Ce communautaire omniprésent

Le Vif 11/05/19 à 11:01

Jules Gheude,
Essayiste politique

Au lendemain des élections du 26 mai, on peut s’attendre à ce que les gouvernements régionaux flamand et wallon soient rapidement constitués, avec des configurations radicalement opposées, ce qui ne manquera pas de rendre extrêmement compliqué, voire impossible, la mise sur pied d’un gouvernement fédéral.

De Wever Di Rupo, mai 2014 © Belga Images

Du côté wallon, les résultats du dernier sondage devraient permettre, sans la moindre difficulté, à Elio Di Rupo de former la coalition progressiste qu’il appelle de ses voeux. Avec quels partenaires ? On sait que la FGTB s’est prononcée pour une alliance PS-Ecolo-PTB, qui, avec 61,5%, pourrait jouir d’une confortable majorité. PS et Ecolo totalisent, à eux seuls, 46,7%. Mais Paul Magnette songerait, de son côté, à tendre la main au CDH, crédité de 9,3%.

La rancune socialiste à l’égard des sociaux-chrétiens est vive, depuis que Benoît Lutgen a écarté le PS du pouvoir wallon à l’été 2017. Mais Benoît Lutgen a cédé la présidence du parti à Maxime Prévot, peut-être pour permettre à celui-ci de renouer le lien avec la mouvance socialiste.

Le CDH passe, sans trop d’état d’âme, d’une coalition de droite à une coalition de gauche. L’essentiel, pour lui, est de se retrouver au pouvoir. C’est, somme toute, le comportement du mercenaire…

Une chose est claire : le fossé idéologique entre le Nord et le Sud est plus présent que jamais

Du côté flamand, Bart De Wever, dont la formation reste la première force politique avec 27,9%, vient d’annoncer que sa préférence allait à un gouvernement à deux partenaires. On sait qu’il s’est allié, pour la gestion d’Anvers, à l’Open VLD et au SP.A. Mais ces deux partis sont crédités respectivement de 14,2% et 12,7%. Une alliance à deux ne pourrait, dès lors, pas compter sur une majorité. Par ailleurs, John Crombez, le président du SP.A, considère la chose comme quasi impossible.Dans les circonstances présentes, seule une reconduction de la tripartite actuelle (N-VA, CD&V, Open VLD) serait donc de nature, avec 56,8%, de permettre à Bart De Wever de poursuivre la politique qu’il souhaite.

Une chose est claire : le fossé idéologique entre le Nord et le Sud est plus présent que jamais.

Candidat au poste de Premier ministre, Jan Jambon a bien résumé la situation : La Belgique est la somme de deux démocraties qui ‘éloignent de plus en plus l’une de l’autre. C’est gênant, car la construction belge est faite de telle façon qu’il n’est possible de former un gouvernement fédéral qu’en mettant clairement hors-jeu l’un de ces démocraties. Sous Elio Di Rupo, la Flandre en fut victime, et sous Elio Di Rupo, la Wallonie.

La solution à ce problème, la N-VA ne la voit que dans l’instauration d’un système confédéral. Flandre et Wallonie déterminent ce qu’elles souhaitent encore gérer ensemble, tout le reste étant de leur compétence absolue. Reste la problématique bruxelloise. Le projet de la N-VA prévoit qu’en ce qui concerne, les matières personnalisables – l’impôt des personnes, la sécurité sociale, l’aide sociale, la protection de la jeunesse, la migration, l’intégration et le droit de vote pour le Parlement flamand ou wallon -, chaque Bruxellois, indépendamment de sa langue ou de son origine, aura la faculté de choisir entre la Flandre et la Wallonie

Mais, il faut le répéter ici, la N-VA n’est pas à l’origine du confédéralisme. Elle n’existait pas au début des années 90, lorsque le ministre-président flamand Luc Van den Brande – un démocrate-chrétien ! – en a lancé l’idée. Le concept fut ensuite adopté par le Parlement flamand en 1999. Interviewé en 2007 par le journal québécois « Le Devoir », Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, avait d’ailleurs déclaré : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

En janvier dernier, Pierre-Yves Dermagne, le chef de groupe PS au Parlement wallon, voyait dans ce confédéralisme l’expression d’un fantasme. Aujourd’hui, il déclare : Les résolutions du parlement flamand votées à l’unanimité en 1999 sous Luc Vanden Brande ont été leur feuille de route pour des années. Cela a été une erreur de la part des francophones – et c’est un euphémisme, je devrais même dire une faute politique… – de répéter que l’on n’était demandeurs de rien. Ou en tout cas de ne pas préparer suffisamment les négociations alors que l’on savait qu’ils allaient revenir à la charge.

