Archives mensuelles : avril 2013

Transferts des maisons de repos : l’angoisse

MRArticle de Catherine Ernens, « Vers l’Avenir » du 12 avril 2013

En Wallonie, 46.0000 aînés vivent en maisons de repos. 24 % des personnes de plus 80 ans y résident. Près de 30.000 travailleurs en assurent l’accompagnement. Cette compétence, gérée par le fédéral et faisant partie de l’assurance-maladie, doit être transférée vers les régions. Elle retombe en direct sur les épaules de la ministre Tillieux (PS). Le secrétaire général des Mutualités chrétiennes, Jean Hermesse, analyse la situation. C’est l’angoisse.

1. Les budgets transférés sont ridiculement bas face aux enjeux

Les montants transférés sont figés sur un budget historique qui n’intègre en rien les enjeux démographiques gigantesques des 25 ans à venir. «Les montants transférés pour les maisons de repos par le fédéral vont lui permettre de faire des économies parce qu’il s’agit de budgets qui réclament une grosse croissance », dénonce Jean Hermesse. «Si on poursuit les politiques du passé, ça va être catastrophique lors des transferts des budgets. Si les personnes n’ont pas d’offre de place résidentielle, elles sont chez elles en étant coincées sur de longues listes d’attente.» Les personnes âgées vont donc devoir être maintenues à domicile. Et s’il y a un problème, elles seront maintenues à l’hôpital.

2. L’égalité d’accès à une maison de repos est remise en question

Aujourd’hui, l’argent suit le patient dans la maison de repos où il va. Actuellement, les maisons de repos du privé reçoivent autant par patient que celles gérées par les CPAS ou le public en général. «Demain, avec les transferts, on pourrait faire autrement, par exemple financer des institutions plutôt que des patients. Donc privilégier certaines structures plutôt que le choix des gens», s’inquiète Jean Hermesse.

3. Les Bruxellois pourraient prendre d’assaut les maisons de repos de Wallonie

Bruxelles manque de maisons de repos, cruellement. Or la solitude y est plus grande encore, d’une part. Et les maisons de soins en Wallonie sont moins onéreuses en général, d’autre part. Le danger est donc de voir la population bruxelloise se jeter sur la Wallonie. Au bout du compte, tout le système sera saturé pour tout le monde des deux côtés. «Aujourd’hui vous avez des flux entre les deux régions. C’est normal. La Belgique est un mouchoir de poche et on y circule librement. Si demain vous avez des règlements différents entre les régions, et une scission des compétences entre la Wallonie et Bruxelles, cette liberté sera réduite», explique Jean Hermesse. Par ailleurs, si un Bruxellois va en Wallonie en maison de repos, c’est la Wallonie qui devra prendre la personne en charge financièrement. «Donc si les enveloppes budgétaires sont fermées et qu’on a beaucoup de flux, il va y avoir des refacturations de la Wallonie vers Bruxelles», poursuit le patron des Mutualités chrétiennes.

4. Trop de valides parqués en maisons de repos

Il y a beaucoup, et beaucoup trop, de personnes âgées valides dans les maisons de repos en Wallonie et encore plus à Bruxelles. Pourquoi? Pour des raisons de sécurité et de solitude. Et cela pourrait empirer parce que les budgets hôpitaux, eux, restent fédéraux. S’il manque d’argent pour les maisons de repos, les hôpitaux pourraient éponger les dégâts.

5. Et qui va gérer l’administratif ?

On ne sait pas. Et ça pourrait vite déraper. Petit exemple. 2000 Français vivent dans les maisons de repos belges à côté de la frontière française. Pour des raisons de qualité-prix. Les frais sont aujourd’hui refacturés à la France. Qui le fera demain? La région wallonne? Il faudra l’organiser sans quoi ce sera des montants perdus. Ce genre de détail risque de passer à la trappe dans la grande désorganisation actuelle.
6. L’incohérence guette

