Tout va très bien, Madame la Marquise !

Premier tête-à-tête avec le Premier ministre français, Edouard Philippe.

Peu importe ce que la Première ministre Sophie Wilmès ait pu raconter à son homologue français. Edouard Philippe n’est pas dupe et sait fort bien que la Belgique ne vit pas une crise politique, mais bien une crise existentielle. Les Affaires étrangères françaises sont parfaitement au courant de notre situation…

Ce n’est pas pour rien que la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française a jugé opportun de dépêcher chez nous deux de ses membres durant la crise de 2010-2011.

Le rapport des intéressés avait conclu que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et de plus en plus dissemblables rendait son existence de moins en moins probable.

Les choses n’ont fait depuis que s’aggraver!

Selon un dernier sondage, la N-VA et le Vlaams Belang sont aujourd’hui crédités ensemble de 46,7% des intentions de vote.

Comme disent les Anglais : the end is at hand!

Jules Gheude

28 messages adressés à l’informateur Paul Magnette

« Le Vif » de ce 14 novembre publie vingt-huit messages adressés par des « acteurs de la société » à l’informateur Paul Magnette.

On trouvera ici le message rédigé par Jules Gheude

« Diaboliser la N-VA est insensé » – Par Jules Gheude – Essayiste

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Jules Gheude © HATIM KAGHAT

« Cher Paul Magnette,

Au fil des décennies, la Flandre a fini par se constituer en nation. Diaboliser la N-VA est une chose insensée. En plaidant pour le confédéralisme, Bart De Wever ne fait que donner suite aux fameuses résolutions que le parlement flamand a adoptées en 1999 et qui étaient calquées sur le projet confédéraliste proposé dès le début des années 1990 par le ministre-président flamand CVP, Luc Van den Brande. Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, a d’ailleurs déclaré en 2007 :  »Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. »

[…] Wouter Beke, encore lui, a précisé qu’une nouvelle réforme de l’Etat devrait avoir lieu en 2024 et son coreligionnaire Koen Geens, négociateur CD&V, a annoncé qu’il était hors de question que son parti s’engage au fédéral sans la N-VA.

Tout cela confirme les propos tenus naguère par l’ancien ministre CVP Stefaan De Clerck :  »La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand. »

Le démantèlement de l’Etat est donc un processus inéluctable. Lors de la crise de 2010-2011, un rapport de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait conclu que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rendait son existence de moins en moins probable. Les résultats des élections de mai 2019 n’ont fait que renforcer ce constat.

En 1981, François Perin, le grand militant wallon, avait déclaré :  »Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver. Après d’éventuelles élections qui n’auront qu’exacerbé le malaise dû à une crise financière et économique insoluble, le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par implosion. »

Nous y sommes ! Il faut avoir le courage de le reconnaître et de renoncer aux vains combats d’arrière-garde. « 

Et si on actait le décès de la Belgique ?

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Lorsqu’il s’avère qu’un gouvernement ne peut être constitué au terme d’un processus électoral démocratique, soit on procède à un nouveau scrutin, soit on acte le décès du pays. Car un Etat sans gouvernement, n’est rien d’autre qu’un Etat qui n’existe plus.

Face à l’imbroglio politique auquel nous sommes confrontés aujourd’hui, Joachim Coens, candidat à la présidence du CD&V, propose de former un gouvernement de technocrates. Retour à la monarchie absolue de droit divin, lorsque le monarque choisissait lui-même ses ministres ?

Je rappelle à M. Coens qu’une Révolution a eu lieu en 1789 pour abolir ce système et mettre fin aux privilèges.

Je rappelle aussi à M. Coens que son parti s’est longtemps assimilé à l’Etat – ne parlait-on pas d’ « Etat-CVP » ? – et qu’il s’est trouvé à l’origine des mesures qui, à partir de 1960, ont contribué à radicaliser la Flandre et  à saper l’unité du Royaume : la fixation définitive de la frontière linguistique ; le « Walen buiten » de l’Université de Louvain avec, pour conséquence immédiate, la scission du parti catholique en deux ailes linguistiques (les autres formations suivirent) ; la mise en place dès 1972 de l’autonomie culturelle (le fameux décret dit de septembre, obligeant les employeurs flamands, avec sanction à la clé, à recourir exclusivement au flamand dans leurs relations avec les employés), le torpillage du pacte d’Egmont par le Premier ministre Léo Tindemans en 1978 ; la loi de financement élaborée par les « Toshiba boys » du Premier ministre Jean-Luc Dehaene et destinée à asphyxier la Communauté française ; l’idée confédéraliste lancée dès le début des années 90 par le ministre-président flamand Luc Van den Brande ; la mise sur pied par Yves Leterme en 2004 du cartel CD&V/N-VA… Le même Yves Leterme qui, dans une interview à « Libération »  qualifia la Belgique d’accident de l’Histoire ».Un constat bien réel.

Dès la constitution du Royaume, en 1830, Talleyrand avait déclaré que deux cents protocoles n’en feraient jamais une nation.

Pour paraphraser la terminologie actuelle, on pourrait dire que la Belgique a vu le jour de façon « diplomatiquement assistée ».

Ce ne sont pas les populations qui la composent qui ont été à la manœuvre, mais bien les représentants diplomatiques des puissances européennes auxquelles la France s’était militairement opposée. D’où cette définition d’ «Etat-tampon » dont nous avons hérité.

Le choix du monarque nous fut imposé par l’Angleterre. Quant au  « Congrès national belge », élu juste après la révolution, il fut le fruit d’à peine 2% de la population :  la grande bourgeoisie, laquelle, qu’elle fût de Flandre, de Bruxelles ou de Wallonie, ne s’exprimait qu’en français. Durant des décennies, elle détint les leviers de commande de l’Etat.

La masse populaire flamande fut ainsi réduite à l’abâtardissement linguistique et culturel.

C’est pour tenter de rectifier cette situation qu’un Mouvement populaire flamand se constitua assez vite. De nature romantico-littéraire à ses débuts, il finira par acquérir une dimension sociale. Car face à une Wallonie économiquement prospère, la Flandre évolue avec peine.

