La Wallonie, coq dressé sur ses ego

coq

Edito de Béatrice Delvaux dans « Le Soir » du 18 juillet 2013

Il se créerait pour la première fois en dix ans plus d’entreprises par habitant en Wallonie qu’en Flandre.

Les chiffres que nous publions aujourd’hui – qui sont évidemment à prendre avec le recul et la prudence que la conjoncture impose – rejoignent ceux donnés par la banque KBC.

La Wallonie n’est pas sortie de ses soucis mais les nouvelles positives se succèdent ces derniers mois. Et pendant ce temps, penserait-on, le gouvernement wallon applaudit, propose, travaille.

Eh bien, pas du tout : il se dispute, au grand jour, faisant de l’exercice de pouvoir, une cour de récréation avec échange de mauvais coups et de noms d’oiseaux.

Mais pourquoi donc dépenser tant d’argent pour un logo censé défendre et promouvoir le renouveau wallon, si ses dirigeants, en quelques jours, font voler en éclats tout effort d’image et de communication ? On pourrait même penser qu’on se moque décidément du monde car en fait de communication, c’est un mélange d’omertà, de non-transparence et de cacophonie qui a prévalu ces jours-ci.

Et si encore on se disputait avec noblesse, pour défendre des arguments de fond et des convictions. Mais que nenni. Ceux qui tentent de promouvoir l’idée que ce qui se joue à l’Elysette est le fruit d’affrontements idéologiques, ceux-là trompent leur public. Ce sont des hommes qui se disputent et se volent dans les plumes, un collectif d’individus qui n’en est plus un, miné depuis des mois par les ambitions, les rivalités, les manques d’estime et de confiance.

C’est aussi le leadership de Rudy Demotte ministre-président, plusieurs fois mis en cause, parfois même par des ministres de sa propre couleur au cours des derniers mois, qui ici montre sa limite.

Comment faire le procès de Flamands et de francophones qui ne s’entendraient pas pour faire tourner le fédéral, quand ce sont les gouvernants wallons entre eux, pourtant soumis à de lourds défis économiques mais aussi dotés d’instruments et de projets opérationnels (plan Marshall, Wallonie 2022, ce n’est pas le

Pérou mais ce n’est pas rien), qui montrent leur incapacité à produire de la hauteur, du consensus, à gérer les résultats fragiles engrangés et à développer une force de frappe commune ?

Ce n’est pas que la Wallonie « mérite » mieux que cela. C’est surtout que c’est un besoin crucial. C’est ce qui rend ces disputes et leur exposition sur la place publique, non seulement inexcusables, mais irresponsables.