Archives mensuelles : août 2013

Willy Borsus : « Du vent ! »

Willy Borsus

Willy Borsus

Article d’Eric Deffet, dans «Le Soir» du 31 août 2013

L’Olivier vient d’accoucher du plan Marshall 2022.

Pour le chef de l’opposition libérale, ce plan est une vaste opération d’autofélicitation et de commu-nication à l’occasion de la rentrée. On se réfère aux succès engrangés par les plans Marshall mais en faisant appel à des chiffres hallucinants. Il est ainsi question de 46.388 emplois… réputés créés ou prévus à terme. C’est quoi ça ? Et à côté de cela, pas un mot sur le chômage, les séismes sociaux… L’Olivier masque ses difficultés internes, ses choix discutables et ses problèmes budgétaires. Avez-vous d’ailleurs vu une ligne d’élément budgétaire dans ce document, alors que cela reste l’essentiel ? Quand on a autant de mal à gérer le quotidien, on ne se met pas à expliquer ce qu’il faudrait faire durant les prochaines années. Franchement, ce plan est un catalogue de vagues intentions, du déjà-vu.

L’école est une priorité ? Tout le monde est d’accord. Mais les mesures prévues relèvent du lieu commun. On atteint parfois le cocasse. A propos de la transition énergétique, ce plan commence par affirmer qu’il faut… définir un plan fixant les objectifs clairs et nécessaires. Un plan pour lancer un plan, quoi !

C’est comme Marshall 2022 était le futur programme d’un gouvernement en toute hypothèse. Mais le rendez-vous déterminant sera le vrai accord de majorité conclu par les partenaires après les élections. Au MR, nous ne nous sentirons jamais tenus par ce texte, qui doit être revu et corrigé. Nous n’y trouvons rien par exemple sur la simplification des structures publiques. Cet exercice cherche à confisquer le choix de l’électeur.

Un plan Marshall 2022 pour la Wallonie

Article d’Alice Dive dans « La Libre Belgique » du 30 août 2013

On l’attendait. Alors autant dire qu’ils l’avaient préparée, leur rentrée.

Les ministres des exécutifs wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne sont pas venus les mains vides ce jeudi à Namur à l’occasion de leur gouvernement de rentrée. L’adoption en seconde lecture du CoDT, le nouveau code du développement territorial, un accord sur le très délicat dossier des implantations commerciales et le lancement d’un « plan Marshall 2022″… le repos estival de nos élus aurait-il fait son effet ? Une chose est sûre, c’est un Olivier (PS-CDH-Ecolo) se voulant – s’affichant ? – rabiboché qui s’est présenté à la presse ce jeudi, dans les jardins de l’Elysette. Car, faut-il le rappeler, c’est dans un climat détestable d’un conclave budgétaire épique et inachevé que les ministres de l’Olivier s’étaient quittés fin juillet.

Rien de tout cela ce jeudi donc, mais un état d’esprit ambitieux et prospectif. L’objectif : présenter les nouveaux enjeux et marquer le début de la dernière ligne droite de la législature. Plat principal du jour : le lancement du « plan Marshall 2022 ». On connaissait déjà le plan Marshall et le plan Marshall 2.vert pour relancer l’économie wallonne, voilà donc sa troisième version. Avec une grande nouveauté : l’éducation.« L’enseignement sera au cœur de ce projet fédérateur de relance économique, de cette œuvre collective et prospective », a déclaré le ministre-Président, Rudy Demotte (PS).

Education et compétitivité

« Une excellente chose, une véritable première en Wallonie », s’est réjouie la ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Martine Schyns (CDH). On se souvient effectivement de ces voix, particulièrement dans les rangs des partenaires sociaux, qui se sont régulièrement élevées pour regretter la place trop faible accordée à l’enseignement dans les plans Marshall précédents. Cette version entend donc y remédier.« L’avenir de notre société passe par l’éducation. Mais il ne suffit pas de dire au monde scolaire : « A présent, tout repose sur vous, débrouillez-vous ! », a insisté la ministre fraîchement nommée. Et d’ajouter :« Ce plan Marshall 2022 est l’occasion unique de créer un lien indéfectible entre le monde de l’école et celui de l’entreprise ».

