Belgique et qui accepteraient favorablement votre objectif final. »

Cela n’a toutefois pas empêché François Perin de figurer finalement sur la liste…

Après la déchirure au sein du Rassemblement wallon fin 1976, qui les avait durement opposés, François Perin et Paul-Henry Gendebien partageaient désormais le même objectif. « Finalement, je lui devais bien ça ! », me confia Perin. Mais il ne se faisait aucune illusion, comme le prouve le petit mot manuscrit qu’il m’adressa à la veille de l’élection: « Cette élection provinciale (liégeoise) est l’arme par laquelle je tue le fantôme dont on m’a encore souvent cassé les oreilles. On pourra même peser, au milligrame près, le poids futile de ses cendres ». Le poids s’élèvera à 504 voix de préférence. Quant à la liste, elle ne récoltera qu’un maigre résultat (1062 voix), sans parvenir à décrocher le moindre siège. Ainsi, François Perin n’aura eu de cesse de traquer les mythes, jusqu’au sien !

Vous n’avez jamais voulu être membre du RWF. Pourquoi ?

Je n’ai effectivement jamais fait partie du RWF, ce qui ne m’a pas empêché, à chaque élection, de lui accorder ma voix. Perin m’avait conseillé d’entreprendre plutôt un travail d’analyse, ce que j’ai fait en lançant, en 2008, l’initiative des Etats généraux de Wallonie. L’objectif n’était pas de se substituer au politique, mais d’amener les esprits wallons à réfléchir aux diverses options d’avenir post-belges possibles.

Le RWF, ainsi que le Mouvement du Manifeste wallon, n’ont pas voulu soutenir cette initiative…

En effet, et cela témoigne, une fois encore, de la propension qu’ont les Wallons à se diviser. De nombreux militants du RWF ont toutefois fait le choix de s’engager à titre individuel. Toujours est-il qu’avec l’aide de divers experts, nous avons pu rédiger trois rapports fouillés, avec, pour chacun d’eux, des arguments à charge et à décharge. Et il est apparu clairement que les scénarios d’une Wallonie indépendante et d’un Etat Wallonie-Bruxelles ne pouvaient constituer des alternatives réalistes et financièrement viables. Seule, la réunion à la France se révélait être une option crédible. Nous avons également été très sensibilisés par l’approche défendue par Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité.

Celle de l’union-intégration ?

Oui, qui permettrait, au départ d’un statut particulier reconnu par la Constitution française – comme c’est le cas pour l’Alsace-Moselle, la Corse et la majorité des collectivités d’outre-mer – de concilier une intégration étatique à la France avec une forte autonomie au sein de celle-ci. La Wallonie conserverait ainsi des organes d’auto-administration quasi identiques à ceux de l’actuelle Région wallonne. Ses compétences seraient maintenues et même élargies à celles exercées aujourd’hui par la Communauté française, laquelle aurait perdu sa raison d’être. Bruxelles pourrait également, si elle en émettait le souhait, bénéficier d’un tel statut. Quant au droit ex-fédéral, conservé sauf exceptions, il se trouverait placé sous la responsabilité du législateur français, successeur du législateur fédéral belge disparu. Comme vous le voyez, la Wallonie ne devrait pas se présenter nue devant Marianne pour revêtir l’uniforme français.

C’est ce modèle que vous avez décidé alors d’ approfondir ?

Oui, au sein du Gewif (Groupe d’Etudes pour l’intégration de la Wallonie à la France), qui a été créé en février 2010 et qui a publié 11 Cahiers que l’on peut consulter sur le site www.gewif.net.

Quand vous proposez aujourd’hui de fusionner les divers organes réunionistes, vous pensez bien évidemment aussi à l’AWF (Alliance Wallonie-France), mouvement citoyen qui s’est créé plus récemment et qui vient de tenir sa première conférence de presse, à Charleroi ?

Je constate, en effet, que son objectif est exactement le même que celui poursuivi par le Gewif. En outre, l’existence conjointe d’un RWF et d’une AWF (qui n’invite d’ailleurs pas à voter pour le RWF), cela fait un peu désordre. Et faut-il s’obstiner à poursuivre la compétition électorale ? Ne vaut-il pas mieux rassembler toutes les forces réunionistes au sein d’un unique mouvement d’action, qui pourrait s’appeler le WIF (Wallonie intégrée à la France) et aurait davantage de visibilité médiatique? Je pense que le moment est venu de repenser la stratégie.

