La dette wallonne dépasse les 11 milliards d’euros, le ministre Antoine disait 6 …

2013-12-20_205548Stéphane Tassin,

«La Libre Belgique», 20 décembre 2013

Le 25e rapport de la Cour des comptes adressé au Parlement wallon est particulièrement assassin pour les finances wallonnes. En effet, alors que le ministre wallon en charge du Budget André Antoine annonçait en Commission que la dette à long terme de la Région atteignait 6,25 milliards d’euros, la cour arrive à un tout autre montant puisqu’elle annonce une dette de 11,237 milliards d’euros. Nous avons toujours dit qu’il y avait une partie de la dette qui était cachée. Cette nouvelle est catastrophique pour la Wallonie. Nous avions toujours fait état de nos craintes au ministre en développant nos arguments point par point. Toute la stratégie de la Région consiste à évacuer la dette via d’autres mécanismes et d’autres constructions budgétaires, explique Willy Borsus, chef de groupe MR au Parlement wallon.

Pour arriver à ce montant de 11,237 milliards d’euros, la Cour additionne en effet la dette à long terme de la Région, la dette à long terme des institutions et les engagements de remboursement de la Région.

Mais c’est dans les conclusions de son rapport que la Cour est la plus sévère pour les finances régionales : La Cour rappelle que les principes comptables de régularité, de sincérité et d’image fidèle constituent les fondements de toute comptabilité. Toutefois, les bilans et compte de patrimoine établis par la Région n’y répondent actuellement pas. La Cour insiste dès lors sur la nécessité de veiller à ce que ces comptes donnent dorénavant une image fidèle, sincère et régulière de la situation financière et patrimoniale de la Région.

Willy Borsus craint donc que la dette soit encore plus importante qu’annoncée : Ce montant se base sur des données incomplètes… du fait de l’absence de rigueur dans la gestion des finances publiques. Il y a une absence de transparence, un non-respect des obligations comptables, une absence de procédure de contrôle interne, etc. Le ministre Antoine a toujours refusé notre demande d’audit de la dette wallonne, si on n’a rien à cacher on ne refuse pas.

Et le MR d’enfoncer encore une fois un peu plus le clou en abordant la question de la dette garantie de la Région On parle ici de 6 milliards d’euros en plus qui sont garantis par la Région pour d’autres entités. On peut citer par exemple la SWL (NdlR : Société wallonne du logement). Si ces institutions ne parviennent pas à rembourser leurs emprunts, c’est la Région qui doit suppléer, précise Willy Borsus qui affirme quand même rester confiant dans la capacité de remboursement des organismes visés.

Le MR veut des explications

La Cour des comptes indique encore qu’outre ces engagements de remboursements d’emprunts, la Région est également tenue au respect d’autres engagements financiers qui n’ont pas été examinés dans le rapport, c’est inquiétant, poursuit Borsus qui insistera également sur les prises de participation de la Région. La Cour a constaté que la Région ne dispose pas d’un inventaire exhaustif et centralisé des participations financières qu’elle a acquis directement ou par l’intermédiaire de mandataires.

Sur ce sujet, le rapport de la Cour n’est pas moins tendre et renvoie le gouvernement wallon à sa déclaration de politique régionale wallonne 2009-2014 : Le gouvernement avait promis d’examiner en collaboration avec elle, la manière d’étendre sa mission de contrôle sur les institutions dépendant de la Région, dont les sociétés anonymes de droit public chargées des missions déléguées au nom et pour le compte de la Région wallonne.

Le MR souhaite donc que le gouvernement wallon s’explique sur ces montants très différents : Ce rapport met à mal le satisfecit hâbleur du ministre du Budget qui encore tout récemment, lors de l’examen du budget initial, a ironisé sur le catastrophisme du MR. La Cour des comtes ce n’est pas le MR, c’est un organisme sérieux et indiscutable. Et son rapport est très sévère pour la gestion des finances publiques, conclut Willy Borsus.

La balle est donc dans le camp du ministre Antoine. Précisons que le montant avancé par le ministre en commission (6,25 milliards) n’est pas non plus un montant fantaisiste. On le retrouve dans le rapport de la Cour (p. 169). Mais ce montant en exclut effectivement d’autres qui, selon la Cour, doivent être considérés comme faisant partie intégrante de la dette wallonne.