CD&V et N-VA : chou vert et vert chou

Jules Gheude, essayiste politique

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Jules Gheude, en 2007, entre François Perin (à gauche) et Xavier Mabille.

Il  s’agit  ici  d’une  version  remaniée  de la «carte blanche»  intitulée  «CD&V  et  N-VA : le flirt permanent» et parue dans «Le Soir» du 28 janvier 2014 (http://jn.lesoir.be/#/article/115795)

Si son objectif final demeure bien, selon ses statuts, l’émergence d’un Etat flamand, la N-VA n’entend pas brusquer les choses. Il ne s’agit pas, pour elle, d’adopter un processus révolutionnaire, mais évolutif, en douceur si l’on peut dire. D’où sa proposition visant à mettre sur pied, dans les meilleurs délais, un schéma confédéral, en tous points  conforme aux résolutions que le Parlement flamand a adoptées en 1999 et que les responsables francophones ont eu le tort de sous-estimer : échelon central réduit à l’état de coquille vide par le transfert massif de compétences à la Flandre et à la Wallonie, cogestion de Bruxelles.

Cette notion de confédéralisme avait été lancée au début des années 1990 par le CVP Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand. Voici ce qu’il déclarait, le 13 janvier 1993 : « Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme. (…) Nous avons le devoir de continuer à réfléchir à la poursuite de la formation de l’Etat flamand. » Difficile d’être plus clair !

La constitution, en 2004, du cartel CD&V/N-VA montra d’ailleurs que les deux formations se rejoignaient sur cet objectif.

Il ne faut surtout pas que les francophones soient dupes. Bien qu’ils se fassent aujourd’hui concurrence dans la joute électorale, CD&V et N-VA restent en état de flirt. Comme le déclarait récemment l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : « La relation entre le nationalisme flamand et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand ».  Pour le dire autrement, entre Kris Peeters et Bart De Wever, il y a l’épaisseur d’un papier de cigarette.

Il nous paraît bon de rafraîchir la mémoire de Charles Michel quant aux intentions réelles de Wouter Beke, le président du CD&V. A peine l’accord sur la 6ème réforme de l’Etat était-il obtenu que ce dernier s’empressait de lâcher : « Personne ne niera qu’une 7e réforme de l’Etat viendra un jour. L’approfondissement de l’Etat est irréversible. » Cet approfondissement, c’est, comme il l’a précisé en 2007, « une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. » Et d’ajouter : « Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance. »

Wouter Beke ?  Pas vraiment un tendre, en somme !

Le nationalisme flamand est un phénomène irréversible, dont aucune réforme de l’Etat ne pourra venir à bout. Rien ni personne ne pourra empêcher, à terme, l’envol d’un Etat flamand souverain, lequel n’aura aucune difficulté à se faire reconnaître sur la scène européenne et internationale.

Le phénomène n’est d’ailleurs pas unique, comme en témoignent les velléités de l’Ecosse et de la Catalogne de rompre également avec leurs cadres étatiques respectifs.

La stratégie flamande est celle du « stap voor stap ». Comme l’a écrit François Perin, dans sa préface à mon livre « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique » (1)  – ce fut son dernier écrit : « Or, l’option confédéraliste, qu’une très large majorité flamande prône depuis 1999, n’est, comme l’a été le fédéralisme, qu’une nouvelle étape pour accéder finalement à l’autonomie complète de la Flandre. »

Plutôt que de s’accrocher à ce fédéralisme dont l’ancien Premier ministre CD&V Yves Leterme a dit lui-même qu’il avait « atteint ses limites », les dirigeants francophones doivent avoir le courage d’affronter la réalité et de préparer leurs concitoyens à l’après-Belgique.

Il y a sept ans, feu Xavier Mabille, le président du Crisp, évoquant l’hypothèse de la scission de l’Etat, précisait : « hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure. » (2)

(1) « Mon Petit Editeur », 2014. (2) « Dans sa préface à mon livre « L’incurable mal belge sous le scalpel de François Perin », Ed. Mols, 2007.