L’AWF et le RWF ne semblent pas prêts à vous suivre…

Vous connaissez la citation : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer »… A 67 ans, je ne nourris évidemment aucune ambition personnelle. Mon seul souci est que si, sous la pression de plus en forte de la mouvance nationaliste flamande, la Belgique est amenée à connaître le démantèlement, les  francophones soient prêts à faire le bon choix d’avenir. C’est la raison pour laquelle ceux qui sont aujourd’hui convaincus du bien-fondé de l’option de l’union-intégration à la France devraient adopter une stratégie coordonnée. C’est le sens de l’appel que je lance, au nom de l’efficacité.

Un dernier mot ?

Dans cette nouvelle stratégie que j’appelle de mes vœux, un effort tout particulier devrait être fait en faveur des jeunes. L’âge moyen de ceux qui militent aujourd’hui est trop élevé. Il faut qu’une relève s’installe. Dans la préface qu’il a rédigée en 2007 pour mon livre « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin » (Editions Mols), feu Xavier Mabille, président du Crisp, a écrit, à propos de l’hypothèse de la scission de la Belgique : « Hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure ». Avec une N-VA qui cartonne aujourd’hui dans les sondages à plus de 32%, ces propos prennent tout leur sens. Il faut donc préparer les jeunes à cette échéance qui s’avère de plus en plus inéluctable. Leur expliquer qu’elle n’aurait rien d’apocalyptique et qu’un statut particulier d’intégration à la République française leur permettrait d’envisager un avenir à la hauteur de leurs  ambitions et de leurs espérances.

Le MR adopte son programme pour la Wallonie sur les terres de combat de Willy Borsus

« Le Vif », Belga, 23 février 2014

2014-02-23_172959Le MR réuni en congrès dimanche à Marche-en-Famenne a approuvé à une quasi-unanimité son programme pour la Wallonie, qui passe notamment par une obligation pour le demandeur d’emploi de suivre une formation en adéquation avec le marché du travail, la suppression des droits de succession sur le logement familial pour le conjoint survivant ou une rationalisation avant 2016 des outils parapublics.

A moins de deux kilomètres de son fief namurois de Somme-Leuze, dans une circonscription luxembourgeoise qu’il rêve de conquérir le 25 mai prochain, le chef de groupe des libéraux au parlement wallon Willy Borsus a été vivement applaudi sur la proposition d’abaisser à 16 ans l’âge du vote aux élections locales.

Il a aussi engagé son parti, s’il est au pouvoir, à décider avant fin 2015 la suppression ou la fusion de plus de 75 structures parapubliques wallonnes (fusion des TEC, de sociétés de logement, etc).  « Nous souhaitons que la Wallonie change en s’allégeant de tout ce qui sera considéré comme non-indispensable pour rencontrer le service au public », a-t-il plaidé.

Pour l’été 2015, il veut voir recentrées et simplifiées les 220 aides économiques activables par le monde de l’entreprise, « mais souvent au prix de circuits longs et consommateurs de temps ».Ironisant sur les plans et pactes des gouvernements Olivier ou de leurs ministres (Marshall, Cigogne, Zénobe, etc), M. Borsus, mais aussi son président de son parti Charles Michel, s’est toutefois abstenu citer une seule fois les adversaires politiques du MR ou de lancer des piques assassines, en cette campagne électorale qui n’en manque pas.

Les discours ont porté essentiellement sur les propositions de fond, comme celle obligeant le demandeur d’emploi à poursuivre une formation en adéquation avec la demande du marché du travail (après 24 mois de chômage, éventuellement), ou celle supprimant l’obligation d’avoir chômé pour bénéficier d’aides à l’embauche. « C’est une condition insensée et absurde », qui tient du piège à l’emploi, a relevé M.Michel.

La suppression des droits de succession sur le logement familial pour le conjoint survivant, la réduction des taux de donation et de succession si celle-ci sont suivies d’investissements dans l’économie réelle, la suppression de la télé-redevance, la diminution des taxes et charges sur l’électricité pour ramener le coût de l’énergie des ménages au niveaux des régions européennes avoisinantes figurent aussi parmi les priorités du MR.   « Non à la taxe sur les loyers,  non à la taxe au kilomètre »,  a martelé M. Michel, avec en tête sa réforme fiscale de 5 milliards d’euros.

