Archives mensuelles : avril 2013

La Wallonie a gagné une bataille, pas la guerre

wallonieblansonEdito de Béatrice Delvaux dans « Le Soir » du 24 avril 2013

« Si, au sortir de la crise de 2011, on avait demandé aux Wallons de cotiser à un impôt spécial pour financer l’accélération de leur développement et ainsi pouvoir vivre sans les transferts de la Flandre, ils auraient dit oui. » Le francophone influent qui s’exprimait ainsi, n’a pas tort. Il s’est passé quelque chose dans la tête des Wallons durant cette crise politique qui faisait craindre la séparation du pays et où l’incompétence et l’indigence wallonnes étaient claironnées par la N-VA. « Marre de payer pour les Wallons? Marre d’être traités d’assistés », se sont dit nombre d’habitants du sud, convaincus de plus que cela allait être dur mais qu’ils étaient capables cette fois de prendre leur sort en main.

Lorsque depuis Chicago, Jean-Claude Marcourt, ministre de l’Economie wallonne dit : « La Wallonie a changé, il se passe quelque chose chez nous », il n’a pas tort. Un triple phénomène vertueux est à l’œuvre au sud du pays.

1) La dynamique du plan Marshall qui a insufflé un état d’esprit et mis en place une colonne vertébrale de redéploiement économique, donné une unité de vue aussi, ce qui n’était pas le plus petit des défis.
2) Le mental wallon, s’éloignant d’un assistanat jugé atavique, tâtant gaiement d’un certain entrepreneurship, le tout assorti d’une envie de se doter d’outils de progression – Erasmus pour les jeunes, stages à l’étranger posthumanités, écoles d’immersion. C’est un grand coup de balai dans la fatalité « wallon, pas mobile, pas bilingue », qui a été donné. 3) Le turbo des villes : Liège a lancé le mouvement, Namur veut faire pareil, Charleroi bénéficie pour l’instant d’un effet Magnette et d’une communauté d’envies.

C’est loin d’être gagné mais le mouvement citadin est lancé, fondamental pour la modernité des esprits via l’urbanisme et la culture, crucial comme relais économique.

Gare cependant. La Wallonie a gagné une bataille mais est loin d’avoir gagné la guerre. Nous l’avons beaucoup écrit : il faudra plus, plus fort, plus audacieux encore pour regagner les emplois perdus et financer les dépenses des Wallons, par leurs propres deniers. Il y a des structures à simplifier, il y a surtout l’enseignement à fortement requalifier. Mais le sud du pays peut capitaliser sur quelques victoires. Comme les soixante mille emplois du plan Marshall, comme le regard posé par la Flandre récemment…

Il vaut mieux faire envie que pitié : cet adage-là fait aujourd’hui du bien au moral wallon.

Les exportations wallonnes en recul

Philippe Suinen

Philippe Suinen

Belga , 24 avril 2013

Les ventes wallonnes a l’étranger essuient un repli de 3,1% (3,4% en incluant le gaz naturel) pour les neuf premiers mois de 2012 par rapport à la même période en 2011, selon l’Agence wallonne à l’Exportation et aux Investissements étrangers (AWEX), qui présentait mercredi son rapport d’activités pour les trois premiers trimestres 2012.

Le bilan n’est donc pas des plus réjouissant mais on sauve les meubles puisque malgré cette diminution, les exportations wallonnes se maintiennent toujours au-dessus de leur niveau d’avant la crise, a indiqué Philippe Suinen, administrateur général de l’AWEX. Le montant des exportations wallonnes s’élève ainsi à 30 milliards d’euros lors des neuf premiers mois de 2012.

C’est le plus mauvais bilan depuis la contraction sévère de 20,9% enregistrée de janvier à septembre 2009 au plus fort de la récession économique mondiale.