Des décennies de lutte seront nécessaires  pour que la Flandre obtienne enfin sa pleine reconnaissance sur l’échiquier politique belge. Elles expliquent incontestablement ce sentiment très fort d’appartenance collective qui s’est développé au Nord, jusqu’à forger aujourd’hui une nation bien distincte.

Avec les années soixante, le balancier économique s’est inversé. Alors que l’industrie lourde traditionnelle s’écroulait en Wallonie, la Flandre s’engageait sur le chemin de la croissance en misant sur les technologies nouvelles et sur le dynamisme de ses petites et moyennes entreprises.

Mise en place en 1980 et amplifiée par les réformes successives de l’Etat, la régionalisation n’est pas parvenue à redresser la Wallonie. Pour la Flandre, il s’agit là de l’effet d’une gestion inappropriée, fortement marquée par une gauche davantage soucieuse de sauvegarder les « droits acquis » que de développer l’entreprise privée.

Toujours est-il que la Flandre n’entend plus se montrer aujourd’hui solidaire. L’extinction progressive des transferts financiers en provenance du Nord est programmée pour 2025.

Le nouveau gouvernement flamand (N-VA, Open VLD et CD&V), issu des élections régionales du 26 mai dernier, entend poursuivre une politique de droite, fortement identitaire. En Wallonie, le PS n’est pas parvenu à constituer la majorité ultra-progressiste à laquelle il aspirait. Il s’est finalement allié ave Ecolo et le MR. Mais les nombreuses expériences de coalition avec une ministre-présidence socialiste n’ont jamais réussi à faire décoller la Wallonie. Depuis 2004, on ne compte plus les plans de redressement…

Il est d’ailleurs significatif de constater que le retour à l’équilibre budgétaire a été reporté à 2024. On va donc laisser filer la dette. Un rude coup pour le ministre libéral Jean-Luc Crucke, qui, sous la précédente législature, s’était affiché comme le gardien de l’orthodoxie budgétaire !

En attendant, le brouillard le plus épais subsiste quant à la formation d’un nouveau gouvernement fédéral.

Et si, de façon logique, on se mettait enfin autour de la table pour acter le décès de cet « accident de l’Histoire » ?

Nul ne peut contester aujourd’hui l’existence de la Nation flamande. Une nation qui, tôt ou tard, finira pas se constituer en Etat souverain. Selon un dernier sondage, la N-VA et le Vlaams Belang sont aujourd’hui crédités ensemble de 47,6% des intentions de vote. Ils disposeraient de la majorité au sein du groupe néerlandophone de la Chambre.

Certains ont beau répéter que la mouvance séparatiste ne représente pas plus de 10% en Flandre. Comme l’a un jour écrit Pierre Bouillon du « Soir » : Que fait un séparatiste, s’il bénéficie d’une légitimité démocratique ? Ben, il sépare. Ça t’étonne, Yvonne ?

(1) Dernier ouvrage paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », préface de Pierre Verjans, Editions Mols, 2019.

La génération politique actuelle manque d’ingéniosité

L’analyse de Hendrik Vuye et Veerle Wouters, anciens députés indépendants, dans « Knack » du 9 octobre 2019

Traduction : Jules Gheude

Réformer l’Etat sans réforme de l’Etat, c’est ce qui se trouve manifestement sur la table des négociations. Dans « De Ochtend » du 7 octobre, le vice-Premier ministre fédéral Alexander De Croo (Open VLD) a lâché le petit ballon. Il veut, à partir du gouvernement fédéral, prendre des mesures qui permettront de faire davantage de travail sur mesure. « Car la problématique en Flandre occidentale est différente de celle de la province de Liège. Mais elle est aussi différente de ce que l’on a aujourd’hui dans le centre d’Anvers ».

Le même jour, sur le plateau de « Terzake », l’ex-informateur Johan Vande Lanotte (SP.A) confirme qu’il a fait, avec son collègue Didier Reynders (MR), des propositions aux partis « jaune-violet » pour rapprocher la gestion politique de la « sous-région ». Il évoque les secteurs du travail et des soins de santé.

Le nouveau mot magique est donc « sous-régions », le nouveau slogan, « travail sur mesure ».

Coïncidence ou pas : l’ancien président de la Chambre, Siegfried Bracke (N-VA) annonce, dans une opinion sur « Doorbraak » qu’il biffe le mot « confédéralisme » pour lui préférer « l’idée confédéraliste ». Le ministre Ben Weyts  se réjouit, quant à lui, à « Terzake », d’un « rapprochement entre le PS et la N-VA.

Il ne nous étonnerait pas que l’on vende bientôt à l’électeur les « sous-régions » de De Croo et de Vande Lanotte comme un élément de la « pensée confédéraliste ». Il est clair qu’un tournant se dessine.

A côté des régions et des communautés, il semblerait qu’on ait encore besoin de « sous-régions ». Ce n’est évidemment pas une réforme de l’Etat, mais bien une décentralisation à l’intérieur des institutions fédérales. Et comme le hasard n’existe pas dans ce monde, Johan Vande Lanotte avait consacré sa thèse de doctorat à « La nécessaire décentralisation ? Etude de droit compare sur les possibilités (…) d’une décentralisation au niveau intermédiaire dans le contexte belge » (1986).

Les plans, tels que nous les connaissons aujourd’hui, sont vagues, très vagues même. Sur le plan technico-juridique, cette piste peut prendre plusieurs formes. Cela peut être une décentralisation au sens strict du terme, par laquelle l’autorité fédérale affecte à des organes autonomes (sous-régions) des compétences qui restent soumises au contrôle administratif de l’autorité fédérale. Il peut aussi s’agir d’une décentralisation par laquelle l’autorité fédérale affecte des compétences à des organes qui continuent de dépendre totalement  du pouvoir hiérarchique de l’autorité fédérale.

