Archives mensuelles : mai 2013

Accord global sur le photovoltaïque au gouvernement wallon

photovoltaïque « Vers l’Avenir », 30 mai 2013

Le gouvernement a traduit juridiquement sa solution du 28 mars pour faire dégonfler la bulle des certificats verts sans impacter la facture électrique de tous les Wallons. Pour les propriétaires de panneaux, en voici les implications pratiques…

1. Si vous avez commandé vos panneaux après le 1er décembre 2011

Rien ne changera pour vous : le nombre de certificats verts dont vous bénéficierez reste inchangé, tout comme leur prix minimum de rachat (65 euros). La durée d’octroi (10 ans) reste également identique.

2. Si vous avez commandé avant le 1er décembre 2011

 La situation reste inchangée… pour les 10 premières années (nombre et prix garanti des certificats). En revanche, pour les 5 années qui suivent (au cours desquelles vous deviez continuer à bénéficier des mêmes conditions même si votre installation était remboursée), les certificats verts disparaissent. La rentabilité de votre installation continuera cependant à être garantie par le fait que votre compteur tourne à l’envers. Le but, dit le gouvernement, est de maintenir une rentabilité mais éviter la surrentabilité spéculative.

3. Cas individuels 

 Si, pour diverses raisons (mauvaise exposition, orientation, etc), votre installation n’était pas remboursée après 10 ans, les textes prévoient une analyse individuelle du dossier de 6 à 18 mois avant la fin de la période de 10 ans). S’il est effectivement prouvé que vous n’êtes pas rentré dans vos frais, vous pourrez encore toucher des certificats verts au-delà de cette période, le temps de finir le remboursement.

4.Rétroactivité ou pas? 

Ceux qui ont commandé leurs panneaux avant novembre 2011 vont crier au scandale, arguant du fait qu’on leur avait promis quinze ans de certificats et qu’ils n’en toucheront que dix. Ils invoqueront la rétroactivité illégale de la mesure.

Réponse de Jean-Marc Nollet, ministre de l’Energie : il estime que la décision du gouvernement est bétonnée juridiquement et qu’il ne s’agit pas de rétroactivité. Une conviction qui se fonde sur un passage du décret de 2007, celui ayant posé les bases du plan Solwatt.

«Dix ans après l’obtention du premier certificat vert, le nombre de certificats verts octroyés pour la période restant à courir est réduit par application d’un «facteur K» à déterminer par le Ministre», lit-on dans le décret. Un facteur calculé, notamment, en fonction du surcoût d’exploitation.

En clair : vos certificats n’étaient pas garantis pour 15 ans… mais pour 10, plus 5 ans éventuellement. Le gouvernement s’appuie donc sur ce point pour réduire, durant les 5 dernières années, vos certificats à zéro. Pas de rétroactivité, donc, assure Nollet, puisque cette décision était prévue dans l’arrêté gouvernemental.

Nollet promet également que, malgré la suppression des certificats verts les 5 dernières années, l’installation restera rentable à hauteur, au moins de 7 %. Et ce en dépit du futur tarif d’injection prévu par les GRD.

5. Régime transitoire 

En attendant la mise sur pied du nouveau système Qualiwatt dans quelques mois, le régime transitoire (qui a démarré au 1er avril 2013) sera d’application : si vous avez commandé des panneaux après cette date, vous obtiendrez 1,5 certificat par mégawatt pour les 5 premiers mégawatts produits et 1 certificat pour les 5 suivants. Selon l’analyse de la Cwape, ce système reste malgré tout rentable.

La « marque » Wallonie coûte cher, trop cher pour le MR

Belga, 27 mai 2013

Willy Borsus (MR)

Willy Borsus (MR)

Le MR s’est alarmé des sommes qui seront dépensées dans le cadre de la stratégie de « branding » de la Wallonie initiée par le gouvernement wallon. A ses yeux, il s’agit d’argent « jeté dans la Meuse », à l’heure où chaque denier public est compté. La société de consultance Mc Kinsey a finalisé l’an passé une étude relative à l’image que la Wallonie devait promouvoir à l’étranger.

