École: quand la Communauté navigue à vue

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Pierre Bouillon,

« Le Soir », 29 novembre 2013

Le gouvernement Olivier s’est accordé sur le plan devant augmenter la capacité de nos écoles. En trois ans, on va ouvrir 13.750 places selon un processus qui ne blesse aucune susceptibilité, en tout cas pas gravement.

La controverse portait sur le financement de l’affaire. CDH et Ecolo proposaient un régime égal pour tous les réseaux. Le PS s’est cabré en invoquant le Pacte scolaire. On s’est accordé.

Le compromis est subtil.

L’école libre recevra davantage de moyens que ce que lui promettent les clés de financement du Pacte scolaire. Et le réseau de la Communauté française (écoles ex-Etat) recevra davantage de moyens que ce qui lui fait mériter son nombre d’élèves. C’est une pirouette. Mais les contorsions sont souvent le prix des accords politiques. L’essentiel était d’engager un plan permettant de détendre la tension croissante entre le nombre d’élèves et le nombre de places disponibles dans les écoles.

Commandé par les présidents de partis le 6 novembre, le scénario arrêté jeudi aura finalement été monté rapidement (deux semaines de débats, c’est court). Ce qui inquiète, et fameusement, c’est le temps qu’il a fallu pour que le sujet vienne sur la table. Le boom démographique est annoncé depuis longtemps. Il a même porté le gouvernement de la Communauté, via son ministre Jean-Marc Nollet, à engager un plan de constructions/extensions d’écoles lourd de 1,2 milliard. Mais ce programme ne donnera ses pleins effets que d’ici 2017.

Le problème, ce sont ces trois années 2014, 2015 et 2016 et une pression démographique que personne ne semble avoir vue venir, que personne du côté politique n’a réellement pressentie, faute de disposer d’un véritable état des lieux de l’offre scolaire, faute de disposer d’un outil sérieux de prospective démographique. Or les faits sont là : à Bruxelles, des écoles (surtout dans le maternel) saturent au moment où l’on se parle. Et il aura fallu que… un directeur d’école donne de la voix (dans Le Soir en l’occurrence) pour que le politique s’empare du problème.

C’est bien : cela prouve que la Communauté française n’est pas sourde.

C’est un atout, quand on est aveugle.