Archives mensuelles : mars 2013

Thierry Bodson: «Le gouvernement wallon ne fonctionne plus!»

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Thierry Bodson

Dans la « Libre Belgique » du 30 mars 2013, le dirigeant de la FGTB wallonne répond aux questions de Frédéric Chardon.

Saint-Gobain, Caterpillar, ArcelorMittal… Contrairement aux propos rassurants que l’on peut entendre sur le redressement de la Wallonie, on licencie à tour de bras…

C’est seulement maintenant que le ressac économique de la crise de 2008 nous tombe dessus. En Wallonie, pour toute une série de raisons, on a connu ce ressac avec retard par rapport aux régions avoisinantes. Mais il n’y avait pas de raison qu’on y échappe Saint-Gobain est malheureusement un très bon exemple de ce qui est en train de se passer : c’est la crise et les gens n’ont plus confiance, ils ne veulent plus acheter de voitures ou n’en sont plus capables. Et cela frappe de plein fouet Saint-Gobain qui produit des pare-brise.

Il y a la crise, d’accord. Mais le pouvoir politique n’a-t-il pas aussi sa part de responsabilité ?

Tout à fait. A côté des restructurations, on a un gouvernement fédéral qui est toujours embringué dans des discussions budgétaires. Finalement, à part des budgets, que font-ils au fédéral ? Ils ne font plus que cela, courir après l’équilibre ! Avec toute la grogne sociale que cela provoque, la grogne des patrons, etc. On passe de budgets en contrôles budgétaires en permanence, mais c’est le serpent qui se mord la queue. Il faudra bien sortir de là à un moment donné. Je vois encore une autre faille du pouvoir politique : la sixième réforme de l’Etat arrive avec ses transferts massifs de compétences. Mais ces nouvelles responsabilités viennent se plaquer sur un gouvernement wallon qui ne fonctionne plus et qui ne se prépare pas à les accueillir. Croire que ce gouvernement est encore une équipe, franchement, il faut vraiment venir de la planète Mars !

Bref, la FGTB est d’accord avec le MR : l’Olivier wallon a échoué…

En l’occurrence, objectivement, je suis d’accord avec le MR, oui. Mais ce qu’il y a de dommage, c’est que, individuellement, certains ministres wallons fonctionnent plus ou moins bien. Je ne vais pas vous étonner en vous disant que je trouve que Jean-Claude Marcourt travaille bien; je pense aussi que Jean-Marc Nollet, par exemple, est à fond sur ses dossiers. Il n’a pas pris les bonnes décisions en matière de photovoltaïque, c’est vrai, mais c’est quelqu’un qui travaille. Mais puisque le gouvernement wallon n’est pas une équipe, on tombe dans la cacophonie qu’on a connue avec le dossier du photovoltaïque

Quand vous dites que l’Olivier ne se prépare pas à recevoir les compétences du fédéral, est-ce que vous n’exagérez pas ? Il y a des groupes de travail qui planchent sur la question, tout de même.

La seule question que se pose le monde politique, c’est de savoir comment on va organiser administrativement les transferts. Ils n’ont pas de vision. Alors que des questions fondamentales se posent. Pour les allocations familiales, par exemple, doit-on se focaliser en Wallonie sur une politique nataliste, oui ou non ? Autrement dit, le rang de l’enfant doit-il encore avoir une importance dans le montant de l’allocation familiale ? Personnellement, je pense que non, il faudrait le même montant pour tous les enfants.

Ce genre de questions ne se règle pas non plus en un jour…

Ça fait maintenant plus d’un an qu’on sait quelles sont les matières régionalisées, qu’on sait en gros quels volumes financiers cela représente. Mais il n’y a rigoureusement rien qui se fait à l’intérieur de l’Olivier ! Rien de rien Que fait-on pour le moment en Wallonie ? On invite les gens du fédéral sur les transferts, on les écoute et puis on dit : « Houlà ! C’est compliqué  » Là, je commence à en avoir vraiment soupé : il faut que la Wallonie se prépare, qu’elle se dote d’une vision de société. Les transferts vont augmenter de 30 à 40 % les champs de compétences des Régions. Qu’on arrête de dire « on ne les voulait pas, ces transferts de compétences », et qu’on essaie d’en faire la meilleure opportunité.

Vous pouvez donner un exemple ?