Aujourd’hui, une personne âgée bénéficie de remboursements via le forfait, via les médicaments et via les soins du médecin. Ce qui va être transféré, et que les régions devront gérer, c’est uniquement le forfait. Le reste des remboursements reste fédéral. Or, la surconsommation de médicaments est l’un des plus gros soucis actuellement dans les maisons de repos. Et la seule personne qui pourrait avoir un œil sur cette prescription est le médecin-coordinateur de la maison de repos. «Or, lui, son remboursement se trouve dans le forfait transféré. Comment le fédéral aura-t-il une prise sur les prescriptions de médicaments de ce médecin désormais?», interroge Jean Hermesse. Voilà le genre de casse-tête que les acteurs des soins de santé décortiquent. «Le coût en termes de temps pour chercher des solutions de tuyauterie institutionnelle est inouï. Ces transferts représentent un luxe incompréhensible en pleine crise», conclut Jean Hermesse.

Google va investir 300 millions d’euros à Saint-Ghislain

googleBelga, 10 avril 2013

Le centre de données (« Datacenter ») à Baudour (Saint-Ghislain), l’un des trois dont dispose Google en Europe, est opérationnel depuis septembre 2010 après un investissement initial de 250 millions d’euros.

Le géant de l’internet va investir 300 millions supplémentaires pour agrandir le site, a indiqué le « hardware operations manager » du site, Freddy Bonhomme. «Les travaux viennent de commencer», a-t-il ajouté devant Elio Di Rupo, des élus de la région et des journalistes. Le site emploiera sans doute alors 300 à 350 personnes supplémentaires – mais peut-être moins en régime de croisière, selon l’entreprise.

Rudy Demotte reçu par le président vietnamien

Rudy Demotte & Truong Tan Sang

Rudy Demotte & Truong Tan Sang

Martial Dumont, « Vers l’Avenir », 10 avril 2013

Une délégation de la Région wallonne (et de la Fédération Wallonie-Bruxelles), emmenée par le ministre président Rudy Demotte, est actuellement au Vietnam pour une mission de 6 jours censée renforcer une coopération qui date de 20 ans et qui semble particulièrement convenir aux Vietnamiens.

La preuve : Demotte a été reçu hier en véritable chef d’État par le président Truong Tan Sang.

Depuis plusieurs années, une commission mixte existe d’ailleurs. Elle se réunit tous les trois ans et compte actuellement 28 projets en chantiers, essentiellement culturels et universitaires (notamment la mise sur pied d’un master en traduction piloté par l’ISTI et l’Institut Marie Haps ou encore une aide à la numérisation de la radio nationale vietnamienne par la RTBF).

Mais les relations entre Wallonie et Vietnam vont bien au-delà, notamment sur le plan économique. Le Vietnam est une véritable porte d’entrée sur le marché asiatique et de plus en plus d’entreprises wallonnes y prospectent d’ailleurs.

La Wallonie apporte également au Vietnam une coopération importante en matière de formation. Ce qui, avouons-le, n’est pas un luxe, le pays étant toujours pour le moins émergeant. Tout ou presque y reste à faire. De quoi dégager de belles opportunités pour la Wallonie. Et c’est ce que compte faire Rudy Demotte au cours de cette semaine, de Hanoï à Ho Chi Min Ville en passant par le port de Da Nang.

Le territoire wallon, un gruyère économique

walecoOlivier Mouton, « Le Vif/L’Express » du 5 avril 2013

Ce n’est, en soi, pas banal. L’économiste Bruno Colmant, membre de l’Académie royale, professeur à l’UCL et à la Vlerick, ancien chef de cabinet de Didier Reynders et ex-patron de la Bourse de Bruxelles, a mené gracieusement une étude pour Paul Magnette, président du PS et bourgmestre de Charleroi. Aujourd’hui actif au sein du bureau de consultance Roland Bergé, Bruno Colmant estime qu’il s’agit là d’une “contribution à la société”.

