Archives mensuelles : octobre 2013

Les communes sont dans le rouge: «Les conséquences risquent d’être dramatiques»

2013-11-02_134210G.My, « Le Soir », 29 octobre 2013

Les communes wallonnes sont en difficultés, ce n’est plus un secret. Licenciements en cascade, à Colfontaine, Andenne ou encore à Ath notamment, sont à craindre ou ont déjà eu lieu.

«  Rien d’étonnant à cela  », estime Jacques Gobert, bourgmestre PS de La Louvière et président de l’Union des villes et communes de Wallonie, invité politique de Bel-RTL ce mercredi matin. «  La situation financière des communes ne fait que s’aggraver et les conséquences risquent d’être dramatiques, que ce soit en termes d’emploi, de taxation ou de services  ». Une situation due, selon Jacques Gobert, «  à toute une série de décisions prises récemment ».

«  Il faut craindre que le statut public des travailleurs soit remis en cause », explique Jacques Gobert. «  Cela change notamment le système des pensions de ces personnes  ».

 

Malgré tout, Jacques Gobert se veut rassurant : «  on ne peut pas imaginer des situations extrêmes comme celle que les États-Unis ont connue avec la faillite de Detroit mais on peut craindre des diminutions de l’offre de services  ». Et de conclure, «  il faut laisser une marge de manœuvre aux communes  ».

Les unifs prennent du galon dans les missions

2013-10-28_193752Alice Dive, « La Libre Belgique », 28 octobre 2013

Elles sont venues, elles ont vu, mais oserait-on dire qu’elles ont vaincu ? Les universités francophones, l’UCL, l’ULB, l’ULg et l’UMons en tête, sont visiblement parvenues à atteindre leur objectif initial commun, celui de se faire repérer par leurs homologues sud-africaines en se présentant stratégiquement ensemble et en travaillant en « interuniversitaire ». Et c’est tant mieux.

La première mission économique présidée par la princesse Astrid en Angola/Afrique du Sud qui s’est officiellement terminée ce samedi 26 octobre aura donc été également fructueuse sur le plan des collaborations pour le monde académique. Pour les universités francophones face à leurs équivalentes flamandes d’abord, pour le monde académique et scientifique face au monde économique surtout. Car, effectivement, s’il y a bien un élément qui vaut la peine d’être souligné au terme de cette semaine de mission « marathon », c’est bien l’omniprésence et la singulière visibilité des universités, francophones comme flamandes d’ailleurs. Une situation nouvelle, une constatation récente qui contraste avec la mentalité 100 % économique qui prévalait jusqu’alors.

Vers un décloisonnement entre les deux mondes

Pendant longtemps, les universités ont été occultée s par les entreprises dans ce genre de missions, expose Serge Jaumain, vice-recteur aux relations internationales de l’ULB. Les journalistes couvraient essentiellement les aspects économiques des missions parce qu’il y avait beaucoup d’argent et d’emplois en jeu. Alors, bien sûr, c’était légitime puisqu’il s’agissait et s’agit toujours de missions économiques, mais petit à petit on a vu les universités se faire repérer par le monde des affaires, notamment grâce au plan Marshall. Son recteur, Didier Viviers, appuie : Les délégations académiques sont de plus en plus importantes dans les missions économiques. Et le bénéfice est à double sens. Dire que nous faisons partie d’une mission économique est important, mais le fait que les entreprises voyagent avec les recteurs et les universités constitue aussi pour elles une manière de dorer – je n’ai pas dit de « redorer » – leur blason.

Bruno Delvaux, le recteur de l’UCL, ne dit pas le contraire : Dans le service à la société, il y a tout ce qui concerne la valorisation de la Recherche. Et pour cela, voyager avec des entreprises est tout à fait intéressant. Je pense notamment aux projets qui peuvent être mis en place via des spin-offs. A l’inverse, les entreprises ont clairement un intérêt à côtoyer le monde universitaire

Un décloisonnement entre le monde entrepreneurial et le monde universitaire que le ministre de l’Economie et de l’Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS), dit vouloir favoriser : Pendant longtemps, les universités ont été des passagers clandestins dans ces missions économiques. C’est regrettable, car je pense que faire des voyages qui associent institutions académiques et scientifiques et acteurs économiques donne une véritable taille critique aux missions, dans la mesure où on ne vient pas seulement pour faire des affaires mais aussi pour développer des relations non commerciales. On l’a très bien ressenti en Afrique du Sud. Il faut continuer à jeter des ponts entre ces deux mondes, ma double casquette le permet.

Peu de signatures mais des ponts jetés

Sur le plan des collaborations effectivement engrangées (mobilité étudiante, échange de doctorants, cosupervision de thèses…) entre unifs belges francophones et sud-africaines, force est de constater que très peu d’entre elles ont fait l’objet d’actes signataires. Mais peu importe, paraît-il, ce qui compte c’est l’intensité que l’on y met. Les unifs se sont toujours bien entendues en missions mais avant, c’était à celle qui allait signer le plus de conventions avec les universités étrangère, se souvient Bernard Rentier, le recteur de l’ULg. Alors que finalement, il y a souvent un côté un peu stérile dans l’acte de signer. L’important, c’est de jeter des ponts entre les unifs.

