La biométhanisation wallonne asphyxiée

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Emmanuel Huet, «Vers l’Avenir», 26 novembre 2013

«Lors de notre première réunion, en septembre, on s’est tous rendu compte qu’on était tous dans une situation financière critique.» Depuis, en compagnie des représentants de 9 unités de biométhanisation agricoles en Wallonie – sur 15 existantes – Gaëtan de Seny a interpellé le gouvernement wallon. Le secteur, qui se structure progressivement autour de la FEBA, est exsangue. Certaines unités tournent au ralenti, d’autres sont tout simplement sous la tutelle des banques. «Nous rencontrons tous les mêmes problèmes, quelle que soit la puissance de notre installation.»

La biométhanisation permet de produire de l’énergie, ici de l’électricité et de la chaleur, au départ de déchets organiques. Dans le cas de la FEBA, les déchets proviennent du secteur agricole.

Chiffres à l’appui, le responsable de l’unité biogaz du Haut-Geer démontre que le secteur ne pourrait s’en sortir dans de telles conditions. Les unités sont coincées de toutes parts. Elles ne sont pas concurrentielles pour acheter des intrants servant à alimenter leurs usines. Et leur rentabilité a été sérieusement bousculée.«En 2010, le business plan tenait la route. En 2013, on boit le bouillon.»

Le prix de vente du MWh est passé de 52 € à 39 €. Celui des certificats verts de 85 € à 65 €. Une taxe d’injection de 5,5 à 6 € le MWh a été levée alors qu’elle n’existait pas en 2010. «Nous pouvions espérer 137 €/MWh. À l’heure actuelle, nous n’avons plus que 98 €, soit une baisse de près de 30 %.» Pour des installations récentes ne disposant pas de bas de laine, la santé financière est donc très précaire. À une poignée de kilomètres de la frontière flamande, Gaëtan de Seny rêve des conditions avantageuses dont bénéficient ses voisins néerlandophones.

La fuite de « nos » déchets

Les déchets produits sur le sol wallon deviennent une matière noble. Le constat est amer, la Wallonie n’est même plus en mesure de valoriser ses déchets car ils sont exportés. «La guerre pour obtenir des intrants est désormais lancée. Le coût d’approvisionnement a augmenté en moyenne de 30 €/MWh. Des traders spécialisés en déchets agroalimentaires occupent désormais le marché pour fournir les pays limitrophes qui ont les moyens financiers d’acheter de telles marchandises. Notre production de ‘déchets’organiques est en train de produire de l’énergie dans d’autres régions.»

Les ministres Di Antonio (agriculture), Nollet (Énergie), Henry, Marcourt (Économie) et Laruelle (agriculture au fédéral) ont été alertés en septembre. La Wallonie est à la traîne et le secteur ne se sent pas soutenu. Ce dont il a besoin, ce sont des mesures à long terme. Mais avant tout à court terme : «s’il n’y a pas de décision pour la fin de l’année, il y aura trois installations qui fermeront leurs portes.»