Un deuxième marché a été lancé pour désigner le prestataire qui traduira les conclusions de l’étude sous la forme d’un visuel et réalisera les supports de promotion des campagnes qui seront menées. La société VO Communication a été préférée à trois de ses concurrentes pour une offre de 60.620 euros, a indiqué le ministre-président wallon, Rudy Demotte, en réponse à une question de Willy Borsus (MR).

L’opération sera menée par l’Agence wallonne à l’exportation (Awex) et Wallonie Bruxelles-International et les budgets qui y seront consacrés seront compensés par d’autres budgets affectés précédemment à la communication, a assuré M. Demotte.

L’opposition MR s’est étonnée du temps mis pour réaliser cette campagne de communication qui n’a toujours pas commencé. Elle a aussi fustigé les moyens dépensés: près de 600.000 euros pour l’étude (TVA comprise) et, selon ses informations, pas moins de 500.000 euros pour la transposition du concept en campagne de promotion (notamment la création et la diffusion de supports).

« Vous avez pris cet argent et vous l’avez jeté dans la Meuse », s’est exclamé M. Borsus.

Entreprenants, les jeunes Wallons

aseBelga, 24 mai 2013

Un Wallon âgé de 17 à 30 ans sur deux envisage de créer sa propre entreprise, mais le manque de confiance en soi et de liquidités sont des freins à ses projets, selon l’Agence de stimulation économique (ASE), qui a fait réaliser une enquête sur la vision qu’ont les jeunes de l’esprit d’entreprendre et de la création d’activité. L’Europe a un esprit d’entreprise moins poussé que les Etats-Unis : le taux d’entrepreneuriat en Belgique est faible, explique Jean-Claude Marcourt, ministre wallon de l’Économie. Cette enquête nous permet d’avoir une visibilité de la manière dont la cible de l’entrepreneuriat, les jeunes, voit l’entrepreneuriat. Elle met en exergue deux éléments négatifs: le manque de confiance en soi et de liquidités.

Plus de 600 jeunes Wallons âgés de 17 à 30 ans, étudiants et diplômés, ont été interrogés par Ipsos via questionnaires en ligne et entretiens durant le premier trimestre 2013.

L’ASE constate que huit jeunes sur dix ont entendu parler de l’esprit d’entreprendre et qu’un sur quatre a déjà créé ou va créer son entreprise dans les trois ans, mais que les répondants estiment manquer de confiance en eux, manquer de formation et avoir besoin d’un accompagnement.

Si un jeune sur deux envisage de créer sa propre entreprise, l’enquête révèle que l’envie d’être son propre patron diminue avec l’âge et que les femmes sont plus nombreuses à vouloir être salariées. La recherche de sécurité, le manque de confiance en soi et le manque d’expérience en sont les principales raisons.

Selon l’enquête, le système éducatif sensibilise peu à l’esprit d’entreprendre et la sensibilisation à l’entrepreneuriat est trop théorique. Elle révèle également un manque d’information sur les dispositifs d’aide à la création d’entreprise.

Grand sondage Sudpresse: les Wallons tournent le dos à la monarchie et préfèrent une république

roireineSudpresse, 23 mai 2013

Si la Wallonie devenait indépendante, les Wallons tourneraient le dos à la monarchie et opteraient pour la République wallonne. Voilà l’une des plus grandes surprises du sondage Ipsos/Sudpresse (*) réalisé pour notre grande enquête « La Wallonie sans tabou ».

Bien sûr, répétons-le, il faut replacer cette réponse dans son cadre. Quand on demande aux Wallons pour quel système ils opteraient dans le cas d’une Wallonie indépendante, ils opteraient majoritairement pour la république (53 %) au détriment de la monarchie (47 %).

Autre précision suffisante, on se trouve à la limite de la marge d’erreur (3,1 %). Ce qui signifie quand dans la configuration qui lui est la plus négative, la république ferait quand même jeu égal avec la monarchie. « Mais la stratification de l’échantillon réduit la marge d’erreur», précise-t-on chez Ipsos. « Le résultat interpelle », souligne le politologue Michel Hermans (HEC-ULg), « mais il faut se souvenir que la Wallonie a une forte tradition républicaine, même si on l’avait un peu oublié ces dernières années ».