Et Pierre Dehombreux, vice-recteur aux relations internationales de l’UMons de résumer: Signer une convention donne un certain cadre à la discussion. Mais aujourd’hui, nous ne sommes plus dans cette course à la convention à tout prix. Au contraire, on va plutôt se concentrer sur un nombre moins élevé de partenaires. Entre les universités francophones, c’est clairement dans leurs relations internationales qu’elles sont les plus franches. Sincèrement, en missions, il y a toujours eu un respect mutuel et un très bon état d’esprit entre les universités francophones.

Révélateur de cet état d’esprit positif précisément, les recteurs n’ont pas hésité à se lancer mutuellement un petit défi consistant à placer dans chacune de leurs interventions orales le caractère d’un des sept nains… pari tenu !

Lettre ouverte de Nadia Geerts à la préfète des études de l’Athénée royal Paul Delvaux d’Ottigines – Louvain-la-Neuve

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Madame,

J’apprends avec stupeur que vous refusez ma venue dans votre établissement (sis à Louvain-la-Neuve), au motif que mon républicanisme serait… Serait quoi, au juste ? Incompatible avec l’appellation de votre athénée, royal ? Ou avec la dignité de ma fonction, peut-être ? Ou, si j’ai bien compris, avec le serment de fidélité au roi et obéissance à la Constitution et aux lois du peuple belge que j’ai prêté ?

 

Sachez, Madame, que jamais il n’a été dans mes intentions de parler de république à vos chers élèves – dont j’espère évidemment que dans votre noble souci de les préserver de tout endoctrinement, vous ne les avez jamais autorisés et ne les autoriserez jamais, sous la conduite d’un enseignant féru de monarchie, à se déplacer pour une quelconque joyeuse entrée…

Et quand bien même j’aurais parlé de monarchie et de république, d’ailleurs ? Quand bien même j’aurais osé évoquer devant vos élèves le fait que la transmission héréditaire du rôle de chef de l’Etat était peu conforme à  une conception moderne de la démocratie ? Votre conception du rôle de l’enseignement officiel s’accommode-t-elle vraiment si mal de l’ouverture à un point de vue certes minoritaire, mais profondément démocratique ?

Ma visite, rappelons-le, n’aurait eu comme but que de rencontrer les élèves d’une classe de morale de 2è secondaire, et ce pour m’entretenir avec eux de laïcité. Je répète, pour que ce soit bien clair : je devais venir parler de laïcité à des élèves du cours de morale non confessionnelle, à l’invitation de leur professeur. Mais cela n’a pas eu l’heur de vous plaire… Vous avez donc refusé ma visite, non pas sur base du projet – qui me semble dans le droit fil de ce qu’un enseignant de morale peut organiser dans sa classe – mais sur base de ma personne, dont les idées que je défends par ailleurs ne vous semblent pas autorisées.

Pardonnez ma brutalité, Madame, mais en quoi cela vous concerne-t-il ? Est-ce à vous de décider si j’enfreins mes engagements d’enseignante en défendant par ailleurs (j’ai bien dis « par ailleurs ») des idées républicaines ?

Je suis enseignante depuis 1991, soit 22 ans. Lorsque j’ai cofondé le Cercle républicain, en 2000, je n’étais pas encore nommée. Cela ne m’a pas empêchée de l’être, alors même que j’avais publié un ouvrage en 2003 abominablement républicain, « Baudouin sans auréole ». Lorsque j’ai quitté en 2009 la Ville de Bruxelles, où j’étais nommée, pour un poste de maître-assistante en philosophie à la Haute école de Bruxelles, je n’ai pas non plus été arrêtée pour flagrant délit de républicanisme.

Et vous savez quoi ? C’est normal. Comme je l’explique dans mon dernier livre (1), les textes décrétaux définissant les obligations de l’enseignant en matière de neutralité sont en effet clairs : s’ils enjoignent à l’enseignant de s’abstenir de toute attitude et de tout propos partisans et de ne témoigner en faveur d’aucun système, c’est bien devant les élèves (2). En d’autres termes, l’enseignant conserve son entière liberté de s’engager, de militer, de manifester, de pétitionner, de prendre enfin des positions publiques, pourvu qu’il ne le fasse pas durant ses activités d’enseignement ou, plus précisément, devant les élèves. Et Xavier Delgrange de préciser : « L’enseignant demeure pour le reste “un citoyen à part entière, qui doit pouvoir participer aux débats philosophiques, idéologiques ou religieux de la société dans laquelle il s’insère et y exprimer ses propres conceptions, sans préjudice du respect de sa vie privée, de sa liberté syndicale, de son droit à se porter candidat aux élections ou d’assister à un office religieux”. »(3)

Certes, me direz-vous, mais les enseignants «  ne peuvent se livrer à aucune activité qui est en opposition avec la Constitution et les lois du peuple belge, qui poursuit la destruction de l’indépendance du pays ou qui met en danger la défense nationale ou l’exécution des engagements de la Belgique en vue d’assurer sa sécurité. Ils ne peuvent adhérer, ni prêter leur concours à un mouvement, groupement, organisation ou association ayant une activité de même nature. » (4)

Mais quelle interprétation faites-vous donc de cet article si vous en déduisez qu’il m’est interdit, de par son existence, de militer démocratiquement et pacifiquement pour un changement dans la méthode de désignation du chef de l’Etat ? Considérez-vous alors que nos représentants politiques, dès lors qu’ils prêtent ce même serment, s’engagent à ne jamais vouloir modifier aucun point de la Constitution ni aucune loi du peuple belge ?

