Archives mensuelles : septembre 2013

Dragage en Wallonie : le budget s’enlise

2013-09-25_192650Article de François-Xavier Giot, «Vers l’Avenir», 24 septembre 2013

La navigation sur les cours d’eau wallons sera-t-elle bientôt impossible, faute d’un dragage suffisant? Si cette éventualité semble encore bien éloignée, certaines voix s’élèvent pour dénoncer un problème de financement du dossier. Si le ministre Henry reconnaît des problèmes, il se veut rassurant.

Tout est parti d’un article publié le 26 août dernier dans Incidences, La Lettre de l’Environnement, un magazine spécialisé dans les questions environnementales. Dans un dossier de quatre pages au ton particulièrement virulent, on apprend que la politique de la Région wallonne en matière de dragage et de traitement des boues n’est plus en mesure d’être financée. Il manquerait 17 millions d’euros pour boucler le budget.

Face au manque de moyens et « vu l’ambiance au gouvernement», écrivent les auteurs du papier, il est demandé aux entreprises concernées par le problème de financement de «faire appel à la créativité», notamment en supprimant une série de travaux pourtant prévus.

Willy Borsus souhaite de la transparence

L’article n’est pas passé inaperçu. Il a notamment fait réagir Willy Borsus, chef de file du MR au parlement wallon, qui s’inquiète de la manière dont une partie du budget de l’enveloppe totale (67 sur les 100 millions d’euros prévus) a été externalisée.

«La Région n’ayant plus les moyens de soutenir financièrement cette priorité, le gouvernement a mis en œuvre de nouveau un mécanisme d’externalisation du financement. On passe par deux structures wallonnes. Une qui avance, une qui finance : la SPAQuE et la SOWAFINAL. Mais au bout du compte, c’est la Région wallonne qui paie pour des sommes qui sont tout sauf anecdotiques.»

Willy Borsus dénonce «un dossier qui n’est pas réglé et qui n’est pas abouti. Il faut que la Région puisse indiquer si elle est capable de faire face aux engagements qui ont été pris

Le Somme-Leuzois réclame de « la transparence au gouvernement» wallon ainsi que «le respect des engagements pris». Mais, et ce n’est pas anodin à un moment où les membres de l’exécutif tentent de racler les fonds de tiroir, Willy Borsus demande que le gouvernement « utilise les moyens pour ce qui est prioritaire ». Et la navigabilité des cours d’eau wallons prime sur la «communication», dit-il.

Quinze ans d’inaction

Au cabinet du ministre de l’Environnement, Philippe Henry, on voit dans cette interpellation, à laquelle une réponse sera adressée aujourd’hui au parlement, une motivation avant tout électorale de la part du chef de file libéral qui « se verrait bien ministre-président wallon».

On rappelle surtout que c’est le ministre Henry qui a décidé de s’attaquer à un problème, celui de l’encombrement des eaux wallonnes, qui a été laissé de côté pendant «15 ans » par les prédécesseurs de l’écologiste, à savoir Benoît Lutgen et surtout Michel Daerden.

Le ministre Écolo reconnaît toutefois les problèmes pointés du doigt par Incidences et confirme l’ampleur du trou, à savoir 17 millions. «Les coûts de cette remise à flot ont été encore plus importants que prévus, répond l’écologiste au député de l’opposition. Devant cet état de fait, le paiement sera étalé sur une plus longue période afin de ne pas remettre en cause l’important travail en cours de dragage des fleuves

Le délai de payement des certificats verts passe de 60… à 120 jours

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Martial Dumont, «Vers l’Avenir», 23 septembre 2013

Jeudi dernier, le gouvernement wallon présentait son plan (final?) de tarification progressive de l’électricité. Ainsi que l’état d’avancement du plan Qualiwatt, censé remplacer le système Sowatt et qui sonnera, à terme, la fin des certificats verts.

Perdue dans la masse des infos, une décision du gouvernement qui risque pourtant de faire à nouveau du bruit dans le petit monde du photovoltaïque: après le 29 septembre, les délais de payements des certificats verts passera de 60 à 120 jours.