Globalement, la république arrive en tête dans toutes les provinces (50-50 % dans le Luxembourg) sauf chez les personnes de plus de 55 ans. Les jeunes, les hommes et les Namurois sont les républicains les plus fervents.

Qui dit république dit président et à ce jeu-là, c’est Elio Di Rupo (18 %) qui arrive en tête devant Paul Magnette et Charles Michel, mais ici, c’est l’éparpillement des voix qui frappe. Aucun leader ne se dégage clairement et 41 % des sondés ne voient aucun homme politique actuel dans la peau d’un « président » de la république wallonne.

(*) Le sondage a été réalisé par Ipsos auprès de 1003 Wallons âgés de 18 à 75 ans. L’enquête a eu lieu en ligne et s’est déroulée du 8 au 13 mai dernier. La marge d’erreur maximale est de +/- 3,1

L’enseignement wallon est en péril

ecoleBelga, 17 mai 2013

Si le niveau de l’enseignement ne s’améliore pas vite en Wallonie et à Bruxelles dans les prochaines années, l’avenir de milliers de jeunes risquent d’en pâtir mais aussi la prospérité de la Communauté Wallonie-Bruxelles, lit-on dans l’édition de samedi du magazine Marianne qui se base sur une nouvelle étude du bureau de consultance MCcKinsey, consacrée à l’enseignement et menée durant six ans.

Actuellement, trop de jeunes ne terminent pas leurs études en Wallonie (13,7%) et à Bruxelles (16%) alors que le marché de l’emploi est très exigeant. Dans l’enseignement qualifiant, le taux de redoublement est de 24% dans le technique et de 21% en professionnelle. Ce manque de personnel freine la croissance des PME au sud du pays. Sur la cinquantaine d’employeurs wallons interrogés par McKinsey, la principale difficulté pour 50% d’entre eux est de recruter du personnel ouvrier qualifié, lit-on dans Marianne. Il est aussi difficile pour les employeurs de trouver du personnel commercial multilingue et des ingénieurs.

Selon l’étude, le manque de personnel qualifié est notamment imputable à l’enseignement technique et professionnel défaillant. L’enquête prône par ailleurs une adéquation entre formation et les besoins des entreprises comme c’est le cas dans d’autres pays.

Mc Kinsey estime que les dépenses en matière d’enseignement sont suffisantes (5,7 milliards d’euros par an) mais propose d’inciter les personnes de qualité à devenir et rester enseignants, d’assurer la mise en place de direction de qualité, de viser la réussite de chaque élève pour améliorer la performance globale et d’améliorer les pratiques d’enseignement sur le terrain.

En rattrapant l’écart avec l’enseignement flamand, le PIB/habitant augmenterait de 0,9%, ce qui pourrait augmenter du même coup le taux d’emploi, favoriser la croissance, et rattraper le PIB/habitant de la Flandre… en une seule génération, lit-on encore dans le magazine

Le coup de gueule des communes wallonnes

unionvilleArticle d’Eric Deffet dans « Le Soir » du 17 mai 2013

Le gouvernement régional et surtout le gouvernement fédéral sont montrés du doigt: ils n’assurent pas un financement correct des villes et communes et, parfois, ne remplissent pas leurs obligations en surchargeant les pouvoirs locaux de missions nouvelles et coûteuses.

Du coup, l’assemblée générale de l’Union des Villes et Communes de Wallonie de ce matin adoptera une lettre ouverte à Elio Di Rupo et Rudy Demotte: les communes y demandent de l’argent et du respect

Lettre ouverte au Premier Ministre et au Ministre-Président wallon

« Les communes sonnent le tocsin »

Les Bourgmestres et Mandataires communaux wallons, réunis ce jour en assemblée générale de l’Union des Villes et Communes de Wallonie, rappellent le rôle essentiel que jouent les villes et communes dans notre pays. Acteurs de stabilité politique, pourvoyeurs d’équipements et de services publics vitaux pour les citoyens, créateurs de cohésion sociale, 1ers investisseurs publics belges, les pouvoirs locaux revendiquent leur rôle premier de garants de la démocratie et de contributeurs majeurs au dynamisme et à la vitalité économique de la Wallonie.

