Les petites entreprises belges paient de plus en plus d’impôts

2013-10-25_200558R. Meu, « La Libre Belgique », 24 octobre 2013

D’après Deloitte, les PME ont perdu 39 % de leur valeur depuis le début de la crise. Ce sont des résultats interpellants, voire choquants.

Les petites et moyennes entreprises (PME) sont loin d’être sorties de la crise, selon le consultant qui se base sur la situation de ses clients. Depuis 2007, les PME ont ainsi perdu près de 40 % de leur valeur. Enorme. Deloitte s’est spécialisé depuis plusieurs années dans l’entreprise familiale. Le consultant accompagne et conseillé 5.000 entreprises de ce type en Belgique. Nous avons accès à des données plus confidentielles que les chiffres publics, de la Banque nationale, et donc une vision plus proche de la réalité des entreprises, souffle-t-on chez Deloitte. Le baromètre du consultant, basé sur un échantillon de 2.500 entreprises, montre que le signal est au rouge pour la majorité des PME.

La moitié d’entre elles ont ainsi vu leur chiffre d’affaires chuter en 2012. Autre facteur inquiétant : le nombre d’entreprises qui investissent est historiquement bas. Moins d’un tiers des PME familiales recrutent. Il reste une très grande incertitude quant au futur, pointe-t-on chez Deloitte.

D’après Deloitte, si l’incertitude reste élevée chez les entrepreneurs, cela est notamment dû à une pression fiscale de plus en plus lourde pour les PME. Soyons clairs, le taux d’imposition n’a pas changé pour les entreprises, mais certaines « petites » mesures prises par le gouvernement, notamment sur les voitures d’entreprise ou la déductibilité des frais, ont un impact direct sur la fiscalité des entreprises, explique l’expert fiscal Henk Hemelaere. Ce sont des mesures très techniques, qui paraissent minimes, mais qui, au final, augmentent sensiblement la pression fiscale.

Un tiers des sociétés de management paient ainsi plus que le taux maximal (34 %) d’imposition. L’impact fiscal sur les petites entreprises correspond à la moitié de leur masse salariale. Si vous rajoutez à cela que l’employé paie lui aussi entre 40 et 50 % de ce salaire brut en cotisations sociales et en précompte professionnel, le gain est énorme pour l’Etat, développe le consultant Nikolaas Tahon. Cela fait réfléchir à deux fois avant d’embaucher. Près de la moitié des entreprises consacre au moins 37,6 % de sa trésorerie opérationnelle aux charges fiscales et parafiscales. Un chiffre qui a augmenté de 2,6 % en deux ans.

D’après l’étude de Deloitte, il y a toutefois des raisons d’espérer. Les PME belges ont ainsi limité la casse par rapport à leurs consœurs européennes, notamment françaises ou hollandaises. En cause ? La « mentalité belge ». Les PME belges sont assez « conservatrices ». Le modèle est celui de l’entrepreneur de base et pas celui, anglo-saxon, d’un financier où l’on partage les risques mais on cherche aussi le dividende à tout prix, poursuit M. Tahon. Les entreprises familiales belges auraient ainsi souvent une vision à long terme et une capacité de financement propre importante, ce qui permet de mieux passer les crises.

Si certains secteurs ont littéralement plongé (construction, industrie), d’autres relèvent la tête, comme les services qui se sont « modernisés » et commencent à trouver leur salut à l’export.