Archives mensuelles : juin 2013

A propos de la baisse des exportations wallonnes

awexaLe point de vue de Guy Bertrand

Concernant les exportations, nous savons que le réseau est valable, mais il n’est pas supporté par les agents de l’Awex-Bruxelles, qui suivent aveuglément des procédures « Iso 9001, non adaptées à la partie commerciale.

Cette certification, qui coûte très cher aux contribuables, ne permet pas l’augmentation de résultat.

FIT (le pendant flamand) n’a pas besoin d’ISO pour augmenter ses exportations, même en temps de crise.

Jean-Claude Marcourt, le ministre de tutelle de l’Awex-Ofi, devrait le comprendre et faire abandonner cette certification qui ne sert qu’à couvrir la responsabilité d’une hiérarchie et d’une direction sclérosées

Le logo rigolo

Wallonie

Edito de Thierry Dupièreux dans «Vers l’Avenir» du 29 juin 2013

Bon d’accord, il y en a que ça ne fait pas rire, mais le logo pondu pour dynamiser l’image de la Région wallonne à l’étranger, c’est un ressort comique à lui tout seul.

Dès sa présentation, il a nourri quelques railleries, son prix (60 000 €) semblant à l’opposé de son minimalisme extrême. Cerise sur la gâteau ? La polémique, nourrie hier, autour de la marque Wallonia.be venant rehausser le relooking du branding de la Wallonia Touch. Mettant la charrue graphique avant les bœufs virtuels, le gouvernement wallon a présenté sa nouvelle identité visuelle avant de réellement posséder l’adresse internet Wallonia.be. En termes de communication, ce n’est pas ce que l’on a fait de mieux. C’est franchement une erreur. Lorsque de telles sommes sont engagées (on est quand même dans l’aboutissement concret d’une étude McKinsey qui a coûté 577.000€), il faut présenter un dossier fini, inattaquable, réglé dans ses moindres détails. Là, on est loin du compte. Et on ne peut que sourire face au décalage constaté entre ce couac croquignolet et les envolées lyriques accompagnant la présentation du logo. « Il faut hisser le pavillon » lançait le ministre-capitaine Demotte « il faut se démarquer ». « Au bout de dix ans de plan Marshall » renchérissait Jean-Claude Marcourt « il était temps de se repositionner par rapport à ce que nous sommes aujourd’hui ». C’est-à-dire cinq petits points noirs sur une surface blanche ? Allez ne soyons pas mesquins, c’est vrai qu’un logo efficace ne doit pas forcément être complexe. La simplicité est parfois porteuse. Regardez le swooch, la virgule de Nike ou le « M » de MacDonald, ce sont des logos épurés, sans fioritures. Alors cinq points noirs, finalement, pourquoi pas ? Hier, le logo vivait déjà sa vie sur internet. Détournée à tour de bras dans des versions plus amusantes les unes que les autres, l’identité visuelle wallonne s’est déjà métamorphosée en boules de Lotto, constellation, proie de Pac-Man ou pictogramme de météo neigeuse. Certains affirment que la notoriété d’un logo se mesure aux détournements dont il fait l’objet. À ce petit jeu-là, la Région wallonne peut se vanter d’en sortir gagnante.

La Wallonie s’offre un nouveau logo…

Wallonia

Le gouvernement de la Wallonie s’est mis d’accord jeudi sur une nouvelle identité visuelle pour rajeunir l’image de la Wallonie et (mieux) faire sa promotion à l’étranger. Ce nouveau ‘branding’, qui remplacera l’actuelle charte graphique vieille d’une dizaine d’années déjà, s’appuie sur un logo formé de cinq points noirs dessinant un W et associé au slogan: « Feel inspired » (Sentez-vous inspiré).

« L’objectif est d’assurer un redéploiement de l’image internationale de la Wallonie et de créer une image qui s’éloigne d’un passé périmé avec des industries qui ne seraient plus de ce temps », a commenté jeudi le ministre-président Rudy Demotte lors d’une conférence de presse.

Le nouveau logo pourra au besoin être décliné en quatre « auras » colorées évoquant tour à tour l’accessibilité, le savoir-faire technologique, l’idée de partage ou encore la qualité de vie en la Wallonie.

Selon ses concepteurs, les cinq points du logo évoquent à la fois des pixels, pour illustrer l’idée de réseaux et de technologies, mais aussi les cinq continents à la croisée desquels on trouve la Wallonie.

Le nouveau visuel prend soin de conserver une référence à la Belgique, le logo étant souligné par la mention « Wallonia.be ».

Cette initiative fait suite à l’étude réalisée en 2011 par McKinsey pour renforcer l’image de la Wallonie à l’étranger.

En conclusion, le consultant avait suggéré à la Wallonie de mettre son « ouverture sur le monde » en avant dans sa politique de communication vers l’étranger. Cette nouvelle charte graphique sera utilisée dès la fin de cette année par les différents organes faisant la promotion de la Wallonie à l’étranger, que ce soit pour attirer des investisseurs, des chercheurs ou des touristes. Elle ne devrait dans un premier temps pas être utilisée à l’intérieur de limites de la Région.

Les coûts de ce nouveau ‘branding’ se chiffrent à quelque 60.000 euros, qui viennent s’ajouter au 477.000 euros de l’étude McKinsey que l’opposition MR avait jugés à l’époque fort dispendieux. »C’est en moment de crise qu’il faut hisser le pavillon, qu’il faut se démarquer », a justifié jeudi M. Demotte.

L’économie wallonne dépend à 40% de ses exportations. C’est aussi l’une des régions au monde attirant le plus les investisseurs étrangers. D’où la nécessité de veiller à lui conserver une image moderne, a défendu de son côté le ministre wallon de l’Économie et du Commerce extérieur, Jean-Claude Marcourt: « Le plan Marshall a fait évoluer la perception de la Wallonie et de nous-mêmes. Au bout de dix ans, il était temps de se repositionner par rapport à ce que nous sommes aujourd’hui ».

Belga, 27 juin 2013.

La Wallonie exporte moins

Philippe Suinen

Philippe Suinen

Article de Martial Dumont dans « Vers l’Avenir » du 27 juin 2013
 
En 2012, les exportations wallonnes ont trinqué. La preuve: elles ont reculé de 2,8 % par rapport à 2011. Le plus mauvais résultat depuis celui enregistré en 2009 (-15 %), conséquence de la crise financière survenue en 2008.

Cette fois, quel est le problème?

Selon le ministre de l’Économie, Jean-Claude Marcourt, c’est la crise de la sidérurgie (ArcelorMittal), des machines de chantier (Caterpillar) et de la chimie de base qui tire les résultats vers la base.

Et puis, analyse Philippe Suinen, patron de l’Agence wallonne à l’exportation, (AWEX), il y a la dégradation conjoncturelle au niveau européen et même mondial: la crise des dettes souveraines dans la zone euro, la faiblesse de la demande, les plans d’assainissement, ne contribuent pas à booster nos exportations. D’autant que la production au niveau mondiale est aussi au ralenti.

Résultat, nous voilà en deçà de nos concurrents directs que sont la France, l’Allemagne, les Pays-Bas… et la Flandre qui, elle, continue à voir ses exportations progresser malgré les difficultés socio-économiques qu’elle a pu rencontrer (notamment dans le domaine de l’automobile).

Autre signe inquiétant: les ventes wallonnes régressent vers les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine) avec 4,9 %. D’autant plus problématique que pendant ce temps, la moyenne européenne d’exportation vers ces pays a augmenté de 6,6 %…

On notera également que la régression est répartie équitablement au travers des secteurs. Ce qui n’est pas une bonne nouvelle non plus.

Tout n’est pas noir, cela dit. puisqu’on voit quand même une augmentation importante de nos exportations vers l’Afrique et l’Amérique du Nord qui boudaient quelque peu les produits wallons ces derniers temps.

Et puis, selon Philippe Suinen, les premier et deuxième trimestres 2013 devraient s’inscrire dans des tendances de «reprise modérée et graduelle» pouvant intervenir à partir du 3e trimestre, en raison du rebond prévu de l’économie mondiale. En clair, le plus dur serait derrière nous. Rendez-vous dans quelques mois pour confirmation.

Gouvernement wallon: 16 millions dépensés en com depuis 2009

Article de Martial Dumont, dans « Vers l’Avenir » du 25 juin 2013

Rudy Demotte

Rudy Demotte

Sur quatre ans, le coût des communications initiées par les divers membres du Gouvernement wallon dépasse les 16 millions d’euros!