Si l’on écoute bien ce que dit Alexander De Croo, on comprend qu’il y a un rôle à jouer pour les provinces et les grandes villes. Il fait en effet référence aux provinces de Flandre occidentale et de Liège, ainsi qu’à Anvers. Petite musique pour les oreilles du bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever, qui est aussi, par hasard, négociateur fédéral pour la N-VA… (…)

Chacun aura bien compris qu’une telle décentralisation n’a rien à voir avec le fédéralisme ou le confédéralisme. En outre, la décentralisation a déjà eu lieu dans la vieille « Belgique de papa », par exemple la décentralisation territoriale vers les provinces et communes. Il en était déjà ainsi en 1830-31. (…)

Le transfert de compétences de l’autorité fédérale vers les entités fédérées suppose une loi spéciale, votée à la majorité des deux- tiers à la Chambre et au Sénat. Il faut, en outre, une majorité simple au sein de chaque groupe linguistique. La barre est donc placée fort haut et on ne voit pas comment un nouveau gouvernement pourrait la franchir.

Il y aurait cependant une solution. On a déjà utilisé plusieurs fois, dans le passé, la technique de la « défédéralisation provisoire », comme nous l’avons expliqué dans notre « Grendelboek ».

Les secteurs économiques nationaux sont le dossier communautaire par excellence du début des années 80 du siècle dernier. Ce sont les charbonnages, les chantiers navals, le verre d’emballage, le textile et l’acier. Les décisions concernant ces secteurs sont toujours prises, après la réforme de l’Etat de 1980, par l’autorité fédérale, sur avis toutefois des gouvernements régionaux.

Le dossier de l’acier wallon est sensible. « Plus d’argent flamand pour l’acier wallon », tel est le slogan du Mouvement flamand. Le 24 juin 1981, le député Luc Van den Brande (CVP) dépose son projet de loi visant à scinder les secteurs nationaux. Ce dossier provoque même la chute du gouvernement Eyskens.

Comment le gouvernement Martens V (1981-85) a-t-il réglé cela ? Le vote de la proposition de loi Van den Brande n’est pas possible. Il faut pour cela une majorité spéciale, qui n’existe pas. Le gouvernement va décider de créer des comités ministériels régionaux au sein du gouvernement national. La solution est, selon les termes du ministre des Affaires économiques Mark Eyskens (CVP), un exemple de « technologie communautaire de pointe ».

Au sein du gouvernement national, on a donc un comité ministériel pour les secteurs nationaux en Région flamande et un comité ministériel pour les secteurs nationaux en Région wallonne. Cela se fait par Arrêté royal. Deux sociétés sont créées par une loi ordinaire, chacune compétente pour une région. Les moyens financiers proviennent des droits de succession perçus dans la région. Une politique spécifique peut ainsi être menée par chaque région, avec son propre argent. Désormais, ce sont les morts wallons qui payent pour la sidérurgie wallonne ! , écrit le journaliste de la rue de la Loi, André Méan.

Une défédéralisation provisoire peut souvent offrir une solution. Le dossier des secteurs économiques nationaux nous apprend que cela peut même être couplé à un financement par région. On obtient ainsi la défédéralisation et, en même temps, la responsabilisation. Une défédéralisation provisoire asouvent précédé dans le passé une défédéralisation définitive. C’est ainsi que les secteurs économiques nationaux ont été effectivement régionalisés lors de la troisième réforme de l’Etat (1988-89).

Cette technique créative peut être appliquée à de nombreux dossiers. On pourrait ainsi, par exemple, dénouer le noeud communautaire des numéros Inami : défédéralisation provisoire et responsabilisation.

Comme Martens et Dehaene étaient inventifs, comparés à la génération actuelle des politiciens, qui ne cessent de répéter qu’une réforme de l’Etat ne peut se faire qu’avec une majorité des deux-tiers. Et c’est ainsi qu’ils ne parviennent pas à aller plus loin qu’un travail sur mesure au sein de la « Belgique de papa ». Il peut vraiment en être autrement.

FWB : un déficit budgétaire de 708 millions en 2020 qui reste « marginal et maîtrisé »

« Le Vif », 11 octobre 2019

Le budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles creusera les déficits cette année et l’an prochain, mais de manière « marginale et maîtrisée », a affirmé vendredi le nouveau gouvernement francophone PS-MR-Ecolo.


© Belga

La précédente majorité avait établi un budget 2019 visant un déficit de 192 millions d’euros. Au final, le solde de financement plongerait à 508 millions. Et pour 2020, il filerait à 708 millions d’euros, selon les chiffres présentés par le ministre-président Pierre-Yves Jeholet (MR) et le ministre du Budget Frédéric Daerden (PS).

Les causes sont multiples, pour cette institution qui ne dispose pas de recettes propres et dont l’exécutif a d’emblée renoncé à tout retour à l’équilibre, au vu des sacrifices que cet objectif coûterait aux secteurs de l’enseignement, de la petite enfance, de la jeunesse, de la culture, etc.

A la détérioration des paramètres macro-économiques (-169 millions en 2019, -130 millions en 2020) s’ajoutent la non-perception des recettes de la vente des fréquences mobiles (141 millions qui ne sont pas attendus avant 2021 vu la difficulté des pourparlers au Comité de concertation), des indexations diverses (notamment celle du traitement des enseignants, attendue en mars), la poursuite du financement du Pacte d’excellence, etc.

Les partenaires ont aussi tenu à réserver des provisions pour des politiques nouvelles: amorce de refinancement de 5 millions pour l’enseignement supérieur, autant pour le socio-culturel, deux fois 4 millions pour résorber l’encours des frais de déplacement des professeurs, ou encore 6,8 millions pour soutenir la mise en place de Wallonie-Bruxelles Enseignement, le nouveau pouvoir organisateur du réseau officiel.

Au final, et vu l’échéance du 15 octobre pour rendre l’épure budgétaire au fédéral qui la transmettra à l’Europe, le gouvernement Jeholet a élaboré un budget qu’il présente comme « essentiellement technique ». Les grands arbitrages seront faits lors de l’ajustement 2020, attendu pour fin avril.

« Nous avons voulu un budget-vérité au départ, pour l’affiner ensuite avec plus d’ambition dans les politiques nouvelles », a commenté M. Daerden.