C’est la première fois, Madame, que l’on m’interdit de m’exprimer dans une école. Le seul précédent concerne une « plainte » que Vigilance Musulmane avait déposée contre moi, mais c’étaitaprès que je me sois exprimée – et ce think thank a évidemment été débouté par la Communauté française. Laquelle, contrairement à vous, avait fort bien compris que, tout enseignante que je sois, j’avais parfaitement le droit de m’exprimer de manière engagée, en tant que militante, devant des élèves d’une autre école que celle dans laquelle j’enseignais, et qui n’étaient donc pas mes élèves. Voici à cet égard la réponse donnée par Marie-Dominique Simonet à la question de Christine Defraigne :

« À la suite d’une conférence donnée à l’Athénée provincial Jean d’Avesnes à Mons, une enseignante a fait l’objet d’une plainte déposée par Vigilance musulmane.

Conformément à la procédure prévue en l’espèce, j’ai sollicité une mission d’information auprès de la direction générale de l’enseignement obligatoire. Son rapport, qui vient de m’être communiqué, signale que la conférencière en question est désormais maître de conférences dans l’enseignement supérieur. Elle n’enseigne donc pas aux élèves dudit athénée et n’exerce aucune autorité sur eux. Elle avait été invitée, comme conférencière à s’exprimer sur l’un de ses ouvrages.

Dans le cadre de cette conférence, d’autres intervenants ont pris la parole. Un débat s’en est suivi dans l’école. À cette occasion, des opinions différentes ont été échangées, comme il est courant de le faire lorsqu’un conférencier aborde une thématique. Ce type d’activité permet de confronter divers avis et d’ouvrir le champ à la réflexion. En cela elle correspond bien aux objectifs pédagogiques de la Communauté française. Le rapport conclut en disant qu’il n’y a pas violation du décret sur la neutralité. Sur la base de tous ces éléments, que je trouve tout à fait pertinents, je ne donnerai pas suite à cette plainte.» (5)

Je suis scandalisée, mais aussi infiniment désolée, qu’une représentante de l’enseignement officiel surpasse, en matière de tentative de censure, une association défendant les intérêts partisans d’une communauté religieuse particulière.

Pour ma part, je suis profondément attachée à la démocratie, aux droits humains, à la liberté de conscience et à la laïcité. C’est de cet attachement que j’aurais témoigné devant quelques uns de vos élèves, si vous ne vous y étiez stupidement opposée. Dois-je en conclure que votre établissement est davantage royalqu’athénée (6) ?

Avec mes salutations profondément laïques et résolument républicaines

Nadia Geerts

(1) “Ecole, profs, élèves: La neutralité n’est pas neutre !” (La Muette 2012)
(2) sous-entendu évident: ses élèves.
(3) Commentaire de l’article 4 de la proposition devenue le décret de 1994, cité par Xavier Delgrange dans Enseignant et neutre ?,op.cit., p.45
(4) arrêté royal du 22/03/1969, chapitre II, article 12
(5) Parlement de la Communauté française, session 2009-2010, 9 juin 2010
(6) dans l’Antiquité, lieu de rassemblement des philosophes, à Athènes.

Un brûlot scientifique accable la stratégie éolienne wallonne

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Christophe Leroy, « Le Vif », 25 octobre 2013

Dans un document que Le Vif/L’Express s’est procuré en exclusivité, onze scientifiques de renom issus de quatre universités critiquent avec virulence la cartographie du cadre de référence éolien. « Elle est inexploitable et truffée d’erreurs méthodologiques ! »

C’est un véritable brûlot tourné vers la stratégie énergétique wallonne. D’ici quelques jours, onze personnalités scientifiques remettront aux autorités communales une analyse de 19 pages contestant en tout point la méthodologie utilisée pour réaliser la cartographie du cadre de référence éolien, principale feuille de route censée dessiner l’avenir énergétique d’ici 2020. Le Vif/L’Express a parcouru ce rapport en intégralité.

Effarés par l’impact d’un travail « bâclé », ces experts ont choisi d’exprimer leur point de vue quelques jours avant la fin de l’enquête publique sur l’éolien, le 30 octobre prochain. Les cosignataires, issus de quatre universités, sont des pointures dans leur domaine. Sept d’entre eux proviennent de l’ULg. Il s’agit de Jean-Paul Donnay, Michel Erpicum, Yves Cornet, Xavier Fettweis, Geoffrey Houbrechts, Edouard Poty et Jean-Marc Marion. L’UCL compte pour sa part deux représentantes avec Marie-Laurence De Keersmaecker et Isabelle Thomas. Frank Canters (VUB) et Philippe De Maeyer (Université de Gand) complètent cette liste impressionnante de géologues, géographes, cartographes et autres experts en climatologie.