Le projet se donne l’ambition d’améliorer le pilotage de l’enseignement obligatoire, notamment en accompagnant plus efficacement les écoles en difficultés, de refonder l’enseignement qualifiant ou encore de viser l’excellence dans la formation des enseignants.

Dans la foulée, le ministre socialiste Jean-Claude Marcourt n’a pas manqué de rappeler l’autre axe majeur de ce plan de relance économique, à savoir l’économie elle-même. « Le temps économique ne tient pas compte du temps politique », a-t-il ainsi déclaré. Ces dernières années, la compétitivité de nos entreprises s’est améliorée en Wallonie. Notre volonté est de poursuivre dans ce sens, notamment en renforçant les pôles de compétitivité ».

Ce plan sera examiné en deuxième lecture dans le courant de l’automne. Les deux exécutifs affirment vouloir mettre en œuvre certaines mesures avant les élections du 25 mai prochain. Mais quid de l’avenir du plan après cette échéance ? « Quelle que soit la majorité qui en sortira, elle ne pourra l’ignorer », a souligné M. Demotte. Et le ministre André Antoine (CDH) de renchérir : « Ceux qui viendraient à l’avenir seraient bien inspirés de garder le cap ». C’est dit.

Pierre Hazette, ancien ministre de l’Enseignement de la Communauté française, à propos du dernier livre de Jules Gheude

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Pierre Hazette, 29/08/2013

JULES GHEUDE. Lettre à un ami français. 2013.
Mon petit éditeur.

2014 est une année électorale importante pour la Belgique qui renouvellera ses parlements régionaux, la Chambre des Représentants et sa délégation au parlement européen. S’il ne fallait lire qu’un livre pour mesurer la portée du scrutin, je recommanderais de se fixer sur ‘La lettre à un ami français » de Jules Gheude. Avec un louable souci du détail, de la citation précise et de l’analyse, l’auteur passe en revue les déclarations des leaders d’opinion en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles. Il apparaît clairement que ce que veulent les Flamands, VB, NVA, CD&V, Open VLD, hormis Verhofstadt, va dans le sens du séparatisme. Seul le rythme de l’opération de déchirure les distingue encore: certains sont plus pressés que d’autres. Certains se contenteront, dans un premier temps, du confédéralisme; les autres les presseront, avec l’appui populaire, d’en finir avec la Belgique. En face deux, les Wallons et les Bruxellois font semblant de croire encore et toujours soit au statu quo, soit à une Fédération Wallonie-Bruxelles qui monterait en puissance, soit à deux entités indépendantes. En d’autres termes, les francophones de Belgique ne savent pas ce qui va leur arriver. Ils n’ont qu’une certitude: ils vont devoir diminuer leur train de vie dès 2022, au plus tard .Cette certitude s’appliquera à tous les domaines de leur vie en commun et à leurs revenus propres. Jules Gheude, fidèle disciple de François Perin, ne voit qu’une solution : un rapprochement progressif avec la France, notre patrie culturelle et linguistique, mais aussi un partenaire qui nous permettra de réaliser des économies d’échelle, moins douloureuses et plus riches d’avenir.

Pierre Hazette

Pierre Hazette

« La Belgique, c’est sûr, c’est fini »

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Tel est le titre du billet « Humeur » de David Coppi du « Soir » (28 août 2013), consacré au dernier livre de Jules Gheude.

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La Belgique, c’est fini. Vous doutez ? Lisez Lettre à un ami français, de Jules Gheude. Un essai publié chez « Mon Petit Editeur », voué à la thèse de l’ancien proche collaborateur de Jean Gol et de Louis Michel : Le nationalisme flamand est une donnée bien réelle, écrit-il, que l’on aurait tort de réduire à la seule N-VA. Il traverse l’ensemble de la sphère politique du Nord et aucune réforme de l’Etat belge ne pourra en venir à bout. Tôt au tard, cet Etat finira pas craquer (…). Pour ma part, mon souhait le plus cher est de me retrouver, un jour, citoyen à part entière de la République française, au sein de laquelle j’ai passé une bonne partie de ma jeunesse et dont je suis fier de partager la langue, la culture et les valeurs

