5 milliards d’euros: le plan « ambitieux » de la Wallonie pour 2019-2024

« Le Vif », Belga, 17 janvier 2017

Le gouvernement wallon a adopté mercredi un plan d’investissements de 5,03 milliards d’euros, répartis sur 31 projets, et s’étalant sur la période 2019-2024. Ce plan additionnel aux fonds déjà dégagés pour le soutien à l’économie wallonne ou la rénovation de certaines infrastructures ne remet pas en cause l’objectif de retour à l’équilibre budgétaire.

Il s’agit d’un « plan ambitieux » qui répond à « un constat largement partagé d’un sous-investissement structurel » depuis de nombreuses années dans les infrastructures publiques, a déclaré le ministre-président Willy Borsus (MR) au cours d’une conférence de presse, en présence de l’ensemble du gouvernement wallon.

Le plan wallon comporte 31 projets d’investissements d’infrastructure de plus de 10 millions d’euros susceptibles de générer un retour sur investissement. Ces projets concernent tant les bâtiments publics, que l’action sociale, la recherche, le logement, la transition économique, l’énergie, les aéroports, …

Par exemple, plus de 70 millions d’euros seront consacrés à la construction de nouvelles places en maisons de repos et de nouvelle crèches; 50 millions sont prévus pour combler les « zones blanches » pour les télécommunications en zone rurale; 135 millions d’euros pour la transition énergétique des entreprises; 100 millions d’euros pour les réseaux de gaz; 80 millions pour de grandes infrastructures touristiques; 600 millions d’euros pour la mobilité; ou encore 755 millions pour le logement, qu’il soit public (rénovation/création) ou privé (aide à l’efficacité énergétique).

Parmi les 31 projets du plan wallon, trois « dossiers considérables », pesant à eux seuls un total de 1,73 milliard d’euros, seront proposés par la Wallonie dans le cadre du pacte national d’investissements stratégiques piloté par le fédéral. Ces trois projets ont trait à la recherche et à l’innovation (700 millions), à la multimodalité (530 millions) et au développement de compteurs intelligents (500 millions). Si le fédéral venait à prendre en charge tout ou partie de ces trois projets, cela donnerait autant de marges de manoeuvre en plus pour la Wallonie, indique-t-on au gouvernement wallon.

Dans son exercice de soutien à l’investissement, l’exécutif wallon a décidé de mobiliser autant que possible le secteur privé ou les pouvoirs locaux. « Chaque projet sera examiné préalablement pour voir s’il est éligible à un partenariat public-privé (PPP) », a précisé M. Borsus, assurant que le plan wallon d’investissements ne remet pas en cause l’objectif d’un retour à l’équilibre budgétaire au plus tard en 2020.

« Le retour à l’équilibre budgétaire est le socle, les fondations de la maison. Sur cette base, on pourra la développer », a confirmé le ministre du Budget, Jean-Luc Crucke, évoquant pour sa part un « monitoring » qui verra le plan s’accélérer en cas de bonne tenue de l’économie ou, le cas échéant, ralentir.

Sur l’ensemble des 5,03 milliards évoqués, 2,8 milliards concernent des partenariats-public-privé (PPP) et 300 millions d’euros des « nouveaux investissements du secteur public local ». Le montant comprend également un « buffer » ou matelas de sécurité de 204 millions d’euros, sachant que les montants évoqués pour l’un ou l’autre projet pourraient encore évoluer.

Le plan wallon d’investissements vient par ailleurs en supplément d’autres plans déjà adoptés ou pérennisés comme les 425 millions d’euros annuels de soutien à la croissance et à l’économie wallonne (ce qui succède au Plan Marshall), le plan « infrastructures » pour les réseaux routier et fluvial ou les accords-cadre en matière de rénovation du patrimoine. L’emblématique projet de tram à Liège n’y est pas non plus repris.

Parallèlement au plan d’investissements présenté mercredi, le gouvernement wallon a décidé de revoir toute une série de procédures (permis, délais de tutelle…) afin d’accélérer les investissements tant publics que privés. Le gouvernement veut aussi accorder plus de latitude aux communes pour leur permettre, si elles en ont les capacités, d’investir davantage.

Enfin, le gouvernement veillera à ce que les investissements publics réalisés s’inscrivent pleinement dans la lutte contre le dumping social.

« Un plan décevant, sujet à plusieurs hypothèques », selon le PS

Le plan d’investissement présenté mercredi par le gouvernement wallon est « une belle déclaration d’intention » mais « n’est pas à la hauteur. Il est soumis à plusieurs hypothèques », a réagi le chef de groupe PS au Parlement wallon, Pierre-Yves Dermagne.

Selon l’ancien ministre wallon, ce plan de 5,03 milliards d’euros, étalé sur la période 2019-2024, est un « recyclage » de certaines mesures déjà décidées par le précédent gouvernement wallon PS-CDH. Et Pierre-Yves Dermagne de citer le plan piscines, la création de nouvelles places dans les maisons de repos, les halls-relais agricoles, les accords-cadre en matière de patrimoine ou les mesures touchant aux logements, comme autant de mesures qui allaient être concrétisées par la précédente majorité.

« Pour le reste, ce plan est sujet à plusieurs hypothèques et notamment à un accord de l’Europe sur un éventuel assouplissement budgétaire », poursuit le député wallon, qui évoque également le montant de 2,8 milliards d’euros prévus dans le cadre de partenariats public-privé. Un mécanisme d’investissement qui est régulièrement requalifié par l’Europe en dépense publique pure, qui est « difficile à mettre en place », comme l’a montré le dossier du tram de Liège, et qui « au final coûte davantage » aux pouvoirs publics, selon le chef de groupe PS.

« Enfin, tout cela dépendra du prochain gouvernement et du prochain parlement. Avant 2019, il n’y a quasiment rien de prévu », en terme d’investissements, selon l’ancien ministre. Si le PS est favorable à des investissements publics dans la mobilité, la recherche, l’énergie ou encore le logement, « ce qui a été présenté par le gouvernement wallon n’est pas à la hauteur », conclut-il.

« Surtout un plan de communication », selon Ecolo

Le plan d’investissement est « à ce stade, surtout un plan de communication », a réagi le chef de groupe Ecolo au Parlement wallon, Stéphane Hazée.

Le député vert voit dans ce plan « une démarche positive dans son principe », qui consacre « un revirement à 180 degrés pour certains au sein de la coalition et en particulier pour le MR, qui voit enfin les investissements comme un élément positif à mettre oeuvre et non plus comme une dépense comme les autres, qui devrait être payée cash l’année de sa réalisation ».

Mais, poursuit Stéphane Hazée, « ce plan d’investissement, pour être crédible, doit reposer sur des moyens réels et additionnels » et non être du « recyclage de moyens déjà dévolus aux investissements. » Or, à peine 100 millions d’euros, soit 2% du total du plan, sont réellement prévus sous cette législature, observe-t-il, estimant dès lors qu’il s’agit, à ce stade, d’un « plan de communication. »

Concernant les 31 projets annoncés mercredi par le gouvernement wallon, Ecolo estime que certains sont intéressants, notamment en matière d’énergies renouvelables, de transports en commun ou de maisons de repos, « même si c’est aussi l’inventaire de ce que le gouvernement n’a pas fait depuis quatre ans, en particulier en matière de mobilité ».