Ces résultats prolongent la baisse de régime de notre commerce extérieur déjà amorcée au troisième trimestre 2011, période depuis laquelle les exportateurs font face à une dégradation conjoncturelle constante sur les marchés étrangers qui découle des inquiétudes permanentes liées à la crise de la dette dans la zone euro et à la santé des finances publiques dans la plupart des économies occidentales.

Un des secteurs les plus sévèrement touchés par l’affaiblissement 2012 est le domaine métallurgique (-13,1%) souffrant de la baisse de la capacité de production de l’acier en Wallonie provoquée par la réduction de la demande d’acier dans le monde et la décision d’ArcelorMittal de fermer la phase à chaud.

APA : la Flandre rafle les allocations

apaArticle de Catherine Ernens dans « Vers l’Avenir » du 23 avril 2013

L’allocation pour l’aide aux personnes âgées (APA) file tout droit dans le portefeuille des Flamands. Une situation complètement déséquilibrée et consternante à la veille des transferts de compétences. 8 % des Belges de plus de 65 ans bénéficient de l’APA : 68 % résident en Flandre, 26 % en Wallonie et 4,5 % à Bruxelles.

Les francophones passent donc complètement à côté de cette aide jusqu’ici versée par le pouvoir fédéral. Si on ramène ces chiffres à l’échelle de la population globale, 9 Flamands de plus de 65 ans sur cent (9 %) reçoivent l’APA contre 6,5 % des Wallons âgés.

La ministre de l’action sociale en Wallonie (PS) ne s’explique pas cette situation. Elle dit en avoir pris connaissance… il y a quelques jours. Éliane Tillieux a demandé à ses services de chercher le pourquoi de ce déséquilibre. Il semblerait que seul un déficit d’informations des services sociaux soit à l’origine de ce déséquilibre nord-sud.

En clair, les Wallons, et encore moins les Bruxellois, ne savent même pas qu’ils ont droit à ces allocations. Les Flamands, eux, sont mieux organisés. Car le nombre de bénéficiaires potentiels devrait être bien plus élevé en Wallonie, eu égard à la pauvreté d’un bien plus grand nombre d’aînés.

L’APA s’adresse aux personnes âgées en perte d’autonomie importante et ayant des revenus très faibles. Par exemple lorsque les charges pour entrer dans une maison de repos relèvent de l’impayable. Car, pour bénéficier de l’APA, il faut obligatoirement faire valoir ses droits à la pension de retraite ou de survie et/ou à la Grapa (garantie de revenus aux personnes âgées). Enfin, les administrations communales sont actuellement compétentes pour rentrer les dossiers. Sont-elles seulement toutes au courant de cette mission?

Le déséquilibre au niveau de cette allocation ne s’arrête pas là. Les Flamands bénéficient d’une assurance dépendance entrée en vigueur en 2001. Cette assurance est obligatoire, les Flamands sont tenus de cotiser et le gouvernement flamand verse le complément de sa poche. Cette assurance couvre totalement ou partiellement les aides et services non médicaux des personnes fortement dépendantes. Les bénéficiaires flamands de l’assurance dépendance peuvent la cumuler avec l’APA. Voilà qui devient, au total, un vrai filet de sécurité pou ses vieux jours.

Aucun francophone ne bénéficie de l’assurance dépendance puisqu’il s’agit là d’une initiative purement flamande. Les francophones n’ont pas pu, voulu ou n’ont même pas pensé développer un système similaire. Les mutuelles, en particulier la Mutualité chrétienne, avaient pourtant plaidé pour initier cette assurance dépendance au niveau fédéral.

On peut se rassurer sur les tarifs plus modérés des maisons de repos en Wallonie par rapport à la Flandre et sur l’explosion démographique moindre des plus âgés. Mais tout de même… Il existe un déficit d’informations sur les aides publiques en général. L’idéal serait d’arriver à les accorder automatiquement sur base des déclarations fiscales, rétorque la ministre wallonne. Mais pour cela, il faudra s’adresser au fédéral.