Et encore, ce ne sont que les montants dont nous avons connaissance suite aux demandes introduites par les Ministres auprès de la Commission de contrôle des communications gouvernementales, analyse le député wallon MR Jean-Paul Wahl, qui a passé au peigne fin les dépenses de promo de chaque ministre depuis le début de la législature.

Il est dès lors plus que probable que la réalité des chiffres soit encore bien plus importante. Nous ne disposons en effet pas des dépenses établies par les services publics (SPW et OIP) et par conséquent, un certain nombre de campagnes d’information initiées par l’administration et où seul le logo de la Wallonie apparaît ne passent pas devant la Commission.

Sans parler, dit-il, des subventions diverses accordées ça et là à des manifestations de toutes sortes, à des associations, clubs sportifs, troupes de théâtre, groupements divers, etc.

Ces faire-valoir échappent à tout contrôle et ne font l’objet d’aucune transparence et objectivité.

En 2012, le gouvernement s’est lâché

Mais qui a dépensé le plus en 4 ans pour sa communication? À en croire les chiffres établis par le député libéral, c’est le Ministre-Président Rudy Demotte qui détient le pompon avec plus de 5 millions d’euros. Essentiellement dépensés en campagne de promo du Plan Marshall 2.vert.

Mais honnêtement, quand vous êtes dans votre salle de bain le matin et que vous entendez une pub pour le Plan Marshall, vous en savez plus après sur le sujet?.

Et Jean-paul Wahl de se poser la question de l’impact réel des campagnes de communication du gouvernement.

Je ne dis pas qu’il ne faut pas faire de promotion. Mais il faudrait plus de coordination et moins de saupoudrage. Le gouvernement lui-même reconnaît qu’il faut se limiter. Je constate qu’il ne le fait pas. Et quand on voit certaines campagnes, on se demande réellement à quoi ça sert de dépenser de l’argent pour ça.

Jean-Paul Wahl apporte néanmoins déjà un élément de réponse : à l’analyse, on s’aperçoit que 2012, année des élections communales, les dépenses en communication explosent littéralement : 5 millions rien que pour le premier semestre. Au top : Demotte, Furlan et Nollet.

Et vous allez voir : fin 2013 et début 2014, ça va encore augmenter, pronostique le député MR.

Qui demandera des comptes et des explications aujourd’hui au gouvernement en commission parlementaire.

L’État Wallonie-Bruxelles, le dernier songe belgicain

Une analyse du Français Jacques Lenain.

FWB

 

Les Franco-Belges peinent à sortir de l’illusion qu’un avenir commun durable avec la Flandre, même dans un État réduit à sa forme« confédérale », resterait encore possible. Quand ils y parviennent, de plus en plus couramment grâce à l’agressivité flamande, ils succombent aussitôt, sauf exception, à une autre illusion, celle d’une Belgique continuée sans la Flandre. Un Royaume plus petit, mais plus homogène, plus cohérent, et tout aussi « belge ». Ce serait l’État Wallonie-Bruxelles souverain, dont les fondations pourraient être posées par anticipation à l’intérieur même du Royaume belge franco-flamand avant qu’il ne disparaisse, tout comme la Flandre y fonde son État national, jour après jour, en utilisant pour ce faire sa maîtrise de l’État central belge. Mais une autre illusion alternative est aussi, pour un nombre substantiel de Franco-Bruxellois (comme l’indique un récent sondage), un État bruxellois souverain, débarrassé à la fois du « fardeau flamand » et du « fardeau wallon », une sorte de « Principauté » de type « luxembourgeois » ou « monégasque », aussi tranquille, aussi prospère, aussi protégée ; la Wallonie, quant à elle, créant aussi son propre État, ou bien rejoignant, seule, la France. Tentons, en quelques lignes, de récapituler les arguments pertinents pour dissiper ce songe sur l’État W-B, et sur l’État bruxellois, pour que puisse se dévoiler la seule et véritable solution, pour Bruxelles, ensemble avec la Wallonie.

1. La Fédération ou l’État fédéré Wallonie-Bruxelles, une première impossibilité.

Des années après sa fausse naissance, la « Fédération W-B » n’est toujours que la nouvelle dénomination, purement médiatique, car sans traduction juridique, de la « Communauté française de Belgique » (voir ma note de 2011 sur « la Fédération W-B, ce non être », à www.belgique-francaise.fr ). Pourtant, une proposition toute récente d’Olivier Maingain est de « renforcer » la « Fédération » en la transformant en « État fédéré ». Mais comment renforcer une entité qui n’existe pas, même pas sous la forme d’une simple définition ? ! Et qui ne pourra pas exister puisque la Flandre ne peut autoriser la création d’une telle « Fédération » ou d’un tel « État fédéré » W-B dans la Belgique franco-flamande, création qui priverait la Flandre de son contrôle politique sur Bruxelles. Car si la Flandre s’impose encore le carcan belge, c’est essentiellement pour conserver ce contrôle, qui complète le contrôle physique permis par l’encerclement total du territoire bruxellois par le territoire flamand, en espérant arriver à convertir un jour ce double contrôle en annexion. Les politiciens franco-belges, tous, savent donc bien que leur « proposition » d’une structure para-étatique W-B au sein de l’État belge franco-flamand est absolument irréalisable, par simple refus flamand. Ils la défendent cependant par simple posture tactique, attentiste, mensongère ; ils « parlent » à leur cheptel électoral belgicain, lui disent ce qu’il peut et veut entendre, et ils ne peuvent guère faire autrement, sauf à risquer un mort politique prématurée.

2. L’État fédéral Wallonie-Bruxelles, une seconde impossibilité.

Une fois la Belgique franco-flamande disloquée, la création d’un État souverain W-B, qui n’aurait donc pu être « préparée », est une question qui s’impose. Y répondre honnêtement, lucidement, courageusement, consiste à s’interroger sérieusement sur sa faisabilité, sa viabilité. Or, sur les plans politique (impossible partage fédéral des pouvoirs politiques entre ses deux membres si dissemblables), financier (impossible répartition des sacrifices entre ses deux membres si différents et si inégaux) et territorial (impossible continuité entre ses deux parties, et échanges entre elles placés du coup sous le contrôle exclusif d’une Flandre hostile et maîtresse du « détroit » qui les sépare), la possibilité d’un tel État bicéphale serait proche de zéro (voir ma note précitée, et ma note récente, « Bruxelles, ville internationale ? », point IV, qui donne les sept raisons fondamentales qui rendent la survie d’un tel État bicéphale « francophone » impossible). Pour prétendre le contraire, il faut contre-argumenter…Or, à ce jour, les élites et milieux décisionnels franco-belges n’ont jamais produit le moindre argumentaire étayé sur le concept d’État W-B (ainsi, rien n’est sorti du monde universitaire franco-belge, il se tait, tétanisé). Pour les politiciens franco-belges, contraints d’occuper le terrain, nul besoin d’y croire, ni même d’en parler pour le moment, il suffit que leur électorat, lui, veuille bien le croire ou fasse semblant. Pour se rassurer un peu, les faux « croyants » disent que « cet État commun sera libre de développer et d’approfondir ses liens avec la France » (manifeste bruxellois de mars 2008), formule qui n’a aucun sens concret…c’est ce que fait l’État belge avec la France depuis 1830 ! Ce fantasme d’un État W-B (ou d’un État wallon) qui pourrait être « adossé » à la France pour ne pas succomber est aussi stupide que récurrent (voir ma note sur « les trois conceptions d’une union avec la France », contribution à la journée d’étude sur l’après Belgique d’avril 2011).