D’autres projets, par contre, trouvent beaucoup moins grâce aux yeux du chef de groupe Ecolo, comme « le déploiement généralisé des compteurs communicants » ou les « autoroutes autour des aéroports ».

Stéphane Hazée regrette enfin que les interlocuteurs sociaux, la société civile et l’opposition n’aient pas été associés dans le choix des projets retenus.

 

Echec au Roi !

Jules Gheude

On trouvera ici la version française de l’opinion de Jules Gheude publiée sur le site de Doorbraak : https://doorbraak.be/rafale-belgie/

Le PS, le CDH et Ecolo se trouvent dans l’opposition au niveau fédéral. Ces trois partis tiennent à la Belgique. Mais en réclamant la démission du secrétaire d’Etat à l’Asile et à l’Immigration, Théo Francken, c’est la survie même de ce Royaume qu’ils compromettent.

Théo Francken appartient, en effet, à la N-VA, le parti le plus puissant du pays et dont les intentions sont on ne peut plus précises quant à l’avenir de celui-ci. A travers le confédéralisme que la N-VA entend instaurer, c’est bel et bien la fin de la Belgique qui est programmée. On dépiaute le Royaume avant de constater que son existence est désormais superflue. Pour la Flandre prospère, le destin est alors tout tracé : une République souveraine au sein de l’Europe.

Bart De Wever, dont nous avons maintes fois souligné les qualités de stratège, n’entend nullement lâcher son secrétaire d’Etat : Si Théo Francken démissionne, la N-VA quittera la coalition gouvernementale.

Le Premier ministre Charles Michel a beau dire qu’il n’est nullement impressionné par la menace, il n’en demeure pas moins que sa situation est extrêmement chancelante.

Dans un autre domaine, celui du sort des centrales nucléaires, le leader de la N-VA s’est également distancié du Premier ministre, en déclarant que le « pacte énergétique », que Charles Michel veut adopter dans les meilleurs délais, devait constituer l’un des thèmes majeurs de la campagne pour les élections législatives de 2019.

Bref, le torchon brûle dans la maison suédoise.

Il ne fait aucun doute que la N-VA, qui occupe la première place sur le podium des sondages, aurait tout intérêt à retirer aujourd’hui  la prise.

Une crise gouvernementale, dans les circonstances présentes, ne pourrait en effet qu’entraîner des élections anticipées. Et l’on sait à quel point le Nord est sensible au thème de l’immigration/sécurité.

Des élections anticipées ne manqueraient donc pas de gonfler les voiles des nationalistes flamands. N-VA et Vlaams Belang sont aujourd’hui crédités de quelque 40%. Au Sud, en revanche, la gauche reste majoritaire, avec un PS talonné par le PTB.

On imagine aisément la difficulté devant laquelle se trouverait le souverain. Le malheureux chef de l’Etat se mettrait à courir après un gouvernement introuvable. La Belgique peut disparaître par implosion, avait écrit le clairvoyant François Perin en 1981, 25 ans avant le fameux docu-fiction « Bye bye Belgium » de la RTBF…

Un Etat sans gouvernement, est un Etat qui n’existe plus. Devant ce constat, le Parlement flamand, fort de sa légitimité démocratique, pourrait alors proclamer unilatéralement l’indépendance de Flandre. Déjà Nation, comme le stipule le préambule de la « Charte pour la Flandre », adoptée en 2012, la Flandre deviendrait ainsi Etat. Il suffit de 50,1% des voix pour ce faire et l’on sait qu’un parti comme le CD&V, qui a d’ailleurs composé un cartel avec la N-VA en 2004, est loin d’être exempt de velléités flamingantes. Souvenons-nous de cette déclaration de l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clerck : La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand.

Au CD&V, certains, tel Eric Van Rompuy, ne se privent d’ ailleurs pas pour émettre des considérations fort critiques à l’égard du gouvernement.

La marge de manœuvre dont dispose Charles Michel est, on le voit, quasi inexistante. Soit il conserve Théo Francken, quelles que soient les conclusions de l’enquête en cours, et obtient peut-être alors de la N-VA le feu vert pour mener le pacte énergétique à bonne fin. Soit ce scénario s’avère impossible, et il n’a d’autre choix que de rendre son tablier.

Bart De Wever n’est certes pas homme à plier. Il sait que, quoi qu’il arrive, il a la maîtrise du jeu : échec au Roi !

Si la Belgique devait connaître une fin prématurée, la question du remplacement des avions de combat ne se poserait plus.

On sait que, dans ce cas, la Wallonie se trouverait dans une situation financière intenable et que la seule solution pour elle serait une intégration à la République française, avec un statut particulier de large autonomie. Pour le constitutionnaliste français Didier Maus, il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région.

 (http://www.belgique-francaise.fr/notes-complementaires/wallonie-francaise—cadre-constitutionnel—entretien-avec-didier-maus-constitutionnaliste-francais).

L’on verrait alors le Rafale fendre le ciel wallon, avec, au sol, une armée digne de ce nom !

 

Remplacement des F16: Atterrissage dangereux !

Jules Gheude, Essayiste politique

« Le Vif », 3 janvier 2018

Le remplacement des avions de combat vient, pour la seconde fois, alimenter le feuilleton communautaire.

En 1975, alors que le Rassemblement Wallon est dans le gouvernement Tindemans depuis quelques mois, une vive polémique surgit à propos du choix à opérer pour remplacement des 116 avions de combat F104G de la Force aérienne.

Outre la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark et la Norvège sont également impliqués dans ce « marché du siècle », que vont se disputer finalement trois candidats : le YF16 américain, le Mirage F-1 français et le Viggen suédois.

Très rapidement, un clivage va se dessiner au sein du gouvernement belge. Si les ministres francophones marquent leur préférence pour l’appareil français, avec le souci de promouvoir une industrie aéronautique européenne, en revanche, les ministres flamands vantent les mérités techniques de l’avion américain. Amplifié par une vaste campagne de presse, ce clivage aura pour effet de retarder la décision belge.

Le président du Rassemblement Wallon de l’époque, Paul-Henry Gendebien, n’entend rien céder sur ce terrain, d’autant qu’il sent la base de son parti de plus en plus irritée contre les atermoiements flamands à propos de l’application de la loi de régionalisation préparatoire, mise sur pied par François Perin, le ministre RW de la Réforme des Institutions. Le Nord ne se résigne pas, en effet, à faire de Bruxelles une région à part entière.

A cette irritation de la base du RW s’ajoute l’incompréhension à l’égard du mutisme dans lequel François Perin, naguère si volubile en tant que président de parti, a décidé de se murer pour exercer ses fonctions ministérielles.

Pour l’intéressé, en tout cas, il ne peut être question de compromettre l’avancement du processus de régionalisation pour une affaire d’avions. Selon lui, le gouvernement ne peut chuter que lorsque la preuve sera faite soit qu’il est possible de faire progresser la régionalisation avec une autre équipe, soit que le pays est devenu totalement ingouvernable et qu’il faut dissoudre les Chambres.

Bref, une partie de bras de fer va s’engager entre Paul-Henry Gendebien, dont l’agressivité à l’égard du Premier ministre ne cessera de croître, et François Perin, soucieux avant tout de poursuivre la tâche qui lui a été confiée.

A partir du 25 mai, le choix de l’avion américain apparaît inéluctable. A cette date, en effet, le gouvernement des Pays-Bas annonce sa décision d’acheter le YF-16. Or, des compensations économiques intéressantes ont été garanties si le marché était conclu conjointement par les autres partenaires.