En clair, dès la semaine prochaine, la Cwape aura désormais 75 jours (au lieu de 30 actuellement) pour traiter la demande que vous aurez encodée et Elia aura 45 jours au lieu de 30 pour ensuite effectuer le payement. Faites le calcul: 4 mois pour toucher votre dû au lieu de 2 mois.

Une info que confirme Francis Ghigny, patron de la Cwape.

«Effectivement, nous venons d’être prévenus. Nous devons encore adapter la page de notre site internet pour prévenir les gens. Ce n’est pas une demande de la Cwape mais bien du gouvernement. Pour nous, ça ne change rien. Si on traite les dossiers actuellement en 30 jours, on le fera bien en 75…».

Autant dire que la mesure, destinée à alléger un peu la trésorerie d’Elia et la bulle des certificats verts, ne fera pas plaisir aux propriétaires de panneaux photovoltaïques qui comptent sur leurs rentrées financières pour payer le financement de leurs panneaux.

Sans compter, d’un point de vue pratique, l’engorgement qui risque encore de se produire d’ici le 29 septembre quand tout le monde se ruera sur le site de la Cwape pour rentrer ses certificats verts en espérant encore les toucher dans les deux mois…

Budget Fédération Wallonie-Bruxelles : Ecolo contre un retour à l’équilibre dès 2014

2013-09-22_185902Belga, 22 septembre 2013

A quelques heures de la reprise du conclave ministériel devant arrêter les budgets de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la co-présidente d’Ecolo, Emily Hoyos, a répété dimanche midi son opposition à un retour à l’équilibre du budget de la Fédération dès 2014, plutôt que 2015. Invitée de « L’Indiscret » (RTBF), Mme Hoyos a rejeté « le dogmatisme budgétaire de certains » qui souhaitent voir le fédéral ainsi que toutes les entités du pays de retour à l’équilibre dès l’année prochaine.

Selon Mme Hoyos, agir de la sorte pour le budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles dès 2014 risque de priver les francophones des moyens nécessaires pour faire face au défi démographique dans l’enseignement, ou compromettre la création de crèches en nombre suffisant.

« Faire retomber pour une année l’enseignement dans ce qu’il a connu dans les années 90, c’est un risque que nous ne voulons pas prendre », a ajouté la co-présidente des écologistes.

Les résultats de nos enfants? Peu brillants!

2013-09-22_124758Aurélie Cosson, «Vers l’Avenir», 21 septem-bre 2013.

Préoccupants. Les résultats du certificat d’études du premier degré de l’enseignement (CE1D) le sont. En effet, un peu moins de 60 % des élèves du secondaire ont réussi les deux matières – mathématiques et français – du CE1D, épreuve obligatoire depuis juin 2013 pour tous les élèves de deuxième secondaire. Quant aux résultats du test d’enseignement secondaire supérieur (TESS), ils sont honorables. À un point près : la participation à ces épreuves concernant la sixième secondaire est facultative; ils ne sont donc pas représentatifs.

Des résultats peu brillants

«Nous ne sommes pas satisfaits des résultats», affirme Martine Herphelin, directrice générale adjointe de l’enseignement et de la recherche scientifique de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour Bernard Hubien, secrétaire général de l’Union francophone des associations de parents de l’enseignement catholique (UFAPEC), même constat. Les résultats du CE1D par rapport aux résultats du certificat d’études de base (CEB) sont inquiétants : «Seulement 40 % des élèves du secondaire réussissent les deux épreuves.» Pas de quoi se réjouir donc. Pour le Tess, c’est différent. «Les résultats sont à prendre avec prudence. Les écoles s’inscrivent à l’épreuve volontairement, et ne sont pas représentatives de toutes les écoles, et encore moins de tous les élèvesSeul un petit nombre d’entre eux y participe», ajoute-il. Ne tirons donc pas de conclusions hâtives.