3. L’État bruxellois, un rêve sans suite ou un suicide presque parfait.

Puisque l’idée d’un avenir proprement bruxellois, bien que sans adhésion explicite des milieux dirigeants, habite également les esprits, assez massivement, il faut, là aussi, que ses partisans osent affronter la réalité, qu’ils s’activent donc à montrer la viabilité d’un État bruxellois souverain. Or ils ne s’y risquent pas car ils n’en sont pas capables. En effet, la subordination totale de Bruxelles à la Flandre, du fait que son territoire, minuscule, est totalement inscrit dans le sien, rend cette démonstration impossible (voir « Bruxelles, ville internationale ? », point V, pour la démonstration contraire). Et toute tentative de concrétisation de ce projet absolument irréaliste serait donc suicidaire, car la Flandre hostile, comme futur État, dont l’action active, incessante et multiforme, et prolongée dans Bruxelles même par sa minorité flamande, qui resterait implantée au cœur même des institutions bruxelloises, minerait la souveraineté de Bruxelles jusqu’à son abolition. Bruxelles ne pourra exister et persister comme elle est, demain, avec son caractère « francophone », après la disparition de l’État belge franco-flamand, que si elle est protégée de la Flandre par une puissance tierce, bien plus puissante que celle-ci. Ce ne pourra pas être la Wallonie. Ce ne pourra pas être l’Union européenne, qui n’éprouve aucune tendresse pour la francité. Ce ne peut être que la France, si elle en a l’envie et le devoir. Double condition qui suppose pour les Bruxellois d’accepter de faire de Bruxelles un territoire français et d’eux-mêmes des citoyens français, comme il en serait pour la Wallonie et les Wallons.

4. La ligne réunioniste pour Bruxelles, stratégie et tactique.

C’est une tâche majeure des réunionistes de dire tout ce qui précède. Et, pour un moment encore, eux seuls peuvent le faire. Cependant, certains, face au risque d’un sort désastreux de Bruxelles, après la dislocation du Royaume franco-flamand, menacée alors d’être phagocytée par la Flandre, soit directement (annexion des 19 communes bruxelloises, dont les habitants « francophones » seraient « contentés » par un « statut spécial personnel») soit indirectement (garrotage physique du territoire et colonisation politique interne d’une fausse entité souveraine bruxelloise), et devant la « francophobie » supposée insurmontable des Franco-Bruxellois (selon François Perin, août 2011), ont la tentation de défendre « à tout prix » le maintien du lien Bruxelles-Wallonie, en se ralliant au concept fumeux d’État W-B, « fédéré » d’abord, « souverain » ensuite, par conviction (« cette étape, espérée comme éphémère, est inévitable »), ou par tactique (« cet État mort-né servira fugitivement d’instance de négociation avec la France »).

Certes, ces réunionistes ont toute raison de penser que tout arrimage de Bruxelles à la France passe par le maintien du « cadre » wallo-bruxellois. Pour autant, cette évidence que le chemin du salut de Bruxelles vers la France passe par la Wallonie ne justifie en rien ce ralliement opportuniste au concept d’État W-B. Car ce n’est pas un « État » qui négocie, ce sont des forces politiques, des hommes. Ce « cadre » wallo-bruxellois, à défendre, repose sur l’existence de forces sociales et politiques communes aux deux entités. Ainsi, la légitimité politique pour négocier et décider au nom du couple W-B réside pleinement dans le concert des cinq grands partis politiques franco-belges, tous communs à la Wallonie et à Bruxelles, et chez les parlementaires wallons et bruxellois des deux Parlements régionaux et du Parlement commun de la « Communauté française », lequel représente au moins 95 % de la population wallonne et 80 % de la population bruxelloise. Inutile, donc, de s’inventer un « État », irréalisable ou mort-né ou éphémère, pour négocier un statut français d’intégration de la Wallonie et de Bruxelles. Nul besoin d’une telle entité juridique qui, si elle parvenait à naître, le ferait dans des conditions catastrophiques (politiques, institutionnelles, financières, territoriales, sociales,…), du fait de ses tares constitutives, et dont il faudrait très vite organiser la disparition, dans des conditions encore plus catastrophiques. Nulle nécessité d’un tel travail : nouvelle constitution, nouveau parlement, nouvelles élections, nouveau budget, nouveau partage des pouvoirs et du fardeau financier entre Bruxelles et la Wallonie, etc., toutes choses quasi-infaisables d’ailleurs. En tout cas, ce n’est pas aux réunionistes de faire semblant d’y croire, plein de politiciens, bruxellois comme wallons, s’en chargeront, par conviction forcée et/ou dans l’objectif d’exister pendant cette phase chaotique.

De plus et surtout, invoquer le besoin d’un tel État W-B constituerait moins une ambition dressée contre la Flandre qu’une posture affirmée contre la France. Dès lors, comment des réunionistes pourraient-ils être entendus en parlant de la France comme avenir tout en œuvrant verbalement au soutien à ce projet d’État souverain, qui est une perspective contraire à toute projet réunioniste ? En effet, si la création de ce Royaume belge maintenu, plus « belge » que jamais, était perçue comme possible, pourquoi attendre de ses « inventeurs » qu’ils pourraient ensuite en venir à le saborder pour le dissoudre dans la France ? Quel serait la crédibilité de réunionistes qui attendraient de ceux-là mêmes qu’ils inviteraient à réaliser l’exploit de le créer et de le faire vivre qu’ils pourraient ensuite vouloir le supprimer ? La population, les élites et les dirigeants de la Wallonie et de Bruxelles étant massivement « belgicains », si tous pensaient donc pouvoir parvenir ensemble à faire vivre une Belgique sans la Flandre, avec son Roi, et ses autres institutions toujours belges, sa fiscalité, sa protection sociale, son rang dans l’UE et à l’ONU, etc., pourquoi voudraient-ils envisager de le tuer, et ce pour se noyer dans l’ensemble français, « solution » qu’ils refusent toujours viscéralement malgré les avanies continues venant de Flandre ? Pourquoi accepteraient-ils de concevoir de passer, presque aussitôt, d’une dépendance à la Flandre, dont ils seraient parvenus à se libérer, à une dépendance à la France, alors même que, de toute évidence, et contre tout bon sens, ils préfèrent toujours aujourd’hui la première dépendance à la seconde ? Et si la création de cet État W-B était tentée, son échec, après une phase cruelle de tentatives confuses, conduirait à la dégradation du lien B-W, et ce temps qui aurait été consacré à cette expérience ratée et ce ratage lui-même seraient mis à profit par les milieux « indépendantistes » bruxellois et leurs soutiens étrangers, dont la Flandre, pour tenter de faire prévaloir leur « Principauté » bruxelloise rêvée et mortifère.

Fort heureusement, il n’y aura pas d’État franco-belge, ni durable ni éphémère, pas de phase intermédiaire, sauf celle de liquidation de l’État belge franco-flamand, ce qui n’a rien à voir (phase de brève « survie » qui se situera entre la « condamnation »politique de cet État et son « exécution » juridique). En tout cas, un réunioniste ne doit pas le souhaiter. Après l’acte de décès de l’État franco-flamand, et immédiatement, il n’y aura qu’un seul État souverain qui pourra maintenir ensemble la Wallonie et Bruxelles, avec succès, ce sera l’État français. Ce sera donc le choix redoutable des Bruxellois que de l’accepter ou de le refuser, après que les Wallons auront ouvert la voie. En attendant, chaque réunioniste bruxellois, aussi solitaire qu’il est, doit faire montre de lucidité et de courage, pour chaque « millier » de Bruxellois qui en manque. Pendant tout le temps nécessaire. Puis, quand le chaos final sera là, vraiment là, la « solution française » s’imposera d’autant mieux qu’elle aura été bien définie et bien défendue, sans discontinuité. Car le travail du réunioniste est aussi de rendre « acceptable » la « solution française », laquelle, pour cela, doit être la conservatrice d’un certain héritage belge, d’un certain vouloir-vivre belge, bruxellois et wallon. Il lui appartient donc de définir et de défendre un cadre d’intégration à la France de la « Belgique française » qui soit spécifique et négociable, un statut spécial de grande autonomie, et tout précisément pour Bruxelles (voir « les trois conceptions », déjà citée). Au final, informés, les Bruxellois devront choisir entre une dépendance sévère à la Flandre, sans la Wallonie, et une forme de dépendance douce à la France, avec la Wallonie. La première serait mortelle pour le caractère « français » et l’autogestion de Bruxelles. La seconde serait durablement compatible avec la caractère propre de Bruxelles, comme avec celui de la Wallonie. 

De la disparition de la Belgique…

De la disparition de la Belgique…

Jules Gheude et sa longue « Lettre à un ami français » (1)

Jules Gheude

Jules Gheude

Essais, cartes blanches, prestations radio-télévisées, conférences, mise sur pied des Etats généraux de Wallonie, coordination des travaux du Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France) : avec une belle énergie, Jules Gheude (66 ans) s’est fort investi, ces dernières années, pour ouvrir les yeux des Wallons et des Bruxellois francophones à la réalité belge. Une réalité marquée par une mouvance nationaliste flamande qui ne cesse de s’affirmer au point de rendre problématique la survie même de l’Etat belge.

