Emploi : la Wallonie va dans le mur

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Article de Michel Delwiche, «Le Vif», 28 août 2013

La Région wallonne doit profiter de la réforme de l’Etat, et des indices de reprise, pour revoir totalement sa politique de l’emploi, et privilégier la création d’emplois privés, créateurs de richesse. Car la proportion d’emplois subsidiés par les pouvoirs publics y est parmi les plus hautes d’Europe, et est devenue impayable, affirme l’Union wallonne des Entreprises (UWE).

La situation de l’emploi en Wallonie est assez alarmante et intenable à terme, analyse l’Union wallonne des Entreprises (UWE) à l’occasion de la publication du volet 2013 de ses «Etudes sur la situation de l’entreprise». La Wallonie connaît un des taux d’emploi les plus bas d’Europe (62,5% en 2012, pour une moyenne européenne de 68,8%, Grèce et Espagne comprises), et la part prise dans l’emploi wallon par le secteur quaternaire (les emplois «subsidiés») est de plus en plus importante. Cela a permis, certes, d’atténuer statistiquement les effets de la crise, qui a d’abord touché les emplois marchands, mais ce sont ces derniers qui alimentent les caisses qui paient les emplois publics.

Des politiques non coordonnées 

Il faut donc créer plus d’emploi industriel et manufacturier, mais la Wallonie n’y arrive pas. Pour atteindre le taux d’emploi de 73,2% en 2020 (objectif européen pour la Belgique), il faudrait créer 22.600 emplois par an d’ici là, et bénéficier d’une croissance annuelle du PIB de 3,1% en moyenne. Or, depuis une dizaine d’années, la Région wallonne fait moins de la moitié: 10.000 emplois par an et une croissance de 1,5%… L’UWE ne prétend pas que les pouvoirs publics ne font rien, mais elle affirme qu’ils font mal, ou en tout cas de façon non coordonnée. Il n’y a pour l’instant guère de volonté de cohérence entre les mesures fédérales (réduction du coût du travail, incitation financière à prendre un emploi) ou régionales (lutte contre les pénuries, accompagnement des demandeurs d’emploi, formation…). 

Nous nous trouvons pour l’instant à un moment charnière. La réforme de l’Etat va transférer à la Wallonie 1,5 milliard d’euros de budget destiné à soutenir l’emploi, une somme qui s’ajoutera aux 700 millions du budget régional actuel (dont 94%, selon l’UWE, est consacré soutenir l’emploi public!). C’est donc le moment de repartir d’une page blanche, dit l’UWE. Il existe pour l’instant 120 régimes différents d’aide, une complexité qui peut amener une entreprise qui souhaite recruter à ne pas en tenir compte, en espérant qu’un coup de pouce ou l’autre tombera tout seul.

La mesure qui a la préférence des patrons wallons, c’est, sans surprise, la réduction du coût du travail par la diminution des cotisations sociales. Le système est clair, immédiat, automatique et maximise l’effet sur l’emploi. «Le but d’une politique de l’emploi ne devrait pas être de résorber à tout prix le chômage, précise Vincent Reuter, l’administrateur-délégué de l’UWE, mais bien d’aider les entreprises à engager. » Et à trouver les personnes qualifiées, poursuit-il, plaidant pour un enseignement plus proche du marché du travail, surtout pour les métiers en pénurie et pour les nouvelles compétences demandées par les entreprises des secteurs technologiques ou de la chimie par exemple. Au moment où un léger frémissement de reprise économique semble se faire sentir. 

«Il ne faut pas faire preuve de fatalisme », conclut Didier Paquot, directeur du département économique de l’UWE, qui estime qu’il existe plus d’opportunités d’emploi qu’on ne le dit, et qu’il y aura encore plus avec la reprise, mais qui appelle le gouvernement wallon à faire le bon choix.