Malgré l’augmentation attendue de la dette, le ministre fait valoir une maîtrise de l’endettement. « La charge de la dette est de 200 millions, soit moins de 2% des dépenses qui s’élèvent à plus de 11 milliards, ça reste donc marginal », selon le nouveau grand argentier francophone. Il insiste sur le monitoring permanent et la gestion dynamique de cette dette. L’objectif à ses yeux est de rester « autour des 2% » au terme de la législature.

Frédéric Daerden ne nie pas que la dette, qui équivaut aujourd’hui à 62% des recettes de la Fédération, pourrait passer à 90% d’ici la fin de législature. « Il y a un travail à mener pour améliorer les recettes de la Fédération », dit-il sans s’avancer davantage.

C’est que l’institutionnel n’est pas loin: les plus grands postes de recettes de la Fédération proviennent des dotations versées par d’autres niveaux de pouvoir (« clé élève » sur la TVA fédérale répartie entre Flandre et FWB, « clé IPP » sur les recettes à l’impôt des personnes physiques reversées par la Wallonie et Bruxelles). L’optimalisation des dépenses, la centralisation de trésorerie des organismes d’intérêt public, le monitoring budgétaire du Pacte d’excellence, seront abordés au plus tôt.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Glatigny (MR), a salué le « premier geste » de 5 millions d’euros pour l’enseignement supérieur. La ventilation de cette enveloppe n’a pas encore été décidée. Pour l’enseignement obligatoire, Caroline Désir (PS) ajoute que la résorption de l’encours des frais de déplacements s’accompagnera de la mise en place d’un groupe de travail avec les P.O., l’administration et les syndicats pour envisager une solution pérenne. Quant à la RTBF, aucun changement budgétaire n’est annoncé, selon Bénédicte Linard (Ecolo).

L’enseignement en FWB, coûteux et peu performant

Olivia Lepropre – « Le Vif », 2 octobre 2019

Comment se distingue l’enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles par rapport à ses équivalents européens ? Un ancien recteur a comparé les performances des modèles d’enseignement de 28 pays de l’OCDE.

Jean-Paul Lambert, ancien recteur de l’Université Saint-Louis, a analysé les systèmes d’enseignement de 28 pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), y compris les systèmes belges francophone et néerlandophone, dans une étude à paraître dans la Revue nouvelle et révélée par Le Soir. Il a distingué différentes familles d’enseignement, des « modèles » (nordique, continental, anglo-saxon). L’enseignement belge francophone fait partie du modèle continental. Il a ensuite utilisé des indicateurs de performance pour comparer l’efficacité et l’équité des différents systèmes.

« Du point de vue du niveau moyen atteint par les élèves, les trois modèles produisent des résultats très proches (…) du point de vue de la capacité du système éducatif à assurer la mobilité sociale à l’école (indicateur d’équité), le modèle éducatif nordique est clairement le plus performant, suivi d’assez près par le modèle anglo-saxon, notre modèle continental apparaissant – de loin – comme le plus inéquitable », explique Jean-Paul Lambert au Soir. Le modèle continental se distingue aussi par le fait de laisser davantage d’élèves plus faibles sur le côté.

À travers son analyse, il estime que le modèle d’enseignement de la FWB fait face à une série de problèmes. Tout d’abord, un taux de retard de 46% à l’âge 15 ans, alors que la moyenne dans ce modèle est à 25%. La FWB peut être considérée comme la championne « hors catégorie » du redoublement, indique également Le Soir. On peut aussi pointer un « niveau moyen des élèves très faible et, par conséquent, une part d’élèves faibles très élevée et une part d’élèves forts très réduite ». Enfin, pour ce qui est de l’indicateur d’équité, la FWB affiche la deuxième performance la plus mauvaise des pays riches étudiés, derrière la France.

Or, sur les différents systèmes étudiés, celui de la Fédération est le mieux financé, en pourcentage de PIB, par les pouvoirs publics. Un modèle d’enseignement qui se révèle donc coûteux pour une performance moindre.

«Vers une Wallonie française»

LE SOIR, MIS EN LIGNE LE 16/09/2019 À 14:43

https://plus.lesoir.be/247896/article/2019-09-16/vers-une-wallonie-francaise

 PAR JULES GHEUDE, ESSAYISTE POLITIQUE (1)

En cas de séparatisme, d’aucuns rêvent du rattachement du sud du pays à l’Hexagone. Mais plus qu’un rêve, il pourrait surtout s’agir d’une condition sine qua non de sa survie.

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le démantèlement du Royaume de Belgique est un processus inéluctable.

Au fil des décennies, le Mouvement flamand est parvenu à faire de la Flandre une véritable nation. Le terme figure expressément dans le préambule de la « Handvest voor Vlaanderen », la Charte pour la Flandre, adoptée en 2012. Et il est plusieurs fois cité dans le projet de gouvernement flamand, actuellement négocié par la N-VA, le CD&V et l’Open VLD.

Si d’aucuns, en Flandre, persistent à affirmer que la mouvance séparatiste ne dépasse pas les 5 à 10 %, force est toutefois de constater qu’il ne manque que 5 sièges à la N-VA et au Vlaams Belang, formations ouvertement indépendantistes, pour détenir ensemble la majorité absolue au Parlement flamand.

Autre fait majeur : en 1999, le Parlement flamand s’est prononcé, à une forte majorité, en faveur d’un système confédéral, basé sur deux Etats, la Flandre et la Wallonie, ceux-ci étant amenés à cogérer Bruxelles.

La faiblesse francophone

En d’autres termes, il s’agit de dépiauter au maximum l’Etat belge, avant de le considérer comme totalement superflu. Les responsables francophones s’opposent à ce projet, qu’ils qualifient, à juste titre, d’« antichambre du séparatisme ».

Mais l’on sait aussi que ces responsables francophones, éternels « demandeurs de rien », ont toujours fini par céder. Dernier épisode en date, la scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde, assurant l’homogénéité linguistique de la Flandre, et la scission des allocations familiales.