François Perin signe la préface

François Perin

On connaît également l’admiration qu’il voue à François Perin, dont il fit partie du Cabinet de la Réforme des Institutions en 1974. Il lui consacra une biographie remarquée, préfacée par feu Xavier Mabille, l’ex-Président du CRISP, et qui figura, en 2007, parmi les trois meilleurs ouvrages du Prix du Livre politique du Parlement de la Communauté française.

Aujourd’hui, c’est François Perin lui-même, âge de 92 ans, qui signe la préface de son nouveau livre intitulé « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique » et qui paraît aux Editions « Mon Petit Editeur » à Paris.

350 pages. Voici sans doute la plus longue lettre qui ait jamais été rédigée…, écrit François Perin, qui ajoute :

Jules Gheude connaît particulièrement bien la mouvance flamande. Il lit, avec assiduité, la presse flamande depuis 40 ans. C’est d’ailleurs la raison qui m’a amené à l’intégrer dans mon Cabinet de la Réforme des Institutions en 1974. Très vite, il est devenu un ami, dont la fidélité ne s’est jamais démentie. J’apprécie les initiatives citoyennes qu’il a prises, ces dernières années (Etats généraux de Wallonie en 2009, constitution du Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – Gewif – en 2010) pour amener les esprits francophones à réfléchir à l’après-Belgique. Tout cela a débouché sur des travaux et analyses d’une grande qualité, qui s’avéreront utiles le moment venu.

François Perin rappelle qu’il a lui-même consacré une grande part de mon activité à cette question communautaire qui n’a cessé de torturer le Royaume de Belgique – union contre nature imposée par l’Angleterre pour se prémunir contre son ennemi héréditaire français –  depuis sa création en 1830.

Un Royaume, précise-t-il, dont, dès l’adolescence (…), j’ai pris conscience de l’inconsistance.

Il convient de rappeler ici, à l’intention des jeunes générations, les efforts déployés par François Perin, durant plus de 20 ans, pour transformer la Belgique au niveau de ses institutions :

J’ai personnellement cru, écrit-il,  qu’une réforme institutionnelle de type fédéral serait de nature à garantir la cohabitation paisible des deux grandes communautés du pays. (…) Mais j’ai compris très vite que le fédéralisme, que nous considérions, nous les francophones, comme un aboutissement, n’était pour les Flamands qu’un moyen de progresser plus vite sur la voie de l’indépendance. J’en ai tiré la conclusion en démissionnant de la fonction sénatoriale, le 26 mai 1980 : la Belgique était définitivement minée par le nationalisme flamand.

43 ans plus tard, François Perin constate que la N-VA, le Vlaams Belang et la Lijst Dedecker totalisent 47,5% des intentions de vote en Flandre. Et je sais, pour les avoir abondamment fréquentés, que les démocrates-chrétiens et les libéraux flamands ne sont jamais en reste dès qu’il s’agit de défendre les intérêts fondamentaux du Nord.

Et d’ajouter :

Si la nation belge m’apparaît inexistante, j’ai assisté, par contre, à la lente éclosion de la nation flamande. Une nation qui, aujourd’hui, existe bel et bien, comme le confirme d’ailleurs le préambule de la Charte flamande, adoptée, il y a deux ans, par un Parlement flamand unanime.

François Perin tient à fustiger l’aveuglément des élites francophones qui se refusent à l’admettre. Tout se passe pour eux comme si la Belgique devait connaître une vie éternelle. Or, l’option confédéraliste, qu’une très large majorité flamande prône depuis 1999, n’est, comme l’a été le fédéralisme, qu’une nouvelle étape pour accéder finalement à l’autonomie complète de la Flandre.

Pour l’ancien éminent constitutionnaliste de l’Université de Liège, il ne faut pas être Madame Soleil pour savoir que les élections législatives et régionales du 25 mai 2014 plongeront la Belgique dans une zone de hautes turbulences qui pourraient faire craquer l’appareil.

Aussi, François Perin tient-il à saluer le nouvel ouvrage de Jules Gheude, qui a le mérite considérable d’éclairer les Wallons et les Bruxellois francophones, afin qu’ils soient prêts à affronter une scission du Royaume dont on ne peut dire avec exactitude le moment où elle se produira, mais qui apparaît de plus en plus inéluctable. Rien n’est pire que de se retrouver, à un moment donné, mis devant le fait accompli, contraints de réagir dans l’urgence et la précipitation.

Sans doute, ajoute François Perin, faudra-t-il du courage à l’ami français pour lire cette longue missive que Jules Gheude lui adresse et dans laquelle, avec une minutie d’entomologiste, il dissèque notre problématique communautaire, abordant également la question post-belge sous l’angle du droit international. Car si une plume alerte s’emploie à relater clairement et rigoureusement les faits, il n’en demeure pas moins que le contexte qui les entoure reste fastidieux. Ce n’est pas le talent de Jules Gheude qui est ici en cause, mais bien la Belgique elle-même, ce non-pays compliqué et, somme toute, bien peu captivant.

En dépit de son grand âge, François Perin, on le voit, n’a certes rien perdu de sa lucidité ni de son ironie.

S’il considère comme un élément tout à fait fondamental, le fait que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale ait jugé opportun, en juillet 2011, de charger deux de ses membres, l’un de la majorité, l’autre de l’opposition, de se rendre en Belgique afin de s’informer de la situation intérieure du pays, il dit comprendre que les médias belges, ne se soient guère épanchés sur le rapport des intéressés qui constate que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rend son existence de moins en moins probable.

Il ne faut surtout pas, explique François Perin, ajouter le désarroi et la peur chez ceux qui occupent une fonction officielle représentative, ni aggraver, dans l’opinion, le doute ambiant sur la survie dans un avenir rapproché. (…) On peut, en tout cas, compter sur la RTB et sur RTL, pour assurer la livraison régulière « c’est du belge », Place royale…

L’extrême complexité de l’écheveau belge

La « Lettre » de Jules Gheude est clôturée à la date du 10 juin. Elle relate, jusqu’à cette date, tout ce qu’il y a lieu de savoir pour bien saisir l’extrême complexité de l’écheveau belge.

Après avoir démoli le mythe soigneusement entretenu par les historiens, tel Henri Pirenne, pour nous cacher une origine nettement moins glorieuse (ah, les braves Belges de César !), due en fait à un marchandage de plénipotentiaires autour d’un tapis vert, Jules Gheude explique que le drame de la Flandre s’est joué au XVIe siècle, lorsque les persécutions religieuses commandées par Philippe II d’Espagne ont arraché les Flamands à leur destin naturel :

Anvers aurait pu devenir la capitale des Pays-Bas. Tandis que la langue néerlandaise va pouvoir s’épanouir dans les Provinces-Unies, grâce à la traduction de la Bible, la Flandre, poursuivie par la redoutable Inquisition, se morcelle en patois locaux.

Il en arrive alors à la période 1792-1815, au cours laquelle la France a veillé à la prospérité de nos régions, dont elle a su mettre en évidence et soutenir les multiples talents.

Et il y eut la défaite de Napoléon à Waterloo et ses conséquences funestes : Bel amalgame que ce Royaume uni des Pays-Bas, où Hollandais et Belges se voyaient opposés quotidiennement par le tempérament, la langue et la religion ! Un mariage de convenance, qui ne devait durer que 15 ans…

Que d’affrontements et de palabres auraient pu être évités si l’on avait alors obéi aux lois de la rationalité, lesquelles prêchaient un partage des dépouilles du Royaume uni des Pays-Bas entre la Hollande et la France, écrit Jules Gheude. Mais la méfiance des Britanniques à l’égard de cette dernière était encore si vive qu’il fallut bien se résoudre à accorder à Palmerston, lors de la Conférence de Londres, cette « tête de pont » qu’il s’obstinait à réclamer. Voilà donc comment, d’un trait de plume diplomatique, naquit, en 1830, le Royaume indépendant de Belgique.

Un royaume auquel Talleyrand, alors ambassadeur de France à Londres, ne croyait pas, comme il le déclara, en 1832, à la princesse de Lieven : Les Belges ? Ils ne dureront pas. Tenez, ce n’est pas une nation. Deux cents protocoles n’en feront jamais une nation ; cette Belgique ne sera jamais un pays ; cela ne peut tenir.