Même avis pour Joëlle Lacroix, secrétaire générale de la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel (FAPEO) : «Un élève sur deux est en échec au CE1D. Ce n’est pas rien. Alors que ces jeunes sont les 96 % qui ont réussi leur CEB il y a deux ansLes savoirs de base et les compétences élémentaires sont à la traîne en français, et les résultats en mathématiques ne sont pas brillants

 «Un manque de continuité»

Pourquoi de tels résultats au CE1D ? Premier constat: il existerait un manque de continuité entre l’enseignement primaire et celui du secondaire. «Un saut conceptuel subsiste entre ces deux niveaux d’enseignements, souligne Mme Herphelin, c’est peut-être dû à un problème de communication entre eux. »

Pour Joëlle Lacroix, il faut se poser la question de la pédagogie : «Les élèves doivent être soutenus en classe, les professeurs formés à l’analyse des erreurs et doivent recourir, dans leur mallette pédagogique, aux outils divers et variés pour remédier aux difficultés constatéesMais sont-ils outillés comme il faut ? Avant de préciser : « Le professeur de mathématiques est une denrée rare, il s’agit d’une profession en pénurie. »

À partir de 2014, l’épreuve du CE1D portera sur les langues. Le TESS devrait lui aussi être obligatoire à partir de juin 2015. On en saura plus alors.

Borsus : «Demotte fanfaronnant le plein emploi… choquant !»

2013-09-22_124248Dorian de Meeûs, « La Libre Belgique », 21 septembre 2013

Le président du groupe MR au Parlement wallon et vice-président du Mouvement Réformateur flingue les écolos et réagit sèchement au discours de Rudy Demotte aux Fêtes de Wallonie. Il évoque également le style de l’opposition, la politique énergétique, les défis régionaux et ses ambitions personnelles.

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Récemment, vous vous êtes présenté comme candidat potentiel pour la ministre-présidence wallonne ou pour la présidence du MR. N’est-ce pas mettre la charrue avant les bœufs ?

Vous me permettez de corrigez l’écho qui a été fait de ma déclaration. Au journaliste qui me demandait si j’étais disponible pour ces postes, j’ai seulement répondu que je serais honoré et disponible de prendre en charge de telles responsabilités. Mais, la priorité est avant tout de permettre le changement et les réformes que Charles Michel et moi-même avons diffusés la semaine dernière dans l’ouvrage ‘Il est moins une !’. La balle est dans le camp des citoyens électeurs. C’est là toute la nuance de mon message… En toute franchise, quand on est engagé, ce n’est pas pour fuir les responsabilités que les électeurs vous confient.

La présidence du MR, vous y pensez ?

C’est vraiment de la politique fiction. Toutes ces hypothèses viendront le moment venu, après le choix des électeurs…

Didier Reynders évoquait Charles Michel à l’Elysette. Vous appuyez ?

C’est une hypothèse parmi d’autres. Mais je partage l’idée de Didier que ce serait effectivement une excellente hypothèse. Je rappelle que Charles Michel dispose d’une expérience ministérielle tant régionale que fédérale. Mais je répète : la priorité, c’est le changement et les réformes.

Le temps des bilans est arrivé. Commençons par le bilan de votre opposition.

On a énormément travaillé sur 2 fronts. Le travail parlementaire – propositions de textes et de résolutions – était très important. On s’est mouillé, on a osé. Dans le même temps, on s’est exprimé par rapport aux choix de l’olivier, qui sont très loin des aspirations du MR.

L’écolo Georges Gilkinet parle d’une opposition peu constructive et même dangereuse.

L’ordre de marche des mandataires Ecolo depuis quelques semaines est clair : attaquer le MR ! C’est en tout cas une tentative vaine et très politicienne… Comme dans un jeu de bas étage, lors de chaque interview, ils préparent un qualificatif à l’attention de leurs collègues réformateurs. Bref, on serait donc tout sauf responsable. C’est la stratégie d’Ecolo, pas notre bilan.

Ces derniers mois, on vous sent cependant moins virulent. Cela consolide un peu l’idée que le MR se prépare à entrer dans une coalition avec le PS, non ?

La tonalité de nos interventions n’a pas changé. Regardez plutôt l’ambiance détestable au sein de l’olivier. Quand la grande partie de l’énergie d’une équipe est consacrée à faire du croc-en-jambe à ses partenaires, on sait difficilement produire un résultat final positif.