L’aéroport de Charleroi, quatrième meilleur aéroport «low cost» au monde

AeroCharleroiBelga, 22 avril 2013

Bruxelles Sud Charleroi (BSCA) a été élu quatrième meilleur aéroport « low cost » au monde, selon le classement annuel du World Airport Awards du bureau-conseil britannique Skytrax.

BSCA perd une place par rapport à 2012. L’enquête a été réalisée par Skytrax Research – connu pour ses rapports et ses classements annuels des compagnies aériennes et des aéroports – sur neuf mois entre 2012 et 2013, interrogeant notamment 12 millions de passagers et d’usagers de 108 nationalités dans 395 aéroports de la planète.

L’enquête s’est penchée sur la perception des voyageurs concernant 39 services tels que l’enregistrement, les arrivées, les transferts, les achats, la sécurité, etc.

L’aéroport de London Stansted arrive en tête du classement des meilleurs aéroports « low-cost » au monde pour la troisième année consécutive. Il devance celui de Berlin Schönefeld, vainqueur en 2010, et celui de Luton (Londres), 2e l’an dernier. BSCA se classe quatrième, en recul d’une place par rapport à 2012. Kuala Lumpur LCCT complète le top 5.

« Il s’agit d’une preuve de reconnaissance du travail réalisé par l’ensemble du personnel de l’aéroport », a souligné l’administrateur délégué de BSCA, Jean-Jacques Cloquet,

Le projet de nouveau code wallon de l’urbanisme sort des limbes

projetArticle de Paul Piret dans « La Libre Belgique » du 19 avril 2013

Nous avons pu enfin (sic) aboutir sur une nouvelle codification. Ainsi débutait, jeudi soir à l’Elysette, le ministre-Président Rudy Demotte (PS), après que les ministres wallons ont adopté en première lecture l’avant-projet de décret réformant le code territorial. Ils en discutaient depuis septembre, il est vrai. Et depuis décembre, on laissait planer chaque jeudi l’éventualité d’un accord gouvernemental. Cette semaine encore, le ministre Philippe Henry (Ecolo) dut présenter des modifications à sa copie aux coalisés PS et CDH. Et ceux-ci, face à de nouvelles réticences ou hésitations vertes, ont fait hier comprendre au partenaire (?) Ecolo que si on ne s’accordait pas séance tenante, tout devenait compromis dans les temps. De fait, déjà ainsi, ce sera plus que serré pour boucler toute l’affaire d’ici à la fin de la législature, dans les douze mois. Bref, un premier feu vert a été donné. Très vite, voici les premières grandes lignes du nouveau code dans son état actuel.

1. L’appellation

Ne l’appelez plus Cwatupe, pour Code wallon de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme, du patrimoine et de l’énergie. Dites : CoDT, pour Code du Développement territorial. Il se décline en huit livres (plus en six, comme dans la version précédente)

2. Les outils

Côté régional, on garde le Schéma de développement de l’espace (le Sder) et bien sûr les plans de secteur; s’ajoute le guide régional d’urbanisme. Même trilogie au rayon local : schéma de développement communal, schéma d’urbanisation, guide communal d’urbanisme.

3. Des plans

La deuxième lecture gouvernementale des projets de révision de plans de secteur est supprimée; le plan communal d’aménagement est troqué contre une procédure plus simple de révision de plan d’initiative communale; d’actuelles procédures sur un même objet seront fusionnées en plans-permis; des périmètres d’enjeu régional seront stimulés.

4. Des Pep

Surprise, on retrouve des interventions parlementaires dont Ecolo (et jusqu’à un certain point la Cour constitutionnelle) ne voulait plus entendre parler. Voici que, pour de grands projets publics, apparaissent des Pep, pour permis parlementaires. La différence avec le Dar, tente de défendre Philippe Henry, c’est que cette fois le Parlement wallon devra vraiment « instruire » l’octroi du permis. On veut bien, mais voilà qui nous rappelle très fort le projet de Dar dans sa première version, telle que l’avait défendue son prédécesseur André Antoine (CDH) avant un avis très négatif du Conseil d’Etat ! En passant il sera intéressant, à tête reposée, d’examiner où et comment PS et CDH auront pu apporter d’autres inflexions au projet Ecolo. Ainsi, le balancier toujours délicat entre intérêts locaux et régionaux serait reparti çà et là vers plus d’autonomie communale.

