Le coup de gueule des communes wallonnes

unionvilleArticle d’Eric Deffet dans « Le Soir » du 17 mai 2013

Le gouvernement régional et surtout le gouvernement fédéral sont montrés du doigt: ils n’assurent pas un financement correct des villes et communes et, parfois, ne remplissent pas leurs obligations en surchargeant les pouvoirs locaux de missions nouvelles et coûteuses.

Du coup, l’assemblée générale de l’Union des Villes et Communes de Wallonie de ce matin adoptera une lettre ouverte à Elio Di Rupo et Rudy Demotte: les communes y demandent de l’argent et du respect

Lettre ouverte au Premier Ministre et au Ministre-Président wallon

« Les communes sonnent le tocsin »

Les Bourgmestres et Mandataires communaux wallons, réunis ce jour en assemblée générale de l’Union des Villes et Communes de Wallonie, rappellent le rôle essentiel que jouent les villes et communes dans notre pays. Acteurs de stabilité politique, pourvoyeurs d’équipements et de services publics vitaux pour les citoyens, créateurs de cohésion sociale, 1ers investisseurs publics belges, les pouvoirs locaux revendiquent leur rôle premier de garants de la démocratie et de contributeurs majeurs au dynamisme et à la vitalité économique de la Wallonie.

Et pourtant…

Serrées en tenaille par des dépenses qui explosent – et dont les incessants transferts de charges sont la cause majeure – et des recettes qui ne suivent pas, les villes et communes sont budgétairement étranglées. Les investissements communaux sont en berne et, qu’il s’agisse de plans zéro embauche ou de licenciements, les mesures sur le volume de l’emploi prouvent que les communes, qui avaient jusqu’ici traversé la crise, sont à présent touchées de plein fouet.

Ces signes ne trompent pas et obligent les municipalistes à sonner le tocsin !

Nous exigeons que l’Etat fédéral respecte les pouvoirs locaux, stoppe immédiatement les transferts de charges et prenne sa part de responsabilités financières dans les missions essentielles pour l’avenir du pays que sont:

la réforme des services d’incendie, et singulièrement le respect de l’accord sur un financement 50/50 entre communes et pouvoir fédéral – actuellement les communes supportent 85% des coûts;

le refinancement de la police locale – actuellement, les communes supportent 60% des coûts;

l’avenir de la politique des grandes villes;

la charge des pensions des agents statutaires qui explose: on dépassera le milliard d’euros de surcoûts d’ici 2016; c’est littéralement la faillite des communes si l’Etat ne prend pas d’urgence des mesures pour réduire les charges de pensions, notamment par l’instauration d’une pension mixte, calquée sur la carrière contractuelle puis statutaire de l’agent;

le financement des CPAS, mis sous forte pression par les restrictions en matière de chômage et l’augmentation des bénéficiaires du revenu d’insertion (+ 18% en 5 ans!).

Face à la crise, il est indispensable de poser les bases d’un partenariat renouvelé et renforcé, d’un réel pacte de stabilité financière entre les autorités fédérales, régionales, communautaires et les communes, pouvoirs d’égale dignité.

Appauvrir les pouvoirs locaux et les paralocaux auxquels ils ont délégué des missions – CPAS et intercommunales en tête –, c’est désinvestir dans l’avenir, c’est un non-sens économique.

A l’égard de la Région, nous revendiquons que la trajectoire budgétaire, la réforme de l’Etat et les transferts de compétences en matière d’emploi et de maison de repos soient neutres pour les pouvoirs locaux. Il en va de la capacité des villes et communes à assurer les infrastructures et services essentiels à la population et à investir au profit de la collectivité en s’inscrivant dans une dynamique de relance.

Les pouvoirs locaux ne sont ni quémandeurs, ni Cassandre. Ils sont réalistes, opiniâtrement tournés vers l’avenir et responsables. Ils demandent simplement que les autorités fédérales et régionales assument également leurs responsabilités.

Est-ce donc trop demander?