Vous pensez que ce très mauvais climat ne permet plus à ces partis de travailler ensemble… et que vous avez dès lors un rôle à jouer ?

Voyons les résultats ! Prenons les indicateurs économiques de la Wallonie : en ce moment, il y a 268.800 demandeurs d’emplois inscrits en Wallonie.

Vous croyez au plein emploi en 2025, comme annoncé par Rudy Demotte aux Fêtes de Wallonie ?

Attendez, plus de 17.2% de la population active sont des demandeurs d’emploi ! Est-ce que cette situation autorise un ministre-président à fanfaronner sans la moindre humilité aux Fêtes de Wallonie sur le plein emploi ? Est-ce qu’on peut ainsi estimer avoir redressé la Wallonie ? Le taux de pauvreté autorise-t-il cette espèce d’euphorie décalée qui s’est emparée du gouvernement ? Cela a un côté choquant ! L’emploi est une priorité à ne pas galvauder.

A vous entendre, ce n’est pas un discours réaliste…

C’est un discours électoraliste ! Lorsqu’il l’a prononcé dans le magnifique Théâtre royal de Namur, il fallait voir les réactions… Dans la salle, tout le monde a vu qu’il y avait là comme un exercice de dernier discours de législature. Subitement, il sort de son chapeau le plein emploi en 2025. Tout le monde a souri, majorité comme opposition. Quand on gère la Région au quotidien, sans parvenir à inverser la tendance du chômage et avec les résultats observés, est-on crédible lorsqu’on vient prédire ce qui va se passer 12 ans plus tard ? Et quand on a eu tant de mal a définir la ligne du gouvernement, est-on crédible pour faire une telle annonce ?

Vous reconnaissez toutefois des mérites au gouvernement wallon ?

Oui, les pôles d’excellence, c’était une bonne décision. Mais les priorités budgétaires, la réforme des structures qui coûtent cher, tout cet argent qu’on a claqué dans la communication, dépensé dans un logo,… D’ailleurs, qu’est-il devenu ce logo avec ces 5 boules noires ? Les 675.000 euros que le ministre Henry a consacrés à la promotion de la ‘Semaine de la mobilité’. C’est ça les vrais choix politiques à faire quand la situation est difficile et l’argent rare ? Le bilan de ce gouvernement est dans les chiffres : la situation en Wallonie reste très difficile.

Dans le dossier du photovoltaïque, quel est votre avis sur le système Qualiwatt ?

J’ai connu peu de situations où un gouvernement avait généré un tel fiasco dans une politique énergétique : un dérapage de 2.7 milliards d’euros à charge de la collectivité parce qu’il n’a pas été géré par le tandem Nollet-Antoine. Le problème de Qualiwatt, c’est que la confiance des citoyens a été détruite ! Ils ne croient plus aux promesses de soutien du gouvernement. D’autre part, le secteur attend le nouveau dispositif depuis des mois. Mais l’incertitude et la renonciation à la parole donnée a fait perdre plus de 1.400 emplois à ce secteur. La conséquence de cette politique, c’est que le prix de l’énergie est plus important en Wallonie que chez nos voisins. C’est un handicap pour notre économie et pour le pouvoir d’achat des gens.

L’Union wallonne des entreprises affirme justement que la compétitivité de la Région wallonne est handicapée par les coûts salariaux et énergétiques. L’ensemble de la classe politique refuserait même de reconnaître l’évidence de ce handicap. C’est votre cas ?

Non, l’UWE a tout à fait raison ! A côté des charges salariales, en Wallonie, on s’est même tiré une balle dans le pied en créant un handicap supplémentaire avec l’énergie. L’argent qui est investi dans la facture d’électricité, n’est pas investi dans la consommation habituelle. Les écolos sont de grands doctrinaires, mais de bien piètres gestionnaires. Cela dit, nous sommes évidement favorables aux énergies renouvelables.

La Wallonie est-elle prête à accueillir de nouvelles compétences ?