L’argument utilisé par la Flandre (pas seulement par la seule N-VA !) est bien connu : la Flandre et la Wallonie ont des visions socio-économiques diamétralement opposées. La première doit sa prospérité économique à une gestion basée sur l’esprit d’entreprise. Elle représente, à elle seule, 80 % des exportations belges. La seconde peine à se redresser car, depuis la mise en place de la régionalisation en 1980, elle a subi, de façon quasi-ininterrompue, l’influence néfaste du Parti Socialiste. Libre à la Wallonie de faire les choix politiques qu’elle souhaite, à condition d’en assumer pleinement la responsabilité financière. D’où la décision de supprimer progressivement les transferts financiers en provenance de Flandre, qui constituent quelque 7 milliards d’euros par an.

Bart incontournable

Le nouveau gouvernement wallon (PS-MR-Ecolo) s’engage à ne pas lever de nouveaux impôts, mais son programme ne prévoit le retour à l’équilibre budgétaire qu’en 2024. On va donc laisse filer la dette, dont certains annoncent déjà qu’elle explosera à 20 milliards d’euros.

Le président du PS et nouveau ministre-président wallon, Elio Di Rupo, est bien conscient de cette situation, puisqu’il a d’ores et déjà annoncé qu’il faudrait revoir la loi de financement.

Bien qu’il se soit engagé à ne jamais gouverner avec la N-VA, il semble cependant qu’il ne pourra éviter de négocier avec Bart De Wever. Davantage de moyens financiers pour la Wallonie et la Communauté française contre un énième dépeçage de l’Etat, comme ce fut le cas en 2001 pour refinancer la Communauté française, laquelle, aujourd’hui est à nouveau exsangue.

Une étude de l’Institut wallon pour l’évaluation, la prospective et la statistique (Iweps) révèle que les Wallons, à 92 %, sont contre la dislocation de la Belgique. Il n’empêche que la question de l’avenir post-belge de la Wallonie n’a rien de fantaisiste. Feu Xavier Mabille, l’ancien directeur du Crisp dont la sagesse était unanimement reconnue, disait d’ailleurs à propos de l’hypothèse de la disparition du Royaume : « hypothèse dont je dis depuis longtemps qu’il ne faut en aucun cas l’exclure ».

Une échéance inéluctable

C’est pour préparer les esprits wallons à cette échéance qui nous paraît incontournable, que nous avons tenu, en mars 2009, les Etats généraux de Wallonie à l’Université de Liège.

Il est apparu, à l’analyse, qu’une Wallonie indépendante et un WalloBrux représentaient des options irréalistes et non viables, et que seul le scénario de la réunion à la France était de nature à offrir un avenir pérenne et crédible.

Présent lors de ces Etats généraux, Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité, commenta l’étude qu’il avait faite à ce sujet et dans laquelle il proposait d’accorder à la Wallonie un statut particulier, qualifié d’« intégration-autonomie ». « Les Wallons ne doivent pas bazarder tout ce qui fait leur spécificité et se présenter nus devant Marianne pour revêtir l’uniforme français », déclara-t-il. Et de rappeler que la Constitution française est suffisamment souple pour reconnaître à certaines collectivités des statuts sur mesure. L’article 1er de la Constitution française précise d’ailleurs que l’organisation de la République française « est décentralisée ».

Tout à y gagner

Pour Jacques Lenain, il s’agit donc de concilier une intégration étatique à la France avec une forte autonomie au sein de celle-ci, tout en garantissant, par l’exercice de la solidarité financière nationale, l’équivalence des services publics et des systèmes sociaux. Entité régionale maintenue, la Wallonie conserverait ainsi ses organes d’auto-administration actuels. Ses compétences seraient maintenues et même élargies à celles exercées actuellement par la Communauté française, qui aurait de facto cessé d’exister. Quant au droit ex-fédéral belge, conservé, sauf exceptions, il se trouverait placé sous la responsabilité du législateur français.

Des acquis garantis

Certes, il faudrait bien rendre des comptes à l’État central français, qui s’arroge en particulier le pilotage et le contrôle des dépenses sociales et qui veille à un traitement équitable des populations tant en matière de prestations reçues que d’impôts et cotisations prélevés. On peut donc présager que l’État français poserait comme préalable à l’effort pérenne de solidarité nationale l’engagement des responsables wallons sur des réformes susceptibles d’aboutir à une diminution progressive ou, à tout le moins, à une stabilisation des concours financiers en cause. Pour autant, cette exigence légitime de rigueur, qui devrait satisfaire les Wallons qui attendent plus d’efficacité de la part de leurs institutions, ne remettrait jamais en cause l’existence même des services publics et des prises en charge sociales en Wallonie, ainsi que leur équivalence avec les services et prestations assurés sur le reste du territoire français. Loin de perdre leurs acquis, représentatifs de ce qu’ils sont et résultat de leur histoire et de leurs luttes, les Wallons pourraient donc les conserver et mieux les faire fructifier au sein de l’État français.

Aucun parallèle avec le Brexit

Comment, pratiquement, les choses pourraient-elles se concrétiser ?

Lorsqu’il sera devenu pour tout le monde évident que les carottes belges sont cuites, les autorités wallonnes – après avoir écarté les options jugées irréalistes et financièrement non viables – négocieront avec Paris un cadre d’intégration, basé sur une grande autonomie. Une fois que les parties concernées se seront mises d’accord sur un projet, celui-ci sera soumis à un référendum, tant en France qu’en Wallonie. Rien ne sera donc imposé.

Une fois que les populations auront accepté cette « intégration-autonomie », c’est à la France qu’il reviendra de négocier avec la Flandre les modalités de la partition (partage de la dette belge, désenclavement de Bruxelles, etc.). « Une France souveraine depuis mille ans face à un État flamand naissant, dix fois plus petit qu’elle : on est loin ici, en termes de rapports de force, d’un Brexit », explique Jacques Lenain.

Peu d’impact financier

Qu’en serait-il du volet financier ?

Aujourd’hui, nous l’avons dit, la Wallonie coûte chaque année quelque 7 milliards d’euros à la Flandre. Mais le maintien du cadre belge est aussi fondé sur l’extinction progressive de ces transferts, alors que le cadre français garantira toujours aux Wallons le maintien, à parité égale, des services publics et des prestations sociales avec ceux de la République.