Et pourtant…

Serrées en tenaille par des dépenses qui explosent – et dont les incessants transferts de charges sont la cause majeure – et des recettes qui ne suivent pas, les villes et communes sont budgétairement étranglées. Les investissements communaux sont en berne et, qu’il s’agisse de plans zéro embauche ou de licenciements, les mesures sur le volume de l’emploi prouvent que les communes, qui avaient jusqu’ici traversé la crise, sont à présent touchées de plein fouet.

Ces signes ne trompent pas et obligent les municipalistes à sonner le tocsin !

Nous exigeons que l’Etat fédéral respecte les pouvoirs locaux, stoppe immédiatement les transferts de charges et prenne sa part de responsabilités financières dans les missions essentielles pour l’avenir du pays que sont:

la réforme des services d’incendie, et singulièrement le respect de l’accord sur un financement 50/50 entre communes et pouvoir fédéral – actuellement les communes supportent 85% des coûts;

le refinancement de la police locale – actuellement, les communes supportent 60% des coûts;

l’avenir de la politique des grandes villes;

la charge des pensions des agents statutaires qui explose: on dépassera le milliard d’euros de surcoûts d’ici 2016; c’est littéralement la faillite des communes si l’Etat ne prend pas d’urgence des mesures pour réduire les charges de pensions, notamment par l’instauration d’une pension mixte, calquée sur la carrière contractuelle puis statutaire de l’agent;

le financement des CPAS, mis sous forte pression par les restrictions en matière de chômage et l’augmentation des bénéficiaires du revenu d’insertion (+ 18% en 5 ans!).

Face à la crise, il est indispensable de poser les bases d’un partenariat renouvelé et renforcé, d’un réel pacte de stabilité financière entre les autorités fédérales, régionales, communautaires et les communes, pouvoirs d’égale dignité.

Appauvrir les pouvoirs locaux et les paralocaux auxquels ils ont délégué des missions – CPAS et intercommunales en tête –, c’est désinvestir dans l’avenir, c’est un non-sens économique.

A l’égard de la Région, nous revendiquons que la trajectoire budgétaire, la réforme de l’Etat et les transferts de compétences en matière d’emploi et de maison de repos soient neutres pour les pouvoirs locaux. Il en va de la capacité des villes et communes à assurer les infrastructures et services essentiels à la population et à investir au profit de la collectivité en s’inscrivant dans une dynamique de relance.

Les pouvoirs locaux ne sont ni quémandeurs, ni Cassandre. Ils sont réalistes, opiniâtrement tournés vers l’avenir et responsables. Ils demandent simplement que les autorités fédérales et régionales assument également leurs responsabilités.

Est-ce donc trop demander?

Philippe Henry incendié sur sa gestion

Philippe Henry (Ecolo)

Philippe Henry (Ecolo)

Article de Frédéric Chardon dans « La Libre Belgique » du 17 mai 2013

Nouveau coup dur pour les troupes écologistes au sein du gouvernement wallon : un dossier incendiaire d’ »Incidences – La Lettre de l’Environnement » contre le bilan et les méthodes de Philippe Henry (Ecolo), ministre wallon en charge de l’Environnement entre autres. Un vrai brûlot.

°

« Incidences » est une revue belge d’information spécialisée, consacrée aux aspects économiques, politiques et stratégiques des marchés de l’environnement. Gérée par des journalistes professionnels, elle s’adresse aux entreprises, aux décideurs, aux groupes de pressions du secteur.

En résumé, l’article paru le 29 avril dernier stigmatise le dysfonctionnement majeur de la gestion de l’Environnement en Wallonie. Tout d’abord, Philippe Henry est présenté comme « un ministre maladroit, lent, peu mobilisateur, sans visibilité. (…) Ce ministre aura passé plus de temps à se défendre, à courir d’un incendie à l’autre, qu’à bâtir et à imprimer un « souffle » pour un véritable projet à long terme. (…) Le fonctionnement du cabinet pose question et demeure fort peu transparent. »

Administration en rade

Dans les 5 longues et cruelles pages du dossier d’ »Incidences », toutes les carences dénoncées par le média sont passées au crible concrètement. Par exemple, le fait que l’administration wallonne de l’Environnement serait court-circuitée par son propre ministre : après le départ de son dirigeant (Claude Delbeuck) vers le top de tous les ministères régionaux, ce département « n’a donc plus de patron. Qui va le remplacer ? Dans combien de temps ? Mystère  » Sous-entendu : la responsabilité de Philippe Henry dans le manque de leadership au sein de son administration.