A ce stade, non ! On ne sait pas comment la région va organiser les nouvelles compétences déjà déterminées en lien avec celles qu’on connaissait déjà. Exemple, va-t-on réinventer la politique d’aide à l’emploi avec les nouvelles compétences ? Ce débat n’a pas été mené. Il y a extrême urgence, car ce transfert de compétences est une opportunité pour la Wallonie. On n’a pas le droit de manquer ce rendez-vous extraordinaire que nous avons avec nous-mêmes. C’est donc un appel que je lance ici au ministre-président, car le fait régionaliste s’est imposé.

Vous êtes vice-président du MR. Vous vous êtes opposé à ce qu’un non-Belge hors Union européenne puisse exercer la fonction d’enseignant.

Contrairement aux autres familles politiques, nous sommes pour un équilibre entre droits et devoirs. Lorsqu’il n’y a pas de pénurie de candidats, comment voulez-vous qu’une personne hors Union puisse enseigner ou occuper un poste de la fonction publique si elle a refusé de suivre le parcours d’intégration ? Ce n’est pas un discours d’exclusion, mais équilibré.

Sur l’intégration, certaines voix au MR se font davantage entendre que d’autres. C’est le cas de Jacqueline Galant et d’Alain Destexhe. Vous partagez leurs positions ou vous prenez quelques distances ?

Il y a parfois des tonalités différentes dans l’expression. Quant à la ligne, elle est claire et identique: si on s’installe chez nous, venant de l’étranger, cela implique des démarches et des efforts à faire pour jouer un rôle dans la société. Cela implique un parcours d’intégration obligatoire !

Comme si la septième réforme de l’État était déjà annoncée…

2013-09-20_155903Olivier Mouton, «Le Vif», 20 septembre 2013

L’accord intrafrancophone pour la future gestion de la Sécu est atrocement compliqué. Et pourrait donner du grain à moudre à ceux qui estiment de nouvelles adaptations institutionnelles nécessaires dans un proche futur.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Cet adage est décidément le leitmotiv de la construction du paysage institutionnel belge. Pour une raison très simple : la cohabitation entre deux systèmes en parallèle – trois Régions et trois Communautés – rend toute nouvelle architecture du pays terriblement épineuse à ficeler. Sans oublier les méfiances persistantes entre communautés du pays et le nœud éternel que constitue la Région bruxelloise. 

Le dernier exemple en date, et il est particulièrement important pour l’avenir, concerne l’évolution de la Sécurité sociale, un pilier belgo-belge. La sixième réforme de l’État transfère de nouvelles compétences aux Régions et Communautés en matière de santé, d’aide aux personnes, d’emploi et d’allocation familiale. Le début, contrôlé jusqu’ici, d’une scission de la Sécu. 

Comment gérer le tout ? Le dossier, sensible, vient d’être ficelé au niveau francophone. Passons sur le cadeau symbolique fait au soutien écologiste par la dénomination des accords : la Sainte-Emilie est un hommage tout sourire faite à la coprésidente verte Emily Hoyos – avec un « Y ». Mais plongeons sur le fond de la solution trouvée. 

Pour faire court, les compétences en matière d’emploi seront gérées par les Régions : logique, celles-ci sont en charge des matières dites « territoriales » dont l’économie au sens large constitue la principale. Pour les matières dites « personnalisables », cela se complique. La même logique « historique » aurait voulu que les Communautés soient compétentes. C’était d’ailleurs le souhait des partis flamands. Les francophones, eux, étaient demandeurs d’une régionalisation de ces politiques. Objectif ? Permettre des politiques différenciées entre la Wallonie et Bruxelles, dont les besoins sont différents, mais surtout éviter que n’apparaissent à Bruxelles des « sous-nationalités ». En clair, éviter que dans la capitale, les citoyens ne soient amenés à choisir entre les deux principales Communautés du pays, au risque de préférer un système flamand plus favorable – c’était surtout un enjeu en matière d’allocations familiales.

