Affirmer notre identité française !

2013-08-27_202202Nous reproduisons ici l’article-opinion de Jules Gheude, publié dans « La Libre Belgique » du 27 août 2013.

http://www.lalibre.be/debats/opinions/affirmer-notre-identite-francaise-521c3bd935707ef67adaf6e4

Une fois de plus, les Fêtes de Wallonie ont fourni l’occasion de rouvrir le débat sur l’identité wallonne.

Cette année, Rudy Demotte, le ministre-président wallon, a lancé le concept de « nationalisme wallon », lequel, à l’inverse du flamand, serait positif.

Dans « nationalisme », on trouve « nation ». C’est ainsi que la Flandre se considère aujourd’hui, comme le précise le préambule de la Charte  adoptée il y a deux ans par un Parlement flamand unanime.

Un atlas historique permet de constater que la Flandre figure sur les cartes depuis le Xe siècle, tout comme l’Ecosse, dont on sait le rôle important qu’elle joua en tant que royaume. Ces deux entités ont toujours développé un profond sentiment d’identité, qui explique qu’elles se retrouvent aujourd’hui à la pointe du combat nationaliste. 2014 verra l’organisation du référendum écossais sur l’indépendance, tandis que la N-VA et le Vlaams Belang pourraient rafler la majorité des sièges flamands à la Chambre, à l’issue des élections législatives du 25 mai.

Cette assise historique fait défaut en ce qui concerne la Wallonie, dont le mot n’apparut qu’à la moitié du XIXe siècle. Jusque-là, l’histoire parlait des Flamands et des Ecossais, pas des Wallons.

Les vicissitudes de l’Histoire ont tenu ces derniers en dehors des frontières politiques de la France (hormis durant la période 1792-1815), alors que depuis le XIIIe siècle, ils avaient adopté spontanément le français et s’étaient placés, avec une fidélité jamais démentie, dans l’orbite intellectuelle et culturelle de Paris.

Pourquoi, dès lors, s’esquinter aujourd’hui à forger une identité qui existe ? Elle est française, tout simplement. Ceci sans méconnaître ou mépriser les particularités locales et les aspects dialectaux, qui caractérisent aussi chaque région de France et ne sont aucunement brimés.

On dénombre chez nous, outre le picard et le gaumais, trois variétés de wallon. Mais ces dialectes, éminemment respectables, ne permettent pas la compréhension mutuelle. Le véritable tronc commun reste la langue française, qui fut d’ailleurs l’unique véhicule d’expression du Mouvement wallon, depuis le Congrès de 1905 jusqu’au Mouvement Populaire Wallon de 1961, dont le fondateur, André Renard, reconnaissait que notre cœur reste attaché à la France (…), le grand flambeau, (…) la grande lumière de culture.

Le sentiment d’appartenance ne se décrète pas. Il s’entérine.

En 1992, la présidence du gouvernement wallon, confiée à Guy Spitaels, fit paraître dans les quotidiens une pleine page présentant 17 figures de Wallonie, parmi lesquelles plusieurs artistes. Il s’agissait de souligner la volonté de plus en plus forte d’affirmer notre identité.

La démarche irrita l’artiste liégeois Patrick Corillon : N’y aurait-il pas dérive nationaliste ? La récupération d’artistes à des fins politiques est aussi néfaste pour les artistes qui s’y voient réduits, que pour les hommes politiques qui outrepassent leur crédit et discréditent leur action.

La Wallonie peut certes s’enorgueillir d’un patrimoine culturel et  artistique foisonnant. Mais n’est-ce pas Paris qui fit la gloire de Grétry, de Franck, de Rops, de Simenon ou de Michaux, lequel opta d’ailleurs pour la nationalité française ? N’est-ce pas la France qui contribue  massivement aujourd’hui à la promotion de nos artistes et créateurs ?

Alors que la scission de la Belgique apparaît de plus en plus inéluctable, les propos de Rudy Demotte sont particulièrement malheureux.

On sait qu’un Etat wallon indépendant ne serait financièrement pas viable et verrait ses prestations sociales diminuer de 10 à 15%. On sait aussi qu’une majorité des Bruxellois n’est pas favorable à une association avec la Wallonie.

Mais il reste la France, dont nous avons été arrachés par les hasards de l’Histoire mais dont nous sommes si proches, tant sur le plan de la langue et de la culture qu’au niveau des valeurs essentielles. Comme l’indique un sondage « France-Soir » de 2010, elle serait prête, à 66% de sa population (75% dans les régions frontalières), à nous accueillir. Et il y a aussi ce sondage « Le Soir – La Voix du Nord » de 2008, qui révèle qu’un Wallon sur deux opterait pour la France en cas d’éclatement de la Belgique.

Tomber dans la dérive nationaliste, c’est rendre le plus mauvais service à la population wallonne. Ce n’est pas l’identité wallonne qu’il convient d’affirmer, mais bien notre identité française.