Jules Gheude décrit minutieusement (350 pages !) les conditions dans lesquelles adviendra, pour la Wallonie, ce processus d’association puis d’intégration à la France. Selon lui, la sixième réforme de l’Etat n’y changera rien : la dynamique imprimée au nord conduit à la scission, à l’expiration d’un Etat factice. Une thèse qui est celle aussi de François Perin, leader-fondateur jadis du Rassemblement wallon, dont Jules Gheude reste le compagnon de route, et qui, interviewé dans « Le Soir », en août 2011, avait lancé : Finissons-en !, souhaitant que la Flandre proclame son indépendance, que Bruxelles s’organise en ville internationale, et que la Wallonie rejoigne la France. Exactement le dessein de Jules Gheude dans son ouvrage. Préfacé précisément par François Perin. Qui écrit : J’ai compris très vite que le fédéralisme, que nous considérions, nous les francophones, comme un aboutissement, n’était pour la Flandre qu’un moyen de progresser plus vite sur le voie de l’indépendance (…). Il ne faut pas être Madame Soleil pour savoir que les élections législatives et régionales du 25 mai 2014 plongeront la Belgique dans une zone de hautes turbulences qui pourraient faire craquer l’appareil.

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Emploi : la Wallonie va dans le mur

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Article de Michel Delwiche, «Le Vif», 28 août 2013

La Région wallonne doit profiter de la réforme de l’Etat, et des indices de reprise, pour revoir totalement sa politique de l’emploi, et privilégier la création d’emplois privés, créateurs de richesse. Car la proportion d’emplois subsidiés par les pouvoirs publics y est parmi les plus hautes d’Europe, et est devenue impayable, affirme l’Union wallonne des Entreprises (UWE).

La situation de l’emploi en Wallonie est assez alarmante et intenable à terme, analyse l’Union wallonne des Entreprises (UWE) à l’occasion de la publication du volet 2013 de ses «Etudes sur la situation de l’entreprise». La Wallonie connaît un des taux d’emploi les plus bas d’Europe (62,5% en 2012, pour une moyenne européenne de 68,8%, Grèce et Espagne comprises), et la part prise dans l’emploi wallon par le secteur quaternaire (les emplois «subsidiés») est de plus en plus importante. Cela a permis, certes, d’atténuer statistiquement les effets de la crise, qui a d’abord touché les emplois marchands, mais ce sont ces derniers qui alimentent les caisses qui paient les emplois publics.

Des politiques non coordonnées 

Il faut donc créer plus d’emploi industriel et manufacturier, mais la Wallonie n’y arrive pas. Pour atteindre le taux d’emploi de 73,2% en 2020 (objectif européen pour la Belgique), il faudrait créer 22.600 emplois par an d’ici là, et bénéficier d’une croissance annuelle du PIB de 3,1% en moyenne. Or, depuis une dizaine d’années, la Région wallonne fait moins de la moitié: 10.000 emplois par an et une croissance de 1,5%… L’UWE ne prétend pas que les pouvoirs publics ne font rien, mais elle affirme qu’ils font mal, ou en tout cas de façon non coordonnée. Il n’y a pour l’instant guère de volonté de cohérence entre les mesures fédérales (réduction du coût du travail, incitation financière à prendre un emploi) ou régionales (lutte contre les pénuries, accompagnement des demandeurs d’emploi, formation…). 

Nous nous trouvons pour l’instant à un moment charnière. La réforme de l’Etat va transférer à la Wallonie 1,5 milliard d’euros de budget destiné à soutenir l’emploi, une somme qui s’ajoutera aux 700 millions du budget régional actuel (dont 94%, selon l’UWE, est consacré soutenir l’emploi public!). C’est donc le moment de repartir d’une page blanche, dit l’UWE. Il existe pour l’instant 120 régimes différents d’aide, une complexité qui peut amener une entreprise qui souhaite recruter à ne pas en tenir compte, en espérant qu’un coup de pouce ou l’autre tombera tout seul.

La mesure qui a la préférence des patrons wallons, c’est, sans surprise, la réduction du coût du travail par la diminution des cotisations sociales. Le système est clair, immédiat, automatique et maximise l’effet sur l’emploi. «Le but d’une politique de l’emploi ne devrait pas être de résorber à tout prix le chômage, précise Vincent Reuter, l’administrateur-délégué de l’UWE, mais bien d’aider les entreprises à engager. » Et à trouver les personnes qualifiées, poursuit-il, plaidant pour un enseignement plus proche du marché du travail, surtout pour les métiers en pénurie et pour les nouvelles compétences demandées par les entreprises des secteurs technologiques ou de la chimie par exemple. Au moment où un léger frémissement de reprise économique semble se faire sentir. 