Le 5 juin, un élément va déterminer François Perin à opter pour la continuation de l’expérience gouvernementale. Ce jour-là, en effet, dans la soirée, un proche collaborateur du secrétaire d’Etat RW Etienne Knoops l’informe d’une offre du ministre CVP De Saeger relative notamment à la régionalisation de l’eau. Un espoir sérieux subsiste donc de poser de nouveaux jalons régionaux.

Convoqué à Namur, le 6 juin, le Bureau fédéral du RW va se dérouler dans une ambiance survoltée. Il se divisera de façon nette pour répondre à la question « Estimez-vous que le RW doit maintenir son veto à l’achat de l’avion américain même si ce veto doit entraîner la démission du gouvernement sous une forme ou sur une autre ? » Les ministres seront mis en minorité par 48 oui contre 31 non et 1 abstention.

Quelques heures plus tard, au conseil de gouvernement, l’achat de 102 YF-16 est décidé. Le gouvernement n’ayant pas démissionné, faut-il en déduire que François Perin a bafoué la volonté de son parti ? Point du tout, et il s’en explique aux journalistes : Vous connaissez la décision qui a été prise cette nuit par mon parti. J’ai défendu ce point de vue devant le conseil de gouvernement. Le Premier ministre, appuyé par les autres membres du Conseil, a estimé que l’absence d’unanimité ne constitue en aucune façon un rejet de la décision qui a été prise par le gouvernement. Chacun, successivement, a défendu sa position au cours de la réunion. Le droit de veto n’existe pas dans le système gouvernemental belge. En outre, avec notre décision, le Premier ministre – suivi par le Conseil unanime – a considéré que l’absence d’unanimité n’entraîne pas la démission collective du gouvernement. Hier, mes amis politiques n’ont pas demandé que nous offrions notre démission. Ils entendent au contrairefaire avancer la construction européenne et la régionalisation.

Si le RW sort de l’aventure avec une vilaine blessure qui ne se cicatrisera jamais et entraînera finalement sa mort, François Perin, lui, peut aller de l’avant grâce aux garanties obtenues notamment quant à la régionalisation de l’eau, de l’administration et du logement.

Aujourd’hui, trois appareils sont susceptibles de remplacer les YF-16 : le F-35 américain de Lockheed Martin, l’Eurofighter du consortium européen éponyme et le Rafale français de Dassault Aviation. Mais pour le ministre de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), seuls les deux premiers candidats ont répondu à l’appel d’offres dans le délai prescrit, à savoir le 7 septembre.

Du côté francophone, on voit là la volonté flamande d’écarter, pour la seconde fois, le candidat français. Et ce sentiment se confirme lorsque, face aux 20 milliards de compensations offertes par la France à la Belgique, le ministre déclare : C’est trop beau pour être vrai !

L’ancien patron de la base de Florennes, le colonel Luc Gennart, dont on se souvient du réquisitoire violent qu’il avait fait contre la flamandisation de l’armée, adopte un point de vue assez curieux. S’il rappelle que notre coopération avec les armées françaises est depuis plus de deux décennies parmi les plus intenses que nous puissions avoir avec des partenaires européens et que le groupe Dassault Aviation est déjà fortement implanté en Belgique depuis plus de 50 ans dans un réseau de 800 entreprises partenaires, il se pose toutefois la question quant à la sécurité juridique de l’offre française : Imaginons un seul instant la réaction de Paris à la situation inverse : un pays tiers faisant la même offre en dehors du cadre strict d’un marché stratégique majeur…

La question que Luc Gennart n’aborde pas est celle de savoir si le choix final qui sera opéré sera équilibré ou s’il favorisera nettement une région par rapport à l’autre. Sur ce point, les ministres de son propre parti – le MR – devront se montrer particulièrement vigilants…

(1) Derniers ouvrages parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

Est-ce la fin de la « suédoise » ? Si oui, ce pourrait être aussi la fin du pays !

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandaise de cet article a été publiée sur le site de Knack : http://www.knack.be/nieuws/belgie/2018-het-einde-van-de-zweedse-coalitie-en-ook-van-het-land/article-opinion-944843.html


Nul besoin d’être devin pour dire que  2018  se présente mal pour le Premier ministre.

En annonçant que la question énergétique fera l’objet de la campagne électorale en vue du scrutin de 2019, le président de la N-VA, Bart De Wever, vient en fait de toucher l’embarcation suédoise. Il répond ainsi à Charles Michel qui, il y a quelques jours encore, soulignait  qu’il ne laisserait personne torpiller le pacte énergétique et que celui-ci devrait être approuvé dès le début 2018.

Nous sommes ici bel et bien confrontés à un casus belli au sein du gouvernement fédéral.

S’il faut en croire « L’Echo », tant sur le fond que sur la forme, c’est aujourd’hui le ras-le-bol (quasi) généralisé au MR  par rapport à la N-VA.

Le problème, c’est que Charles Michel ne dispose d’aucune marge de manœuvre. Evoquant le dernier baromètre politique, Paul Magnette a clairement fait savoir que le PS avait tout intérêt à rester dans l’opposition. Une démission du gouvernement ne pourrait donc qu’entraîner des élections législatives anticipées, dont les résultats  offriraient l’image d’un pays à deux visages, l’un regardant vers la droite, l’autre vers la gauche.

En 2010, la démission du gouvernement Leterme avait engendré une crise de 541 jours. Aujourd’hui, l’éventualité de ne plus pouvoir mettre sur pied une équipe fédérale est loin de relever de l’utopie. Or, qu’est-ce qu’un Etat sans gouvernement, si ce n’est un Etat qui n’existe plus !

En 1981, soit 25 ans avant le fameux « Bye bye Belgium » de la RTBF, François Perin avait écrit : Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver. (…) Après d’éventuelles élections (…), le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par implosion. (…) Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité.

A l’instar de François Perin, nous n’avons jamais ressenti la Belgique. Depuis sa création artificielle en 1830, elle n’a jamais cessé de se chercher.

Six réformes institutionnelles n’ont pas réussi à engendrer une cohabitation sereine des deux grandes Communautés. Sans doute aucune goutte de sang n’a été versée, mais force est de constater que la complexité extrême de l’organigramme politique est aujourd’hui un facteur majeur de paralysie.

Entre le Nord et le Sud, le fossé économique est béant : la Wallonie affiche un taux de chômage deux fois supérieur à celui de la Flandre. En 2016, celle-ci a exporté pour 205,7 milliards d’euros, soit près de 5 fois plus que la Wallonie (42,6 milliards). On n’ose imaginer le sort de la Wallonie en 2020, lorsqu’elle sera privée des quelque 6,5 milliards d’euros de transferts financiers en provenance de la Flandre !

Les partis séparatistes flamands sont aujourd’hui crédités de quelque 40%. Et l’on commettrait une lourde erreur en pensant que cette mouvance est absente des autres formations politiques. Les déclarations du député CD&V Hendrik Bogaert sont là pour nous le rappeler !

L’ancien éditorialiste du « Standaard », Manu Ruys, vient de décéder. Il avait écrit, en 1973, « Les Flamands », dont le sous-titre est éloquent : Un peuple en mouvement, une nation en devenir.