Le compromis intrafrancophone sera donc le suivant. Pour les compétences en matière d’aide aux personnes, de personnes handicapées ou de santé, un organisme wallon sera créé ainsi qu’un bruxellois, mais une concertation systématique sera organisée au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles afin d’éviter qu’un changement de législation par l’une des Régions ne pose des problèmes à l’autre. Pour les allocations familiales, la tutelle sera confiée à la Commission communautaire commune (Cocom) à Bruxelles, une petite institution en charge des matières bicommunautaires. Cette dernière, cogérée par les francophones et les Flamands de Bruxelles, renaît de ses cendres. 

Premier constat : il y a de quoi perdre son latin. Si le compromis trouvé tient subtilement compte des sensibilités régionales de plus en plus fortes tout en préservant la Fédération Wallonie-Bruxelles (new look de la Communauté française), il risque d’être parfaitement illisible pour le citoyen. 

Deuxième constat : il y a péril pour l’avenir. La gestion d’une compétence aussi importante que les allocations familiales par des entités aussi petites risque de poser de graves problèmes tant en terme d’administration que sur le plan budgétaire, mettent déjà en garde les experts. La réforme de l’État tient compte du boom démographie bruxellois, rétorquent les négociateurs. Mais la Région capitale risque pourtant de se trouver à nouveau exsangue d’ici trois à quatre ans. 

Troisième constat : le dialogue s’annonce déjà difficile. Les partis flamands de Bruxelles jugent d’ores et déjà négativement le compromis intrafrancophone, estimant que « ce n’est pas aux Wallons de décider » ce qu’il faudra faire à Bruxelles. 

Le tout donne du grain à moudre à la thèse de la N-VA selon laquelle la « nouvelle Belgique » concoctée par les partis traditionnels est définitivement complexe. Quant au sous-financement annoncé de certaines compétences majeures, il risque de s’annoncer dommageable pour le citoyen : une fois les élections passées, lors de la prochaine législature, les francophones risquent de devoir prendre des mesures socialement difficiles. Et d’appeler à l’aide…

Oui, la priorité politique est l’urgence socio-économique. Mais il est déjà écrit dans les astres que l’on parlera un jour de la nécessité d’une septième réforme de l’État.

«Il faut une baisse des charges sociales jusqu’aux salaires de 2000 euros»

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Frédéric Chardon, «La Libre Belgique», 20 septembre 2013

Avec la régionalisation des aides à l’emploi, les patrons wallons comptent bien obtenir une réduction des cotisations sociales à l’échelle régionale, en plus de ce qui subsistera au niveau fédéral. « On veut un système simple et automatique, c’est-à-dire des réductions linéaires de cotisations sociales, affirme en effet Vincent Reuter, administrateur-délégué de l’Union wallonne des entreprises (UWE). La dernière réduction qui s’est faite, c’était sous Verhofstadt : 400 euros par travailleur et par trimestre pour toutes les entreprises en Belgique. Mais les montants transférés ne permettront pas des réductions substantielles pour toutes les entreprises wallonnes. Il faut néanmoins cibler non plus uniquement les bas salaires mais aussi les réductions de cotisations sur les salaires plus élevés qui vont jusque environ 2 000 euros par mois.« 

Précision : cette réduction au niveau wallon viendrait donc bien s’ajouter au système fédéral : « Nous demandons une réduction des cotisations en plus de la réduction de 400 euros qui existe au fédéral. Depuis cette déduction, on n’a plus rien fait de sérieux pour réduire le coût salarial… Le fédéral garde tout ce qui est structurel et les Régions prennent ce qui est afférent à des groupes cibles. Mais les Régions ont une grande latitude pour faire à peu près tout ce qu’elles veulent de ces compétences-là pour peu que ça se rapporte au marché du travail. Selon nous, rien n’empêche les Régions de faire aussi des réductions linéaires sur les cotisations sociales en complément de ce qui se fait toujours au niveau fédéral.« 

Pour l’UWE, c’est à prendre ou à laisser… L’organisation patronale ne compte pas infléchir cette position lorsqu’elle sera amenée à la défendre face aux syndicats au sein du futur groupe des partenaires sociaux en Wallonie (le « GPS »). « Je vous ai donné notre position, je ne pense pas qu’on en changera… Le GPS wallon en tout cas, ne peut pas se substituer à la concertation nationale, c’est-à-dire aux négociations interprofessionnelles qui se situent au niveau du ‘groupe des 10’. Au sein de la concertation régionale qui va s’établir, on discutera exclusivement des compétences régionales. Donc ça va être complémentaire à la concertation fédérale : il ne saurait être question de commencer à discuter par exemple de la norme salariale à l’échelon régional !« 