5. Des périmètres urbains

Où l’on retrouve le principe majeur (largement soutenu en théorie, vite controversé dans la pratique) du renforcement des centralités, histoire de lutter contre l’étalement urbain. Il est dit désormais que le gouvernement déterminera des périmètres « U » ruraux ou urbains en concertation avec les communes; et que dans ceux-ci, les communes pourront (bien : pourront) adopter un schéma qui remplace le plan de secteur et autres outils plus compliqués.

6. Des guides

C’est, peut-être, dans un code, une curiosité. Plutôt que des règlements qui multiplient des dérogations, on préfère ici des guides d’urbanisme, davantage indicatifs.

7. Des permis

Pas d’infos à cette heure. Mais bien des précisions viendront d’arrêtés plutôt que du décret.

8. Des taxations

De même, c’est un arrêté qui devra déterminer les modalités d’une taxation régionale (mais au profit notamment des communes) de plus-values pour changements d’affectations planologiques. Chaud…

9. Des prescriptions

Une première en la matière. Et un ajout à la copie Henry, ici sur forte insistance PS : on va introduire une prescription de 10 ans pour les infractions non fondamentales.

10. Une juridiction

Hors projet de nouveau code, le principe en est acquis, sur base du modèle flamand : une juridiction administrative spécifique va être créée dans le registre. Le Conseil d’Etat n’exercerait plus qu’un ultime rôle très marginal. A suivre

Un Etat belge mais très flamand

be1Article de Pierre Havaux dans « Le Vif/L’Express » du 18 avril 2013

Un pays dirigé par un Premier ministre wallon, et socialiste encore bien. Une Belgique passée depuis fin 2011 sous l’ère de Di Rupo Ier, gouvernement sans majorité parlementaire sur son aile flamande. La Flandre, 60% de la population belge, doit faire son deuil de la loi du nombre. Patience. Aux scrutins de 2014, les cartes pourront être redistribuées.

D’ici là, les Flamands ont de quoi se consoler. Cet Etat fédéral, qu’ils partagent avec les francophones, ne leur réussit pas mal du tout. Le vent dominant qui souffle dans les plus hautes sphères de l’appareil public vient du nord. Plus que jamais. Tour d’horizon.

Top managers publics : les Flamands à 9 contre 5

Sur les quatorze grands patrons des Services publics fédéraux (SPF), la Flandre en aligne neuf, le sud du pays en fournit cinq. Les francophones, parents pauvres du patronat public fédéral ? «Leur position n’a jamais été aussi mauvaise, puisqu’ils occupent 35,71% des emplois !», s’alarme le Gerfa, le Groupe d’Etude et de Réforme de la Fonction administrative. Le noir et jaune s’impose nettement sur l’organigramme des postes de président de SPF. Au mépris de la parité linguistique (50 F – 50 N) exigée par la législation sur l’emploi des langues.

La violation de la loi se double d’un autre déséquilibre : Finances, Budget, Santé, Sécurité sociale, Affaires étrangères, Selor (l’administration du recrutement), Mobilité et Intérieur à titre provisoire. Que du lourd dans la besace flamande, garnie des morceaux de choix de l’Etat fédéral.

Hormis la Justice et la Fonction publique (le SPF Personnel & Organisation), les francophones n’ont plus qu’à se mettre sous la dent des secteurs peu porteurs d’avenir dans une Belgique fédérale reconfigurée : l’Economie et l’Emploi vont se vider encore un peu plus de leur substance, une fois absorbée par les Régions et Communautés.