L’étude en question, dont Le Vif/ L’Express peut révéler le contenu, concerne l’aménagement du territoire en Wallonie, et plus précisément son lien avec le développement régional. Le constat de Bruno Colmant, qui a mené une étude comparant le système wallon avec ceux d’autres pays et régions dont la Flandre, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Angleterre et les Etats-Unis, est sans appel. “Il y a urgence à repenser la géographie économique de la Wallonie, c’est une notion dont on ne mesure pas assez l’importance du côté francophone”, dit-il. “En Flandre par exemple, il y a une vraie réflexion à ce sujet. Il y a deux pôles prioritaires pour les activités économiques, Anvers et Gand, mais également onze sous-régions privilégiées pour l’installation de zonings industriels. Elles couvrent tout le territoire régional. C’est une vision centralisée. Chez nous, rien de tout cela… On a de grands trous dans le fromage.”

Pour remédier à cette situation, Bruno Colmant suggère une série de pistes. Tout d’abord, le projet régional doit être plus directif, plus énergique dans sa coordination et plus cohérent dans sa liaison entre la politique d’aménagement du territoire et la gestion de l’économie. “Cela semble justifier l’existence d’organes centraux de concertation et de coordination, de préférence indépendant”. Ensuite, “il faut repenser la politique d’aménagement avec des éco-systèmes qui relient l’entreprise et l’enseignement dans un partenariat privé-public. Un bel exemple, c’est le redéploiement réussi de Chrleroi qui recrée des centres d’expertise autour de son aéroport.” C’est d’ailleurs sur base de ce constat que Bruno Colmant a mené ce travail d’enquête à l’intention de Paul Magnette.

Le président du PS réagit : « Si nous disposons en Wallonie de beaucoup de données statistiques, il manque clairement d’une instance qui les analyse et en tire des conclusions prospectives. » Et encore : « La Wallonie est en train de redécoller, c’est très net. Depuis 1988, nous avons arrêté de perdre des emplois. Et depuis une dizaine d’années, nous sommes en progression. Mais il ne faut pas que cela se limite à l’axe Bruxelles-Luxembourg ou aux deux pôles de Liège et du Hainaut. Il y a toute une série de petits interstices qui restent en souffrance: la région du Centre, le Sud Namurois, la région de Verviers… Sur base de ce constat, oui, sur le plan économique, une stratégie d’aménagement du territoire plus centralisatrice, jacobine j’ose le mot, serait indispensable. »

Inutile de légiférer sur la Wallonie courante

2013-06-30_163623Article de Paul Piret dans « La Libre Belgique » du 5 avril 2013

Faute de contrôle parlementaire, les passations de gouvernements sont toujours délicates… A fortiori dans un pays désormais abonné, au niveau étatique, aux records de plus longues crises post-électorales! Pour autant, faut-il les éclaircir ? Aux niveaux fédérés, un député wallon MR, Richard Miller, le pense. Fin 2010, il a déposé une proposition de décret visant à stipuler que le gouvernement régional, en Wallonie, est d’office démissionnaire au lendemain d’une élection. Ce que, du reste, veut le droit coutumier à l’étage fédéral.

Ses collègues Olivier ont estimé que le texte était inutile. Trois constitutionnalistes consultés (Behrendt, Uyttendaele, Verdussen) ont pour partie divergé (forcément…). Et le Conseil d’Etat vient de rendre son avis, qui donne raison aux détracteurs de la proposition. C’est en estimant que celle-ci, non seulement “est sans portée juridique nouvelle”, mais peut de surcroît “créer davantage de difficultés qu’elle n’en résout”. Explications.

D’abord, un petit rappel. La situation juridique de fin de législature diffère entre l’Etat et les Régions/Communautés. Dans celles-ci, il n’existe pas d’acte formel de dissolution du Parlement, qui peut siéger si ça lui chante jusqu’à la veille des élections. Et ce n’est pas au Roi que le gouvernement peut remettre sa démission, mais au nouveau Parlement, issu des urnes, dès son installation.

En fait, on peut distinguer trois phases en Régions et Communautés.

