Philippe Henry: «Je ne cherche pas les effets d’annonce»

Alice Dive, « La Libre Belgique », 24 janvier 2014

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À quatre mois des élections, l’Ecolo Philippe Henry dresse un bilan de son travail.

Ces derniers mois, vous avez été particulièrement absent des médias. Travailler dans l’ombre sans faire de vagues, c’est la méthode « Henry » ?

Oui, c’est plus ou moins cela effectivement. Disons que je ne cherche pas à faire des effets d’annonce, je ne souhaite pas faire des réformes « spectaculaires » qui ne seraient pas durables et fondées sur la conviction personnelle qu’elles sont utiles et qu’elles seront efficaces dans le futur. Alors ça n’est peut-être pas dans l’air du temps, cela va probablement à l’encontre du besoin de polémique que l’on connaît aujourd’hui dans le monde politique et dans le monde médiatique. Mais pour moi ce qui importe, c’est d’avoir une approche méthodique et rigoureuse permettant d’aboutir à une réforme qui soit à la fois ambitieuse et qui ne se contredit pas elle-même dans le sens où, parce qu’on aurait finalement fait des compromis alambiqués à la demande de chacun, on aurait chargé et compliqué un texte. Cela pour moi, c’est non.

Cette méthode vous a parfois desservi tout de même…

Absolument pas. J’ai toujours fait les choses dans l’ordre au point qu’en début de mandat (on ne me le reproche plus aujourd’hui) quand j’étais jeune ministre, on me reprochait que tout était trop long. Il aurait fallu que toutes les réformes soient faites avant de commencer à travailler. Alors que moi justement, je voulais faire les choses dans l’ordre en diagnostiquant les différentes situations, et ensuite en pensant les réformes de manière complète. Je l’ai fait et aujourd’hui après cinq ans de législature je peux le dire, cette méthode fonctionne. Pour le reste, j’ai connu quelques fois des attaques mais qui ne m’ont pas ébranlé parce que j’avais la conviction d’avoir pris la bonne décision.

Au sein du gouvernement wallon, d’aucuns affirment que votre collègue Jean-Marc Nollet, Ecolo, aurait souvent pris l’ascendant sur vous. C’est le cas ?

Non, je pense justement que c’est tout le contraire. Je suis en charge d’un ministère qui brasse de larges compétences, et qui occupe beaucoup de temps de discussion en gouvernement. Ce n’est donc pas toujours simple parce qu’il y a effectivement un rôle particulier qui est joué par les vice-présidents, ceux qui assurent l’équilibre général du gouvernement. Pour le reste, Jean-Marc avec qui j’entretiens des relations de très longue date, m’a justement permis d’occuper complètement la place sur mes matières et sur la discussion politique autour de celles-ci. J’ai toujours eu ma place au sein du gouvernement wallon. Mais c’est vrai que la dynamique même d’un gouvernement de coalition fait que c’est parfois difficile pour les ministres fonctionnels d’avoir la place, le temps de discussion suffisant pour aborder leurs dossiers à chaque gouvernement.

Comment expliquer la longueur de retard des écologistes dans certains dossiers ?

La vraie explication, c’est que nous sommes des réformateurs. J’entends « réformateurs » au sens premier du terme, c’est-à-dire que nous voulons réformer la Wallonie. Et c’est vrai que sous cette législature, il y a eu un cahier des charges extrêmement lourd de réformes, et donc beaucoup de réformes dans nos compétences à Jean-Marc et à moi-même. Nous avons mené à peu près tous ces dossiers. Mais c’est sûr que c’est plus facile de faire des petits effets d’annonce ou des réformettes que de mener de grandes réformes comme nous l’avons fait.

Les élections, c’est dans quatre mois. Quid de la position des Verts à l’échelon régional ?

Nous n’avons pas de coalition favorite ni de volonté d’être absolument au pouvoir. Ce qui compte pour nous, c’est le projet et c’est la réforme. D’ailleurs, cela se voit dans les réformes que nous avons menées. Vous pensez bien que si on avait cherché à ne pas avoir de soucis médiatiques, on aurait envisagé les choses autrement. Que ce soit sur l’éolien, le Sder, le CoDT… On n’a jamais pris la voie de la facilité, cela je pense qu’il faut nous le reconnaître. Et je pense que ce qui décidera Ecolo à aller dans un prochain gouvernement et dans quel gouvernement, ce sera bien sûr les résultats électoraux des uns et des autres, mais aussi le projet qu’il est possible d’y mener. L’Olivier a fait un travail considérable mais ce n’est pas pour ça que telle ou telle coalition sera toujours positive ou au contraire toujours négative. On verra au lendemain des élections quels sont les projets que les partis sont prêts à mettre sur la table, et à couler dans une nouvelle déclaration de politique régionale.