Avec la sixième réforme de l’Etat, Elio Di Rupo se félicitait d’avoir sauvé la Belgique. Mais il est évident que le sort du pays reste incertain. Le CD&V a d’ailleurs fait part de sa volonté d’ouvrir un nouveau chantier institutionnel en 2024.

La N-VA peut-elle se permettre d’envisager cinq années supplémentaires de statu quo institutionnel ? C’est difficilement imaginable. Son chef de groupe à la Chambre, Peter De Roover, a d’ailleurs déclaré que bien des choses pouvaient se faire en dehors de la Constitution. Une chose est sûre : en soulignant la nécessité de revoir la loi de financement, le président du PS a ouvert une brèche dans laquelle les nationalistes flamands ne manqueront pas de s’engouffrer…

(1) Dernier ouvrage paru : La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge, préface de Pierre Verjans, Editions Mols, 2019.

L’avertissement du président du VOKA, l’organisation patronale flamande

Voir son interview dans « Knack », 8 mai 2019:https://www.knack.be/nieuws/belgie/voorzitter-voka-maakt-de-balans-op-van-de-regering-michel-we-zijn-nog-net-geen-ontwikkelingsland/article-longread-1460999.h

Le gouvernement Michel nous a écoutés « dans une certaine mesure », déclare le président de l’organisation patronale flamande Voka . Mais il aurait pu et dû faire « beaucoup plus ». Et si, après les élections en Wallonie, il y a une majorité de gauche, met en garde Wouter De Geest, la Flandre doit « prendre ses responsabilités ».

Pôles de compétitivité: Jeholet tire un trait sur le «jury de Marcourt»

Une décision qui fait grincer des dents.

« Le Soir », 7 mai 2019

Le gouvernement wallon a liquidé, jeudi, le jury international mis en place sous Marcourt pour juger les projets de développement économique des pôles de compétitivité.

Du côté des acteurs de ce dossier, c’est la surprise. D’abord de voir «l’actuel gouvernement, minoritaire, qui ne sera peut-être pas dans la future coalition, imposer au futur gouvernement son jury», nous dit l’un d’eux. Ensuite, du renouveau quasi intégral de ses membres. «Il n’y aura plus personne avec la connaissance des dossiers», poursuit un autre.

«Nous avons voulu apporter du sang neuf, justifie l’actuel ministre wallon de l’Economie. L’internationalisation du jury a été renforcée, on passe de trois membres internationaux sur onze à sept sur dix. On a aussi voulu renforcer la féminisation du jury. Avant, il n’y avait qu’une femme, maintenant il y en aura trois».

Les pôles de compétitivité, créés en 2005 par Jean-Claude Marcourt (PS) dans le cadre du plan Marshall, ont pour objectif de fédérer les différents acteurs de secteurs économiques clés identifiés en Wallonie (logistique, biotech…) et d’initier des projets innovants, avec, en toile de fond, la dynamisation de l’économie et la création d’emplois au sud du pays.

Comment le chômage achève la séparation entre la Flandre et la Wallonie

« La Libre Belgique », Belga, 6 mai 2019

Le chômage de longue durée a baissé lors de la dernière législature, de 4,3 à 2,9%, ressort-il de chiffres d’Eurostat, l’office statistique européen. 

Les différences régionales entre la Flandre et la Wallonie se sont elles accentuées. « Dans le Hainaut, le nombre de chômeurs de longue durée est six fois plus élevé qu’en Flandre orientale », pointe lundi l’économiste de l’Université de Gand (UGent) Stijn Baert. Le nombre de chômeurs de longue durée, soit qui cherchent un emploi depuis plus d’un an, a diminué dans toutes les provinces belges lors de la dernière législature, à part en province de Namur. Ils représentent dès lors 2,9% de la population active belge, contre 4,3% auparavant. En Flandre, la proportion a baissé de 1,9 à 1,2% tandis qu’en Wallonie, elle a diminué de 6,6% en 2014 à 4,8% en 2018.