A côté de l’administration au sens strict, la Région dispose d’une série d’organismes publics (Spaque, SPGE, Issep, Sriw Environnement ) qui ne fonctionneraient pas mieux : « L’action de ces organismes est régulièrement entravée par un manque de réflexion en profondeur, par un manque de coordination, par des interférences malheureuses ou par des « absences » politiques qui entravent leur fonctionnement.  » « Incidences » cite notamment les révélations de « La Libre » en ce qui concerne la Spaque (LLB du 26 avril).

Pas plus de compliments pour le ministre Ecolo au niveau purement politique : les questions des parlementaires wallons seraient négligées par le ministre. « Si Philippe Henry est le plus sollicité des ministres, sa réactivité n’est pas du tout satisfaisante et la qualité de ses réponses laisse souvent à désirer. Les réponses arrivent beaucoup trop souvent hors délai. De nombreuses questions restent même à jamais sans réponse, ce qui est impensable. (…) »

Parmi les thèmes parlementaires qui n’obtiennent pas de réponse : le fonctionnement des stations d’épuration. « Nous pensons qu’il y a eu à plusieurs reprises des audits externes sur le fonctionnement des stations. L’administration conserve ces rapports sous le boisseau. Cette absence de transparence et plus généralement la non mise à disposition du public des études ressortant du domaine de l’environnement financées grâce à l’argent des contribuables, n’est pas admissible. »

La liste des manquements dénoncés par « La Lettre de l’Environnement » est encore longue, impossible de tout mentionner ici. Mais qu’en pense Philippe Henry, au fait ? « Cet article a été rédigé sans que le service communication du cabinet n’ait été interrogé, s’indigne Pierre Castelain, porte-parole du ministre Ecolo. On y trouve beaucoup de rumeurs et d’on-dit. Les informations sont partiales et pas recoupées. C’est le phénomène de mode actuel de charger gratuitement tout ce qui ressemble à du vert Les résultats de Philippe Henry sont là : la plus grande réalisation de cette législature, c’est la réforme du code de l’Aménagement du territoire par exemple. Nous sommes très à l’aise si on regarde qui a fait quoi dans ce gouvernement.« 

La Wallonie dépassera la Flandre en 2087

bewal

Article de Frédéric Chardon dans « La Libre Belgique » du 16 mai 2013

Les statistiques économiques sont souvent impitoyables pour la Wallonie. D’autant plus que son économie est condamnée à être jugée en permanence face au miroir flamand, bien plus doré. On a beaucoup parlé ces derniers jours de la relative réussite des politiques initiées par le gouvernement wallon pour redresser le sud du pays : 1er plan Marshall, plan Marshall 2. vert, pôles de compétitivité, etc.

Mais, au fait, combien de temps faudra-t-il à la Wallonie pour rattraper la Flandre ? Si c’est possible en tout cas « La Libre » a fait réaliser le calcul par un économiste spécialisé : on prend la croissance économique flamande et wallonne de ces dix dernières années sur la base du PIB (produit intérieur brut), on en établit la moyenne (4 % pour le nord, 4,4 % pour le sud, inflation comprise) et on la projette dans l’avenir. Stupeur : il faudra 75 ans (calcul à partir de 2012) pour que le PIB/habitant wallon dépasse le PIB/habitant flamand. Autrement dit, le basculement est prévu pour 2087. Dur à avaler. Les jours wallons qui chantent, ce n’est pas pour tout de suite.

Alors, on ferme boutique ? L’Union wallonne des entreprises ne le pense pas, même si son département « Economie » confirme que le calcul est juste et que, toutes choses restant égales, l’estimation des 75 ans est tout à fait crédible. « Même si c’est un exercice très mécanique, il n’en est pas moins juste. Il traduit un état de fait , analyse en effet Didier Paquot, le directeur du département « Economie » de l’UWE. L’Union wallonne des entreprises a toutefois deux réserves : tout d’abord, on préfère la bouteille à moitié pleine que la bouteille à moitié vide. On préfère regarder l’avenir et dire qu’il faut une croissance d’autant et une création d’emplois d’autant pour revenir à un niveau de plein-emploi plutôt que de partir des chiffres du passé ».