Copieusement documenté et argumenté, le document remet tout simplement en question le bien-fondé de la stratégie visant à implanter plusieurs centaines de mâts éoliens en Wallonie d’ici 2020. « Toute l’estimation du productible à installer dépend de cette cartographie, analyse Jean-Paul Donnay, professeur de l’unité de géomatique de l’ULg. Mais elle est truffée d’erreurs méthodologiques, ce qui la rend quasiment inexploitable. Et par conséquent, l’estimation politique du dossier est à la fois biaisée et surestimée. Face à ce constat indéniable, il nous semblait crucial de dénoncer la dérive politique émanant d’une carte pseudo-scientifique. »

« Des données imprécises, inappropriées et incomplètes »

L’un des problèmes majeurs concerne la délimitation des fameuses « zones favorables » à l’implantation de parcs éoliens, basée sur un plan de secteur imprécis. « Les auteurs du dossier méthodologique étaient sans doute les mieux placés pour en juger puisqu’en 2006, ces mêmes auteurs écrivaient, déjà à destination du SPW, que la version numérique des plans de secteur « ne peut toujours pas être considérée comme juridiquement valable et de qualité suffisante » », mentionne l’analyse. L’équipe de scientifiques conteste aussi les autres méthodes utilisées en vue d’isoler les espaces adéquats. « Les zones d’exclusion dont la délimitation fait intervenir le potentiel de vent présentent une incertitude de l’ordre de 500 m pour ce seul critère, sans même tenir compte de l’erreur de 15 à 20% sur l’estimation du potentiel lui-même. »

D’après ces mêmes experts, il est par ailleurs « incompréhensible » que d’autres bases de données, plus récentes et précises, aient été omises lors de la confection de la carte éolienne. « Il s’ensuit une erreur de position très importante (plusieurs décamètres dans la majorité des cas) dans la délimitation des zones d’exclusion autour de l’habitat isolé », précise le document, images à l’appui.

Afin d’empêcher l’encerclement de villages ou d’habitations par des éoliennes, le cadre de référence compte garantir un angle de vue minimal (un « azimut ») de 130 degrés dénué de mâts sur un horizon de quatre kilomètres. Cette notion fait, là encore, l’objet de vives critiques dans le rapport des onze scientifiques. « Passons sur la définition originale du terme d’azimut, et même sur l’incohérence de la distance d’analyse […], pour rappeler simplement qu’un village n’est pas un point au milieu d’une plaine aride et observé à haute altitude par un aviateur. […] On ne peut faire l’économie d’études combinant inter-visibilité et encerclement, et le principe de ne retenir qu’un angle de vue préservé d’éoliennes par village est un non-sens. »

« Une exploitation politique dangereuse »

Les centaines de contradictions soulignées dans le document débouchent sur un constat implacable : la stratégie éolienne wallonne risque d’emprunter une voie aussi confuse que dangereuse. « Si on m’avait forcé à faire ce type de travail en 15 jours, je n’aurais sans doute pas fait mieux, commente Jean-Paul Donnay. Ce qui pose problème, c’est l’exploitation dangereuse de cette cartographie à l’échelle politique. Un tel document ne devrait même pas être soumis à enquête publique. »

En évacuant d’innombrables contraintes de terrain, les imprécisions du cadre éolien contribueraient à surestimer le potentiel énergétique de l’éolien – l’objectif est fixé à une production de 3.800 GWh en 2020 – et le nombre de zones favorables. « Il n’y a qu’une seule formule dans le rapport méthodologique, et elle est fausse, poursuit Jean-Paul Donnay. Même un enfant d’école primaire pourrait le voir. »

Les signataires du document tiennent à couper court aux accusations potentielles. « Que ce soit clair : nous sommes tous des écologiques dans l’âme. Nous ne remettons pas en question l’opportunité de développer l’éolien en Wallonie. Mais les contre-vérités sur ce sujet se multipliaient depuis bien trop longtemps. » Dans la foulée, Jean-Paul Donnay exclut l’hypothèse d’une guerre des tranchées académique. « Si aucun nom de l’ULB ne figure dans le document, c’est simplement parce que la géomatique est avant tout une discipline de l’ULg. Quant aux personnes qui ont réalisé la cartographie éolienne, nous ignorons dans quel contexte d’urgence elles ont dû travailler. Visiblement, la demande émanait directement d’un cabinet politique puisque l’administration n’en avait même pas connaissance à l’époque. »

L’étude contestée de la cartographie éolienne, entamée en octobre dernier, émane de la Faculté agronomique de Gembloux… membre de l’ULg. Elle a été réalisée par trois scientifiques de renom : les professeurs Philippe Lejeune, Claude Feltz et François Fourneau.

Sans une réplique scientifique capable de contester ce nouvel éclairage, la stratégie éolienne soumise aujourd’hui à enquête publique risque de s’enliser pour de bon. « Les autorités publiques commanditaires de cette étude cartographique ne semblent absolument pas conscientes des obstacles à une telle entreprise », assènent les onze scientifiques dans leur conclusion. Au vu des arguments exposés, la mission de sauvetage semble vouée à l’échec.

Les petites entreprises belges paient de plus en plus d’impôts

2013-10-25_200558R. Meu, « La Libre Belgique », 24 octobre 2013

D’après Deloitte, les PME ont perdu 39 % de leur valeur depuis le début de la crise. Ce sont des résultats interpellants, voire choquants.