Stijn Baert constate une augmentation des différences régionales. « La Wallonie a connu une croissance économique moins forte, le marché du travail fait de même. » Mais il existe également une « culture » différente sur le plan de la politique d’activation, selon l’économiste flamand. « Bruxelles et la Wallonie ont souscrit au modèle flamand mais nous ne verrons pas les fruits du changement avant des années », avance-t-il.

Selon M. Baert, « les personnes peu éduquées » sont fortement représentées parmi ces demandeurs d’emploi qui ne trouvent pas de travail, surtout pour les plus âgés. « Pour les plus jeunes, le niveau de formation est moins souvent un problème. »

Tant en Flandre qu’en Wallonie, le marché du travail n’accueille pas facilement les personnes âgées. C’est le Brabant wallon qui affiche le meilleur taux d’emploi des plus de 55 ans, avec 57,8% pour les 55-64 ans.

« Les francophones doivent se préparer »

« Le Vif/L’Express », 2 mai 2019

Le professeur de droit constitutionnel à Saint-Louis Bruxelles Mathias El Berhoumi estime que les francophones ne doivent pas s’opposer à la volonté flamande d’encore réformer l’Etat Belgique.


Mathias El Berhoumi, professeur de droit constitutionnel à l’université Saint-Louis Bruxelles. © dr

Le souhait d’Elio Di Rupo de revoir la loi de financement vous a-t-il surpris ?

Ce qui m’a surpris est que dans la même interview, il ne se prononce pas sur la volonté du CD&V de relancer une discussion institutionnelle en 2024. C’est contradictoire. Comme si sa déclaration au sujet de la révision de la loi de financement n’était pas préparée. Elle s’inscrit pourtant dans la continuité de ce qui s’est passé depuis l’adoption de la première loi de financement en 1989. Régulièrement, des demandes francophones ont été formulées pour revoir les équilibres.

Ne sont-ce pas chaque fois des demandes financières francophones qui ont précipité les réformes de l’Etat ?

Tout à fait. Rapidement, après 1989, les francophones se sont rendu compte que les critères choisis dans la loi de financement mettaient à mal la Communauté française (NDLR : qui allait devenir la Fédération Wallonie-Bruxelles), puis la Région bruxelloise. La réforme de l’Etat négociée en 2010-2011 va encore plus loin. Elle instaure une plus grande autonomie et une responsabilisation des Régions. La période transitoire de vingt ans s’écoulera très rapidement. Dès la fin de la prochaine législature, les francophones ressentiront les effets budgétaires et pourraient demander un rééquilibrage. Mais soyons clair : réclamer une telle adaptation signifierait entrer dans une discussion pour une nouvelle réforme de l’Etat.

Est-ce un tabou ?

De notre point de vue académique, nous ne l’avons jamais considéré comme tel. Nous ne pouvons d’ailleurs pas estimer que nous vivions dans un modèle fédéral idéal. La situation de la Région bruxelloise est trop complexe, par exemple, ce qui est loin d’être le must pour la faire fonctionner. Lorsque nous avons dressé l’évaluation de la sixième réforme de l’Etat, que ce soit à Saint-Louis ou dans d’autres universités, nous avons aussi pointé du doigt de nombreuses incohérences, susceptibles de rendre nos institutions inefficaces.

De nombreux constitutionnalistes ont aussi lancé un appel à moderniser la Constitution…

Absolument. La liste des articles à réviser que la Chambre a adoptée au début du mois d’avril offre des opportunités pour la mettre à jour, sur la question des droits fondamentaux ou celle du renouveau démocratique, notamment. On pourrait envisager des réformes comme la création d’une circonscription fédérale, le droit de vote à 16 ans, une partie du Sénat tiré au sort… Mais il reste encore au Sénat et surtout au gouvernement à se prononcer sur cette liste. On verra ce qu’il en restera, probablement moins que la proposition de la Chambre.