Il ne fallut pas longtemps, écrit Jules Gheude, pour s’apercevoir que la conformation unitaire du Royaume de Belgique portait en soi les germes d’une crise. (…) C’est que le suffrage censitaire – les électeurs ne représentent pas 2% de la population – fait la part belle à la bourgeoisie, qui, tant en Flandre qu’en Wallonie, ne s’exprime qu’en français. Voilà donc la population flamande, numériquement majoritaire, réduite à l’état d’infériorité culturelle et sociale.

Et Jules Gheude de relater les efforts du Mouvement flamand pour amener la Flandre à acquérir ses lettres de noblesse sur l’échiquier politique et à progresser avec ténacité sur le chemin de son identité.

Comme il l’explique, en cette fin du XIXe siècle, Wallons et Flamands n’envisagent pas le réveil populaire sous le même angle. Alors que les premiers réagissent surtout en fonction de la conscience de classe, les seconds entreprennent une contestation de type nettement nationaliste.

Une évolution dont Jules Destrée ne manquera pas de dénoncer les effets pervers, dans sa fameuse « Lettre au Roi » de 1912 :

Je n’ai ni le loisir ni l’intention de faire l’historique de ce mouvement flamand. Il me suffit d’en avoir noté les raisons et reconnu le caractère légitime. (…) A l’heure présente, le mouvement, enivré de ses succès et de sa force populaire, a atteint son but. Il le dépasse. Il menace la Wallonie. (…) Le Flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme.

Pierre après pierre, poursuit Jules Gheude, une nationalité spécifique est en train de bâtir, en concurrence directe avec la belge. Et le chœur entonne l’hymne à la gloire de la Flandre : Alles voor Vlaanderen et Vlaanderen voor Kristus.

Ce qui amènera, au cours des deux Guerres Mondiales, nombre de flamingants actifs à nouer des contacts avec l’occupant à allemand – et quoi ! n’est-on pas de la même race ?- dans l’espoir d’accéder plus vite à l’autonomie politique.

Cette collaboration sera réprimée avec rigueur : une rigueur qui ne fera en fait qu’exacerber le radicalisme flamingant. Car comment admettre qu’on puise condamner à mort un homme – ce qui fut le cas pour Auguste Borms – qui, crachant sur le patriotisme belge, a définitivement opté pour la fidélité à la Flandre ?

Tout cela va amener le Mouvement wallon à s’organiser et à tenir, dès le mois d’octobre 1945, un Congrès National au cours duquel, lors d’un premier vote dit « du cœur », une majorité de participants se prononça en faveur du rattachement à la France, avant de se rallier, par un « vote de raison », à la formule fédéraliste. Une formule que les partis traditionnels, conçus sur une base unitaire, s’emploieront à freiner des quatre fers.

Jules Gheude rappelle ensuite la Question royale, la guerre scolaire, la grande grève de 1960-1961, autant d’événements qui feront apparaître le clivage communautaire.

Avec son Mouvement Populaire Wallon, André Renard entend offrir à la Wallonie un instrument d’action efficace pour entreprendre sa relance. Mais il disparaîtra prématurément, en juillet 1962, après avoir engagé la bataille avec un PSB totalement sclérosé.

François Perin reprendra le flambeau. Dans les quinze années qui vont suivre, il sera le poil à gratter des « belgicains » et le fer de lance de la cause fédéraliste.

Flandre et Wallonie représentent deux philosophies totalement inconciliables, ajoute Jules Gheude, qui se manifestent clairement lorsqu’il s’agit des Fourons et de la périphérie bruxelloise. La conception nationale-socialiste de la Flandre se heurte à la philosophie individualiste des francophones. La fixation de la frontière linguistique, en 1962-1963, sans consultation des populations concernées, consacre la dualité et constitue dès lors la négation même de l’unitarisme.

Il est impossible, explique Jules Gheude, après avoir analysé les thèses émises par les divers historiens, de savoir avec exactitude pourquoi cette frontière s’est établie à cet endroit précis. Et de constater :

Comme si le fait d’être une sorte de bébé-éprouvette diplomatique ne constituait pas une tare suffisante, le Royaume indépendant de Belgique se voyait affublé, en son beau milieu, d’un pointillé transversal délimitant deux langues et, partant, deux mentalités. L’artificiel était ainsi consacré dans toute sa plénitude.

Il faudra attendre l’affaire de Louvain en 1968 (le fameux « Walen buiten ») pour que les choses bougent enfin au niveau politique.

Le PSC ne résistera pas à ce choc violent et sera le premier parti dit traditionnel à se scinder en deux ailes linguistiques. Dans le même temps, les formations fédéralistes (Rassemblement wallon, FDF et Volksunie) gagnent en puissance et amènent le législateur, en 1970, à réviser la Constitution dans le sens de la régionalisation et de l’autonomie culturelle.

Mais la Flandre fera tout pour empêcher la mise sur pied d’une Région bruxelloise à part entière, au sein de laquelle elle est largement minoritaire. Il faudra la rocambolesque affaire Happart et le renoncement de ce dernier à la fonction maïorale à Fourons – Jules Gheude aborde longuement le sujet –  pour que Bruxelles sorte enfin des limbes, en 1988. Cinq ans de discussions seront encore nécessaires pour que la Constitution reconnaisse enfin le caractère fédéral de l’Etat.

La Flandre fera très vite savoir que le fédéralisme ne la satisfait pas. Il lui faut davantage, une révolution copernicienne. C’est ce que le Parlement flamand indique clairement en adoptant, dès 1999, ces cinq résolutions qui s’inscrivent résolument dans le schéma confédéraliste : une Belgique dépouillée à l’extrême au profit des Régions et la cogestion de Bruxelles par les deux grandes Communautés.

Cette évolution plongera, en 2007, la Belgique dans la plus longue crise politique de son histoire. Informateurs, médiateurs, conciliateurs, explorateurs se succéderont dans un infernal ballet.

La Belgique détient aujourd’hui un double record, rappelle Jules Gheude. Européen d’abord, en étant le premier Etat-membre de l’Union à avoir assumé l’intégralité d’une présidence (1er juillet – 31 décembre 2010) avec un gouvernement en affaires courantes ; mondial ensuite, en étant le pays resté le plus longtemps sans gouvernement de plein exercice.

Aujourd’hui, une 6e réforme de l’Etat est en gestation, dont la Flandre a déjà dit qu’elle ne serait pas la dernière et dont on ignore si elle pourra être concrétisée avant les élections fédérales et régionales du 25 mai 2014. Des élections à haut risque, puisque les sondages indiquent que la N-VA, le Vlaams Belang et La Lijst Dedecker récoltent ensemble, aujourd’hui, près de 48% des intentions de vote…

Tout cela sur fond de rumeurs concernant une possible abdication du Roi Albert II et l’arrivée sur le trône d’un prince Philippe largement contesté au Nord…

Et Jules Gheude de poser la question : Comment, après avoir contemplé cette vaste fresque, ne pas être convaincu du caractère inéluctable de la scission du Royaume de Belgique ?

Le drame, conclut-il, c’est qu’alors que la Flandre sait clairement où elle veut aller, les francophones en sont toujours à se chamailler, de manière stérile, entre ultra-régionalistes et communautaristes.

Jules Gheude et l’après-Belgique

Jules Gheude revient aussi sur cette initiative citoyenne qu’il a lancée en 2008 et qui a débouché, le 9 mai 2009, sur la tenue des Etats généraux de Wallonie, le 9 mai 2009, dans les locaux de l’Université de Liège.

S’il regrette que le monde politique ait « snobé » l’événement, il se félicite néanmoins des travaux que celui-ci a permis d’engendrer : des rapports fouillés, établis à charge et à décharge, sur les trois options d’avenir post-belge possibles (www.etatsgenerauxdewallonie.org).

Et d’expliquer :

Il apparut, à la lecture de ceux-ci, qu’un Etat wallon indépendant ne serait pas tenable au plan des finances publiques et verrait ses prestations sociales chuter sensiblement. Autre constat : la reconnaissance d’un Etat Wallonie-Bruxelles, comme successeur de la Belgique, ne serait nullement garantie sur le plan du droit international. En outre, la question de sa viabilité financière se poserait très rapidement. Pour ce qui est de la réunion à la France, une étude comparative des systèmes en matière d’enseignement, de santé, de législation sociale, de fiscalité, de justice et d’institutions politiques révéla des différences majeures qui rendraient impossible une assimilation immédiate. En revanche, Jacques Lenain, haut fonctionnaire français, expliqua qu’une union-intégration à la France, avec statut particulier, serait une solution tout à fait pertinente.