Priorité à la compétitivité

Pour Vincent Reuter, cette régionalisation est l’occasion de revoir la philosophie des aides à l’emploi : « Sur le 1,5 milliard d’euros qui va être régionalisé, seul 1/4 de cette somme va aux entreprises privées du secteur marchand si on met de côté les titres-services. Par ailleurs, 90 % des aides à l’emploi en Wallonie servent actuellement au secteur public et au non-marchand… Donc, ça coule de source : il va falloir utiliser ce transfert de compétences pour donner la priorité à la création d’emploi dans le secteur marchand. Ensuite, il faut arrêter de confondre une politique de résorption du chômage et une vraie politique de soutien à la compétitivité des entreprises. On donne des aides surtout aux anciens ou aux jeunes, et surtout aux jeunes non qualifiés. C’est ce qu’on fait en Belgique depuis longtemps. Or, désormais, il faut vraiment soutenir la compétitivité de nos entreprises. Et tout particulièrement de celles qui sont soumises à la concurrence internationale. On reconnaît désormais que notre handicap salarial moyen est de 16% par rapport à nos pays voisins. »

Le Feder, sponsor des villes PS ? «Non, il n’y a pas d’exclusive»

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Pascale Serret, « Vers l’Avenir », 20 septembre 2013

Selon le journal L’Echo de ce vendredi, l’étude commandée par le gouvernement wallon pour savoir comment répartir les fonds européens Feder pour la prochaine programmation (2014-2020) risque de créer la polémique.

C’est le professeur Giuseppe Pagano, de l’Université de Mons, qui a réalisé cette étude. Il suggère que ces fonds destinés à soutenir la redynamisation urbaine soient prioritairement accordés à dix villes  : les deux pôles qui ont fortement souffert du déclin post-industriel, à savoir Liège et Charleroi, mais aussi Herstal, La Louvière, Mons, Sambreville, Seraing, Tournai, Verviers et Arlon.

Soit des villes à majorité socialiste, sauf les deux dernières. Namur, capitale wallonne gérée par le député-bourgmestre cdH Maxime Prevot, ne fait pas partie de la liste, fait remarquer l’Echo. Qui répercute les doutes et les interrogations du Namurois  : «Si on ne se focalise que sur ces zones sinistrées, cela voudrait dire qu’on a encore une vision passéiste du développement de la Wallonie», dit-il.

Mais au cabinet du ministre-président Rudy Demotte, on nuance fortement.

On suit les recommandations européennes

 

Une série de partenaires doivent encore être consultés. Et tout sera négocié avec l’Europe. «Mais sur le fond, Namur est éligible à l’ensemble des axes et mesures du Feder et du FSE (fonds social européen)», oppose le cabinet Demotte. Et puis, cette étude a été commandée pour éclairer le gouvernement sur un des trois axes  : celui qui repose sur l’intelligence territoriale. «Et dans ce cadre précis, un ciblage est prévu par la Commission européenne sur les grands pôles urbains ayant souffert du déclin industriel.»

Les techniciens de chez Rudy Demotte précisent encore que «ce ciblage n’est pas exclusif». Rien n’interdit à Namur ou à d’autres villes de déposer des projets «dans le cadre de stratégies prévues par l’Europe».

La « vraie décision politique »…

 

«Et puis, le professeur Pagano n’a pas fait que cette étude», ajoute le cabinet du ministre-président wallon. «Il est aussi chargé de proposer des programmes opérationnels sur base de cinq autres évaluations. Elles ont été approuvées par les cabinets, les administrations et la Commission. Le professeur Pagano a veillé à ce que son document corresponde aux recommandations de la Commission.»

Bref. Si Namur ne figure pas dans la liste, c’est justement parce que l’étude est objectivée. Corollaire  : «Intégrer Namur à la liste serait pour le coup une décision politique, puisque non objectivable», précise le cabinet.