Cette nation existe bel et bien aujourd’hui, comme le précise le préambule de la « Charte pour la Flandre », adoptée en 2012 Et rien ne pourra l’empêcher de devenir à terme un Etat !

Les leaders francophones ne prennent pas conscience de cette réalité. Tout se passe pour eux comme si la Belgique était vouée à l’éternité. Les émissions télévisées « Place royale » et « C’est du belge ! » sont là pour entretenir la fibre « patriotique » !

Voilà près de dix ans que j’exhorte les responsables politiques wallons à réfléchir à cette hypothèse de scission de la Belgique, hypothèse dont le sage Xavier Mabille, président du CRISP, avait dit en 2006 qu’il ne fallait en aucun cas l’exclure.

Les travaux approfondis que nous avons personnellement menés et qui ont fait l’objet de publications, démontrent que seule une intégration de la Wallonie à la France, avec un statut de large autonomie, pourrait constituer une solution réaliste.

Jacques Lenain, ce haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité, a approfondi la question. Il s’en est entretenu avec le constitutionnaliste Didier Maus, lequel confirme : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour la Wallonie. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieurCe ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisque il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français (…).

(http://www.belgique-francaise.fr/notes-complementaires/wallonie-francaise—cadre-constitutionnel—entretien-avec-didier-maus-constitutionnaliste-francais)

Nous avons la chance énorme de relever d’un cadre général que le Wallon André Renard qualifiait lui-même de grand flambeau, de grande lumière de culture. Ne sommes-nous pas, en effet, des Français que les hasards de l’Histoire ont contraints de vivre en dehors de l’Hexagone ?

Evoquant cette intégration de la Wallonie à la France, Jacques Attali, l’ancien conseiller du Président François Mitterrand, a déclaré : C’est un beau débat. Qu’il commence !

(1) Derniers ouvrages parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

Le groupe financier Bloomberg envisage la fin de la Belgique pour 2028

« Le Soir », 28 décembre 2017

Selon le groupe financier américain, une crise de la sécurité sociale en Europe provoquerait la séparation du pays.

L’agence financière Bloomberg a publié son traditionnel «guide pessimiste» en cette fin d’année et cette édition 2018 anticipe une possible scission de la Belgique en 2028.

En prélude de son guide, Bloomberg explique que les huit scénarios avancés ne doivent pas être pris comme des «prévisions» mais comme des «idées provocatrices censées faire réfléchir sur la rapidité à laquelle notre monde change».

Dans un premier scénario, Bloomberg, qui avait déjà «prédit» en 2015 l’élection de Donald Trump, anticipe une réélection de ce dernier en 2020. Après un boom de l’économie américaine, Trump parvient à abroger Obamacare mais sans mettre en place du système de remplacement, ce qui conduit au chaos dans le système américain de santé publique. L’économie US tombe alors en récession, ce qui permet l’élection en 2024 du démocrate Jimmy Kimmel. Le chaos s’étend à tout le système politique américain en 2028 alors que quatre candidats concurrent pour la présidentielles mais qu’aucun ne parvient à atteindre le seuil de 270 grands électeurs.

La mort de Facebook à cause des « Fake news »

Bloomberg a concocté d’autres scénarios pessimistes comme la mort de Facebook du fait des «fake news», un remplacement des banques par la monnaie virtuelle bitcoin, une attaque de missile par la Corée du Nord, l’arrivée au pouvoir au Royaume-Uni du «socialiste» Jeremy Corbyn ou une guerre des générations en Europe entre jeunes et pensionnés conduisant à une «destruction de l’Europe» qui passe par l’indépendance de l’Ecosse et de la Catalogne et la scission, en 2028, de la Belgique en trois parties: Flandre, Wallonie et Bruxelles, «la capitale du peu qu’il reste de l’UE».

Deux autres scénarios évoquent une guerre commerciale initiée par la Chine, dans un contexte de lutte contre les changements climatiques, ainsi que la fin de l’ère du pétrole et l’avènement de la voiture électrique.

 

A mes compatriotes wallons pour l’année 2018

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Catalogne, Ecosse, Flandre… Il est, dans l’Histoire, des évolutions contre lesquelles on ne peut rien.

Durant des siècles, les peuples n’ont pas eu leur mot à dire quant à leur destin.  Ils furent ballotés d’un régime à un autre, au gré des guerres et des mariages princiers. Les Etats-Nations se sont constitués ainsi, par le fer et dans le sang. Rien de particulièrement glorieux dans tout cela…

Aujourd’hui, et l’on ne peut que s’en réjouir, les choses ont bien changé. Le suffrage universel permet aux citoyens de s’exprimer librement quant à leur avenir.

En pensant miner le mouvement nationaliste catalan, le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, s’est fourvoyé. Les urnes viennent de parler et les indépendantistes conservent leur majorité absolue au Parlement catalan. Ce fait, ni Madrid ni l’Union européenne ne pourront l’ignorer.

Il en va de même en France, avec la récente victoire des nationalistes corses.

Quant à la Belgique, elle est bel et bien entrée dans une phase de déliquescence irréversible, amorcée par les 541 jours sans gouvernement de plein exercice qu’elle a connus avec la démission du gouvernement Leterme II, le 22 avril 2010.

La saga du RER et des nuisances sonores causées par l’aéroport de Bruxelles, l’impossibilité de construire un stade « national », la manière surréaliste avec laquelle est abordée la problématique énergétique : autant d’éléments qui attestent aujourd’hui de la difficulté de plus en plus grande à assurer la gestion de l’Etat.

La Belgique, depuis sa création artificielle en 1830 – volonté des grandes puissances de l’époque, notamment l’Angleterre, de se prémunir contre la France -, n’a cessé d’être handicapée par la dualité Nord-Sud.

Il fallut plusieurs décennies avant que la Flandre ne finisse par occuper la place qui lui revenait en termes de culture, de langue et de représentation politique. Cela a laissé des traces qui se font encore sentir de nos jours.

Six réformes institutionnelles ne sont pas parvenues à engendrer une cohabitation sereine des deux grandes Communautés. Sans doute aucune goutte de sang n’a été versée, mais force est de constater que la complexité extrême de l’organigramme politique est un facteur majeur de paralysie. Jean Qautremer, le correspondant du journal « Libération » à Bruxelles, a bien résumé la situation, dans son article du 28 avril 2016, intitulé « Le Belgique près de défaillir ? » :

Cinquante ans de lutte communautaire entre Flamands et Wallons et de détricotage de l’Etat central au profit des régions (six réformes constitutionnelles depuis 1970) ont conduit le royaume dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité.

Entre le Nord et le Sud, le fossé économique est béant : la Wallonie affiche un taux de chômage deux fois supérieur à celui de la Flandre. En 2016, celle-ci a exporté pour 205,7 milliards d’euros, soit près de 5 fois plus que la Wallonie (42,6 milliards).

On n’ose imaginer le sort de la Wallonie en 2020, lorsqu’elle sera privée des quelque 6,5 milliards d’euros de transferts financiers en provenance de la Flandre !

Les responsables francophones ne semblent pas prendre conscience de la réalité. Tout se passe pour eux comme si la Belgique était vouée à l’éternité. Les émissions télévisées « Place royale » et « C’est du belge ! » sont là pour entretenir la fibre « patriotique » !