En ce qui concerne le marché du travail, on a le transfert des aides à l’emploi : pourquoi ne pas s’arranger pour que ces systèmes servent mieux les Régions et la Wallonie en l’occurrence ? Par exemple, on pourrait conditionner les aides à l’emploi au respect de critères par les entreprises elles-mêmes. Il ne suffirait plus d’engager telle personne qui respecte telle condition. Les Régions pourraient introduire, comme condition supplémentaire préalable aux aides à l’emploi, le fait que l’entreprise mette un certain pourcentage de son chiffre d’affaires en recherche et développement. Et qu’elle respecte certains ratios : par exemple, seules auraient des aides à l’emploi les entreprises qui créent beaucoup de jobs. On calcule cela en divisant les rémunérations au sein de l’entreprise par son chiffre d’affaires.

Bref, ces transferts de compétences, c’est aussi l’occasion de définir une politique industrielle plus cohérente pour la Région wallonne ?

J’essaie de faire comprendre qu’il y a une opportunité historique pour la Wallonie. Mais, pour l’instant, il n’y a que Jean-Claude Marcourt qui le comprend Il y a une autre menace qui pourrait empêcher la mise en place d’une vraie politique industrielle : le futur traité budgétaire européen et son carcan d’austérité. Si on ne fait rien, l’ensemble des parlements en Belgique vont très certainement voter le traité budgétaire européen. Or, voter ce traité et affirmer qu’on veut une politique industrielle, c’est dire une chose et son contraire. Ce texte va couler en force de loi, voire de constitution, le fait d’imposer une discipline budgétaire d’une extrême rigueur aux Etats avec 0,5 % maximum de déficit public annuel ! Et, si on dépasse ce seuil, on recevra une amende de l’ordre de 0,2 % du PIB Donc, 750 millions dans le cas de la Belgique. La seconde partie du traité, c’est la coordination économique : une série d’indicateurs vont permettre de comparer la compétitivité des différents pays. A nouveau, en cas de dépassement des limites, on recevra une amende de 0,1 % du PIB cette fois. L’endettement d’un pays ne pourra pas non plus rester trop longtemps au-dessus de 60 % du PIB. On va donc vers de grandes difficultés pour mener des politiques de relance.

Pensez-vous que les députés, en Belgique, pourraient rejeter le traité pour ces raisons ? Vous les avez sensibilisés à la question ?

Pour rappel, un seul parlement qui ne ratifie pas peut tout bloquer On a donc écrit aux parlementaires mais, jusqu’à présent, on ne nous répond pas. Ah, si, j’ai quand même eu un accusé de réception Si les parlementaires croient que je vais me contenter d’être auditionné trois jours avant leur vote le doigt sur la couture du pantalon, ils se trompent ! Ça ne me convient absolument pas. Ça mérite un débat public au niveau fédéral et régional. On a le temps : la ratification ne doit être faite que pour la fin de cette année. Ce n’est pas une course à l’échalote. Si on pouvait faire un débat devant l’opinion publique, je suis sûr qu’il y aurait un virage à 90°. Si pas plus

Comment expliquer cette inertie politique que vous dénoncez ici ? Un complot néolibéral ?

C’est plutôt le problème de l’Europe telle qu’elle se construit : cet endroit de décision est de plus en plus éloigné et de moins en moins surveillé par les contre-pouvoirs et par les politiques qui comptent, c’est-à-dire ceux qui sont au niveau national.

Claude Eerdekens : «avec Ecolo, c’est un suicide assisté de la Wallonie ! »»

Claude Eerdekens

Claude Eerdekens

Olivier Mouton, « Le Vif », 28 mars 2013

Franc-tireur au sein du PS, le député wallon Claude Eerdekens clame son inquiétude. « On va dans le mur », dit-il dans une interview au Vif/L’Express. Un discours d’opposition. Il critique vivement Ecolo. Et plaide quasi ouvertement pour une alliance avec le MR. Extrait.

Le Vif/L’Express : Que se passe-t-il en Wallonie, avec tous les tiraillements actuels ?

Claude Eerdekens : Je suis de ces parlementaires pas très heureux de ce qui se passe. Au bureau du PS, quand on a voté l’accord wallon, je suis le seul à m’être abstenu. Je pensais que confier l’Aménagement du territoire à un Ecolo, ce serait suicidaire, et ce fut le cas… Ce n’est pas une critique personnelle de Philippe Henry (NDLR : le ministre wallon et Ecolo de l’Aménagement du territoire), mais il ne fait pas bien son travail, selon ma conception de l’aménagement du territoire. En période de crise, nous avons besoin d’une politique ouverte, soucieuse d’encourager les projets, plutôt qu’une politique basée sur les interdits. M. Marcourt fait tout ce qu’il peut au ministère de l’Economie, mais s’il n’y a pas un soutien à l’aménagement du territoire, le bateau est paralysé. Certains appuient sur l’accélérateur, d’autres sur le frein en même temps.