Y a-t-il encore un big boss francophone dans la salle ? Oui, à la Politique scientifique, troisième administration fédérale en importance. Mais le titulaire, Philippe Mettens (PS), a mis sa fonction en veilleuse par un congé politique partiel. Fragilisé de surcroît par un gros litige lié à son autre mandat de maïeur de Flobecq. Intérim prolongé au top des administrations : avantage à la Flandre. Les va-et-vient au plus haut sommet de l’administration fédérale devraient être l’occasion d’un impérieux rééquilibrage en faveur des francophones. Sauf que les vacances du pouvoir ont tendance à s’éterniser. Et que les néerlandophones se sentent une âme de patron intérimaire.

Les nominations des francophones Jean-Marc Delporte à la tête de l’Economie et de Jean-Paul Janssens au top de la Justice annonçaient un timide retour à l’équilibre. Il n’a pas résisté au départ à la retraite, ce 1er avril, de Monique De Knop. Le néerlandophone Jaak Raes, chef du centre de crise, s’est glissé dans le fauteuil délaissé par la patronne francophone de l’Intérieur. Le temps de désigner un véritable successeur : forcément francophone, sous peine d’aggraver l’entorse à la loi. Mais ce n’est qu’à moins d’un mois de l’échéance que la procédure de sélection a été engagée : l’interrègne pourrait donc se prolonger, sous régime flamand.

La Mobilité, elle, attend depuis un an et demi son nouveau patron, logiquement francophone lui aussi. Son arrivée mettra fin à l’intérim de Marc Roman, néerlandophone. Cet ex-cabinettard chez le secrétaire d’Etat à la Mobilité Etienne Schouppe (CD&V) aura eu le temps de prendre ses quartiers.

« A chaque départ d’un président francophone, c’est un Néerlandophone qui prend la relève ! », constate le Gerfa. Quand le provisoire devient durable, il fait rarement des heureux parmi les francophones. Le manège vient encore de faire ses preuves, à la tête de l’Office national des Pensions. Le francophone Jean-Marc Delporte, pourtant tout désigné pour le poste de patron, a fait les frais du veto du ministre Open VLD Van Quickenborne . L’ONP se retrouve administrée pour une durée indéterminée par son numéro 2 : Marc De Block. Néerlandophone.

Sécu : les boss flamands à 13 contre 5

La domination flamande sur les parastataux à vocation sociale est outrageuse : 13 directions trustées par la Flandre sur 18… Les patrons francophones sont devenus une denrée rare dans le paysage de la Sécu. Ils se dénichent encore à la tête de l’Onem, de la Capac, de l’OSSOM (la Sécu d’outre-mer), du Fonds des accidents de travail, et de l’Office de contrôle des Mutualités.
C’est très peu, au regard de l’emprise flamande sur les leviers stratégiques de la Sécurité sociale : l’ONSS, l’Inami, l’ONP sont désormais dans le giron flamand. L’Onem reste l’exception qui confirme le recul francophone dans cette catégorie reine de la Sécu.

Les directeurs généraux : les Flamands à 33 contre 28

Les comités de direction qui secondent les patrons des SPF sont soumis à la parité linguistique. Beau principe, mais mis à mal par un nouvel avantage numérique à la Flandre : 33 directeurs et administrateurs généraux néerlandophones pour 28 francophones. C’est à l’étage inférieur des emplois de direction que l’on retrouve un strict équilibre linguistique : 18 directeurs ou administrateurs F, autant de N. La touche francophone s’est aussi perdue à la tête de l’armée et de la police fédérale, qui ont viré de bord linguistique pour tomber dans l’escarcelle flamande.

Hors frontières : les Flamands rayonnent

Que des néerlandophones en vue au top de l’Union européenne : le CD&V Herman Van Rompuy à la présidence du Conseil européen, l’Open VLD Karel De Gucht en commissaire européen. Petit détour par l’OCDE : rebelote, un néerlandophone est au poste, à savoir le secrétaire général adjoint Yves Leterme (CD&V).