«Il ne faut pas faire preuve de fatalisme », conclut Didier Paquot, directeur du département économique de l’UWE, qui estime qu’il existe plus d’opportunités d’emploi qu’on ne le dit, et qu’il y aura encore plus avec la reprise, mais qui appelle le gouvernement wallon à faire le bon choix.

Affirmer notre identité française !

2013-08-27_202202Nous reproduisons ici l’article-opinion de Jules Gheude, publié dans « La Libre Belgique » du 27 août 2013.

http://www.lalibre.be/debats/opinions/affirmer-notre-identite-francaise-521c3bd935707ef67adaf6e4

Une fois de plus, les Fêtes de Wallonie ont fourni l’occasion de rouvrir le débat sur l’identité wallonne.

Cette année, Rudy Demotte, le ministre-président wallon, a lancé le concept de « nationalisme wallon », lequel, à l’inverse du flamand, serait positif.

Dans « nationalisme », on trouve « nation ». C’est ainsi que la Flandre se considère aujourd’hui, comme le précise le préambule de la Charte  adoptée il y a deux ans par un Parlement flamand unanime.

Un atlas historique permet de constater que la Flandre figure sur les cartes depuis le Xe siècle, tout comme l’Ecosse, dont on sait le rôle important qu’elle joua en tant que royaume. Ces deux entités ont toujours développé un profond sentiment d’identité, qui explique qu’elles se retrouvent aujourd’hui à la pointe du combat nationaliste. 2014 verra l’organisation du référendum écossais sur l’indépendance, tandis que la N-VA et le Vlaams Belang pourraient rafler la majorité des sièges flamands à la Chambre, à l’issue des élections législatives du 25 mai.

Cette assise historique fait défaut en ce qui concerne la Wallonie, dont le mot n’apparut qu’à la moitié du XIXe siècle. Jusque-là, l’histoire parlait des Flamands et des Ecossais, pas des Wallons.

Les vicissitudes de l’Histoire ont tenu ces derniers en dehors des frontières politiques de la France (hormis durant la période 1792-1815), alors que depuis le XIIIe siècle, ils avaient adopté spontanément le français et s’étaient placés, avec une fidélité jamais démentie, dans l’orbite intellectuelle et culturelle de Paris.

Pourquoi, dès lors, s’esquinter aujourd’hui à forger une identité qui existe ? Elle est française, tout simplement. Ceci sans méconnaître ou mépriser les particularités locales et les aspects dialectaux, qui caractérisent aussi chaque région de France et ne sont aucunement brimés.

On dénombre chez nous, outre le picard et le gaumais, trois variétés de wallon. Mais ces dialectes, éminemment respectables, ne permettent pas la compréhension mutuelle. Le véritable tronc commun reste la langue française, qui fut d’ailleurs l’unique véhicule d’expression du Mouvement wallon, depuis le Congrès de 1905 jusqu’au Mouvement Populaire Wallon de 1961, dont le fondateur, André Renard, reconnaissait que notre cœur reste attaché à la France (…), le grand flambeau, (…) la grande lumière de culture.

Le sentiment d’appartenance ne se décrète pas. Il s’entérine.

En 1992, la présidence du gouvernement wallon, confiée à Guy Spitaels, fit paraître dans les quotidiens une pleine page présentant 17 figures de Wallonie, parmi lesquelles plusieurs artistes. Il s’agissait de souligner la volonté de plus en plus forte d’affirmer notre identité.

La démarche irrita l’artiste liégeois Patrick Corillon : N’y aurait-il pas dérive nationaliste ? La récupération d’artistes à des fins politiques est aussi néfaste pour les artistes qui s’y voient réduits, que pour les hommes politiques qui outrepassent leur crédit et discréditent leur action.

La Wallonie peut certes s’enorgueillir d’un patrimoine culturel et  artistique foisonnant. Mais n’est-ce pas Paris qui fit la gloire de Grétry, de Franck, de Rops, de Simenon ou de Michaux, lequel opta d’ailleurs pour la nationalité française ? N’est-ce pas la France qui contribue  massivement aujourd’hui à la promotion de nos artistes et créateurs ?