Ecolo a une vision dogmatique ?

Il y a chez eux des idéalistes, très attentifs à la défense de l’environnement – et je peux le comprendre. Mais il y en a d’autres, fondamentalistes, dans une logique de décroissance. Eva Joly plaidait cela lors de la campagne présidentielle française. En Wallonie, ils ne s’affichent pas aussi ouvertement mais on les trouve dans les cabinets. Ce sont des ayotallah, entrés en écologie comme on entre en religion. C’est ahurissant!

Ce sentiment-là est partagé au sen de votre parti ?

Si le gouvernement wallon actuel était soumis à un vote à huis-clos, il n’a plus la confiance du parlement. Il faut entendre les parlementaires PS et CDH, ils en ont ras-le-bol ! Prenez encore la politique éolienne. C’est aberrant ! On crée une nouvelle bulle abominable, pire que le photovoltaïque. Ces gens qui implantent des éoliennes en Wallonie – il y en a 250 pour l’instant, on vise les 1 000 en 2020 – se font un fric incroyable ! Ce sont des rendements que nul industriel ne peut espérer en Europe, jusqu’à un million et demi d’euros de bénéfice par an et par éolienne – vous imaginez ? Et tout cela, à nouveau, grâce à des certificats verts. On parle d’une bulle de cinq milliards d’euros !

Pourquoi ce train va-t-il dans cette direction-là ? C’est un rapport de forces favorable à Ecolo ?

Ce n’est pas une erreur d’Ecolo uniquement, mais de tous les partis. Trois gouvernements ont géré la politique éolienne. En tout, la bulle du photovoltaïque et de l’éolien s’élèvera entre dix et onze milliards d’euros ! Les conséquences sont dramatiques.

Il faut un changement d’alliance ?

Ce gouvernement est condamné à aller à son terme, à cause de la réforme de l’Etat et du soutien extérieur d’Ecolo. La difficulté existentielle de la Belgique a donné à Ecolo une faculté de nuisance épouvantable en imposant une politique que ne partagent que 13 % des gens. Cela m’effraie qu’un lobby, qui a sa légitimité, puisse avoir autant de poids politique. C’est démesuré. Je n’ai pas d’animosité contre les hommes. Je respecte leur idéologie, mais ce que l’on est en train de faire, c’est un suicide assisté ! Faire un petit paradis écologique dans une Wallonie qui est un désert économique, cela n’a pas de sens. A terme, nous deviendrons une réserve naturelle. Il faut avancer au rythme de la mondialisation.

Fragile comme le verre

Saint-GobainL’édito d’Yves Cavalier dans « La Libre Belgique » du 26 mars 2013

Du nord au sud, le détricotage industriel de la Belgique n’épargne ni les Flamands ni les Wallons. Et comme pour rappeler combien les frontières entre les deux Communautés sont artificielles, il est frappant de constater que si Saint-Gobain Sekurit décide d’éteindre définitivement ses fours et de laisser 263 emplois sur le pavé, c’est parce que, quelques mois auparavant, l’usine Ford installée à Genk a elle aussi fermé ses portes et que l’entreprise flamande n’avait dès lors plus aucun besoin des pare-brise fabriqués en Wallonie. Cette nouvelle fermeture ne devrait-elle pas éveiller les consciences ? Rappeler que dans cet univers mondialisé et cette économie globalisée, les emplois du nord, du sud ou de Bruxelles sont en fragile équilibre sur le fil d’une croissance qui reste très fluctuante ? Quels que soient les secteurs d’activité, 2013 sera, une fois encore, une mauvaise année pour l’emploi. Les exigences de rigueur déboucheront sur de nouvelles restructurations et rares seront les secteurs qui vont y échapper à plus ou moins long terme. Et la suppression de quelque 150 agences bancaires annoncée hier par BNP Paribas Fortis est aussi là pour souligner que même si on parvient à sauver l’entreprise à grand renfort de milliards et avec l’intervention de l’Etat comme garant, l’emploi n’est pas à l’abri pour autant. Dans cet environnement et dans un contexte qui nous réserve encore plus d’austérité, il est plus urgent que jamais de mobiliser les forces vives, du nord au sud. Rarement on aura autant parlé de « task force » : pour ArcelorMittal, pour Caterpillar, pour Sekurit. Mais une « super task force » fédérale pour l’emploi ne serait-elle pas plus appropriée et plus efficace ?