Mais les sondages tiennent un tout autre langage, eux qui créditent aujourd’hui la mouvance nationaliste flamande (N-VA et Vlaams Belang) de près de 40% d’intentions de vote. Et l’on commettrait une lourde erreur en pensant que cette mouvance est absente des autres formations politiques. Les déclarations du député CD&V Hendrik Bogaert sont là pour nous le rappeler !

L’ancien éditorialiste influent du « Standaard », Manu Ruys, vient de décéder. Il avait écrit, en 1973, le livre « Les Flamands », dont le sous-titre est tout à fait éloquent : Un peuple en mouvement, une nation en devenir.

Cette nation, elle existe bel et bien aujourd’hui, comme le précise le préambule de la « Charte pour la Flandre », présentée en 2012 par le gouvernement flamand. Et rien ne pourra empêcher cette Nation de devenir à terme un Etat !

Gouverner, dit-on, c’est prévoir. C’est faire en sorte de ne pas se retrouver, à un moment donné, devant le fait accompli, contraint de réagir dans la précipitation.

Voilà près de dix ans que j’exhorte les responsables politiques wallons à réfléchir à cette hypothèse de scission de la Belgique, hypothèse dont le sage Xavier Mabille, président du CRISP, avait dit en 2006 qu’il ne fallait en aucun cas l’exclure.

Les travaux approfondis que nous avons personnellement menés et qui ont fait l’objet de publications, démontrent que seule une intégration de la Wallonie à la France, avec un statut de large autonomie, pourrait constituer une solution réaliste.

Jacques Lenain, ce haut fonctionnaire française aujourd’hui retraité, a approfondi la question. Il s’en est entretenu avec le constitutionnaliste réputé Didier Maus, lequel confirme :

Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour la Wallonie. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieurCe ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisque il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie,…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme Outre-mer).

(http://www.belgique-francaise.fr/notes-complementaires/wallonie-francaise—cadre-constitutionnel—entretien-avec-didier-maus-constitutionnaliste-francais)

Nous avons la chance énorme de relever d’un cadre général que le Wallon André Renard qualifiait lui-même de grand flambeau, de grande lumière de culture. Ne sommes-nous pas, en effet, des Français que les hasards de l’Histoire ont contraints de vivre en dehors de l’Hexagone ?

Evoquant cette intégration de la Wallonie à la France, Jacques Attali, l’ancien conseiller du Président François Mitterrand, a déclaré : C’est un beau débat. Qu’il commence !

Voilà, en guise de vœux pour 2018, le message que je tenais à adresser à mes compatriotes wallons.

(1) Derniers ouvrages parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016.

 

Elections Catalogne: Puigdemont salue depuis Bruxelles une victoire « que personne ne peut discuter »

« Le Vif », Belga, 21 décembre 2017

Carles Puigdemont, le président déchu du gouvernement catalan, a salué depuis Bruxelles une victoire des indépendantistes lors des élections régionales en Catalogne. Avec près de 99% des bulletins dépouillés, les trois partis indépendantistes sont dotés de la majorité absolue au parlement, bien que le parti anti-indépendance Ciudadanos soit le premier parti avec 37 élus (25,32%)

Le Premier ministre espagnol Mariano « Rajoy a perdu le plébiscite qu’il cherchait », et le fait que le camp indépendantiste reste majoritaire est « une claque », a jubilé M. Puigdemont devant un petit parterre de militants indépendantistes catalans et de sympathisants nationalistes flamands réunis dans une salle du centre de Bruxelles.

M. Puigdemont a relevé que la victoire était d’autant plus notable alors qu’elle s’inscrit dans une « situation exceptionnelle », en raison de candidats privés de liberté et d’un gouvernement en exil. Le premier ministre espagnol « Rajoy a perdu le plébiscite qu’il souhaitait », a poursuivi le Catalan. Il a estimé que l’article 155 de la constitution espagnole, évoqué pour destituer l’exécutif régional et dissoudre le parlement, devait être suspendu « dès demain même » . Par le jeu des pondérations de voix profitant aux régions rurales où ils sont bien implantés, les indépendantistes ont la majorité au parlement sans avoir la majorité des voix: 47,6 % des Catalans ont voté pour ces formations, mais 52 % contre. C’est un score semblable à celui de 2015.

Les électeurs catalans, qui ont battu avec près de 82% de votants le record historique de participation dans la région, ont toutefois désigné comme première force politique de la province le parti libéral anti-indépendance Ciudadanos, qui obtient 37 sièges.

A moins qu’ils ne parviennent pas à s’entendre pour former une coalition, les indépendantistes reprendront les commandes de la région que le gouvernement de Madrid leur avait retiré en invoquant pour la première fois l’article 155 quand ils ont proclamé une indépendance mort-née. M. Puigdemont s’exprimait au Square-Brussels Meeting Centre, près de la Grand-Place et de la Gare Central, entouré des quatre anciens ministres du gouvernement catalan qui se trouvent également à Bruxelles depuis près de deux mois.

Depuis Bruxelles toujours, un porte-parole de la Commission européenne a réagi indiquant que la position de l’exécutif européen ne changerait pas sur la Catalogne après les élections régionales. « S’agissant d’une élection régionale, nous n’avons pas de commentaire à faire », a indiqué à l’AFP Alexandre Winterstein

Corse / Wallonie : un intéressant échange de mails entre l’essayiste Jules Gheude et Jacques Lenain, haut fonctionnaire français, aujourd’hui retraité.

 

 

 

 

 

Lors des Etats généraux de Wallonie, démarche citoyenne initiée en mai 2009 par Jules Gheude afin de réfléchir aux scénarios post-belges possibles (https://sites.google.com/site/etatsgenerauxdewallonie/), Jacques Lenain avait défendu le projet d’intégration de la Wallonie à la France, via un statut particulier de large autonomie.

Jules Gheude sollicite aujourd’hui le point de vue de Jacques Lenain sur le cas spécifique de la Corse

La question de Jules Gheude du 13 décembre 2017

 

Cher Monsieur Lenain,

Comme vous le savez, Jean-Pierre Chevènement (ancien ministre et sénateur de Belfort, président d’honneur du Mouvement républicain et citoyen) s’est prononcé clairement au sujet de l’avenir de la Belgique.

Le 8 juillet 2010, il déclarait, dans « Paris Match » :

Je le répète, si les francophones le souhaitaient et le demandaient par référendum et si, en toute hypothèse, les Flamands prenaient leur indépendance – conditions qui ne sont pas aujourd’hui réunies -, je trouverais juste de les accueillir dans la République française sous un statut à déterminer. Ce pourrait être le statut actuel avec un simple rattachement de la sécurité sociale wallonne à la sécurité sociale française. Mais cela mériterait naturellement que l’on regarde cette éventualité de plus près le cas échéant.

Aujourd’hui, face à la victoire des nationalistes corses, voici ce que précisé l’intéressé :

Le succès des nationalistes corses peut être relativisé par l’importance de l’abstention. Au total, ils ne représentent que moins d’un quart des inscrits. Mais ce serait une erreur de sous-estimer la poussée de l’ethnicisme en Corse comme partout ailleurs en Europe. C’est une tendance de fond qu’on a pu observer depuis le début des années 90 en Europe centrale et orientale, dans l’ex-URSS, dans les Balkans, et maintenant en Europe occidentale avec la Catalogne, la Flandre, la Lombardie et la Corse. Le cas corse présente une originalité car la Corse n’est pas une région riche. Elle bénéficie de transferts massifs de la part de la collectivité nationale de laquelle les nationalistes corses aspirent à se détacher. C’est la limite de leur revendication. Celle-ci peut cependant se révéler contagieuse. C’est pourquoi on attend du gouvernement de la République française qu’il reste ferme sur ses principes : la République n’a pas de concessions à faire à l’ethnicisme.