Seconde nuance de l’UWE : arrêtons de mesurer la Wallonie à la Flandre. « Le but du redressement wallon n’est pas d’arriver au même niveau que la Flandre. Le but est le plein-emploi, le retour à la prospérité et d’assumer l’autonomie qui sera la nôtre dans les prochaines années.« 

Si on calcule le taux de croissance moyen non pas sur les dix dernières années mais à partir de 2008, moment où les premiers effets du plan Marshall ont commencé à se faire sentir, l’exercice est plus favorable, note-t-on encore à l’UWE. « Il ne faudrait plus que 30 ans pour que le PIB wallon rattrape le PIB flamand. Mais c’est quand même énorme en soi. Cela prouve une chose en tout cas : il y a une grande urgence. On ne peut plus se contenter de la situation actuelle. Il faut accélérer les politiques, les restructurations, se doter d’une politique industrielle plus ambitieuse, un marché du travail plus efficace qui permette de lutter contre les pénuries dans la main-d’œuvre qualifiée et même non qualifiée« , ajoute Didier Paquot.

Pourtant, les plans de redressement économique ne manquent pas en Wallonie Toutes ces politiques sont déjà prises en compte par le gouvernement wallon. « Oui, les plans en eux-mêmes sont bons mais c’est une question de mise en œuvre et d’amplitude. Il faut y aller plus fort, plus vite, être plus efficace. Par exemple, l’accompagnement des chômeurs doit encore être beaucoup plus systématique et beaucoup plus porté sur les résultats. »

Question : quelle devrait être, idéalement, la croissance économique wallonne ? « D’ici 2022, il faudrait créer en Wallonie environ 30 000 emplois par an. Actuellement, on en crée 10 000. En termes de taux de croissance du PIB, il faudrait entre 3 à 3,5 % de croissance par an en termes réels (sans l’inflation, Ndlr).C’est plausible mais pas réalisable si on ne s’attaque pas aux défis que j’ai mentionnés. Ces taux ne seront pas atteints dans ce cas. Quoi qu’il en soit, il n’y a plus une minute à perdre « 

Au fait, ici, on raisonne sur la base de la notion de PIB. Or, le gouvernement wallon vient de se doter de nouveaux indicateurs du développement (bien-être, environnement), présentés comme complémentaires au PIB. Un cache-sexe pour les difficultés économiques du sud du pays ? « Pour la Wallonie, le PIB reste un bon indicateur car il faudra de la croissance pour résoudre le chômage et la pauvreté. Ces nouveaux critères, c’est très bien. Mais la première urgence pour la Wallonie, c’est d’augmenter son PIB, d’accroître son activité économique.« 

Le Conseil wallon de la fiscalité et des finances est en rade

Thierry Bodson, FGTB

Thierry Bodson, FGTB

Article de Frédéric Chardon dans « La Libre Belgique » du 15 mai 2013.

Trois ans déjà que les textes juridiques sont prêts pour la création du Conseil wallon de la fiscalité et des finances. Et, pourtant, cette institution ne voit pas le jour… Alors que ses missions seraient fortement utiles au sud du pays dans le contexte de la nouvelle vague de régionalisation de compétences à mettre en œuvre.

En effet, cet organisme public, s’il avait été créé, pourrait émettre par exemple des avis sur tout projet (à l’exception du budget régional lui-même) susceptible d’avoir un impact sur la fiscalité et les finances publiques wallonnes. Ou encore le Conseil pourrait assister le gouvernement wallon dans l’élaboration de la politique fiscale régionale.

Au cabinet d’André Antoine (CDH), ministre wallon responsable des finances publiques, on explique cette inertie par le fait qu’il faut attendre avant tout la réforme de la loi spéciale de financement (LSF). Pour rappel, la réforme de la LSF est nécessaire afin de régler le transfert des moyens budgétaires aux Communautés et aux Régions suite aux transferts de compétences. Et également pour rendre plus claire leur responsabilité financière et leur octroyer une autonomie fiscale accrue.