Alors que la scission de la Belgique apparaît de plus en plus inéluctable, les propos de Rudy Demotte sont particulièrement malheureux.

On sait qu’un Etat wallon indépendant ne serait financièrement pas viable et verrait ses prestations sociales diminuer de 10 à 15%. On sait aussi qu’une majorité des Bruxellois n’est pas favorable à une association avec la Wallonie.

Mais il reste la France, dont nous avons été arrachés par les hasards de l’Histoire mais dont nous sommes si proches, tant sur le plan de la langue et de la culture qu’au niveau des valeurs essentielles. Comme l’indique un sondage « France-Soir » de 2010, elle serait prête, à 66% de sa population (75% dans les régions frontalières), à nous accueillir. Et il y a aussi ce sondage « Le Soir – La Voix du Nord » de 2008, qui révèle qu’un Wallon sur deux opterait pour la France en cas d’éclatement de la Belgique.

Tomber dans la dérive nationaliste, c’est rendre le plus mauvais service à la population wallonne. Ce n’est pas l’identité wallonne qu’il convient d’affirmer, mais bien notre identité française.

Reuter: « On n’a eu besoin de personne pour se tirer une balle dans le pied ! »

Vincent ReuterPour « La Libre Belgique », Vincent Reuter, le secrétaire général de l’Union wallonne des Entreprises, répond aux questions de Dorian de Meeûs (17 août 2013)

Vous êtes à la tête de l’UWE depuis 2002. La manière de travailler d’un tel groupe de pression a-t-elle évolué en 11 ans ?

Oui, on ne peut plus se contenter de dire au gouvernement « Vous êtes des incapables, vous vous trompez ! » ou « Bien travaillé ! ». La fonction a donc  surtout évolué sur le plan collaboratif avec les autorités, cela peut aller de l’élaboration d’études à la rédaction de parties de textes de loi. Si nous voulons convaincre et faire passer nos idées, nous devons démontrer qu’elles sont bonnes et efficaces. Nous n’avons pas d’autres « bâtons derrière la porte » pour faire passer nos idées… sauf la presse. (rires) Nos dirigeants sont – et c’est un euphémisme – très sensibles à ce que peuvent dire les médias.

En 11 ans, quels sont vos principaux succès et regrets ?

D’abord, il faut être modeste et humble, car on n’est jamais tout seul à demander telle ou telle mesure. Il y a les associations sectorielles et les autres fédérations patronales qui exercent aussi des pressions. Cela dit, les entreprises wallonnes ont joué un rôle important dans le Plan Marshall.

Pour vous, l’efficacité du Plan Marshall ne fait vraiment aucun doute ?

Oui, cela ne fait aucun doute qu’il participe au redressement de la Région.

On vous sentait plus sceptique lors de son lancement…

C’est un très bon plan qui structure notre économie à long terme à l’aide d’excellentes mesures. Nous ne nous attendons pas à des résultats immédiats. Mais, nous avons toujours pointé du doigt 2 grands absents dans ce plan : l’enseignement et le fonctionnement du secteur public. On peut danser sur sa tête, mais sans impliquer l’enseignement dans le redressement d’une région, ce sera en partie des paroles creuses. Un jeune sur 6 sort du secondaire sans diplôme. Où vont-ils, si ce n’est grossir les rangs des chômeurs peu qualifiés qui constituent la moitié des demandeurs d’emploi en Wallonie ? Vous voyez bien que ce n’est pas tenable…Mais  le plan « Horizon 2022 », non encore adopté, comprend tout un volet enseignement.

Vous pensez encore que l’enseignement « étouffe l’envie d’entreprendre » ?

Oui, mais ce n’est pas la faute des enseignants en général. Par la force des choses, il faut cadrer les enfants face à leur envie de prendre des risques. Et entreprendre, c’est prendre des risques. Donc, on va parfois trop loin dans cet apprentissage, en décourageant carrément d’entreprendre. Faut dire aussi que certains enseignants sont « contre » les entreprises privées et ils découragent sciemment les élèves à se lancer dans le privé.

Vous regrettiez parfois que les patrons soient perçus comme des « sous-citoyens ». Vous avez le sentiment que la mentalité des Wallons a évolué à ce sujet ?

