La Wallonie a gagné une bataille, pas la guerre

wallonieblansonEdito de Béatrice Delvaux dans « Le Soir » du 24 avril 2013

« Si, au sortir de la crise de 2011, on avait demandé aux Wallons de cotiser à un impôt spécial pour financer l’accélération de leur développement et ainsi pouvoir vivre sans les transferts de la Flandre, ils auraient dit oui. » Le francophone influent qui s’exprimait ainsi, n’a pas tort. Il s’est passé quelque chose dans la tête des Wallons durant cette crise politique qui faisait craindre la séparation du pays et où l’incompétence et l’indigence wallonnes étaient claironnées par la N-VA. « Marre de payer pour les Wallons? Marre d’être traités d’assistés », se sont dit nombre d’habitants du sud, convaincus de plus que cela allait être dur mais qu’ils étaient capables cette fois de prendre leur sort en main.

Lorsque depuis Chicago, Jean-Claude Marcourt, ministre de l’Economie wallonne dit : « La Wallonie a changé, il se passe quelque chose chez nous », il n’a pas tort. Un triple phénomène vertueux est à l’œuvre au sud du pays.

1) La dynamique du plan Marshall qui a insufflé un état d’esprit et mis en place une colonne vertébrale de redéploiement économique, donné une unité de vue aussi, ce qui n’était pas le plus petit des défis.
2) Le mental wallon, s’éloignant d’un assistanat jugé atavique, tâtant gaiement d’un certain entrepreneurship, le tout assorti d’une envie de se doter d’outils de progression – Erasmus pour les jeunes, stages à l’étranger posthumanités, écoles d’immersion. C’est un grand coup de balai dans la fatalité « wallon, pas mobile, pas bilingue », qui a été donné. 3) Le turbo des villes : Liège a lancé le mouvement, Namur veut faire pareil, Charleroi bénéficie pour l’instant d’un effet Magnette et d’une communauté d’envies.

C’est loin d’être gagné mais le mouvement citadin est lancé, fondamental pour la modernité des esprits via l’urbanisme et la culture, crucial comme relais économique.

Gare cependant. La Wallonie a gagné une bataille mais est loin d’avoir gagné la guerre. Nous l’avons beaucoup écrit : il faudra plus, plus fort, plus audacieux encore pour regagner les emplois perdus et financer les dépenses des Wallons, par leurs propres deniers. Il y a des structures à simplifier, il y a surtout l’enseignement à fortement requalifier. Mais le sud du pays peut capitaliser sur quelques victoires. Comme les soixante mille emplois du plan Marshall, comme le regard posé par la Flandre récemment…

Il vaut mieux faire envie que pitié : cet adage-là fait aujourd’hui du bien au moral wallon.