J’aimerais connaître votre sentiment à ce sujet.

Bien cordialement,

Jules Gheude

 

La réponse de Jacques Lenain – 20 décembre 2017

Monsieur Gheude, bonjour !

  1. Il y a certainement des enseignements à tirer de l’évolution du statut français de la Corse (plus de 330 000 habitants), statut toujours en évolution, déjà depuis quelques décennies, quand on pense à ce que devrait et pourrait être le futur statut français d’une Wallonie (plus de 3 600 000 habitants) qui serait tentée demain de faire le choix de la France comme Etat de substitution à un Etat belge en voie de décomposition (lente, hésitante, mais continue et irréversible).
  2. J’ignorais ce commentaire de juillet 2010 de Jean-Pierre Chevènement, et notamment : Ce pourrait être le statut actuel avec un simple rattachement de la sécurité sociale wallonne à la sécurité sociale française. 

Jean-Pierre. Chevènement dit en fait, à sa manière, dans une formulation ramassée, ce que j’ai exposé, quelques mois plus tôt, pour la première fois publiquement, en mai 2009, lors des « Etats généraux de Wallonie », organisés et tenus grâce à vous à l’Université de Liège, à savoir que la Wallonie, si elle faisait ce choix de la France comme nouvel Etat, pourrait (« possibilité » politique et juridique du point de vue français) et devrait (« nécessité » politique et juridique des points de vue wallon et français) conserver son statut actuel, moyennant quelques accommodements. Un projet qui était sans précédent, absolument contraire au discours réunioniste wallon traditionnel, qui ne considérait l’intégration de la Wallonie à la France que par une assimilation législative et institutionnelle intégrale, ne laissant aucune place, sauf secondaire et fugace, à l’héritage juridique belge et à l’autonomie institutionnelle wallonne.

Je constate donc que le sens de cette phrase de Jean-Pierre Chevènement est très cohérent avec mon projet argumenté, développé et écrit, de mai 2009. On rejoint ici ce statut d’intégration-autonomie pour une Wallonie française, que vous connaissez bien depuis lors, tout comme le connaissait également le principal conseiller de Jean-Pierre Chevènement sur la « question belge », Jean-Yves Autexier (sénateur de la République et animateur du Cercle franco-wallon de Paris à l’époque).

Par ce projet, par cet argumentaire, j’ai été plus loin que de « dire » cette « possibilité » et cette « nécessité ». J’ai tenté d’en détailler le contenu et d’en démontrer la pertinence, par de nombreux textes explicites (tous consultables sur le site www.belgique-francaise.fr).

En février, 2016, j’ai complété ma propre analyse par un entretien écrit avec Didier. Maus, constitutionnaliste français éminent, qui a confirmé qu’un tel statut, aussi « original » soit-il, est compatible avec la structure et « l’esprit » actuel de la Constitution française, laquelle permet des statuts différenciés, de plus en plus, pour certains de ses territoires (http://www.belgique-francaise.fr/notes-complementaires/wallonie-francaise—cadre-constitutionnel—entretien-avec-didier-maus-constitutionnaliste-francais).

Malheureusement, jusqu’à présent, la mouvance rattachiste n’a pas encore compris la portée absolument stratégique de « l’annonce » de la faisabilité/nécessité d’une intégration » de la Wallonie à la France par la voie du maintien de son autonomie héritée du système belge, ainsi que le caractère  prioritaire de l’action qui consiste à faire connaître une telle possibilité aux élites décisionnelles et influentes de Wallonie.

3.  Pour ce qui est de la Corse, j’adhère globalement au point de vue de Jean-Pierre Chevènement, sauf pour l’usage qu’il fait du mot « ethnicisme ».

Comme lui, je pense que la récente victoire  nationaliste corse, précédée de celle de décembre 2015, est une victoire électorale plus apparente que réelle, tout d’abord du fait que cette majorité politique est relative, limitée et fragile, et ensuite parce que la Corse est dans la dépendance financière absolue, et non réversible, de l’État français. Et il faut aussi mentionner la dépendance physique, illustrée par le fait que la France continentale compte trois à quatre fois plus de Corses que l’île elle-même !

Je crois, comme Jean-Pierre Chevènement, que la question corse, née dans les années ’60 (quand la filière coloniale, si longtemps offerte aux jeunes Corses migrants, a été fermée), va, après un semblant d’effacement, redevenir embarrassante, et ce pour longtemps !

Le mouvement nationaliste corse a bien deux ailes, l’aile autonomiste, qui se veut adepte d’un séparatisme partiel, au sein de l’État français (c’est-à-dire avec son argent), et l’aile indépendantiste, qui prétend à la séparation pleine et entière (sans dire avec quels moyens). L’unanimité porte sur le fait que la phase autonomiste doit, de toute façon, précéder l’avènement de la partition totale. C’est l’affaire d’une ou deux générations, selon le point de vue indépendantiste, radical et affirmé, de Jean-Guy Talamoni, président de l’assemblée corse, tandis que l’autonomiste Gilles Simeoni, chef de l’exécutif corse, place l’échéance indépendantiste à beaucoup plus long terme.

Il ne faut aucun doute que cette seconde option, plus prudente mais tout aussi affirmée, l’emporte aujourd’hui, dans une proportion de deux tiers/un tiers quant au poids électoral.

Les Corses veulent, majoritairement, un changement de leur classe dirigeante, discréditée  (comme c’est aussi le cas dans le reste de la France…) et la seule offre politique organisée et crédible  est, présentement, celle proposée par la mouvance nationaliste, jeune et vierge.

Il n’est plus question de « lutte armée ». Celle-ci a-t-elle d’ailleurs vraiment eu lieu ? Il suffit des doigts des deux mains pour compter le nombre de combattants « libérateurs » corses tués par des balles « colonialistes » françaises, et le nombre de « colonialistes » français tués par des balles « indépendantistes » corses !

Le renoncement à toute forme de violence explique aussi le succès actuel des nationalistes corses, autonomistes ou indépendantistes.

Ceux-ci savent pleinement que la Corse est dans la dépendance financière absolue de la France et que les choses ne sont pas près de changer. L’aigreur à l’égard de Paris n’en est que d’autant plus vive.

Aussi, dès la victoire nationaliste acquise, Gilles Simeoni, a-t-il tenu à mettre les points sur les i, dans son entretien accordé au journal « Le Monde » du 12 décembre. Après les propos d’usage dans de telles circonstances  (l’État français doit dialoguer, sortir du déni et du silence…), et le rappel des exigences symboliques (co-officialité de la langue corse, statut de résident corse, amnistie des prisonnier), Gilles Simeoni détaille la « facture » qu’il compte soumettre à l’État français : « un statut fiscal spécifique », le « transfert de ressources fiscales », « l’affectation du produit de l’impôt », le financement par l’Etat français du « rattrapage historique des infrastructures » (pourtant supérieures à celles de la Wallonie…), etc.

Donc de l’argent public français avant tout, sans pouvoir en préciser l’usage. De l’argent « en plus » et « libre d’emploi » !