Les petites et moyennes entreprises (PME) sont loin d’être sorties de la crise, selon le consultant qui se base sur la situation de ses clients. Depuis 2007, les PME ont ainsi perdu près de 40 % de leur valeur. Enorme. Deloitte s’est spécialisé depuis plusieurs années dans l’entreprise familiale. Le consultant accompagne et conseillé 5.000 entreprises de ce type en Belgique. Nous avons accès à des données plus confidentielles que les chiffres publics, de la Banque nationale, et donc une vision plus proche de la réalité des entreprises, souffle-t-on chez Deloitte. Le baromètre du consultant, basé sur un échantillon de 2.500 entreprises, montre que le signal est au rouge pour la majorité des PME.

La moitié d’entre elles ont ainsi vu leur chiffre d’affaires chuter en 2012. Autre facteur inquiétant : le nombre d’entreprises qui investissent est historiquement bas. Moins d’un tiers des PME familiales recrutent. Il reste une très grande incertitude quant au futur, pointe-t-on chez Deloitte.

D’après Deloitte, si l’incertitude reste élevée chez les entrepreneurs, cela est notamment dû à une pression fiscale de plus en plus lourde pour les PME. Soyons clairs, le taux d’imposition n’a pas changé pour les entreprises, mais certaines « petites » mesures prises par le gouvernement, notamment sur les voitures d’entreprise ou la déductibilité des frais, ont un impact direct sur la fiscalité des entreprises, explique l’expert fiscal Henk Hemelaere. Ce sont des mesures très techniques, qui paraissent minimes, mais qui, au final, augmentent sensiblement la pression fiscale.

Un tiers des sociétés de management paient ainsi plus que le taux maximal (34 %) d’imposition. L’impact fiscal sur les petites entreprises correspond à la moitié de leur masse salariale. Si vous rajoutez à cela que l’employé paie lui aussi entre 40 et 50 % de ce salaire brut en cotisations sociales et en précompte professionnel, le gain est énorme pour l’Etat, développe le consultant Nikolaas Tahon. Cela fait réfléchir à deux fois avant d’embaucher. Près de la moitié des entreprises consacre au moins 37,6 % de sa trésorerie opérationnelle aux charges fiscales et parafiscales. Un chiffre qui a augmenté de 2,6 % en deux ans.

D’après l’étude de Deloitte, il y a toutefois des raisons d’espérer. Les PME belges ont ainsi limité la casse par rapport à leurs consœurs européennes, notamment françaises ou hollandaises. En cause ? La « mentalité belge ». Les PME belges sont assez « conservatrices ». Le modèle est celui de l’entrepreneur de base et pas celui, anglo-saxon, d’un financier où l’on partage les risques mais on cherche aussi le dividende à tout prix, poursuit M. Tahon. Les entreprises familiales belges auraient ainsi souvent une vision à long terme et une capacité de financement propre importante, ce qui permet de mieux passer les crises.

Si certains secteurs ont littéralement plongé (construction, industrie), d’autres relèvent la tête, comme les services qui se sont « modernisés » et commencent à trouver leur salut à l’export.

Climat toujours morose sur le marché de l’emploi

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Belga, 24 octobre 2013

Le mois dernier, la Belgique comptait 449.602 chômeurs. C’est une hausse de 18.098 unités (+4,2%) par rapport à septembre 2012.

Le chômage a augmenté dans les trois Régions du pays mais un peu plus fortement en Flandre, annonce l’ONEM.

La Flandre comptait 169.535 chômeurs en septembre soit 12.944 unités de plus (+8,3%) par rapport à septembre 2012. En Wallonie, 200.235 personnes étaient sans emploi soit 3.915 (+2%) de plus qu’un an auparavant. Enfin, Bruxelles enregistrait 79.832 chômeurs soit 1.239 (+1,6%) de plus qu’un an plus tôt.

C’est en Wallonie que l’on retrouve le plus de chômeurs âgés (49.083), de jeunes chômeurs (33.613) et de longue durée (94.960). La Flandre comptait par contre le plus grand nombre de chômeurs temporaires (80.526 unités).

UWE : «Nous sommes champions du coût de l’énergie»

2013-10-25_195816Article signé P.S. dans « Vers l’Avenir » du 24 octobre 2013

« De combien faudrait-il baisser les coûts du travail dans votre entreprise pour assurer sa compétitivité ? » Pour 83 % des entreprises sondées par l’Union wallonne, la réponse est la suivante : « au moins 15 % et même plus de 20 % ».

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« Bien sûr, ce n’est pas une condition suffisante », admet Didier Paquot, qui évoque l’indispensable innovation, le développement des marchés à l’exportation. « Mais c’est une condition nécessaire pour être compétitif. Et à cet égard, on note une certaine déception par rapport aux mesures du plan de relance. Comme dit une grande entreprise : “on a besoin d’un choc de compétitivité” », insiste-t-il.

Vincent Reuter, le patron de l’UWE, revient sur les conditions de cette compétitivité. «Ça dépend en effet aussi des mesures politiques. Or, il y a une confusion entre les mesures de résorption du chômage et les mesures permettant d’augmenter structurellement la compétitivité des entreprises », dit-il. L’UWE réclame un soutien aux entreprises exposées à la concurrence internationale, soit à l’étranger, soit chez nous.