Le MR fait lui aussi du rapprochement de l’école et du monde de l’entreprise une clé de redressement de la Wallonie. Entre autres propositions, Willy Borsus a prôné la présence d’acteurs économiques dans les pouvoirs organisateurs (PO) des écoles. »Chaque vote va compter », a affirmé Charles Michel, dont le parti réduit son écart avec le PS à quelque 4 points de pourcentage dans les sondages en Wallonie. Il a toutefois demandé à ses partisans de « garder la tête froide ». « C’est sur les idées et les propositions que nous réussirons à convaincre », a-t-il conclu.

Borsus : «J’ai une conviction absolue: une autre Wallonie est possible»

Dans « Le Soir » du 20 février 2014, le chef du groupe libéral au Parlement wallon répond aux questions d’Eric Deffet

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Pourriez-vous nous indiquer le fil bleu qui traverse les propositions du MR pour la Wallonie ?

La réussite est à la portée de la Wallonie, mais la tâche à accomplir est immense. Et le succès viendra si nous sommes capables d’inverser la logique qui prévaut dans la conduite des dossiers et des politiques. Cette question m’obsède : avec les atouts qu’on lui connaît, le savoir-faire de ses habitants, sa localisation ou ses axes de communication, comment la Wallonie ne décolle-t-elle pas ? Je pense qu’il faut cesser d’appliquer les vieilles recettes qui ont montré leurs limites. Le fil conducteur, c’est ça : changer d’optique, de logique.

Dans quel secteur ce principe pourrait-il s’appliquer ?

Nous voulons notamment faire de l’administration wallonne un vecteur de développement économique. Je me vois un jour rencontrer les fonctionnaires et leur annoncer cette révolution : quel événement ! Au parlement, nous débattons actuellement du nouveau code de développement territorial et le MR plaide dans ce domaine, comme dans d’autres, pour la simplification des procédures réservées aux citoyens et aux entreprises, la réduction sensible, voire de moitié, des délais d’instruction des dossiers, des délais de rigueur systématiques pour les réponses de l’administration, pénalités à la clé. Inverser la logique, comme nous le préconisons, c’est par exemple généraliser le principe de confiance à l’égard de celui qui demande un permis. Savez-vous que dans certains cas, tombe encore la réponse suivante : si on ne vous répond pas dans les délais, c’est que notre réponse est négative ! Changeons tout cela !

On touche aux questions de gouvernance, de démocratie.

Oui et nous formulons plusieurs propositions qui ont pour ambition de rapprocher les gens du niveau de pouvoir régional et de vitaliser l’exercice démocratique : prévoir la consultation populaire régionale, élire directement le ministre-président wallon sur base du projet qu’il présentera aux citoyens, même chose pour les bourgmestres…

Comment impliquer les jeunes dans l’exercice démocratique ?

Je vous donne un scoop. Dimanche à Marche, nous allons proposer à la ratification des congressistes le droit de vote à 16 ans, d’abord pour les élections locales. Ce serait pour nous une manière de revitaliser la démocratie et de rendre la politique plus en phase avec son temps. (…)

Depuis cinq ans, le MR propose de rationaliser les structures publiques et de simplifier les organismes économiques. Vous persistez ?

Plus que jamais. Fusionnons tous les outils financiers et économiques ! Pour éviter les redondances et offrir un référent unique aux entreprises. Cela aussi, c’est de la bonne gouvernance. Si on génère ce type d’économies d’échelle et de gains d’efficacité, en mobilisant les capitaux nichés ici ou là, en gérant les ressources de manière moderne, nous disposerons d’une force de frappe de deux milliards.

Estimez-vous que la Wallonie est en ordre de bataille pour gérer les transferts de compétences ?

Ces transferts fournissent l’occasion de travailler différemment, de développer des politiques mieux harmonisées, plus efficaces. Tout n’est pas à jeter dans ce qui a été fait. Je pense notamment aux pôles de compétitivité du plan Marshall. Mais d’une manière générale, l’heure de la réforme a sonné avec cette échéance qui s’impose à la Wallonie. Ici aussi, il faut être prêt à inverser les logiques et même à briser des tabous.

Quels tabous ?

Avec ce qui nous attend, nous savons que nous devrons faire mieux avec moins. Donc, il faudra systématiquement rechercher la voie la moins coûteuse pour les politiques à mener. Avec l’idée bien sûr de dégager des moyens à consacrer à l’essentiel, c’est-à-dire à l’emploi et l’économie.