Mais le cabinet Antoine ne prévoit pas de création concrète du Conseil wallon de la fiscalité et des finances avant 2014. En tout cas, il devrait être opérationnel au moment de la régionalisation des nouvelles compétences fiscales.

Toutefois
Toutefois, cette explication ne satisfait pas Thierry Bodson, le patron de la FGTB wallonne, qui est aussi le président de l’organisme wallon de concertation sociale entre patronat et travailleurs, le Conseil économique et social de Wallonie. Le CESW avait rendu un avis favorable en mars 2010 sur l’avant-projet de décret devant créer le fameux nouveau Conseil. C’est une surprise pour moi d’apprendre qu’on attend la réforme de la LSF, confie-t-il. C’est quand même un drôle d’ordre chronologique. Le CESW a été saisi du dossier il y a trois ans, mais on ne parlait pas d’attendre une nouvelle mouture de la LSF pour cela. Les deux dossiers sont tout à fait indépendants. D’ailleurs, la modification de la LSF rend encore plus pertinente la création du Conseil le plus rapidement possible.

En effet, le Conseil wallon de la fiscalité et des finances pourrait conseiller le gouvernement wallon dans au moins trois dossiers stratégiques, analyse Thierry Bodson : Des déductions fiscales vont être régionalisées. Pour les titres- services par exemple. Qu’est-ce qu’on en fait ? Est-ce qu’on poursuit la politique actuelle ou bien est-ce qu’on réaffecte les ressources à d’autres choses ? Il y a aussi l’autonomie fiscale dont vont hériter les Régions : que va-t-on faire de ce nouveau bras de levier pour la Wallonie ? La LSF doit pourtant vraiment être anticipée car on sait qu’elle va poser des problèmes de ressources financières à la Région wallonne à l’horizon de 10 ans. On va avoir un gros problème. Je ne comprends vraiment pas qu’on attende car les grands principes de réforme de la LSF sont déjà connus !

Quand l’évolution de la situation conforte l’analyse

Jules Gheude

Jules Gheude

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Alors que la mouvance nationaliste ne cesse de progresser au Nord du pays, sapant, chaque jour un peu plus, les fondations du Royaume, les responsables politiques francophones continuent à faire l’autruche. Tout semble se passer pour eux comme si la Belgique était vouée à connaître l’éternité.

Que fait un séparatiste, s’il bénéficie de la légitimité démocratique ? Ben, il sépare. Çà t’étonne, Yvonne ?, écrivait, le 23 mars dernier, Pierre Bouillon dans « Le Soir ».

Or, cette légitimité démocratique pourrait bien être atteinte au soir des élections législatives et régionales du 25 mai 2014. Aujourd’hui  la N-VA, le Vlaams Belang et la Lijst Dedecker flirtent déjà avec les 45% d’intentions de vote (sondage Ipsos, Le Soir, RTL-TVI de mars).

Avec Bart De Wever, au moins, on sait à quoi s’attendre : il veut que la Flandre devienne autonome en 2014. C’est l’option confédéraliste, d’ailleurs largement partagée aussi par les démocrates-chrétiens et les libéraux flamands. D’un point de vue strictement stratégique, le ministre-président flamand Kris Peeters est bien forcé de se distancer du leader nationaliste (son parti, le CD&V, se situe actuellement à 16,7%,), mais, pour ce qui est du devenir de la Flandre, il y a, entre les deux hommes, l’épaisseur d’un papier à cigarette… Qui oserait nier que Kris Peeters se comporte déjà à l’étranger comme le chef d’un véritable Etat souverain ? N’a-t-il pas quitté la mission économique princière au Vietnam pour se rendre au Myanmar, afin d’y rencontrer Aun San Suu Kyi ?

A propos du prince héritier Philippe, il est d’ailleurs intéressant de lire les lettres que cinq présidents de partis flamands (N-VA, CD&V, Open VLD, Groen ! et LDD) viennent de lui adresser, à l’invitation de l’hebdomadaire « Knack ».

Si l’on n’est pas surpris par l’argumentation « républicaine » de Bart De Wever et Jean-Marie Dedecker, il convient, en revanche, de constater le ton critique et sans complaisance adopté par les autres.