Le crochet par la Banque européenne d’investissement ne s’impose plus : le francophone Philippe Maystadt a quitté la présidence. Au firmament de l’olympisme mondial, c’est encore un visage flamand, celui du Gantois Jacques Rogge, qui s’affiche.
Même une gestion contestée n’entame pas le crédit d’un Léo Delcroix : sévèrement épinglé par la Cour des comptes pour son action à la tête du Pavillon belge de l’Expo universelle de Shangaï mais blanchi par l’administration et soutenu par le gouvernement, l’ex-ministre CVP peut récidiver à la fonction de commissaire général pour l’Expo universelle de Milan, en 2015. Pas sûr qu’un francophone aurait reçu cette seconde chance.

Il faut pousser les portes de la Banque centrale européenne à Francfort, pour tomber sur un représentant francophone : Peter Praet, au poste d’économiste en chef de la BCE. Ou franchir le seuil de la Cour de justice européenne de Luxembourg pour découvrir Melchior Wathelet senior en avocat général. Maigre.

Exportations

awexaLes statistiques d’exportations des 3 premiers trimestres 2012 montrent les résultats suivants:

FLANDRE 141,64 milliards + 0,7%

WALLONIE 30,02 milliards – 3,1%

BRUXELLES 4,34 milliards + 7,9%

Indépendance ?

4hL’analyse de Martial Dumont dans « Vers l’Avenir » du 17 avril 2013 Il y a quelques semaines, Rudy Demotte avait «gentiment» fait comprendre aux députés de la majorité Olivier qu’ils feraient bien de la mettre en sourdine. Quelques PS et CDH avaient critiqué en séance publique le nouveau cadre éolien et la cartographie des éoliennes que le gouvernement avait concoctés. Le ministre Écolo Philippe Henry, avait alors dégusté. Le but de l’intervention du ministre président était de resserrer les boulons et d’éviter une impression d’anarchie au sein d’une majorité déjà claudicante. De quoi d’ailleurs alimenter les débats sur l’indépendance du parlement par rapport au gouvernement. Aujourd’hui, il faut bien constater que le petit doigt sur la couture du pantalon, ce n’est pas (plus) la spécialité des députés PS et cdH. Démocratiquement, on s’en réjouirait plutôt, d’ailleurs. D’autant qu’on ne peut pas vraiment dire que les interventions socialistes et humanistes sont dénuées de pertinence. Après tout, même dans la majorité, il faudrait être culotté ou complètement aveugle pour dire que la communication et la gestion du dossier photovoltaïque ces dernières semaines n’ont pas été calamiteux. Ce qui est plus douteux en revanche, c’est le véritable but poursuivi par le PS et le CDH. Car, finalement, alors que la débâcle est collective, on a l’impression que c’est surtout Nollet, et donc Écolo qui prend tout. Certes, le ministre a été loin d’être inspiré dans cette affaire, multipliant, notamment, les erreurs de com. Mais on ne peut pas dire non plus que Rudy Demotte et surtout André Antoine l’aient aidé à sortir de la mouise en tergiversant pendant des semaines sur la marche à suivre. Crier haro sur le seul baudet vert, ça revient donc clairement à une chose : le trucider et l’évincer de la course avant même le démarrage de la campagne électorale de 2014. Bref, c’est faire, pour Écolo, du fiasco photovoltaïque un nouveau Spa-Francorphamps. De la part du MR, dans l’opposition, c’est le jeu politique logique. De la part du PS et du CDH, partenaires d’Écolo, c’est beaucoup moins glorieux.

Budget: la Wallonie et la Fédération ont fait mieux en 2012

Andrè Antoine

Andrè Antoine

Belga, 15 avril 2013

La Région wallonne et la Fédération Wallonie-Bruxelles ont amélioré en 2012 leur solde de financement de 140 millions d’euros par rapport aux objectifs qu’elles avaient établi en concertation avec le gouvernement fédéral en 2010, a indiqué le ministre du Budget, André Antoine, en Commission du parlement wallon, en réponse à des questions de Pierre-Yves Jeholet (MR) et Stéphane Hazée (Ecolo). Le solde des deux entités devait s’élever l’an passé à -571 millions d’euros. Il sera finalement de -431 millions d’euros. La prévision de solde pour l’année 2013 s’établit à -338 millions d’euros. L’objectif demeure l’équilibre budgétaire en 2015.