Ce n’est pas tout. L’administrateur-délégué ironise aussi sur «cette médaille accrochée gaillardement sur les Wallons  : champions du coût de l’énergie», lâche-t-il avec amertume. « On a réussi à tuer la filière nucléaire (l’UWE est favorable au maintien des centrales, NDLR), sans pour autant disposer d’un plan alternatif valable. Ce n’est pas pour autant qu’il faut freiner le développement du renouvelable. Mais le soutien au photovoltaïque risque de faire monter la note des ménages et des entreprises de 230 millions €. Faut-il s’attendre à la même “amusette” pour l’éolien?» s’inquiète-t-il.

P.S

Expropriations: fausse bonne idée

2013-10-25_201820Une contribution de Vincent Reuter, administrateur-délégué de l’Union wallonne des entreprises, « La Libre Belgique », 22 octobre 2013

Parmi les devoirs que s’est assigné le gouvernement wallon au crépuscule de la législature en cours figure en bonne place la présentation au Parlement, et le vote par ce dernier, d’un décret sur l’expropriation d’entreprises. L’intitulé réel est plus compliqué, mais revient à cela. Cette mesure représente certainement le moyen le plus néfaste imaginé par le gouvernement wallon pour protéger notre tissu économique. Inutile aussi, car ce but ne sera pas atteint de cette manière.

De quoi s’agit-il ? De donner le droit à la Région wallonne d’exproprier « pour cause d’utilité publique » un actionnaire qui décide de cesser tout ou partie de ses activités en Wallonie, lorsqu’elles sont considérées (par d’autres que lui) comme n’étant pas déficitaires. Après inventaire, la Région peut faire offre d’achat et l’entreprise dispose de quinze jours pour répondre (il ne s’agit pas d’être absent à ce moment-là). Sauf accord amiable avec l’entreprise, la Région peut poursuivre l’expropriation forcée, moyennant (quand même) une juste indemnité. L’expropriation peut se faire au profit d’un tiers, par exemple un concurrent de l’entreprise concernée.

Les objections de l’UWE peuvent se résumer comme suit. On observera d’abord que l’une des justifications avancées par le gouvernement est l’absence d’instrument de ce type en Wallonie, à la différence, dit-on, d’un pays comme la France. C’est une contre-vérité. Les débats actuels en France visent à imposer à l’entreprise l’obligation de chercher (pas de trouver) un repreneur, et non à attribuer à l’Etat le droit de se saisir d’une activité économique. Notons donc que même en France, on ne va pas aussi loin. Par ailleurs, on peut très fortement douter qu’il y ait une utilité publique à se concentrer sur le court terme en menant des missions de sauvetage, sans égard pour l’effet dévastateur durable d’une telle mesure auprès des investisseurs. Les étrangers bien évidemment (et on voit déjà d’ici les agents de l’AWEX assurer la promotion de la Région à l’étranger en vantant la Wallonie, son art de vivre, ses grands espaces, ses intérêts notionnels… Et son arsenal législatif à l’intention des actionnaires qui ne marchent pas au pas), mais aussi auprès des 70 000 entreprises wallonnes à qui ce décret s’appliquerait également ! On leur expliquera sans doute que c’est une des nouvelles mesures transversales du Plan Marshall 2022…

Sur le plan économique, ce décret enlève aux actionnaires de sociétés le droit de juger de ce qui est rentable ou non, et d’en tirer les conclusions eux-mêmes. On le fera désormais à leur place. On imagine aisément leur réaction, surtout si, comme c’est le cas, nous sommes les seuls à nous doter d’un tel instrument. Enfin, est-il judicieux de lancer la Région dans des aventures industrielles risquées pour le contribuable ? Qu’est-ce qui permet de croire qu’elle est mieux placée pour porter un jugement sur une activité économique que le propriétaire de cette dernière ? Est-ce qu’on s’imagine que les entreprises se restructurent pour passer le temps ? Et comment fixera-t-on des priorités ? Comment seront désignés les heureux bénéficiaires ? Premier arrivé, premier servi ?

On le voit, c’est toute une série de principes essentiels de notre droit économique et des sociétés qui sont remis en cause, et aussi, bien entendu, la liberté d’entreprendre elle-même. On ne peut qu’être stupéfait de voir qu’il se trouve un gouvernement pour franchir une étape majeure vers l’appropriation collective des moyens de production. Alors ? Pourquoi passer tout ce temps sur une mesure qui n’apportera rien à la Région, sauf d’abîmer sa réputation de terre d’accueil économique ? Si on se préoccupait, par exemple, de nous doter d’une politique énergétique censée, d’enfin réduire le coût du travail, de cesser d’enfouir les entreprises sous un fatras de règlements en tous genres ? Ne serait-il pas infiniment plus bénéfique d’ainsi attirer l’investisseur plutôt que de le faire fuir ou, s’il est déjà chez nous, de le menacer et de le punir?