Photovoltaïque: le gouvernement wallon garantit un rendement de 7%

photovoltaïque2Belga, 26 mars 2013

Le gouvernement wallon et le secteur du photovoltaïque ont indiqué dans un communiqué commun qu’un rendement de 7 % était acceptable pour les investisseurs « et correspondant à un coût » soutenable pour les consommateurs. La fixation de ce rendement était une inconnue majeure de l’accord partiel trouvé jeudi au sein du gouvernement, et qui garantissait déjà un prix minimum de 65 euros par certificat vert jusqu’au remboursement complet de l’installation ou du prêt contracté.

Lors de sa conception en 2007, le système du soutien au photovoltaïque avait pour objectif de garantir une rentabilité raisonnable, fondée sur les deux paramètres précités, selon le communiqué. Dans ce dossier qui a électrisé les tensions ces dernières semaines, le gouvernement wallon vise de la sorte à éviter le reproche d’engager des mesures rétroactives.

Le chef d’orchestre Demotte ne maîtrise plus la situation…

Rudy Demotte

Rudy Demotte

Extrait de l’interview de Willy Borsus, chef de l’opposition libérale au Parlement wallon, dans « La Libre Belgique » du 25 mars 2013

« On sent que le chef d’orchestre a perdu la maîtrise de ceux qui devraient jouer en symphonie. On voit combien les choses lui échappent désormais. Depuis des semaines, on est confronté à ce discours ouaté qui consiste à dire « tout va très bien » : dans le dossier des certificats verts, rassurez-vous, une solution va être trouvée. Puis, finalement, on nous dit qu’il y a une solution mais qu’on n’en connaît pas encore les modalités… Mais on voit que cette manière de travailler et d’appréhender la communication politique a fait faillite. Les plan s’additionnent : Horizon 2022, plan Marshall, plan Marshall 2.Vert

Ce gouvernement communique tout le temps sur ses plans en s’imaginant que l’image projetée fait la réalité. »

Le Bruxellois prêt à lâcher le Wallon

Bruxelles« Le Soir », 23 mars 2013

D’après notre Grand Baromètre RTL-Ipsos-Le Soir, en cas d’éclatement du pays, près de sept Bruxellois sur dix voteraient sans hésiter pour une Région bruxelloise indépendante. Ils ne sont que 26 % à opter pour un Etat francophone ; quant au mariage avec la Flandre, il ne séduit que 6 % dans la capitale.

A l’inverse, les Wallons sont 61 % à vouloir, en cas de scission, la Belgique résiduelle, constituée de la Wallonie et de Bruxelles. Sans surprise, ils ne sont que 2 % à imaginer que la capitale puisse filer dans le giron flamand. Et 37 % à penser que la Région bruxelloise pourrait prendre son indépendance.

Quant aux Flamands : ceux qui estiment que si la Flandre prend son indépendance, elle doit garder Bruxelles dans ses bagages (44 %) sont presque aussi nombreux que ceux qui se disent prêts à lâcher leur capitale (42 %).

L’état francophone n’existe pas

Véronique Lamquin

Véronique Lamquin

L’édito de Véronique Lamquin dans «Le Soir» du 23 mars 2013

Le plan B, tout le monde y (re)pense, grâce à Geert Bourgeois. Samedi dernier, dans le Standaard, le ministre N-VA a dévoilé la stratégie de son parti pour l’après-2014. L’«autonomie totale» (lisez : l’indépendance) des Régions, du moins des deux « grandes ».  Et pour Bruxelles, la cogestion. Une sortie qui aura eu le mérite de la piqûre de rappel pour les partis francophones. Il faut, certes, discuter de l’application de la sixième réforme de l’Etat. Mais aussi se préparer à tous les scénarios, en ce compris celui de l’éclatement du pays. Tant au PS qu’au MR, chez Ecolo ou au CDH, quoi qu’en disent les présidents, les experts planchent sur cette hypothèse : scission de la dette, reconnaissance internationale…

Mais il serait grand temps aussi de se pencher sur le projet politique. Parce qu’à cet égard, c’est le grand flou. Officiellement, on ne parle pas du plan B. En filigrane de certaines interviews, on devine quelques intentions. Pour les uns, la Belgique résiduelle est synonyme d’Etat francophone, ce qui revient à nier le statut bilingue de Bruxelles. Pour d’autres, cette Belgique restante est l’union de la Wallonie et Bruxelles, soudées par des liens que l’on serait bien en peine de définir. Bref, ce n’est pas clair.