« Certes, poursuit Jacques Lenain, il y aura un impact financier, mais pas de quoi inquiéter Bercy : cela coûtera moins cher que la suppression de la taxe d’habitation. Et, en termes de puissance économique, la France vaut neuf fois la Flandre ».

Jacques Lenain a soumis son projet (2) au constitutionnaliste français Ddier Maus, qui en a confirmé la faisabilité : « Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial “De la Wallonie” qui contiendrait une mini-Constitution sur mesure pour cette région. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-Constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur. Ce ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisqu’il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme en Outre- mer). »

Les élites wallonnes seraient bien inspirées en approfondissant dès à présent cette option d’« intégration-autonomie ». Comme l’avait déclaré le général de Gaulle au professeur Robert Liénard de l’Université de Louvain : « Si, un jour, une autorité politique représentative de la Wallonie s’adressait officiellement à la France, ce jour-là, de grand cœur, nous répondrions favorablement à une demande qui aurait toutes les apparences de la légitimité. (…) J’ai pourtant la conviction que seule leur prise en charge par un pays comme la France peut assurer l’avenir à vos trois à quatre millions de Wallons. » (3)

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain », préface de Pierre Verjans, Editions Mols, 2019.

(2) On peut en prendre connaissance via le site : http://www.belgique-francaise.fr/notes-complementaires/jacques-lenain

(3) Cité par Claude de Groulart dans son livre « De Gaulle : Vous avez dit Belgique ? », Editions Pierre-Marcel Favre, 1984.

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française

« Le Vif », 10 septembre 2019

https://www.levif.be/actualite/belgique/lettre-ouverte-a-monsieur-le-president-de-la-republique-francaise/article-opinion-1188327.html

Jules Gheude

Jules GHEUDE, essayiste politique

Monsieur le Président, par le biais de trois ouvrages intitulés  » C’était de Gaulle  » (Editions de Fallois/Fayard), Alain Peyrefitte nous a restitué les nombreux entretiens qu’il eut avec le Président Charles de Gaulle. Alors que, pour la seconde fois depuis 2010, le Royaume de Belgique est confronté à une crise politique qui menace sa survie même, il n’est pas sans intérêt de relire ce que votre illustre prédécesseur disait à ce sujet.

Je sais bien qu’après la Libération, il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France. Mais justement, j’estimais qu’il ne m’appartenait pas de claquer des doigts. Il aurait fallu que les Wallons ou leurs représentants légitimes prennent l’initiative. (…) Un moment, j’avais songé à faire un voyage qui aurait commencé à Gand, je me serais arrêté à Dinant où j’ai été blessé en 14, à Namur, capitale de la Wallonie, j’aurais descendu la Meuse jusqu’à Liège, dont Michelet disait qu’elle était plus française que la France. Ç’aurait été comme le Chemin du Roy au Québec. Mais j’ai résisté à la tentation.

Notez bien que depuis mon retour aux affaires, une de mes premières initiatives a été d’inviter le Roi et la Reine des Belges. On ne m’a jamais rendu l’invitation. On avait trop peur, sans doute, des manifestations populaires en Wallonie.

J’avais reçu une délégation de Wallons, bien décidée à préparer le rattachement. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire d’eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme cela que ça finira.

La Wallonie existe, mais il n’y a pas une nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un État. Ils demandent à être intégrés au sein de la République, dont ils ont déjà fait partie. (…)

Beaucoup de Wallons pensent qu’ils seraient mieux traités par la France que par la Flandre. C’est probable. Ils retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

Toutes choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. Pour les besoins de l’unité de la Belgique, on a raboté ce qu’ils avaient de différent. Ils en sont frustrés.

Il y a un malaise belge (…). Il ne faut pas exclure qu’il aboutisse à une crise, surtout au cas où l’équilibre entre les deux fractions viendrait à se rompre.

Tenus le 29 juillet 1967, ces propos témoignent d’une extrême clairvoyance. Le constat du général de Gaulle se voit corroboré par l’évolution que connaît aujourd’hui la Belgique.

En 2010-2011, le Royaume a traversé sa plus longue crise politique, avec 541 jours sans gouvernement de plein exercice. La situation était telle que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait chargé deux de ses membres – Robert Lecou (UMP) et Jean-Pierre Kucheida (PS) – d’une mission d’information sur le sujet.

Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés soulignait que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables compromettait dangereusement sa survie.

Le problème majeur réside dans le fait que la Flandre est parvenue, au terme d’un long combat, à s’ériger en Nation. Le terme figure expressément dans le préambule de la « Charte pour la Flandre », qui a été adoptée en 2012.

Comme l’a fort bien perçu le général de Gaulle, on ne trouve pas un phénomène équivalent en Wallonie.

La mouvance nationaliste flamande n’a cessé, ces dernières années, de s’affirmer. Elle est aujourd’hui incarnée par la N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie), première force politique du pays avec près de 30%.

L’article 1er des statuts de cette formation vise à faire de la Flandre une République souveraine au sein de l’Europe.

Indépendantiste, lui aussi, mais situé à l’extrême-droite, le Vlaams Belang a également progressé de manière significative lors des élections législatives et régionales du 26 mai dernier.

Il ne manque, en fait, que 5 sièges à la N-VA et au Vlaams Belang pour détenir ensemble la majorité absolue au Parlement flamand.

Depuis 1970, la Belgique a connu six réformes institutionnelles, au fil desquelles elle n’a cessé de s’alléger au profit des régions et des communautés.

Un fait majeur s’est produit en 1999, lorsque le Parlement flamand s’est clairement prononcé en faveur d’un système confédéral, basé sur deux États, Flandre et Wallonie, avec une cogestion par ceux-ci de Bruxelles.