C’est cette solution que Jules Gheude approfondit depuis février 2010 à la tête du Gewif, le Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France (www.gewif.net). Onze « Cahiers » d’analyses ont été rédigés à ce jour.

Une chose est sûre, l’auteur  réagit de manière tout à fait épidermique dès qu’il est question de ce Plan B, lequel consiste – ne tournons pas autour du pot – à affirmer la Fédération Wallonie-Bruxelles pour la transformer, le moment donné, en une Belgique seconde ou continuée.

Si, comme l’a dit Francis Delpérée,  le confédéralisme est le fédéralisme des cons, on peut dire que le WalloBrux est le mirage des nostalgiques unitaires et monarchistes, qui espèrent ainsi sauvegarder leur rente de situation. Pour reprendre l’expression de François Perin : « Ce serait une Belgique en réduction, aussi médiocre que l’autre, avec les Saxe-Cobourg en prime dont la Flandre aurait fait l’économie ! »

La chose ne serait d’ailleurs pas aussi simple. Une adhésion de plein droit de ce WalloBrux aux traités internationaux comme successeur de l’ancienne Belgique pourrait être contestée juridiquement par d’autres Etats, par exemple par le nouvel Etat flamand… Celui-ci se mettrait de facto en dehors des organisations internationales, que la déclaration d’indépendance soit jugée légale ou non par la Cour internationale de Justice. Mais, par là même, la Flandre mettrait aussi la Belgique résiduelle hors du jeu international, l’exclurait des organisations internationales de jure. Ce fut d’ailleurs le cas pour la « Yougoslavie continuée » (Serbie-Monténégro) lors des sécessions croate et slovène de la Fédération yougoslave.

Cette Belgique résiduelle serait d’ailleurs si substantiellement différente de la première qu’on voit mal comment la communauté internationale pourrait lui reconnaître une personnalité juridique identique.

Enfin, se pose la question de savoir, comment, au départ de relations qui, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître, ont toujours été empreintes d’une certaine méfiance, organiser les pouvoirs et fixer le poids respectif de la Wallonie et de Bruxelles au sein de l’Etat commun. Un beau casse-tête en perspective…

A propos de cette Fédération Wallonie-Bruxelles, Jules Gheude écrit encore :

Je voudrais compléter ici mon point de vue concernant la Fédération Wallonie-Bruxelles, concept, qui, comme tu as pu t’en rendre, anime de plus en plus la classe politique francophone. Paul Magnette parle de « nation Wallonie-Bruxelles ». Le président du FDF, Olivier Maingain, adopte, lui, carrément un ton incantatoire : « Fédération Wallonie-Bruxelles deviens Etat ! »

Mais ce dernier, qui se dit légaliste et partisan de l’Etat de droit, ne peut toutefois ignorer qu’un tel projet, dans le cadre belge, est voué à l’inconsistance. Je m’explique.

La Constitution belge ne reconnaît, en effet, que les Communautés et l’on connaît l’attachement du Nord à cette Communauté flamande, qui lui permet d’encadrer sa minorité à Bruxelles du berceau jusqu’à la tombe.

D’autre part, l’on sait qu’il ne pourra jamais y avoir de délibération du Parlement bruxellois approuvant cette Fédération et portant adhésion de Bruxelles à celle-ci, contrairement à ce qu’a fait le Parlement wallon.  Car les élus flamands, qui disposent du droit de veto au sein de l’institution bruxelloise, ne manqueraient pas d’en user. Comment, dès lors, une telle Fédération, qui prétend associer la Wallonie et Bruxelles, pourrait-elle exister en se passant de l’approbation-adhésion de l’un de ses deux membres ?

On observe d’ailleurs que, dans le dernier accord institutionnel, cette Fédération n’est nullement mentionnée, même sous une forme allusive. Bref, elle n’a et ne peut avoir aucune existence dans le cadre juridique et étatique belge. C’est, comme le constate fort justement l’ancien haut fonctionnaire français Jacques Lenain, « un non-être, un objet non identifiable, censé traduire chez les élites francophones une posture de résistance sans risque à destination d’un électorat désorienté. » Une vaste fumisterie, en somme …

Pour ce qui est de l’aspect « nation », il relève de la pure chimère.Il y a tout d’abord le fait qu’on est confronté à des espaces géographiques de taille et de morphologie absolument dissemblables et qui sont, en outre, séparés (enclavement de Bruxelles en Flandre). (…)

Par ailleurs, Wallons et Bruxellois forment des populations sociologiquement et humainement distantes, avec des sensibilités souvent opposées sur bien des sujets. Et force est de reconnaître que la Communauté française – seule appellation constitutionnellement reconnue à ce jour ! –  n’a pas permis aux Wallons et aux Bruxellois de se constituer en entité unifiée.

L’histoire nous montre d’ailleurs que les constructions bicéphales ne tiennent pas le coup.

Se pose aussi la question de la viabilité financière du projet.

Les deux Régions connaissent un taux de chômage élevé : fin juillet 2012, il était de 17% en Wallonie et de 21%  à Bruxelles (7% en Flandre).

Reste aussi à savoir si Bruxelles, dont la situation budgétaire est loin d’être florissante, accepterait de se montrer solidaire de l’importante dette wallonne… Car, avec la dette cumulée de la Wallonie et de Bruxelles, on aurait un ratio dette/PIB de plus de 110%. Quant à la perte des transferts en provenance de Flandre (5-7 milliards), elle serait loin d’être compensée par la recette (environ 2 milliards) provenant de l’imposition à Bruxelles des 235.000 navetteurs flamands qui y travaillent. On peut d’ailleurs imaginer que ce nombre diminuerait sensiblement avec le départ des administrations flamandes de Bruxelles. Dès lors, placé d’emblée en déficit annuel massif et chronique, un État Wallonie-Bruxelles verrait sa dette s’accroître très rapidement.

Et Jacques Lenain d’apporter la conclusion suivante, que je fais mienne :

« Le faux concept de Fédération Wallonie-Bruxelles, c’est le mensonge politique à la population des élites dirigeantes, qui sert de camouflage à cet aveuglement persistant de la première comme des secondes. »

A la fin du livre, Jules Gheude aborde aussi la question de la reconnaissance d’un Etat flamand sur le plan international :

Rien ne pourra s’opposer à ce que la Flandre proclame unilatéralement son indépendance, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Sans doute le droit international a-t-il tenu à réduire la portée de ce principe en l’appliquant essentiellement à des contextes d’oppression, d’occupation ou de colonisation. La question est donc de savoir si une collectivité qui ne se trouve pas dans ce type de situation – ce qui est le cas de la Flandre -, peut exercer son droit à l’autodétermination.

Souviens-toi de l’avis rendu, le 22 juillet 2010, par la Cour internationale de Justice, selon lequel la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo ne violait pas le droit international. Mais les juges se sont bien gardés de se prononcer sur les termes et les conditions qui s’appliquent le cas échéant.

Comme l’a fait observer le professeur Stefaan Smis de la VUB (Vlaamse Universiteit Brussel) :

« La Cour ne voulait vraiment pas répondre à la question d’autodétermination externe en dehors d’une situation de colonisation ou d’occupation. (…) Cela devient alors une question interne de politique et de droit : si le droit et la politique internes l’autorisent, le droit international prendra acte de la sécession. »

Toujours est-il qu’un éminent diplomate français m’a confié, au début des années 80 :

« Si la Flandre devait déclarer son indépendance, la France serait la première à la reconnaître sur le plan international… »

Autre question intéressante, soulevée par Jules Gheude : comment se poserait le problème du partage de la dette.

Voyons tout d’abord ce que prévoit le droit international à cet égard.

Il faut tout d’abord savoir que le droit international ne s’occupe pas des dettes contractées par les Etats envers les particuliers. Il en laisse le soin au droit interne.