Quelles sont ces voies moins coûteuses ?

Dans certains domaines, le choix peut être celui du privé plutôt que du public. Pourquoi ne pas favoriser les bus privés pour le transport public, des gardiennes autonomes plutôt que des crèches subsidiées ou encore du logement social qui favorise vraiment l’accès à la propriété ?A chaque fois et à résultat égal, nous voulons que l’option la moins onéreuse soit retenue. Mais je sais que dire cela, c’est ouvrir un débat cadenassé idéologiquement…

En d’autres termes, le MR compte lancer la chasse à tous les gaspillages.

Pour nous, c’est même une obligation éthique qui découle d’une valeur essentielle à nos yeux : la responsabilité. Nous voulons insuffler celle-ci partout, miser sur un nouvel état d’esprit, une nouvelle culture de la gestion publique en Wallonie. Nous demandons la création d’une commission spéciale du parlement chargée de la lutte contre le gaspillage. Sait-on que sur cinq ans, le gouvernement aura consacré 21 millions à la politique de communication ? Nous insistons aussi pour une remise à plat intégrale des finances régionales. Nous réclamons de travailler sur un « budget base zéro ». En Wallonie aujourd’hui, chaque budget est reconstruit sur base de son prédécesseur dans une forme de routine. Il faut au contraire se reposer chaque fois la question de la meilleure destination possible pour chaque dépense.

Et privilégier l’emploi et la formation avec les moyens ainsi dégagés, c’est cela ?

Nous fixons un objectif : 30.000 nouveaux emplois créés chaque année à venir, alors que l’on tourne aujourd’hui autour de 10 à 12.000. Il faut impliquer beaucoup plus les entreprises dans l’enseignement, notamment dans les pouvoirs organisateurs des écoles, pas seulement techniques et professionnelles. Cela permettra d’anticiper les évolutions du marché de l’emploi. Nous demandons aussi que chaque étudiant soit informé individuellement de l’état de l’emploi dans la filière ou le métier auquel il se destine.

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Pour Willy Borsus, il importe également de s’attaquer aux droits de succession. Cet impôt sur la douleur que le gouvernement refuse de supprimer est une injustice. (…) Contrairement à ce quoi est dit, cette mesure est finançable.

Il faut également soutenir à tout prix le secteur des PME, aider celles-ci à grandir ou à exporter davantage. Une proposition de décret prévoir que les bénéficiaires d’une donation ou d’une succession pourront bénéficier de taux d’imposition réduits s’ils investissent ces moyens dans l’économie réelle.

Autre objectif : supprimer la télé-redevance. Cette taxe est injuste et elle ne se justifie tout simplement plus : aujourd’hui, la technologie permet de recevoir des programmes sans posséder de télévision. Cette exception wallonne est absurde.

Le MR veut également encourager l’intermodalité dans les transports, sans alourdir la facture des usagers. C’est pourquoi nous proposons d’ouvrir gratuitement les parkings de la SNCB à tous les détenteurs d’un abonnement. Un nouvel afflux prévisible de voyageurs pourra rendre cette mesure indolore.

Enfin, le MR entend supprimer le lien chômage et emploi. Aujourd’hui, s’il veut bénéficier d’un emploi subventionné type APE, un demandeur d’emploi doit d’abord prouver qu’il est dans les conditions, en termes de délais de chômage minimaux. C’est un non-sens : il faut être chômeur, et longtemps encore, pour obtenir le droit de travailler. Il faut être éligible, ce qui favorise en réalité l’installation dans le chômage et exclut du marché du travail des gens de qualité. Nous voulons mettre un terme à ce lien artificiel.

Eurostat fouille dans les comptes wallons

Frédéric Chardon, « La Libre Belgique », 20 février 2014

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Eurostat, l’Office statistique de l’Union européenne, a la Wallonie dans le viseur. En effet, cet organisme chargé de fournir des statistiques au niveau européen permettant des comparaisons entre les pays et les régions a demandé d’obtenir dans l’urgence une série d’informations budgétaires de la part de la Région wallonne (et de la Fédération Wallonie-Bruxelles).