C’est ce confédéralisme que la N-VA entend aujourd’hui mettre sur la table des négociations. Son constat est simple : Flamands et Wallons vivent sur deux planètes distinctes et constituent deux démocraties différentes. Le fossé économique qui les sépare est béant. Alors que la Flandre opte pour une vision de droite, axée sur l’esprit d’initiative et l’innovation (elle réalise à elle seule 80% des exportations belges !), la Wallonie penche plutôt vers le salariat, de préférence dans le secteur public. Vu ce contexte, il convient de mettre un terme aux transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie, qui représentent quelque 7 milliards d’euros par an. Libre à la Wallonie de faire les choix politiques qu’elle souhaite, à condition d’en assumer pleinement la responsabilité financière !

Pas question, pour les partis wallons, et notamment le PS qui arrive en tête, de s’engager dans ce confédéralisme, qui impliquerait la scission de la sécurité sociale et aboutirait finalement à la disparition du pays.

Depuis plus de trois mois, deux informateurs royaux s’efforcent de débroussailler le terrain, mais la tâche relève de la quadrature du cercle.

Impossible de mettre autour de la table la N-VA et le PS qui sont comme chien et chat sur le plan socio-économique et ont des visions diamétralement opposées quant à l’avenir du pays.

Monsieur le Président,

L’hypothèse d’une implosion du Royaume de Belgique ne relève nullement de la chimère. Elle doit être envisagée sérieusement par l’Union européenne.

Si la Flandre devait proclamer unilatéralement son indépendance, on voit mal comment la France pourrait ne pas la reconnaître. Feu François Perin, ce brillant constitutionnaliste liégeois qui joua un rôle politique majeur durant le seconde moitié du 20e siècle, confiait au journal « Le Soir », en août 2011 :

Le mouvement flamand, d’étape en étape, a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une nation, avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une conscience nationale. Bart De Wever – le leader de la N-VA – est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un État flamand indépendant ». Et vous avez aurez noté que pour expliquer ça, il va d’abord à Londres, chez Cameron, il y a quelques mois. Il connaît l’histoire, De Wever. L’Angleterre – la France n’y verra pas d’inconvénient -sera le premier État à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée. (…) Le nationalisme flamand est bien ancré. (…) Il ne s’arrête pas, il ne s’arrête jamais.

Les responsables wallons refusent de voir la réalité en face. Ils s’accrochent, de manière suicidaire, à une Belgique dont le démantèlement est devenu inéluctable.

Mais rien n’est pire que de se retrouver un jour le nez sur le poteau, contraints de réagir dans la précipitation.

C’est la raison pour laquelle je m’adresse aujourd’hui à vous, en tant que Wallon soucieux de l’avenir de sa région.

Si la Wallonie devait se retrouver seule à son corps défendant, elle serait confrontée à une situation intenable. Elle ne pourrait compter sur Bruxelles, dont les habitants, à plus de 70%, déclarent souhaiter un statut autonome en cas de disparition du pays.

L’amitié qui vous lie à Charles Michel, notre actuel Premier ministre et futur Président du Conseil européen, est bien connue Voici ce que déclarait son père, Louis, le 28 octobre 1996 – il était alors président du Parti réformateur – au journal « Le Figaro » :

Entre un État wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France.

Voilà plus de dix ans que je m’efforce, par le biais de mes essais, chroniques de presse et conférences, de préparer les esprits wallons à cette échéance.

Outre le général de Gaulle, diverses personnalités politiques françaises se sont déclarées prêtes à accueillir les Wallons le jour où ils en exprimeraient clairement le désir.

Comme l’a écrit l’historien namurois Félix Rousseau :

Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

C’est au nom de ces liens indéfectibles que je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, mes très respectueuses salutations.

Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République française

Monsieur le Président,

Par le biais de trois ouvrages intitulés « C’était de Gaulle » (Editions de Fallois/Fayard), Alain Peyrefitte nous a restitué les nombreux entretiens qu’il eut avec le Président Charles de Gaulle.

Alors que, pour la seconde fois depuis 2010, le Royaume de Belgique est confronté à une crise politique qui menace sa survie même, il n’est pas sans intérêt de relire ce que votre illustre prédécesseur disait à ce sujet.

Je sais bien qu’après la Libération, il aurait suffi que je claque des doigts pour que la Wallonie demande son rattachement à la France. Mais justement, j’estimais qu’il ne m’appartenait pas de claquer des doigts. Il aurait fallu que les Wallons ou leurs représentants légitimes prennent l’initiative. (…) Un moment, j’avais songé à faire un voyage qui aurait commencé à Gand, je me serais arrêté à Dinant où j’ai été blessé en 14, à Namur, capitale de la Wallonie, j’aurais descendu la Meuse jusqu’à Liège, dont Michelet disait qu’elle était plus française que la France. Ç’aurait été comme le Chemin du Roy au Québec. Mais j’ai résisté à la tentation.

Notez bien que depuis mon retour aux affaires, une de mes premières initiatives a été d’inviter le Roi et la Reine des Belges. On ne m’a jamais rendu l’invitation. On avait trop peur, sans doute, des manifestations populaires en Wallonie.

J’avais reçu une délégation de Wallons, bien décidée à préparer le rattachement. Elle m’avait expliqué que les Flamands étaient de plus en plus arrogants et finiraient par faire d’eux-mêmes sécession. C’est peut-être comme cela que ça finira.

La Wallonie existe, mais il n’y a pas une nation wallonne, les Wallons n’ont jamais cherché à devenir un État. Ils demandent à être intégrés au sein de la République, dont ils ont déjà fait partie. (…)

Beaucoup de Wallons pensent qu’ils seraient mieux traités par la France que par la Flandre. C’est probable. Ils retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

Toutes choses qu’ils ont perdues dans leur association contre nature, imposée par les Anglais, avec les Flamands qui ne les aiment pas et qu’ils n’aiment pas. Pour les besoins de l’unité de la Belgique, on a raboté ce qu’ils avaient de différent. Ils en sont frustrés.

Il y a un malaise belge (…). Il ne faut pas exclure qu’il aboutisse à une crise, surtout au cas où l’équilibre entre les deux fractions viendrait à se rompre.

Tenus le 29 juillet 1967, ces propos témoignent d’une extrême clairvoyance. Le constat du général de Gaulle se voit corroboré par l’évolution que connaît aujourd’hui la Belgique.