La majorité fédérale tente de gonfler les pensions des élus provinciaux

2013-10-22_195123Frédéric Chardon, « La Libre Belgique », 22 octobre 2013

Les partis de la majorité fédérale veulent aligner le régime des pensions des députés provinciaux et conseillers provinciaux sur les nouvelles règles concernant les parlementaires. En effet, à la Chambre ce mardi, les députés de la commission des Affaires sociales vont devoir se prononcer sur une proposition de loi déposée dans ce but par des élus PS, SP.A, CDH, CD&V, MR et Open VLD. En gros, ce texte propose d’insérer une exception à la réforme des pensions du secteur public que l’ancien ministre fédéral Vincent Van Quickenborne (Open VLD) avait fait passer fin 2011. Cette réforme s’applique, entre autres, aux élus provinciaux.

Mais voilà, le Conseil d’Etat ne goûte que très modérément cette proposition. Dans son avis rendu début septembre, le Conseil d’Etat explique que, légalement, il n’y a pas de lien entre la pension des parlementaires et la pension des membres de la députation permanente… Difficile donc de justifier sur cette base un régime dérogatoire plus avantageux que la norme dans le secteur public en faveur des mandataires provinciaux de tous ordres.

Principe d’égalité

Le Conseil d’Etat, dans son avis, estime par ailleurs qu’il y aurait un problème d’inégalité si le Parlement adoptait tout de même le texte : « La réforme des pensions du secteur public résultant de la loi du 28 décembre 2011 a été conçue notamment dans l’intention d’harmoniser dans la plus large mesure les divers régimes particuliers de pension du secteur public […] Puisque l’introduction du régime dérogatoire proposé (par la proposition de loi) irait à l’encontre de cette volonté d’égalisation initialement manifestée par le législateur, il conviendrait de justifier spécialement, au regard du principe d’égalité dans la préservation d’avantages auxquels l’accès est supprimé par voie de modification législative, la nécessité d’en revenir, pour la catégorie de personnes visées par la proposition, à un régime particulier plus favorable […] »

« Lobbying des élus provinciaux »

Au-delà du Conseil d’Etat, l’opposition Ecolo à la Chambre des Représentants est également très critique à l’égard de la proposition de loi émanant des six partis de la majorité. « Nous sommes tout à fait interpellés par la démarche de nos collègues qui demandent à nouveau des avantages démesurés pour des mandataires politiques , s’étonne Georges Gilkinet, député Ecolo. C’est un très mauvais signal envoyé aux citoyens qui doivent se serrer la ceinture. Les partis de la majorité ont sans doute été sensibilisés par le lobbying de leurs amis mandataires provinciaux… Les nouvelles règles de pensions pour les parlementaires sur la base desquelles la proposition de loi vise à aligner le régime pour les élus provinciaux restent en effet beaucoup plus avantageuses que ce qui existe pour l’ensemble des travailleurs. Il y avait eu une évolution mais elle n’était pas allée assez loin aux yeux d’Ecolo. »

«L’Europe, j’y crois»

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Jules Gheude, essayiste politique (1)

L’eurocritique s’amplifie, au point que d’aucuns évoquent, sans rire, la possibilité d’un Parlement européen composé bientôt d’une majorité d’élus « hostiles ».

 Une telle perspective m’effraie.

Né en 1946, après la cataclysme guerrier qui avait mutilé le continent européen, j’ai adhéré, dès que je fus en âge de comprendre, à ce projet d’unification européenne, porté avec enthousiasme  par les de Gasperi, Robert Schuman, Jean Monnet, Paul-Henry Spaak et Konrad Adenauer.

J’avais cinq ans lorsqu’en 1951, l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg signèrent à Paris ce Traité CECA qui mettait en commun la production, les échanges et la consommation du charbon et de l’acier. Pour la première fois de leur histoire, les gouvernements des Six déléguaient une partie de leur souveraineté à une autorité supranationale. Il s’agissait, dans le chef de leurs auteurs, de poser la première pierre d’une fédération européenne. A la maison, mon père ne cachait pas son enthousiasme.

A la Conférence de Messine, les 1er et 2 juin 1955, les ministres des Affaires étrangères des Six affirmèrent leur volonté de poursuivre l’édification d’une Europe unie.

Deux ans plus tard, au Capitole de Rome, ce fut la signature des traités instituant la Communauté économique européenne (CEE) et la Commission européenne de l’Energie atomique (Euratom). L’objectif restait le même : promouvoir l’expansion économique de l’Europe et, à terme, son union politique.

A l’issue d’un mémorable marathon, naquit ensuite, le 1er janvier 1962, la politique agricole commune.

Les choses allaient bon train lorsque le 14 janvier 1963, le général de Gaulle  mit son veto à l’entrée du Royaume-Uni dans le Marché commun, une position de principe qu’il maintiendra le 17 mai 1967, lors de la nouvelle candidature de ce pays.

Le 22 janvier 1963 vit la signature d’un traité d’amitié et de coopération entre la France et l’Allemagne visant notamment à faciliter les initiatives franco-allemandes de relance économique. La poignée de mains entre le président français de Gaulle et le chancelier allemand Konrad Adenauer constitua un geste symbolique fort, qui engendra cet axe franco-allemand dont l’importance ne devait jamais se démentir.