La première, c’est la campagne électorale. Le contrôle parlementaire s’avère de plus en plus virtuel à mesure que l’on se rapproche du scrutin. S’il n’est pas question d’affaires “courantes” puisque l’assemblée n’est pas dissoute, au moins faut-il invoquer des affaires “prudentes”.

La deuxième phase court de l’élection à l’installation de la nouvelle assemblée (au troisième mardi d’après scrutin). Les affaires courantes s’imposent : il n’y a plus de contrôle parlementaire possible. En effet, l’ancien parlement ne peut plus se réunir après l’élection (…contrairement à ce que le ministre-Président Demotte et des députés de la majorité ont soutenu un moment, prouvant par là que la situation n’est pas si simple !).

Tertio, le nouveau Parlement s’installe. Il a tous pouvoirs. Mais c’est le Parlement précédent qui a élu le gouvernement toujours en place tant que son successeur n’est pas désigné. Il échappe donc logiquement au contrôle du nouveau Parlement. Par là, de nouveau, il doit se borner à expédier les affaires courantes.

Ni nécessaire, ni opportun

En fait, dès lors qu’existe à nouveau un Parlement, il existe peut-être plus d’ambiguïtés lors de la troisième phase que lors de la deuxième… C’est pourtant à celle-ci que la proposition Miller se situe.

Il est vrai, le député MR avait en tête la fameuse décision d’octroi d’exportations d’armes de la FN vers la Libye, ostensiblement prise au lendemain de l’élection de juin 1999. Celle que le Conseil d’Etat annula, mais pour la raison qu’elle lui sembla déborder du contenu des affaires courantes. N’empêche, soutient le député MR, la notion d’exécutif démissionnaire “induit une contrainte de vigilance politique plus grande que simplement celle d’un gouvernement en affaires courantes”. Comprenons : Demotte n’aurait pas pris pareille décision s’il avait été officiellement démissionnaire.

Or, voici donc que la section de législation du Conseil d’Etat le remballe : démissionnaire ou pas, l’exécutif est limité aux affaires courantes dans tous les cas où il est “privé de sa base parlementaire”.

Pire, s’avise le Conseil d’Etat, déclarer démissionnaire un exécutif régional impose à pourvoir “immédiatement ou quasi” à son remplacement. Comment concilier cette simultanéité, ou un délai imposé, avec la pratique des négociations politiques d’après scrutin ?

Bref, abstenez-vous d’ainsi légiférer…

FDF: 10 propositions pour une fonction publique wallonne plus efficace

spwBelga, 3 avril 2013

Le président des Fédéralistes Démocrates Francophones (FDF), Olivier Maingain, a présenté mercredi à Namur dix propositions pour une fonction publique wallonne plus efficace.

La Wallonie fait face à d’énormes défis liés à la septième réforme de l’Etat. Ses membres n’ont pas pris l’ampleur de la mesure sur la gestion publique en Wallonie. Ils ne savent pas où loger les compétences du fédéral. La plupart disent manquer d’outils pour les accueillir, a affirmé Olivier Maingain, en compagnie de la vice-présidente wallonne, Monique Felix, du secrétaire général adjoint, Jonathan Martin, et du secrétaire de l’Interprovinciale wallonne, Christophe Verbist.

Le programme wallon des FDF pour les prochaines élections propose la sélection des candidats à la fonction publique sur base d’un concours, la mise en place d’une agence de recrutement pour tous les pouvoirs publics francophones et une plus grande limitation des recrutements sur base contractuelle.

D’après le Centre de recherche et d’information socio-politiques (CRISP), la fonction publique wallonne souffre d’une politisation exacerbée. Et le ministre de tutelle, Jean-Marc Nollet, n’a pas apporté un changement radical à sa gestion, a ajouté le président.
Olivier Maingain plaide aussi pour une meilleure évaluation des politiques publiques, la condamnation de tout conflit d’intérêts dans le code de la fonction publique wallonne et des règles strictes de décumul des mandats.

Les FDF veulent un statut commun aux fonctionnaires francophones, un système de validation de compétences, un barème-plan dans la carrière administrative et un encadrement plus strict du télé-travail.