En 2010-2011, le Royaume a traversé sa plus longue crise politique, avec 541 jours sans gouvernement de plein exercice. La situation était telle que la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait chargé deux de ses membres – Robert Lecou (UMP) et Jean-Pierre Kucheida (PS) – d’une mission d’information sur le sujet.

Adopté le 15 février 2012, le rapport des intéressés soulignait que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables compromettait dangereusement sa survie.

Le problème majeur réside dans le fait que la Flandre est parvenue, au terme d’un long combat, à s’ériger en Nation. Le terme figure expressément dans le préambule de la « Charte pour la Flandre », qui a été adoptée en 2012.

Comme l’a fort bien perçu le général de Gaulle, on ne trouve pas un phénomène équivalent en Wallonie.

La mouvance nationaliste flamande n’a cessé, ces dernières années, de s’affirmer. Elle est aujourd’hui incarnée par la N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie), première force politique du pays avec près de 30%.

L’article 1er des statuts de cette formation vise à faire de la Flandre une République souveraine au sein de l’Europe.

Indépendantiste, lui aussi, mais situé à l’extrême-droite, le Vlaams Belang a également progressé de manière significative lors des élections législatives et régionales du 26 mai dernier.

Il ne manque, en fait, que 5 sièges à la N-VA et au Vlaams Belang pour détenir ensemble la majorité absolue au Parlement flamand.

Depuis 1970, la Belgique a connu six réformes institutionnelles, au fil desquelles elle n’a cessé de s’alléger au profit des régions et des communautés.

Un fait majeur s’est produit en 1999, lorsque le Parlement flamand s’est clairement prononcé en faveur d’un système confédéral, basé sur deux États, Flandre et Wallonie, avec une cogestion par ceux-ci de Bruxelles.

C’est ce confédéralisme que la N-VA entend aujourd’hui mettre sur la table des négociations. Son constat est simple : Flamands et Wallons vivent sur deux planètes distinctes et constituent deux démocraties différentes. Le fossé économique qui les sépare est béant. Alors que la Flandre opte pour une vision de droite, axée sur l’esprit d’initiative et l’innovation (elle réalise à elle seule 80% des exportations belges !), la Wallonie penche plutôt vers le salariat, de préférence dans le secteur public. Vu ce contexte, il convient de mettre un terme aux transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie, qui représentent quelque 7 milliards d’euros par an. Libre à la Wallonie de faire les choix politiques qu’elle souhaite, à condition d’en assumer pleinement la responsabilité financière !

Pas question, pour les partis wallons, et notamment le PS qui arrive en tête, de s’engager dans ce confédéralisme, qui impliquerait la scission de la sécurité sociale et aboutirait finalement à la disparition du pays.

Depuis plus de trois mois, deux informateurs royaux s’efforcent de débroussailler le terrain, mais la tâche relève de la quadrature du cercle.

Impossible de mettre autour de la table la N-VA et le PS qui sont comme chien et chat sur le plan socio-économique et ont des visions diamétralement opposées quant à l’avenir du pays.

Monsieur le Président,

L’hypothèse d’une implosion du Royaume de Belgique ne relève nullement de la chimère. Elle doit être envisagée sérieusement par l’Union européenne.

Si la Flandre devait proclamer unilatéralement son indépendance, on voit mal comment la France pourrait ne pas la reconnaître. Feu François Perin, ce brillant constitutionnaliste liégeois qui joua un rôle politique majeur durant le seconde moitié du 20e siècle, confiait au journal « Le Soir », en août 2011 :

Le mouvement flamand, d’étape en étape, a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une nation, avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une conscience nationale. Bart De Wever – le leader de la N-VA – est dans la ligne, et logiquement, il dit : « Nous voulons un État flamand indépendant ». Et vous avez aurez noté que pour expliquer ça, il va d’abord à Londres, chez Cameron, il y a quelques mois. Il connaît l’histoire, De Wever. L’Angleterre – la France n’y verra pas d’inconvénient -sera le premier État à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée. (…) Le nationalisme flamand est bien ancré. (…) Il ne s’arrête pas, il ne s’arrête jamais.

Les responsables wallons refusent de voir la réalité en face. Ils s’accrochent, de manière suicidaire, à une Belgique dont le démantèlement est devenu inéluctable.

Mais rien n’est pire que de se retrouver un jour le nez sur le poteau, contraints de réagir dans la précipitation.

C’est la raison pour laquelle je m’adresse aujourd’hui à vous, en tant que Wallon soucieux de l’avenir de sa région.

Si la Wallonie devait se retrouver seule à son corps défendant, elle se trouverait dans une situation intenable. Elle ne pourrait compter sur Bruxelles, dont les habitants, à plus de 70%, déclarent souhaiter un statut autonome en cas de disparition du pays.

Les liens d’amitié qui vous lient à Charles Michel, notre actuel Premier ministre et futur Président du Conseil de l’Europe, sont bien connus Voici ce que déclarait son père, Louis, le 28 octobre 1996 – il était alors président du Parti réformateur – au journal « Le Figaro » :

Entre un État wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France.

Voilà plus de dix ans que je m’efforce, par le biais de mes essais, chroniques de presse et conférences, de préparer les esprits wallons à cette échéance.

Outre le général de Gaulle, diverses personnalités politiques françaises se sont déclarées prêtes à accueillir les Wallons le jour où ils en exprimeraient clairement le désir.

Comme l’a écrit l’historien namurois Félix Rousseau :

Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

C’est au nom de ces liens indéfectibles que je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, mes très respectueuses salutations.

Jules Gheude

https://blogs.mediapart.fr/gheude-jules/blog/070919/lettre-ouverte-monsieur-le-president-de-la-republique-francaise

Les idées-phares de François Perin

Il y aura six ans, le 26 septembre prochain, que François Perin nous a quittés.

Pour marquer cet évènement, Jules Gheude, son biographe, a rassemblé ses idées-phares dans un petit ouvrage intitulé «  Dictionnaire de l’imagination créatrice ».

Une série de thèmes y sont abordés par ordre alphabétique.


François Perin et Jules Gheude en 2007