Mais, au nom des siens, Gilles Simeoni écarte tout transfert de pouvoirs régaliens, extérieurs (affaires étrangères, défense) comme intérieurs (police, justice) Et, surtout, il ne demande pas la maîtrise, par la Corse, même à titre partiel, du système de santé, de celui de protection sociale (minima sociaux, assurance-maladie, retraites de base et complémentaires, prestations familiales, etc.) et de toute autre grande politique (agriculture, environnement, transports, logement, etc.).

Nous sommes ici très loin de la démarche flamande ! Et c’est ce qui explique en partie le succès électoral présent, car l’immense majorité des Corses comprend que la France est indispensable

Pour ce qui est du système éducatif, on comprend que seule la maîtrise corse des programmes est visée, pour pouvoir introduire dans les cerveaux l’enseignement du seul amour de la « patrie corse » et une certaine détestation de la France.

Il en va ainsi à l’Université de Corte, entièrement financée par l’Etat français (une méthode mise en œuvre avec succès par les nationalistes catalans contre l’Espagne et Madrid, comme par les nationalistes écossais contre l’Angleterre et Londres, et, disons-le, par les nationalistes flamands contre la Belgique et sa partie francophone !).

Pour le moment, les représentants autorisés de l’Etat français ont rendu une réponse dilatoire, qui peut se résumer ainsi : mettez d’abord en place le « statut unique » que vous avez voulu, donc la fusion des deux Départements avec la Région, et ce à cadre de compétences constant, et à budget constant, et puis on verra .

Plus de compétences demain, avec évidemment les ressources financières correspondantes ? Pourquoi pas ? Les élites dirigeantes françaises ne sont majoritairement pas opposées à la poursuite du chemin corse vers plus d’autonomie. Mais quelles compétences exactement, et avec quelles ressources, en nature et en niveau ? Donc quelles responsabilités ?

Car c’est refuser la véritable autonomie/indépendance, qui est toujours financière, à savoir subvenir à ses besoins, au moins à terme connu, si on ne cherche pas vraiment à financer les dépenses publiques locales par les seules ressources publiques locales. En tout cas, le piège financier va se refermer sur les nationalistes corses : sauront-ils s’en délivrer ? C’est peu probable. La suite de l’histoire est donc à la fois très intéressante et fort incertaine.

  1. Il y a donc au moins deux sujets corses majeurs qui peuvent être considérés comme très intéressants au regard du sort présent et futur de la Wallonie.

Le premier sujet est que l’évolution vers « toujours plus d’autonomie » du statut de la Corse, évolution inévitable et acceptée par les élites dirigeantes françaises, apporte la preuve qu’un grand statut français d’autonomie est aussi parfaitement possible pour la Wallonie, et tout aussi inévitable.

Le second sujet est que la question financière, souvent semi-occultée, est primordiale, tant pour la Corse face à la France, que pour la Wallonie face à la Flandre, et demain avec la France comme successeur possible et nécessaire de la Flandre ! Car l’autonomie statutaire, ce n’est pas l’autonomie financière, la seule vraie, et tout particulièrement pour la Corse et la Wallonie !

Cependant, à long terme, une Wallonie française aura plus d’autonomie réelle qu’une Corse française, car le potentiel économique structurel de la première est tout autrement prometteur que celui de la seconde (qui ne pourra sûrement pas égaler Malte, et encore moins Chypre, les deux seules îles indépendantes de la Méditerranée, sauf pour la place qui y est celle de la criminalité) !

Bien cordialement,

Jacques Lenain

La grosse touche de rouge de Paul Magnette

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandaise de cette opinion a été publiée sur le site de Doorbraak : https://doorbraak.be/paul-magnette-dieprode-toets/

Selon le dernier baromètre politique, le PS passe sous la barre des 20%. Avec 19,5% d’intentions de vote en Wallonie, il est devancé par le MR (22,1%) et talonné par le PTB (18,9%).

Si ces résultats devaient se confirmer lors des élections de 2019, il serait préférable que le PS choisisse de rester dans l’opposition. Nous ne devrions aller au pouvoir qu’avec la certitude de pouvoir marquer les choses d’une forte touche de rouge, a estimé Paul Magnette, le bourgmestre de Charleroi, lors de l’émission dominicale de RTL.

Marquer les choses d’une forte touche de rouge. N’est-ce pas ce que le PS a eu l’occasion de faire en Wallonie durant 30 ans, en exerçant, de façon ininterrompue, la ministre-présidence ?

Et si Paul Magnette, par décence, s’abstient de commenter la politique menée aujourd’hui par son successeur Willy Borsus, il nous paraît important de rappeler l’héritage que ce dernier s’est vu léguer.

Le PS ne cesse de vanter les mérites du Plan Marshall, mis sur pied en 2005. Mais en février dernier, Giuseppe Pagano, professeur d’Economie à l’Université de Mons, et Didier Paquot, responsable du Département « Economie-R&D » à l’Union wallonne des Entreprises, ont confessé leur inquiétude face aux résultats décevants.

Ce n’est pas le bien-fondé du Plan qui est pointé du doigt, mais bien l’inefficacité de sa mise en application.

En 2016, et pour la troisième année consécutive, les exportations wallonnes ont connu une baisse (- 0,5%), avec un chiffre de 42,6 milliards d’euros, alors que la Flandre enregistrait une progression de 10,6%, avec un montant de 205,7 milliards.

Force est de constater que la part de l’industrie dans le PIB wallon n’est que de 14,2%. Quant au chômage, s’il commence à baisser, son taux reste deux fois supérieur à celui de la Flandre.

Une Flandre où, comme l’indique le dernier classement Eurostat relatif au PIB/habitant, toutes les provinces affichent un taux supérieur à la moyenne de l’Union européenne (indice : 100), à l’exception du Limbourg (99). Avec 121, la Flandre réalise un écart de 35 points avec la Wallonie, où l’ensemble des provinces reculent : – 2 à Liège avec 86 ; – 1 en Hainaut avec 77 ; – 4 à Namur avec 81 ; – 2 au Luxembourg avec 77.

Voilà la réalité !

Et lorsque Paul Magnette affirme qu’il n’y a pas de surconsommation wallonne en matière de santé, il se voit contredire par le rapport du Vlaams & Neutraal Ziekenfonds (Mutuelle flamande et neutre).

Ainsi, le Wallon  a coûté en 2016 84,26 euros de plus que le Flamand en soins de santé. Et l’on observe une différence de 5,4 jours d’indemnisation entre le Sud et le Nord  en ce qui concerne l’incapacité de travail et l’invalidité.

On remarque aussi que 3 Flamands sur 4 recourent au Dossier Médical Global, ce qui est loin d’être le cas en Wallonie.

Paul Magnette fustige Benoit Lutgen pour avoir rompu le contrat qui le liait au PS en Wallonie. Mais l’affaire aura au moins eu le mérite d’offrir une alternative à la Wallonie.

La nouvelle équipe au pouvoir s’est engagée dans une voie radicalement différente, avec, comme objectifs, une gouvernance plus propre, une rationalisation drastique des outils de travail, la promotion de l’entrepreneuriat et le retour à l’équilibre budgétaire.