Personnellement, je ne vois pas de changement dans les mentalités. Sauf, paradoxalement, au sein des pouvoirs organisateurs de l’enseignement qui s’intéressent davantage au monde économique. Mais en général, non, les mentalités ne changent pas…

Cela semble un peu vous désespérer…

Cela me désespère même beaucoup, car il n’y a rien à faire, l’entreprise privée, ce n’est pas seulement une source de profits pour ceux qui investissent et prennent des risques. C’est aussi la seule source de financement de nos besoins collectifs ! Cela est encore beaucoup trop peu compris par nos concitoyens. Ajoutez à cela la crise qui, faut bien le dire, n’a pas franchement redoré le blason des entreprises, à commencer par les banques et les anathèmes qui se sont étendues à toutes les entreprises.

A qui la faute ?

Regardez le discours très hypocrite des gouvernements, le fédéral en tête ! Un jour, on dit pis que pendre des entreprises – « Ce sont des fraudeurs ! », « Les autorités ont dû sauver les banques ! », « Cela a coûté autant de points de PIB ! », « Ces voyous restructurent, délocalisent ou veulent s’en aller »,… – puis, le lendemain, on vient nous dire – la bouche en cœur – qu’on a besoin des entreprises privées.

Vous dénoncez parfois ce double discours auprès des ministres ? Que vous répondent-ils ?

Oui, ils écoutent poliment, mais de là à dire que c’est suivi d’effets… Au niveau fédéral, la situation politique et communautaire est à ce point compliquée, que les ministres sont devenus extrêmement nerveux et susceptibles. Si on se permet de critiquer le fédéral, d’où que cela vienne, on est descendu en flammes.

La 6ème réforme de l’Etat suit son cours. La Wallonie est-elle prête et apte à gérer ses nouvelles compétences ?

A l’heure actuelle, non ! Elle est tributaire des accords qui devaient se faire au fédéral. Maintenant que les grandes lignes sont clarifiées par la Comori, il reste 1 an et demi pour mettre cela en œuvre… Mais de grandes questions restent en suspens, comme l’octroi et la probable diminution des allocations familiales, l’utilisation des budgets pour le marché du travail,…

A voir votre visage, vous semblez tout de même très tracassé (rires).

Ce qui me tracasse, c’est de savoir ce qu’on va vraiment faire de ces compétences et de ces budgets. Par exemple, je n’ai pas connaissance de projections budgétaires pour l’après-réforme. J’espère que cela existe. Il est urgent qu’on ait ce type de scenarii, alors qu’on nous parle d’un retour à l’équilibre dès 2015. A titre personnel, je suis convaincu qu’il est encore possible de réduire les dépenses…

Justement, côté priorités, l’UWE pointe la résorption du chômage et la compétitivité des entreprises.

Notre problème, c’est qu’il est essentiel de les différencier et de ne surtout pas les confondre. Les syndicats viennent nous parler de « toutes les aides à l’embauche » en oubliant que cela n’a rien à voir avec la compétitivité de nos entreprises. Vous croyez qu’il n’y a pas d’aides à l’emploi chez nos voisins ? Le vrai problème, c’est le coût salarial qu’il faudrait réduire linéairement  de 10 à 15% pour toutes les entreprises. On nous dit que le handicap concurrentiel, « c’est de la blague ! ». Il suffit de poser la question aux entreprises. Dans le monde politique, certains nient l’évidence ou minimisent ce handicap concurrentiel de 15% et préfèrent sauter tout de suite dans le train syndical. Pourquoi ne pas croire les entreprises qui tirent la sonnette d’alarme ? De plus, 90% des aides wallonnes à l’emploi vont au secteur public et non-marchand. 90% !

La Wallonie semble mieux résister à la désindustrialisation de l’Europe que la Flandre. Vous partagez ce constat ?

Oui, mais tout est relatif. C’est aussi parce que la Flandre a beaucoup perdu que la situation relative de la Wallonie s’est améliorée. Dans l’absolu, on est parvenu à limiter la casse. Mais je suis très inquiet par la politique énergétique. J’aimerais savoir où elle est ? C’est AHURISSANT ce qu’on fait en Belgique depuis 10 ans : on sort  du nucléaire – donc on se prive de 55% de notre électricité à terme – mais on ne sait absolument pas comment on va les remplacer. Selon certains, le développement du renouvelable, en tant que tel souhaitable, pourrait remplacer le nucléaire (dans lequel on était parmi les experts mondiaux)… Une vaste blague ! Personne n’y a jamais cru. Là, on n’a eu besoin de personne pour se tirer une balle dans le pied ! Ni même Chinois ou Qataris. On a fait cela – tout seul – et on s’obstine dans l’erreur du « pas de nucléaire chez nous », devenant ainsi bientôt importateurs nets d’électricité.