Pour ce qui est des obligations financières vis-à-vis des autres Etats et organisations internationales, l’article 40 de la Convention de l’ONU de 1983 sur la succession d’Etat en matière de biens, d’archives et de dettes d’Etat précise que la répartition de la dette publique internationale doit être équitable, compte tenu des actifs qui passent à l’Etat successeur. Autrement dit, la répartition des dettes doit suivre la même clé que celle des actifs.

Problème : cette Convention de 1983 n’est pas en vigueur et elle n’a pas été signée par la Belgique. Un des rares cas où la Belgique a voté contre une Convention de l’ONU !

Cela signifie donc que la répartition de la dette internationale sera tranchée dans ses modalités non pas par un droit international permanent et prévisible, mais par des accords entre les Etats successeurs, selon le rapport de force entre uns à un moment donné.

Pour l’ex-Yougoslavie, par exemple, il a été convenu que les actifs reviendraient à chaque Etat successeur selon une clé de répartition variant selon la nature des actifs. Dans le cas de la Tchécoslovaquie, par contre, on s’est basé sur le rapport des populations.

Avec la Belgique, le risque que cela ne se passe pas de manière consensuelle existe bel et bien. Peut-on imaginer un Etat flamand conciliant, alors que Bruxelles lui échapperait et que Wallons et Bruxellois reprendraient l’appellation « Belgique » ?

Lors de la dislocation du Royaume uni des Pays-Bas en 1830, il a fallu dix ans pour régler la question. Le Traité de Londres du 19 avril 1839 a procédé expressément, en son article 13, à un partage  de la dette entre les « Pays-Bas résiduaires » et le Royaume indépendant de Belgique. Or, la dette de 1830 était ridiculement basse par rapport au Produit Intérieur Brut (PIB). Aujourd’hui, on est confronté à un ratio dette/PIB proche de 97% !

Encore de belles passes d’armes en perspective…

Prônant, pour la Wallonie, un statut d’union-intégration à la France, Jules Gheude explique à son « ami français » :

En tant que Français, tu te poses sans doute la question, bien légitime, de savoir ce que la France retirerait d’une telle opération.

Je me souviens, en effet, des propos tenus naguère par l’ancien ministre Michel Charasse : « Non, merci ! Nous avons déjà nos pauvres… »

Pourtant, un sondage Ifop, réalisé pour « France Soir » à la veille des élections législatives belges du 13 juin 2010, révèlait que 66% des Français étaient favorables à un rattachement de la Wallonie en cas d’éclatement du Royaume. Le taux atteignait même 75% pour les habitants des régions frontalières (Nord, Pas-de-Calais, Ardennes et Meuse).

Avec la Wallonie, la France gagnerait – de manière tout à fait pacifique – un accroissement territorial et démographique, qui  lui permettrait de réduire sensiblement son différentiel avec l’Allemagne et d’augmenter ses droits de vote dans les institutions européennes. La Wallonie occupe, en outre, en Europe, une position géographique stratégique. Ses ressources naturelles, ses voies navigables, ainsi que ses infrastructures autoroutière, ferroviaire et aéroportuaire constituent des atouts importants. Et il ne faut pas non plus oublier la richesse de sa création culturelle et artistique, ses entreprises de pointe, sa main d’œuvre qualifiée, ses chercheurs, ses universités et hautes écoles… La mariée, comme on dit, ne viendrait pas les mains vides !

Jacques Attali a d’ailleurs bien saisi cela, lui qui écrivait sur son blog, le 9 septembre 2008 :

« Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait (…). C’est un beau débat. Qu’il commence ! »

Nous avons vu, avec l’analyse du professeur Jules Gazon, qu’une Wallonie indépendante serait dans une situation intenable au plan des finances publiques (en 2010, on obtenait un solde net à financer, intérêts de la dette publique compris, de 9,074 milliards, soit  22% des dépenses publiques wallonnes. Et on arriverait à 33% si la Wallonie était contrainte de refinancer sa dette avec un taux d’intérêt à 12%…).

Il est évident que le contexte serait tout autre si la Wallonie intégrait la France. Non seulement, elle ne devrait pas affronter le scénario infernal du refinancement de la dette à des taux usuraires, mais son déficit se marginaliserait à l’échelle de la France. Et l’impact sur la dette et les besoins de financement de la République serait mineur et tout à fait tolérable.

Comment, enfin, Jules Gheude envisage-t-il l’avenir de Bruxelles ?

C’est évidemment aux Bruxellois eux-mêmes qu’il revient de se prononcer clairement sur ce point.

A cet égard, une enquête menée par Pascal Delwit, politologue à l’Université Libre de Bruxelles, révélait, le 5 mai 2011, qu’une majorité relative de Bruxellois – 35,69% – penchaient en faveur d’un « district européen », tandis que 28,75% se voyaient unir leur destin à la Wallonie et 17,92% étaient favorables à un Etat indépendant. Ils n’étaient que 4,76% à souhaiter rejoindre la France avec la Wallonie.

Mais, comme le faisait fort justement remarquer Christian Behrendt, professeur de droit constitutionnel à l’Université de Liège, la formule  du « district européen » relève proprement de la chimère. Il faudrait, en effet, pour cela qu’un Etat fédéral européen soit créé à l’unanimité des 27 Etats-membres. Or, on sait qu’un certain nombre d’entre eux sont viscéralement opposés à cette option.

Aujourd’hui, le Grand Baromètre RTL – Ipsos -Le Soir indique qu’en cas d’éclatement du pays, 68% des Bruxellois se prononceraient sans hésiter pour une Région bruxelloise indépendante. A l’inverse, les Wallons sont 61% à souhaiter une Belgique résiduelle, constituée de la Wallonie et de Bruxelles.

Une évolution qui contrarie clairement le sens de la Fédération Wallonie-Bruxelles. (…)

Une autre enquête, réalisée par Rudi Janssens, chercheur à la VUB (Vlaamse Universiteit Brussel), vient conforter ce constat : 73,9% des Bruxellois souhaitent l’autonomie. Seuls 4,6% optent pour une association avec la Wallonie, et 4% avec la Flandre…

J’ai, pour ma part, toujours pensé que les Bruxellois ne voudraient aller ni avec les uns ni avec les autres.

A titre personnel, je considère que la meilleure solution serait celle de la « ville libre internationale » ou de la « Cité-Etat », qui n’a rien à voir avec le statut de Washington DC. Non seulement, elle permettrait aux Bruxellois de sauvegarder cette spécificité à laquelle ils semblent fortement attachés, mais ils pourraient exercer ainsi la plénitude de leurs droits politiques, sans avoir à subir la moindre tutelle : tous les habitants de Bruxelles seraient citoyens de la ville et pourraient procéder à l’élection de son assemblée et de son exécutif. J’ajoute que l’hétérogénéité de Bruxelles constitue un atout majeur pour continuer à abriter le siège des grandes organisations internationales et européennes. Et sur le plan financier, la prospérité serait assurée. Certains experts parlent même de « jackpot » !

On peut même se demander si Bruxelles ne gagnerait pas à faire sécession la première. Elle couperait ainsi l’herbe sous le pied de la Flandre, évitant d’être annexée d’autorité par celle-ci qui en a déjà fait « sa » capitale…

Certes, la Flandre, pour être reconnue sur le plan international, n’a nul intérêt à faire ce coup de force. Mais ne faut-il pas prévoir toutes les éventualités, même celles qui peuvent paraître improbables ?

« La France reste le grand flambeau »

Cette longue lettre à son « ami français », Jules Gheude la conclut en ces termes :

Mon cher Charles,

Je me souviens de cette brique de philosophie «  De Thalès à Bergson » du professeur Philippe Devaux, de l’Université de Liège, qui débutait ainsi : Ce livre est né d’un modeste propos…

J’ai, en ce qui me concerne, entrepris la rédaction cette lettre au départ d’un étonnement de ta part et de quelques questions que tu me posais au sujet des relations entre Flamands et francophones de Belgique.

J’avais conscience qu’elle serait longue, car, pour l’avoir suivie avec attention depuis plus de quarante ans, je connaissais l’extrême complexité de cette problématique communautaire belge.

Les jugements simplistes ont toujours eu le don de m’irriter. Pour être réfutés, ils nécessitent, en effet, de longs développements dans lesquels l’on est rarement en mesure, par manque de temps, de se lancer.

Que de fois n’ai-je pas dû quitter, avec un pincement de frustration, telle personne qui, astreinte comme moi à la navette quotidienne en chemin de fer, imputait cette « question communautaire » aux jeux mesquins d’une poignée de politicards.