Ce qui l’est beaucoup plus, c’est l’avis des premiers concernés, les Wallons et les Bruxellois, qui s’expriment dans notre sondage. Accentuant une tendance enregistrée ces dernières années, les Bruxellois votent pour l’indépendance. Un choix surprenant ? Pas vraiment ! Ces dernières années, l’identité bruxelloise s’est nettement affirmée, multiculturelle, multilingue. Une part sans cesse croissante de la population bruxelloise est d’origine étrangère, n’a pas le français pour langue maternelle. A Bruxelles, l’appartenance s’exprime par rapport à une Région urbaine, une commune, un quartier, la Belgique. Bien plus qu’à la Fédération Wallonie-Bruxelles. Du reste, la classe politique contribue activement à renforcer ce fait. Les Flamands, en brandissant régulièrement la menace de la cogestion. Les francophones en peinant, depuis plus de quarante ans, à donner un projet politique, des structures claires, une adhésion populaire, même un nom qui dure, à la Communauté française.

Pas étonnant que les Bruxellois ne se retrouvent pas dans cet « Etat » francophone. De quoi faire réfléchir les présidents de parti, à l’heure où ils réfléchissent au destin de la Wallonie et de Bruxelles. C’est, d’abord et avant tout, celui des Wallons et des Bruxellois.

Le cirque du soleil à Namur

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Analyse de Joan Condijts, « Le Soir », 22 mars 2013

Un cirque. Mais pas drôle. Plutôt pathétique même. Avec des acrobates aux sourires crispés, conscients du spectacle désolant qu’ils livrent. Et finissant pourtant, dans un élan digne de Coué, par croire à leurs propres justifications embrumées.

Tel est le gouvernement wallon aujourd’hui.

Sévère ? Injuste ? Jugez.

Lundi, l’exécutif namurois annonce fièrement avoir trouvé un accord « sur des principes » concernant l’épineux dossier électrique. Soit la tarification progressive et les mécanismes actuels et à venir de soutien aux installations photovoltaïques. Lesdits principes ne sont en fait que de vagues contours. Certes essentiels mais nul n’ignore que le diable se cache dans les détails. Des détails diaboliques.

Car rapidement ces détails apparaissent : le projet gouvernemental vise à réduire le seuil de prix garanti des certificats verts. Autrement dit, une dévaluation. Qui concerne des dizaines de milliers de personnes, des centaines d’entreprises…   Un parjure aussi. C’est-à-dire un signal involontaire mais catastrophique envoyé aux investisseurs : «Nous, gouvernement wallon, pouvons revenir quand bon nous semble, sur notre parole avec une totale inconséquence.»

Quand une telle gaffe est commise, les solutions ne sont pas légion. La clarté s’impose. Directement. La limpidité même.

Qu’ont fait les éminences wallonnes ce jeudi ? Un communiqué de presse. Rassurant en apparence. Maladroit aussi. Les questions essentielles demeurent sans réponse. Aucune certitude sur une éventuelle dévaluation des certificats verts.

Cet acte manqué n’est évidemment que le reflet de la cacophonie, des jeux politiciens qui troublent le travail gouvernemental. Jean-Marc Nollet (Ecolo) a mal préparé son dossier ; André Antoine (CDH) joue les trouble-fête et Rudy Demotte (PS) tente désespérément de faire croire que tout va bien alors que rien ne va.

Que faire ? Trouver des solutions aux problèmes. Avant de créer des problèmes sans avoir même élaboré de solutions.

Gérer les errances

Nous reproduisons ici l’analyse de Martial Dumont, dans « Vers l’Avenir » du 21 mars 2013.

Le gouvernement wallon est-il responsable de la crise des certificats verts ? Clairement oui. Parce qu’il y a deux ou trois ans, au moment où le photovoltaïque était en plein boom, il n’a pas vu venir le déséquilibre du marché.