Qui dit renouvelable pense au photovoltaïque et à la récente saga politique…

Le photovoltaïque ne représente même pas 5% de la production d’électricité wallonne et on est dans une panade pas possible avec une facture annuelle de 230 à 250 millions d’euros par an à cause du dérapage du système de soutien public à ce secteur (en soi d’un grand intérêt pour notre économie). Vous savez, le handicap énergétique représente un frein supplémentaire pour de nombreuses sociétés étrangères qui pourraient s’implanter chez nous. Comme politique industrielle, c’est pas génial !

Récemment a été évoquée la nationalisation du site liégeois d’Arcelor Mittal. Etes-vous par principe contre ce concept ?

L’Etat peut monter dans une entreprise, c’est même préférable dans le secteur de la Défense. L’Etat peut aussi entrer dans une entreprise, en accord avec ses actionnaires, et à condition qu’il y ait un « exit » de prévu. Mais si c’est pour compenser ses propres erreurs (coûts salariaux et politique énergétique), je ne suis pas d’accord ! On a essayé cela à partir de 1917 en Union soviétique, on a vu ce que cela a donné ! Dans quel pays est-ce que cela a marché ? Comment l’Awex-Ofi va-t-elle vendre le fait qu’on nationalise des entreprises qui ferment en Wallonie ? L’image de la Wallonie en prendra un coup. Dès lors, qu’on ne vienne plus nous ennuyer avec du branding et des logos… Vous imaginez l’état d’esprit de l’entreprise active en Belgique et dont on nationalise un des sites ?

On en parle en France aussi.

En campagne électorale seulement ! La réalité, c’est que la Flandre et la France, pour ne citer qu’elles, ne souhaitent pas cela. C’est donc faux de prétendre que la Wallonie fait comme la France. Le projet wallon va nettement plus loin ! C’est un projet de décret désastreux, de même d’ailleurs que les initiatives fédérales de la même veine.

Craignez-vous les élections de 2014 ?

En Belgique, avec un pays pareil, politiquement, on n’a plus peur de rien ! (rires) Je ne crois pas un instant en l’indépendance de la Flandre. On ne peut cependant pas exclure qu’une nouvelle réforme de l’Etat aille encore beaucoup plus loin.

Comprenez-vous l’enthousiasme de nombreux patrons wallons pour le programme socio-économique de la N-VA ?

Oui, c’est un programme libéral, mais notons qu’il n’a jamais été mis à l’épreuve du feu, donc c’est toujours facile de proposer des choses qui plaisent quand on ne traîne pas encore de casseroles ou d’échecs. Des mesures favorables aux entreprises, il y en a dans le plan Marshall. Mais l’un des aspects qui frappent, je crois, est le poids du secteur public : on ne peut plus – comme en Wallonie – utiliser l’embauche dans la fonction publique comme un rempart contre le chômage.

Bpost souhaite étendre les fonctions de ses facteurs au relèvement des compteurs d’eau, de gaz et d’électricité. Que pensez-vous de la riposte de Vivaqua qui indique que les facteurs de sont pas « à même d’exercer cette mission » ?

Je dois dire que l’affirmation de Vivaqua m’a plutôt étonné. L’argument me parait assez fallacieux et même méprisant pour les facteurs…

La Wallonie aperçoit la reprise économique

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Article de Dominique Berns, dans « Le Soir » du 14 août 2013.

Dans sa dernière note mensuelle de conjoncture, l’Iweps, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, pointe un semble d’indicateurs qui, depuis quelques mois, vont «dans le bon sens».

Si le chômage reste en hausse, les ménages wallons ont repris confiance dans l’avenir. De même que les chefs d’entreprise, surtout dans l’industrie manufacturière. La production industrielle est en légère hausse ; et les carnets de commandes, notamment à l’exportation, se sont un peu regarnis.