La jeune Communauté allait alors connaître sa première crise grave en juillet 1965, lorsque, suite à un désaccord avec ses partenaires sur le financement de la politique agricole commune, la France décida de pratiquer, durant sept mois la politique de la chaise vide aux réunions de la Communauté.

Un tournant important se produisit le 1er juillet 1967, avec la fusion des Exécutifs. Jean Rey devint ainsi le premier président de la Commission unique réunissant le CEE, la CEEA et la CECA). Pour la première fois, on vit aussi les Six parler d’une seule voix lors de négociations internationales (négociations tarifaires dans le cadre du GATT-Kennedy Round, conclues avec succès le 15 mai).

Les choses continueront à progresser avec l’adoption, le 1er juillet 1968, de l’union douanière, abolissant les droits de douane entre les Six et mettant en place un tarif douanier commun.

Fin 1968, les dernières restrictions à la libre circulation des travailleurs entre les Six furent éliminées. Ce fut aussi l’adoption du plan du père de l’Europe verte, Sicco Mansholt, portant sur la modernisation des structures agricoles.

Au sommet de La Haye, les 1er et 2 décembre 1969, sous l’impulsion du président français Georges Pompidou, les Chefs d’Etat et de gouvernement des Six se prononcèrent en faveur d’une relance de l’intégration européenne et en faveur de l’élargissement de la Communauté.

Et le 7 octobre 1970, un comité d’experts, présidé par Pierre Weber, Premier ministre luxembourgeois, approuva un rapport destiné à réaliser parallèlement l’harmonisation progressive des politiques économiques des Etats-membres et la création d’une monnaie unique. On assista aussi à l’approbation du Rapport Davignon visant à coordonner les lignes d’action en matière de politique étrangère.

On connaît la suite.

L’élargissement allait se réaliser progressivement, jusqu’à compter aujourd’hui 28 Etats-membres. Une progression trop rapide aux yeux de certains, avec des écarts de prospérité conséquents.

Mis en service en 1979, l’Ecu (unité de compte européenne) céda la place à l’Euro, le 1er janvier 2002. Désigné jusqu’alors, le  Parlement européen sera élu au suffrage universel en juin 1979.

Autre avancée significative, la Convention de Schengen, signée en 1985 et qui promulgue l’ouverture des frontières pour les étrangers à l’Union européenne. Institutionnalisé par le traité d’Amsterdam du 2 octobre 1997, l’espace Schengen renforcera la notion d’un « espace de liberté, de sécurité et de justice », faisant intervenir davantage de coopération  policière et judiciaire, avec une mise en commun des politiques de visas, d’asile et d’immigration. Quant à la directive 2004/38/CE, elle ouvrit la libre circulation pour les citoyens européens.

On le voit, le travail réalisé depuis 1951 a été considérable et l’on oublie trop souvent la raison première pour laquelle il a été entrepris au sortir d’un conflit mondial ravageur.

J’ai conscience que tout cela est loin d’être parfait. Mais faut-il pour autant tomber dans l’attitude extrême qui consiste à jeter le bébé avec l’eau du bain ?

On imagine ce que donnerait un retour aux anciennes monnaies, dans le contexte de mondialisation que nous connaissons aujourd’hui. Il faut, au contraire, mettre tout en œuvre pour réduire au maximum la dépendance de l’Europe, qui demeure, on l’oublie trop souvent, la première puissance économique mondiale.

Cela ne pourra se faire qu’en renforçant le rôle de la Commission, qui devrait être le véritable gouvernement européen, composé de membres plaçant l’intérêt commun au-dessus de leur propre nationalité ou de leur conviction personnelle. Un véritable gouvernement, prenant souverainement les décisions, avec un Parlement jouant pleinement son rôle : participation à la délibération des décisions législatives par la procédure de concertation ou de consultation obligatoire, contrôle efficace, débat des grands problèmes, information de l’opinion publique. Foin de ces rencontres de ministres de ceci ou de cela qui offrent souvent l’image de la juxtaposition d’égoïsmes individuels et essoufflent la machine !

Autre règle fondamentale : on ne peut avoir un pied à l’intérieur de l’Europe et un pied à l’extérieur. Le fait que des Etats-membres n’adhèrent pas à l’Euro ou à l’espace Schengen est un facteur d’affaiblissement. A chacun de prendre ses responsabilités !

La crise que vient de traverser l’Euro révèle la nécessité de revoir le rôle de la Banque centrale européenne, ainsi que l’obligation des Etats-membres d’adopter une politique budgétaire rigoureuse. Certains pointent d’un doigt rageur l’Allemagne, alors qu’elle a fait preuve d’une discipline de gestion exemplaire.

Les drames de Lampedusa et de Malte, ainsi que conflit syrien, montre aussi qu’il est impératif que l’Europe puisse parler d’une seule voix au niveau de la politique étrangère et assurer ses capacités d’intervention.

Last but not least, il faut tendre à l’harmonisation des politiques fiscales et sociales, de façon à éviter tout dumping déloyal.

On le voit, la tâche est loin d’être terminée. Il faut s’y atteler avec courage et détermination. Le pire serait, par défaitisme, de renoncer.

L’Europe, j’y crois !

(1) Dernier ouvrage paru : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique », préface de François Perin, Mon Petit Editeur.