Il n’a pas perçu que ce qui devait rester une exception (le rachat des certificats par Elia garantis à 65 euros) était en train de devenir la règle, créant ainsi une saturation qui allait se répercuter sur les ménages et les entreprises wallonnes.

Mais on ne refait pas l’Histoire. Et aujourd’hui, il faut gérer. Dans ce contexte, le gouvernement wallon n’a pas beaucoup le choix. Il doit prendre une décision qui permet à la fois de ne pas faire supporter le coût de l’énergie verte à toute la collectivité, en n’étant pas non plus injuste avec ceux qu’il a appâtés à grands coups d’incitants. Tout en ne mettant pas en péril l’existence même d’entrepreneurs qui se sont lancés dans l’aventure photovoltaïque présentée comme l’Eldorado. Véritable casse-tête chinois.

Alors, la diminution du prix garanti des certificats verts est-elle la solution ad hoc? «Il faut bien aller chercher l’argent quelque part » disent certains qui estiment que cet argent ne peut provenir que de la poche de ceux qui ont profité du système, parfois de manière purement spéculative.

Sauf que de nombreux ménages ont investi dans des panneaux photovoltaïques en comptant sur des certificats à 65 euros pour rembourser leur prêt sur une période donnée. Et qui, aujourd’hui angoissent à juste titre.

C’est précisément sur cet aspect que le gouvernement est attendu au tournant. S’il parvient a trouver un système permettant aux ménages de ne pas devoir sortir un euro de plus de leur poche, fort bien. Et ne seront aigris que ceux qui ont fini de payer leur installation et qui verront juste leur «win for life » électrique en partie raboté par la diminution de garantie.

En revanche, si le changement de règle en cours de jeu coince financièrement des milliers de gens à qui les banques (on les connaît) ne feront pas de cadeau, l’Olivier aura alors de gros comptes à rendre.

Et à son erreur notoire de ne pas avoir freiné l’expansion du photovoltaïque assez tôt, on ajoutera une incapacité totale à gérer ses propres errances sans en faire porter le poids à la collectivité. Ça, ce serait gravissime.

UWE: «Il faut réformer l’enseignement secondaire pour doper l’emploi wallon»

Vincent Reuter

Vincent Reuter

Belga, 20 mars 2013

L’Union Wallonne des Entreprises (UWE) a rappelé les difficultés croissantes des entreprises à recruter du personnel, lors de la présentation de son point conjoncturel de l’économie wallonne. Il est urgent qu’offre et demande, sur le marché de l’emploi wallon, se rencontrent, a martelé Vincent Reuter, administrateur délégué de l’UWE. Selon lui, la base du problème se trouve au niveau de l’enseignement secondaire, qu’il convient de réformer.

L’UWE dénonce le fait, qu’annuellement, 15% des jeunes wallons quittent l’école sans diplôme du secondaire en poche alors que l’objectif visé par l’Union européenne est de 9%. Vouloir combattre ces statistiques avec pour seules armes les employeurs et le Forem, c’est fort optimiste et pour le moins onéreux, précise Vincent Reuter.

Pour ma part, j’estime qu’il faut réellement revoir le système d’enseignement secondaire en assurant la formation continue des enseignants et en laissant une certaine autonomie aux écoles, plaide M. Reuter. Appel est aussi lancé au Forem dont le rôle est important dans l’activation à l’emploi des jeunes. Le Forem doit encore mieux suivre les demandeurs d’emploi, opter pour les bonnes formations et assurer le suivi post-formation. De plus, l’obligation pour les chômeurs d’accepter des propositions d’emploi doit encore être plus présente, souligne-t-on à l’UWE.

Il existe encore trop de décalage entre offre et demande sur le marché wallon du travail. Les entreprises wallonnes continuent de déplorer, lorsqu’elles recherchent des candidats, un trop grand décalage entre leurs attentes et les profils des candidats. A ce niveau-là, aucune amélioration sensible n’a été constatée. Par contre, le nombre de chômeurs structurels peu qualifiés est resté stable malgré la récession. Ce n’est déjà pas si mal, constate encore l’Union.

Dans son point conjoncturel, l’UWE dévoile également que près d’un quart (23%) des entrepreneurs wallons sondés peinent « beaucoup » à recruter du personnel.

Une situation qui peut « jouer sur la croissance de l’entreprise » comme le rappelle un patron wallon. « L’absence de recrutement rapide et de l’acquisition de la bonne connaissance au bon moment mettra l’entreprise en difficulté ».