Je te suis donc infiniment reconnaissant de m’avoir donné l’opportunité de me venger de cette distance trop courte entre Namur et Bruxelles, qui m’a toujours empêché d’expliquer dans le détail que le Royaume de Belgique ne souffrait pas d’un mal imaginaire, mais qu’il portait en lui, dès sa naissance, les germes d’une crise.

La route, jusqu’ici, a été parsemée de compromis – que n’a-t-on pas vanté les mérites du « compromis à la belge » ! -, laborieusement négociés, mais qui n’ont jamais permis aux deux grandes communautés de ce pays de cohabiter d’une manière vraiment sereine et harmonieuse.

Ces compromis auront au moins eu le mérite d’éviter la violence physique que tant d’autres pays ont payée si chèrement. Mais contraindre des conjoints, qui n’ont plus rien à se dire et que tout sépare,  à rester ensemble n’est ni sain ni raisonnable.

Le nationalisme flamand est une donnée bien réelle, que l’on aurait tort de réduire à la seule N-VA. Il traverse, comme j’ai pu te le montrer, l’ensemble de la sphère politique du Nord et aucune réforme de l’Etat belge ne pourra en venir à bout.

Tôt ou tard, cet Etat finira par craquer.

Un divorce de velours à la manière tchécoslovaque apparaît impossible, en raison de la problématique bruxelloise.

Il est donc vraisemblable que les termes dans lesquels la scission se posera imposeront à d’autres acteurs d’intervenir ou, pour le dire autrement, que le contentieux belge connaîtra une dimension internationale.

Je me suis efforcé, depuis 2007, d’expliquer aux Wallons et aux Bruxellois que la fin de la Belgique n’aurait rien d’apocalyptique, à condition de faire les bons choix, ceux qui permettront d’envisager un avenir stable et prospère.

Mais, comme aimait à le rappeler ma grand-mère maternelle : « On ne peut malheureusement pas faire le bonheur des gens contre leur gré. »

Pour ma part, mon souhait le plus cher est de me retrouver, un jour, citoyen à part entière de la République française, au sein de laquelle j’ai passé une bonne partie de ma jeunesse et dont je suis fier de partager la langue, la culture et les valeurs.

Le mot de la fin, je le laisserai à André Renard, le président fondateur du Mouvement populaire wallon, qui, le 13 juillet 1958, écrivait :

« Notre cœur reste attaché à la France. Nous avons foi dans cette France qui, pour nous est éternelle. (…) la France reste le grand flambeau et, pour beaucoup d’entre nous, la grande lumière de culture. »

Merci encore, mon cher Charles, de m’avoir amené à cet exercice épistolaire. A présent, tu en sais autant que moi sur la question.

(1) « Mon Petit Editeur », Paris, 377 pages, 20 euros. Le livre peut être commandé via www.monpetitediteur.com.

Frank Vandenbroucke : « Un quart des enfants wallons vit sous le seuil de pauvreté. »

Frank Vandenbroucke

Frank Vandenbroucke

 

Dans le « Soir » du 22 juin 2013, l’ancien ministre SP.A, spécialiste de la Sécu, analyse les défis du modèle belge. Il est interrogé par Véronique Lamquin.

 

 

Par rapport aux défis futurs, nous n’apportons qu’une réponse vraiment médiocre. Singulièrement par rapport au risque de pauvreté chez les enfants. (…)

En Wallonie, un enfant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire qu’il grandit dans un ménage dont le revenu est inférieur au revenu considéré comme nécessaire pour éviter la pauvreté. C’est énorme, ce sont des chiffres qu’on retrouve en Grèce, en Italie… En Flandre, c’est 11%. Si l’on prend les seuils régionaux, on est à 20% pour les enfants wallons, et 14% pour les flamands. En clair, la Flandre a aussi un problème, et il s’aggrave. La situation en Wallonie est très alarmante, les responsables politiques francophones devraient se mobiliser. Le terrain sur lequel nous semons pour l’avenir n’est pas bon.

« Team spirit »

2013-06-23_165019Tel est le titre du « Carnet du samedi » de Pierre Bouillon, dans « Le Soir » du 22 juin 2014

 

C’est une pratique régulière dans les cabinets : Rudy Demotte, le dubble ministre-président (Région wallonne/Communauté française), réunissait sa centaine de collaborateurs, vendredi, à Tournai, pour une journée de « team building ».

Au programme : petit mot du chef, petit drink, petit dîner, petite papote, petite activité (marche/vélo), tout ça pour resserrer les liens au sein de la team, donc, et y créer un esprit positif.

Nice.

Si jamais ça marche, que Demotte n’hésite pas à mettre son propre gouvernement au vert pour tenter de builder quelque chose entre ses ministres. Parce que là, pour l’heure, c’est juste la guerre au sein de l’Olivier.

La dernière polémique en date porte sur ce stade de foot de 60.000 places que le gouvernement bruxellois veut élever pour l’Euro 2020 sur un terrain appartenant à Bruxelles mais situé en Flandre. L’affaire a été annoncée le 25 mai, à Ostende, là où Rudy Vervoort, le nouveau ministre-président bruxellois, a réuni son premier vrai gouvernement.

Pourquoi à Ostende, pour la parenthèse ? Parce qu’un exécutif qui se réunit là où il se réunit d’ordinaire, c’est… ordinaire. Décamper, en revanche, ça fait l’événement (un jour, il faudra sans doute que les gouvernements délibèrent en sautant à l’élastique pour que ça attire encore l’attention, mais bref). Le résultat est là : grace à ce coup-là, et à quelques autres, Vervoort, inconnu il y a deux mois, fait déjà un peu oublier son prédécesseur. Il campe dans les médias.

Il y a eu Ostende. Il y a eu l’idée de créer des écoles bilingues (idée irréaliste, vu le refus absolu de la Flandre, ce que sait Vervoort, qui sait aussi les chansons que le peuple aime bien qu’on lui chante). Et il y a ce stade.

Le faut-il vraiment ? Ne pourrait-on pas plutôt rénover le stade Roi-Baudouin ? Voilà les petits éléments de la polémique.

Notre avis : construisons-le, ce stade de 60.000 places/

Bien sûr !

Eventuellement, on y jouera au foot. Et entre deux matches, on y logera les 51.311 nouveaux élèves que le Bureau du plan nous promet d’ici à 2020 et auxquels, pour l’heure, nos écoles n’ont aucune place à offrir.

Certes, Bruxelles a pris les devants – on a programmé la création de 11.390 places d’ici à 2017. Mais on est loin du compte (la capitale devra scolariser 33.049 élèves de plus d’ici à 2020). Et on n’est nulle part en Wallonie où l’on devra, là, héberger 28.262 élèves de plus.

Il y a le feu ? Oui. Sauf pour les politiques, très nerveux quand on parle foot, et incroyablement passifs quand on leur parle de démographie.

Les enfants : 2020, c’est demain. L’effectif scolaire est déjà en crue (à Bruxelles, il devient impossible de trouver une place en maternelle). Et le Segec a rappelé que faire sortir une école de terre prend entre cinq et six ans.

Il y aurait pas urgence à builder quelque chose, là, Monsieur Demotte ?

Carlo Di Antonio veut transformer les autoroutes wallonnes en rivières d’éoliennes

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Article de Michel De Muelenaere dans «Le Soir» du 20 juin 2013

Le débat éolien continue à faire rage en Région wallonne. Objectif : produire 4500 GWh d’électricité à partir du vent à l’horizon 2020. Si l’on s’en tient aux éoliennes « classiques », il faudrait passer d’environ 260 à 750 éoliennes. Développement qui ne se fait parfois pas sans mal. Après le cadre de référence pour l’implantation des éoliennes et la très discutée cartographie du potentiel wallon, un nouvel élément s’est ajouté au débat : le gouvernement a confié à la Sofico, la société qui exploite les autoroutes, les principales routes régionales et les voies navigables, la mission de devenir un des opérateurs principaux du développement éolien.

Combien de moulins peut-on implanter sur le domaine Sofico ? Les estimations varient. La dernière en date a été apportée au Soir par un… vent favorable. C’est le scénario remis ce jeudi soir par le ministre des Travaux publics, Carlo Di Antonio (CDH), ministre de tutelle de la Sofico. Décoiffant. Il y a là de quoi transformer les autoroutes du sud du pays en rivières de moulins à vent.