Selon Olivier de Wasseige, le nouveau patron de l’UWE, il est impératif de développer une vision stratégique, avec 2025-2030 comme horizon. Mais il est convaincu qu’une vingtaine de mesures peuvent relancer l’économie wallonne avant la fin de la législature. Ces mesures visent la formation, les technologies numériques, l’énergie,  la mobilité et la croissance des entreprises

L’UWE propose ainsi de revoir l’organisation du Forem, de délimiter quatre zones franches, de réduire la fiscalité sur les investissements et les coûts de l’énergie électrique. Les patrons wallons plaident également en faveur d’un plan de financement pour réhabiliter les friches et équiper les zones industrielles en écoles et moyens numériques.

Enfin, il est impératif de redéfinir le rôle des pôles de compétitivité et de mettre fin à la concurrence déloyale entre les structures publiques et subsidiées (notamment les universités) et le secteur privé.

Tout cela nous paraît aller dans le bon sens.

Pour le ministre wallon de l’Economie, Pierre-Yves Jeholet, la page du Plan Marshall doit être tournée : Cela risque d’être contre-productif si on le garde après 2019. C’est devenu une opération marketing. Le problème avec ce plan, c’est qu’on a mis un cachet Marshall sur de nombreux dispositifs qui n’ont pas de liens avec le redressement de la Wallonie.

Il faut permettre à la nouvelle équipe en place de faire ses preuves, sans l’importuner par des actions syndicales à répétition.

Ces 30 dernières années, la politique wallonne a été marquée par une hypertrophie politico-administrative, fruit d’un clientélisme effréné. La Carolorégienne, Publifin et Intradel ont montré à quels errements cela a pu mener.

La stratégie syndicale s’est aussi révélée suicidaire. Elle a suscité l’image négative d’une région prompte à déposer l’outil. La pire méthode pour attirer les investisseurs étrangers.

Aujourd’hui, le gouvernement wallon a décidé de fusionner les divers réseaux des TEC et d’instaurer un service minimum en cas de grève. Le fait que seule la CGSP se mobilise contre ces mesures montre bien que l’action est strictement politique. En attendant, les usagers (notamment les étudiants en période d’examens) sont les otages de cette stratégie aussi inacceptable qu’irresponsable.

On se souvient de la Grande Grève de l’hiver 60-61 contre la fameuse Loi unique du gouvernement Gaston Eyskens. On se souvient aussi qu’à peine les socialistes revenus au pouvoir, cette même loi fut appliquée.

Tout cela fait songer au catoblépas, cet animal légendaire qui, en raison de sa lourde tête traînant à terre, était amené à brouter ses propres pattes…

Si l’écart économique avec la Flandre ne cesse de se creuser, le pays sera bientôt ingouvernable. Voilà déjà longtemps qu’il ne constitue plus une nation. D’où l’impossibilité aujourd’hui de construire un stade « national ».

(1) Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les Vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface de Bart Maddens (KU Leuven).

 

Le parlement wallon approuve le budget 2018 et la réforme fiscale

« Le Vif », Belga, 14 décembre 2017

Le parlement wallon a approuvé mercredi soir, majorité contre opposition, le budget 2018 et – en urgence – la réforme fiscale qui entrera en vigueur ce 1er janvier, avec en point d’orgue la suppression de la redevance télévision.

La coalition MR-cdH présente un budget en déficit de 217 millions d’euros, soit 100 millions de mieux que le budget 2017 et que ce que prévoyait la trajectoire de retour à l’équilibre budgétaire, tout en maintenant une réserve de 31 millions d’euros.

L’exercice a subi de fortes critiques de la Cour des comptes, qui situe plutôt le solde de financement à -358 millions d’euros, mais le ministre du Budget Jean-Luc Crucke (MR) fait notamment valoir la prise en compte anticipée – et inédite – de crédits qui ne seront pas consommés par les organismes para-régionaux (UAP). Cela fait dire à l’opposition (PS, Ecolo et PTB) que le budget wallon n’est qu’un trompe-l’oeil, et d’autant plus inabouti que le ministre Crucke a déjà annoncé un ajustement « conséquent » au semestre prochain.

L’évolution favorable des paramètres macro-économiques pourrait toutefois venir en aide à la coalition bleu-orange, dont le ministre du Budget juge qu’elle prend le chemin du retour à l’équilibre en 2020 « à l’allure du marcheur ». L’accord conclu par le précédent gouvernement (PS-cdH) pour refinancer le non-marchand à hauteur de 10 millions d’euros par an, à cumuler sur les trois prochaines années, sera respecté, a assuré la majorité, qui a déjà inscrit 5 millions d’euros au budget initial et promet d’inscrire les 5 autres lors de l’ajustement, une fois conclus les pourparlers en cours sur la mise en oeuvre de l’accord.

L’exercice 2018 mettra au régime le Fonds des provinces et les para-régionaux via des réductions des frais de fonctionnement et des dotations, mais il doit préserver le Plan Marshall avant sa réorientation annoncée. Il parie aussi sur les effets retour – surestimés selon l’opposition – d’une réforme fiscale dont la mesure-phare est la suppression de la redevance télévision au 1er janvier prochain. Si tous accueillent favorablement la fin de cette taxe jugée désuète et inéquitable parce que forfaitaire, le PS n’en a pas moins dénoncé une discrimination de 50 euros entre les contribuables de 2017 qui ont reçu leur invitation à payer à la fin du premier trimestre (ceux dont le nom débute par des lettres entre A et J, et auront donc payé 25 euros sur 2018) ou à la fin du troisième trimestre (ceux entre K et Z, qui auront payé 75 euros sur 2018).

Les socialistes ont demandé au gouvernement de compenser cette différence. La majorité estime qu’il n’y a pas moyen de faire autrement, sinon à pénaliser davantage les contribuables. Le même mécanisme a d’ailleurs été utilisé dans d’autres régions sans remarques du Conseil d’État, font valoir MR et cdH. Ecolo, quant à lui, juge que le gouvernement donne d’une main ce qu’il reprendra d’une autre main. Il met en parallèle la suppression de cette redevance de 100 euros avec la future contribution – forfaitaire elle aussi – pour l’assurance autonomie, d’un montant identique pour un ménage moyen. Cette contribution n’est pas attendue avant 2020, preuve selon la majorité qu’il ne s’agit pas d’une compensation.

En outre, ajoutent MR et cdH, ces mesures ne peuvent être comparés de par leur nature. Au-delà de ce point emblématique, la réforme fiscale porte essentiellement sur la propriété, en prévoyant dès le 1er janvier 2018 un abattement de 20.000 euros sur base imposable pour l’acquisition d’une première maison d’habitation, le retour à 12,5% (au lieu de 15%) des droits d’enregistrement pour l’acquisition d’une troisième habitation, la suppression du taux de 7,7% des donations mobilières entre tiers pour le ramener à 5,5%, l’immunisation des droits de succession pour le conjoint ou le cohabitant légal sur l’habitation familiale, ainsi qu’une baisse des droits d’enregistrement sur les ventes à viager.

Pour l’opposition, ces mesures ne profiteront qu’à une trop faible partie de la population, et souvent la plus favorisée. La majorité fait valoir en revanche une facilitation de l’accès des jeunes à la propriété, et une vitalisation du marché de l’immobilier favorable au budget wallon. Lors des votes, le député indépendant Puget (JEXISTE) a soutenu le budget MR-cdH, finalement approuvé par 39 voix favorables et 32 contre (PS, Ecolo, PTB). La réforme fiscale a été votée avec l’abstention du PTB.