Les perspectives, en revanche, sont plus moroses pour la construction. Les permis de bâtir étant en net recul (les données les plus récentes datent de mars), le secteur pourrait connaître un ralentissement vers la fin de l’année.

Il n’empêche, les conjoncturistes wallons voient, dans les derniers chiffres disponibles, un indice que le retournement de tendance est en cours, qui – s’il se confirme dans les prochaines semaines et les prochains mois – annoncerait la reprise tant attendue.

Ce qui conforterait leurs dernières prévisions, celles du mois de mars. Pour mémoire, l’Iweps tablait sur une progression de 0,2% du PIB wallon (après un recul de 0,2% en 2012). Réviseront-ils leurs prévisions à la hausse lors de leur prochaine analyse conjoncturelle, dont les résultats seront dévoilés cet automne ? L’Iweps reste prudent.

Car l’économie wallonne et, plus généralement, l’économie belge sont largement dépendants de l’environnement européen. Les principaux clients sont en effet nos voisins : la France, puis l’Allemagne pour les entreprises wallonnes.

Le redémarrage chez nous passerait donc d’abord par une reprise des exportations, puis par celle des investissements des entreprises et enfin, quand l’amélioration de la conjoncture se sera traduite sur le marché du travail, par celle de la consommation des ménages. Un scénario crédible ?

Jean Lerusse s’en est allé

JeanLerusse

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès, ce 9 août, de notre ami Jean Lerusse.
Jean participa activement aux Etats généraux de Wallonie de 2009 et n’a jamais manqué une réunion du Gewif.
Ses avis, comme médecin, nous furent notamment précieux dans le domaine de la santé.
Jean aimait profondément cette vie qu’il avait tant de fois contribué à donner en tant que gynécologue.
Outre sa grande convivialité et son érudition, nous retiendrons de lui sa passion pour le jazz, son sens de l’humour et un engagement sans faille pour le combat réunioniste.
Nous présentons à sa chère épouse Kathleen, ainsi qu’aux membres de sa famille, nos bien sincères condoléances.
 

Annonce nécrologique

La Wallonie trinque

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« Le Soir » du 6 août 2013

Selon le Service public fédéral de l’Emploi, il y a eu, sur premier semestre 2013, 6720 annonces de pertes d’emploi suite à des licenciements collectifs. Ces restructurations ont concerné 84 entreprises.

La Wallonie est particulièrement touchée.

En juillet, il y avait 208.777 demandeurs d’emploi en Wallonie, soit une hausse de 1,6%. La hausse du chômage des jeunes y est encore plus préoccupante : + 7,6% en un an.

La Flandre s’en sort un peu mieux. En 2011 et 2012, c’était pourtant elle qui comptait le plus de travailleurs concernés par un licenciement collectif.

Des trois Régions, c’est Bruxelles qui s’en sort le mieux. L’explication réside dans le fait que ce sont les Régions où la présence d’industries est la plus grande qui sont les plus touchées.

La poursuite du déclin industriel n’est pas la seule explication à ce triste record. Il souligne également les limites du chômage économique. Nombre d’entreprises qui avaient utilisé cette spécificité du droit social belge en attendant une conjoncture meilleure ont commencé à licencier devant l’absence de reprise.

Travailleurs concernées par des licenciements colectifs au premier semestre 2013

Wallonie   3.895  (58%)

Flandre      2.025  (30%)

Bruxelles      800  (12%)

Guiseppe Pagano ; professeur de Finances publiques à l’Université de Mons :

La Wallonie reste fragile, sans doute parce que le secteur sidérurgique y reste proportionnellement plus important qu’en Flandre. Les prévisions de la Commission européenne annoncent une faible reprise de la croissance : autour de 1,1% pour 2014. Si celle-ci s’intensifie en 2014 et au-delà, on peut espérer que les choses iront mieux, que les pertes d’emploi se réduisent. Les pouvoirs publics sont très impuissants en ce domaine. Le phénomène dépend de la conjoncture internationale, sur laquelle ils ont très peu de prise. Et s’ils veulent aider les secteurs en difficulté, ils se font tancer par l’Europe parce que c’est contraire aux règles de la concurrence. A long terme, la recherche et l’amélioration des produits permettront de contrer la concurrence. A Liège et à La Louvière, on a créé des task force afin de retrouver de l’emploi pour les personnes licenciées. Mais les emplois détruits sont détruits…