Les unifs prennent du galon dans les missions

2013-10-28_193752Alice Dive, « La Libre Belgique », 28 octobre 2013

Elles sont venues, elles ont vu, mais oserait-on dire qu’elles ont vaincu ? Les universités francophones, l’UCL, l’ULB, l’ULg et l’UMons en tête, sont visiblement parvenues à atteindre leur objectif initial commun, celui de se faire repérer par leurs homologues sud-africaines en se présentant stratégiquement ensemble et en travaillant en « interuniversitaire ». Et c’est tant mieux.

La première mission économique présidée par la princesse Astrid en Angola/Afrique du Sud qui s’est officiellement terminée ce samedi 26 octobre aura donc été également fructueuse sur le plan des collaborations pour le monde académique. Pour les universités francophones face à leurs équivalentes flamandes d’abord, pour le monde académique et scientifique face au monde économique surtout. Car, effectivement, s’il y a bien un élément qui vaut la peine d’être souligné au terme de cette semaine de mission « marathon », c’est bien l’omniprésence et la singulière visibilité des universités, francophones comme flamandes d’ailleurs. Une situation nouvelle, une constatation récente qui contraste avec la mentalité 100 % économique qui prévalait jusqu’alors.

Vers un décloisonnement entre les deux mondes

Pendant longtemps, les universités ont été occultée s par les entreprises dans ce genre de missions, expose Serge Jaumain, vice-recteur aux relations internationales de l’ULB. Les journalistes couvraient essentiellement les aspects économiques des missions parce qu’il y avait beaucoup d’argent et d’emplois en jeu. Alors, bien sûr, c’était légitime puisqu’il s’agissait et s’agit toujours de missions économiques, mais petit à petit on a vu les universités se faire repérer par le monde des affaires, notamment grâce au plan Marshall. Son recteur, Didier Viviers, appuie : Les délégations académiques sont de plus en plus importantes dans les missions économiques. Et le bénéfice est à double sens. Dire que nous faisons partie d’une mission économique est important, mais le fait que les entreprises voyagent avec les recteurs et les universités constitue aussi pour elles une manière de dorer – je n’ai pas dit de « redorer » – leur blason.

Bruno Delvaux, le recteur de l’UCL, ne dit pas le contraire : Dans le service à la société, il y a tout ce qui concerne la valorisation de la Recherche. Et pour cela, voyager avec des entreprises est tout à fait intéressant. Je pense notamment aux projets qui peuvent être mis en place via des spin-offs. A l’inverse, les entreprises ont clairement un intérêt à côtoyer le monde universitaire

Un décloisonnement entre le monde entrepreneurial et le monde universitaire que le ministre de l’Economie et de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), dit vouloir favoriser : Pendant longtemps, les universités ont été des passagers clandestins dans ces missions économiques. C’est regrettable, car je pense que faire des voyages qui associent institutions académiques et scientifiques et acteurs économiques donne une véritable taille critique aux missions, dans la mesure où on ne vient pas seulement pour faire des affaires mais aussi pour développer des relations non commerciales. On l’a très bien ressenti en Afrique du Sud. Il faut continuer à jeter des ponts entre ces deux mondes, ma double casquette le permet.

Peu de signatures mais des ponts jetés

Sur le plan des collaborations effectivement engrangées (mobilité étudiante, échange de doctorants, cosupervision de thèses…) entre unifs belges francophones et sud-africaines, force est de constater que très peu d’entre elles ont fait l’objet d’actes signataires. Mais peu importe, paraît-il, ce qui compte c’est l’intensité que l’on y met. Les unifs se sont toujours bien entendues en missions mais avant, c’était à celle qui allait signer le plus de conventions avec les universités étrangère, se souvient Bernard Rentier, le recteur de l’ULg. Alors que finalement, il y a souvent un côté un peu stérile dans l’acte de signer. L’important, c’est de jeter des ponts entre les unifs.

Et Pierre Dehombreux, vice-recteur aux relations internationales de l’UMons de résumer: Signer une convention donne un certain cadre à la discussion. Mais aujourd’hui, nous ne sommes plus dans cette course à la convention à tout prix. Au contraire, on va plutôt se concentrer sur un nombre moins élevé de partenaires. Entre les universités francophones, c’est clairement dans leurs relations internationales qu’elles sont les plus franches. Sincèrement, en missions, il y a toujours eu un respect mutuel et un très bon état d’esprit entre les universités francophones.

Révélateur de cet état d’esprit positif précisément, les recteurs n’ont pas hésité à se lancer mutuellement un petit défi consistant à placer dans chacune de leurs interventions orales le caractère d’un des sept nains… pari tenu !