Qui rappelle enfin qu’une task force indépendante évaluera l’ensemble des projets, y compris les projets namurois.

ArcelorMittal: direction et FGTB se renvoient la balle

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Belga, 19 septembre 2013

La direction d’ArcelorMittal Liège a réagi jeudi après-midi à la suite de la suspension des négociations sur le volet social. Elle estime que les assemblées organisées par le SETCa et la FGTB « vont à l’encontre des engagements pris au cours des réunions triparties en présence des représentants du gouvernement wallon », indique-t-elle dans un communiqué. La direction liégeoise d’ArcelorMittal estime que le départ de la FGTB et du SETCa de la table des négociations, après la suspension de séance, « démontre leur absence de volonté de travailler sur le volet social alors que toutes les parties s’étaient engagées à maintenir un rythme soutenu, engagement répété par tous en réunion tripartie du 9 septembre dernier en présence du kern du gouvernement wallon. »

La réaction du syndicat socialiste n’a pas tardé. « On nous reproche d’expliquer aux travailleurs où en étaient les différents groupes de discussions, d’informer le personnel sur les enjeux de la nouvelle tripartite lundi en compagnie des représentants de la Région tout en les encourageant à venir nous soutenir », argumente le syndicat dans un communiqué.

La FGTB poursuit en pointant du doigt l’attitude de la direction « qui refuse, sur les questions sociales, tout débat, toute négociation. Si les choses ne changent pas, nous expliquerons, lundi, au gouvernement wallon, grâce à qui ces négociations ont pu reprendre, comment la direction continue à torpiller les négociations. »

La FGTB conclut en rappelant qu’elle veut  » »n accompagnement social significatif, des garanties réelles de fonctionnement des outils maintenus dans des conditions de travail satisfaisantes et le respect des promesses que Mittal a faites. »

Transferts de compétences: les présidents de partis ont présenté les accords de la Sainte Emilie

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Belga, 19 septembre 2013

Paul Magnette (PS), Charles Michel (MR), Emily Hoyos (Ecolo) et Benoît Lutgen (CDH) ont convenu d’un socle de principes communs qu’ils entendent couler dans un décret spécial. Une «structure trait d’union» entre la Wallonie et Bruxelles sera mise sur pied, qui rendra la concertation obligatoire entre les deux entités. Il s’agit toutefois d’une obligation de moyen, ont précisé les présidents. Si des verrous sont posés, des politiques différentes ne sont pas exclues.

Ce mécanisme s’accompagne d’un «pacte de simplification» qui permettra au citoyen de conserver le même interlocuteur administratif quelles que soient les démarches qu’il accomplit.

A Bruxelles, la Commission communautaire commune héritera des nouvelles compétences tandis qu’en Wallonie, c’est la Région qui s’en voit confier l’exercice. De nouveaux Organismes d’Intérêt Public (OIP) seront créés.

Le nouveau mode de gestion à Bruxelles devra recueillir l’accord des partis flamands. «C’est une proposition que l’on formule», a souligné Paul Magnette.

Des groupes de travail techniques seront chargés de préparer l’intégration des nouvelles compétences dont l’affectation institutionnelle est désormais connue.

Le 25 septembre, le Comité de mise en oeuvre des réformes institutionnelles rencontrera le bureau du Conseil économique et social de Wallonie afin de préciser les modalités de lancement du Groupe des partenaires sociaux wallons (GPS-W), appelé à transposer au sud du pays une concertation sociale telle qu’il en existe au fédéral à travers le Groupe des 10.

L’accord intrafrancophone «évite l’introduction de sous-nationalités ou de traitements différenciés au sein des populations régionales – particulièrement à Bruxelles -, tout en prévoyant les formes d’une collaboration optimale entre les entités», affirment les deux gouvernements Olivier (PS-Ecolo-CDH).

Les deux exécutifs Demotte réaffirment dans le même temps leur souci de cohérence et de simplicité administrative maximales. Ils comptent sur les derniers mois de cette législature pour définir des cadres d’intégration régionaux et communautaires de la sixième réforme de l’Etat.