Le ministre a rappelé qu’il n’entendait pas revoir cet objectif. Je maintiens le cap de 2015. Nous ne sommes pas dans un pays comme les autres, a-t-il souligné.

Dans deux ans, les entités fédérées recevront de nouvelles compétences dans le cadre de la 6e réforme de l’État. Or, les Régions devront fournir de nouveaux efforts à partir de ce moment. Dans la compétence « emploi », il manquera 500 millions d’euros, répartis sur plusieurs années, a averti M. Antoine.

L’école d’administration fait son entrée

NolArticle de Paul Piret dans « La Libre Belgique » du 13 avril 2013

Voilà plus d’une décennie qu’on en parle, et bientôt quatre ans qu’elle est en gestation. Voici qu’elle devient opérationnelle : « Le Moniteur » de vendredi a publié un appel aux candidats intéressés à la fréquenter. C’est d’une école que l’on parle. Qu’elle recrute ses premiers élèves par voie officielle en dit assez, d’emblée, la spécificité. Il s’agit de l’Ecole d’administration publique (EAP) commune à la Région wallonne et à la Communauté française.

Son apparition est liée à la réforme des mandats pour les fonctionnaires dirigeants (niveaux A1, 2, 3) des deux entités, voulue par les majorités Olivier sudistes et singulièrement par leur ministre (Ecolo) de la Fonction publique, Jean-Marc Nollet. Elle s’exercera pour la première fois fin 2014. Alors, au début des nouvelles législatures fédérées, et pour la durée de celles-ci, le top des administrations wallonnes et francophones sera renouvelé « à l’américaine », pour coller à la vie des gouvernements. Or, ces hauts-fonctionnaires futurs d’un type nouveau seront choisis par les exécutifs parmi un pool de candidats, non classés, qui soit sont déjà actuellement mandataires (à condition d’être bien évalués), soit disposeront d’un « certificat de management public » ad hoc. C’est ce CMP que l’EAP commence à mettre en œuvre, juste à temps pour constituer le premier réservoir de candidats à de nouveaux mandats. Et c’est ce passage obligé par l’EAP qui distingue celle-ci d’institutions comparables à d’autres niveaux de pouvoir, comme l’Institut de formation pour l’administration fédérale (l’Ifa).

De la formation continue aussi, plus tard

Dans une deuxième phase, l’Ecole va s’attaquer à un autre morceau : la formation continue pour l’ensemble du personnel des deux entités, tous niveaux confondus (soit un potentiel de 22 500 personnes, OIP inclus), plus du personnel de la bruxelloise Cocof qui serait désireux d’y participer. Ici, les formations seraient dispersées en large décentralisation, à l’inverse des quelques dizaines de candidats au top management qui suivront leurs cours dans des bureaux de l’administration wallonne à Namur ou du Ministère de la Communauté française à Bruxelles. Mais ce sera, à l’EAP, toujours dans une logique interuniversitaire et interréseaux, et sans dispenser elle-même l’enseignement : ce n’est pas une école de plus avec un bataillon de profs, mais une structure de coordination qui n’emploiera pas plus d’une quarantaine de personnes.

Enfin, l’EAP pourrait piloter la formation d’agents locaux aux fonctions de management. Ce troisième volet est dans les limbes. N’aurait-on pas pu profiter de la réforme des grades légaux (secrétaires et receveurs), votée mercredi prochain, pour les intégrer dans le dispositif ? Des formations existent déjà au niveau local. Et c’eût été trop charger la barque au départ, explique le ministre de la Fonction publique, qui partage ici le sujet avec son collègue des Pouvoirs locaux.