Cette demande européenne, relayée par l’Institut des comptes nationaux (ICN) a été également transmise à la Région bruxelloise et à la Région flamande. Toutefois, du côté wallon, ce besoin de transparence budgétaire a une saveur particulière puisqu’il suit de près la terrible polémique concernant la dette publique réelle de la Wallonie. Pour rappel, le ministre régional du Budget, André Antoine (CDH), soutient que la dette wallonne est de 6,2 milliards d’euros alors que la Cour des comptes, dans un audit récent, l’estime à… 11,2 milliards. L’opposition MR avait violemment critiqué André Antoine en dénonçant notamment le fait que le ministre, ayant connaissance des résultats de l’audit de la Cour des comptes, avait tout de même décidé de communiquer d’autres chiffres, nettement plus flatteurs, au début de cette année.

Chercher la « dette cachée »

Mais bref. Dans le cadre de la procédure européenne de suivi des déficits excessifs, les représentants de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en présence de l’ICN, ont rencontré le 13 février dernier une délégation d’Eurostat. Lors de cette réunion, Eurostat a dressé un inventaire très large d’informations qu’il attend, via l’ICN, de manière urgente, de la part des Wallons.

L’Europe veut notamment en savoir plus sur la « dette cachée » de la Wallonie, nous dit-on. C’est-à-dire aller fouiner dans les tous les coins et recoins où la Région aurait pu dissimuler une partie de sa dette publique réelle afin de présenter de meilleures statistiques.

Notamment, la technique des financements alternatifs est visée, toujours selon notre source. Cet artifice budgétaire repose sur le fait de faire financer des projets par des entités parapubliques qui en assument alors la dette ainsi créée tandis que la Région wallonne (en l’occurrence) ne rembourse que les annuités de ce financement global opéré par un autre organisme. La dette de l’autorité publique qui use de cette méthode ne s’en trouve ainsi pas affectée. Sauf si on gratte évidemment, et que l’on va rechercher ces dettes bien réelles mais assumées de manière indirecte.

Les demandes d’Eurostat, d’ailleurs, visent justement le panel impressionnant des structures parapubliques existant en Wallonie : la SRIW, la Sogepa, la SWCS, la Sofinex, Novallia, la Spaque, les ports autonomes, les aéroports de Liège et de Charleroi, les intercommunales, etc. Et ce, pour des données sensibles telles que les rapports de gestion sur plusieurs années, les prises de participation, les comptes annuels, le patrimoine immobilier…

Une dette cachée ?

Selon nos sources, Eurostat voudrait également des éclaircissements sur le coût énorme pour les finances publiques de l’ancien système des certificats verts wallons ou encore des données sur les partenariats publics-privés (mode de financement par lequel une autorité publique fait appel au privé pour financer et gérer un projet lié au service public).

Une réunion des chefs de cabinet des ministres du gouvernement wallon a eu lieu la semaine dernière où la liste complète (et vaste) des demandes d’Eurostat a été donnée. Et toutes ces infos doivent être récoltées dans l’urgence : l’ICN, qui les centralisera pour Eurostat, donne à la Wallonie jusqu’au 1er mars, dernier délai. Si une « dette cachée » devait finalement être décelée par Eurostat, les déficits wallons des années précédentes et la dette publique pourraient se voir aggravés rétrospectivement.

FGTB-métal : «Le bilan de Di Rupo est catastrophique»

François Brabant, « Le Vif », 20 février 2014 

Nico Cué, le secrétaire général de la FGTB-métal, carbonise le Premier ministre socialiste et réclame du changement à la tête de son organisation.

2014-02-21_195138Le Vif/L’Express: Votre mes-sage, vos modes d’action sont-ils encore en adéquation avec la société d’aujourd’hui?

Nico Cué : La FGTB est face à une question existentielle. Cette évolution de l’économie qu’on dénonce, en tant que syndicalistes, on l’a accompagnée, puisqu’on a signé des accords. Doit-on continuer à accompagner, ou doit-on entrer en rupture avec un système qui est en train de nous ramener un siècle et demi en arrière ? C’est la question centrale.

Quand vous dites « accompagner », vous voulez dire : jouer le jeu de la concertation sociale, dialoguer avec les responsables politiques, en particulier ceux du PS, pour tenter de limiter la casse ?

Voilà. Jusqu’à présent, les dirigeants syndicaux se sont dit : les réformes restent à la marge, le gros des troupes n’est pas touché. Donc on accompagne et on essaye de corriger ce qu’on peut. Est-ce encore la réponse adéquate ? Nous, les métallos, on pense que non. Si ça continue, les gouvernants rétabliront l’esclavage, et les syndicats s’occuperont de négocier le poids des chaînes.

Que devrait faire la FGTB ?