Reconnais-le, le pouvoir politique que tu reçois parce que tu es, par hasard, le fils de ton père, c’est quand même d’un autre temps. Ne serait-il pas temps d’en finir avec cette relique ?, écrit Wouter Van Besien, le président de Groen !

Wouter Beke, le président du CD&V, qualifie, lui, la monarchie d’anachronisme, un reste d’un temps depuis longtemps révolu lorsque le pouvoir se transmettait par héritage et non par des élections démocratiques.

Quant à Genwdolyn Rutten, la présidente de l’Open VLD, elle appelle le prince à sortir de ce carcan.

Face à cette position qui amène Bart De Wever à constater que presque aucun parti ne veut de Philippe sur le trône, les élites francophones, Louis Michel en tête, proclament leur indéfectible attachement à Laeken. Comme le constate Philippe Martin, dans « Vers l’Avenir » du 10 mai : L’immense majorité des Flamands ne voient pas la nécessité de conserver une monarchie pour préserver un ciment de l’unité du pays, alors que beaucoup de francophones – et de responsables politiques – ont tendance à considérer la fonction royale, d’abord sous cet aspect utilitaire.

J’en viens à présent à cette sixième réforme de l’Etat, que les responsables francophones conçoivent toujours comme « fédérale » et dont ils restent persuadés qu’elle apportera la pacification communautaire (les trois bourgmestres FDF de la périphérie ne sont toujours pas nommés…).

A en juger par les propos tenus par Michel Delbaere, le patron des patrons flamands, dans « Le Soir » du 8 mai, on ne peut qu’être sceptique quant aux chances d’aboutissement de ce vaste chantier : Elle est dans l’accord de gouvernement, mais elle n’est toujours pas mise en œuvre. On avait parlé de Pâques pour un vote cet été. Mais on n’y est toujours pas. Et il faut encore parler de questions aussi complexes que la loi de financement. Nous craignons que ces réformes n’arrivent pas.

Constatant que le dialogue social est bloqué, M. Delbaere estime aussi qu’il serait plus simple de gérer tout cela entre patrons et syndicats flamands, entre lesquels il y a une plus grande convergence de vue…

Entre une Flandre qui se situe clairement à droite et une Wallonie qui reste dominée par un PS en lutte contre le PTB, le fossé, on le voit, est d’une profondeur abyssale.

Une Flandre qui, pour la troisième fois consécutive, parvient à l’équilibre budgétaire, alors que le Wallonie peine toujours à racler les fonds de tiroir (la prévision de solde de la Région et de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour 2013 s’établit à – 338 millions d’euros et on espère retrouver l’équilibre budgétaire en 2015). Une Flandre qui, pour les trois premiers trimestres 2012, réalise 141,64 milliards d’exportations (+ 0,7%), contre 30, 02 milliards seulement (-3,1%) pour la Wallonie. Et il convient de souligner que ces statistiques sont établies au départ des entreprises et non à partir de l’aéroport national ou du port d’Anvers.

Dans une carte blanche publiée par « La Libre Belgique » le 26 octobre 2012, je posais carrément la question : Et si Albert II devait être le dernier monarque belge ?

Les événements de ces derniers mois viennent clairement conforter mon analyse. Une analyse que je développe depuis 2007 et qui m’a amené, via les Etats généraux de Wallonie en 2009 et les travaux du Gewif (2), à préparer l’après-Belgique.

On connaît mon point de vue : seule une union-intégration à la France, avec, dans premier temps, un statut particulier, sera susceptible de garantir l’avenir de la Wallonie.

Force m’est aussi de constater que la récente enquête de la VUB, selon laquelle 73,9 des Bruxellois souhaitent l’autonomie (4,6% seulement optent pour l’association avec la Wallonie et 4% avec la Flandre, rejoint ce que j’ai toujours pensé : Bruxelles ne voudra aller ni avec les uns ni avec les autres. De quoi refroidir, en tout cas, sérieusement ceux qui, dans l’unique but de sauvegarder leur rente de situation, s’accrochent à cette irréaliste « Fédération Wallonie-Bruxelles », censée se transformer un jour en « Belgique continuée », avec, à sa tête, les Saxe-Cobourg !

(1) A paraître prochainement : « Lettre à un ami français – De la disparition de la Belgique ».

(2) Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net.