Quand il y a une tempête, on doit rester sur ses racines. Je pense qu’on doit revenir à la déclaration de principe de la FGTB, rédigée en 1945. Celle-ci pose les bases d’une société plus égale, une société sans classes, avec une redistribution correcte des richesses, en toute indépendance avec les partis politiques. Aujourd’hui, je crains fort qu’on s’en écarte.

Le mandat d’Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, arrive bientôt à échéance. Le congrès qui se tiendra en octobre doit-il servir à redéfinir la ligne stratégique de votre organisation ?

Oui, la FGTB doit se ressaisir. Il faut fondamentalement réorienter nos positions. Je ne suis pas satisfait d’Anne Demelenne et de l’équipe en place.

Que lui reprochez-vous ?

D’abord de ne pas être à l’écoute de sa base. Ensuite, concernant l’organisation de la contestation, ça ne va pas. En 2012, la FGTB a adopté cinq points de rupture par rapport aux mesures du gouvernement fédéral. Au fil des mois, ces points de rupture sont devenus des feux orange, puis des feux verts. Mettez-vous à la place de nos gars qui sont à l’usine. Ils disent à leurs collègues : ne vous tracassez pas, sur ces cinq points-là, la FGTB ne cèdera pas. Et puis, ils entendent Anne Demelenne sur les plateaux télé amenuiser ces cinq points, pour les ramener à rien du tout.

La législature touche à sa fin. Quel bilan tirez-vous du gouvernement Di Rupo ?

Catastrophique. De toute ma vie de militant, je n’ai jamais vu ça. J’ai vécu les restructurations de la FN, de la sidérurgie, des milliers d’emplois perdus. Mais c’est la première fois, comme citoyen, que je me sens touché en profondeur dans ma qualité de vie. Par le passé, les combats étaient difficiles, mais on rebondissait. Je me rappelle les neuf semaines de grève à la FN contre le blocage des salaires, en 1986. Ici, j’ai l’impression qu’on ne renégociera plus les salaires. Ils vont nous les bloquer pour dix ans. On va vers un appauvrissement généralisé.

Avec l’index et le chômage illimité dans le temps, l’essentiel n’a-t-il pas été maintenu ?

Non, le modèle est cassé… Les réformes sont trop profondes, trop brutales. Ce qui m’attriste, c’est qu’on a sacrifié notre modèle social pour maintenir un pays qui risque de toute façon de ne pas tenir la route. Si au moins la scission des allocations familiales avait permis de liquider la N-VA… Mais on en est loin. Je ne suis pas devin, j’ignore ce qui va se passer après le 25 mai. Tout le monde pense que Di Rupo a gagné. Moi, je pense qu’il est battu.

Lutgen propose de construire sa première « nouvelle ville » de Wallonie à La Louvière

« Le Vif », Belga, 19 février 2014

Neuf mois après avoir plaidé pour la construction de « nouvelles villes » en Wallonie, le président du CDH, Benoît Lutgen, a identifié mercredi neuf zones potentielles sur le territoire wallon, avec un premier projet concret localisé à La Louvière.

2014-02-19_215522Selon M. Lutgen, cette « nouvelle ville, qu’il propose d’ériger sur 100 à 150 ha désaffectés situés à l’ouest du canal historique, entre le centre de la Louvière et Houdeng-Goegnies, pourrait accueillir 10.000 personnes au minimum.

S’appuyant sur d’autres projets déjà menés à l’étranger (Bilbao,…), l’objectif du CDH est de créer une « La Louvière-la-Neuve » avec 5.000 logements, mais aussi des entreprises, voire un pôle de recherche universitaire, et tous les services nécessaires aux résidents tels que des crèches, des écoles, des maisons de repos, des infrastructures culturelles ou de santé.

Le coût du projet est évalué à 1,5 milliard d’euros financés à 20% par les pouvoirs publics (via notamment des fonds régionaux mais aussi européens) et à 80% par le privé. Les logements y seraient ainsi vendus à un prix moyen de 200.000 euros.

« Ceci n’est que le premier rendez-vous. D’autres projets urbains seront présentés dans les semaines à venir », a indiqué M. Lutgen, précisant que le centre d’étude du parti étudiait d’autres localisations.

Les neuf zones identifiées ont été déterminées à l’aune de différents critères, notamment la proximité d’axes de communication (rail, route ou fluvial), l’existence de surfaces disponibles, la présence d’activités économiques, etc.