Les partis francophones sont-ils trop timides sur le plan institutionnel ?

La sixième réforme de l’Etat est encore assez récente. On a encore en mémoire l’instabilité des années Leterme et de la « crise des 541 jours « . Pour les partis francophones, évoquer ce sujet, a fortiori en période électorale, est délicat. Mais les indices qu’elle ne fonctionne pas de manière optimale ont été nombreux. Songeons seulement aux accusations d’Etat failli contre la Belgique ou à la difficulté de mener une action cohérente pour lutter contre le réchauffement climatique… Nous n’en sommes pas encore à évoquer une nouvelle réforme de l’Etat. Mais il y a des aspirations à avoir un modèle plus clair. Et face aux attentes flamandes, on doit bien constater que l’attitude francophone consistant à refuser de négocier est très mal vécue au nord du pays. Alors…

Les francophones devraient-ils se préparer à une prochaine réforme ?

Ce serait souhaitable. L’adoption à l’unanimité par le parlement flamand des résolutions de 1999 a eu une influence majeure pendant longtemps. Cela implique de faire le bilan de la sixième réforme de l’Etat. Il ne s’agit pas d’avoir une vision très idéologique de la question communautaire, mais bien de veiller à un meilleur fonctionnement du système.

Ne faut-il pas craindre le confédéralisme de la N-VA, qui transformerait l’Etat belge en coquille vide ?

Nous plaidons pour la création, le cas échéant, d’une nouvelle assemblée constituante composée d’élus et de citoyens pour se pencher sur la question du  » stop ou encore  » institutionnel, qu’il s’agisse d’un approfondissement de l’évaporation de l’Etat ou de sa reconstruction. Notre préoccupation est surtout de veiller à ce que cela se fasse dans un cadre démocratique, et pas lors de négociations obscures jusqu’au bout de la nuit…

Les mesures prioritaires pour sauver la Wallonie

Du Vif/L’Express du 02/05/2019

La prochaine législature sera décisive pour le redressement de la Région et, ce faisant, pour l’avenir du pays. Au diable les querelles, l’heure est venue de se retrousser les manches. Le Vif/L’Express a confronté les politiques aux mesures prioritaires à prendre. Avec, en vue, le bout du tunnel ?

Le ministre-président Willy Borsus (MR) à la tribune du parlement wallon. La législature s’est achevée comme elle avait commencé, dans le chaos, avec une majorité devenue minoritaire. © ERIC LALMAND/belgaimage

En Wallonie, les législatures se suivent et se ressemblent : désespérantes. Avant les élections 2014, tous les partis s’entendaient sur l’urgence de mobiliser les forces vives régionales afin redresser la Région. Résultat ? Le chaos. A peine le scrutin clos, PS et CDH renvoient sans ménagement le MR dans l’opposition, avec, en retour de bâton, la mise en place de la suédoise avec la N-VA au fédéral. Les années suivantes sont marquées par les querelles entre pouvoirs… et par les affaires, Publifin en tête. En 2017, le coup mal préparé de Benoît Lutgen, alors président du CDH, renverse la majorité wallonne, remplace le PS par le MR et… crée une asymétrie contreproductive avec la Fédération Wallonie-Bruxelles. La fin de législature n’est guère plus encourageante : la majorité devient minoritaire à la suite du départ de la députée Patricia Potigny du MR vers les Listes Destexhe. Cette période décisive fut, en réalité, une suite d’incidents.

Il n’y a pas assez de pressions des contres-pouvoirs pour réclamer l’obtention de résultats.

Même s’il est réducteur de dire que rien n’a été fait, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. On a beau mettre en avant certaines réussites, la seule vérité émane des données macro- économiques et elle n’est pas glorieuse, souligne Jean-Yves Huwart, ancien journaliste du magazine Trends-Tendances, fondateur d’une société de coworking et auteur d’un livre contant  » quinze années de vaines tentatives  » pour redresser la Région. J’avais déjà publié, en 2007, un premier livre, Le second déclin de la Wallonie, présentant une situation morose. Ce n’est guère mieux aujourd’hui : on a stabilisé la situation, au mieux, quand on ne décroche pas complètement. Seul le taux de chômage s’est légèrement amélioré. Et je n’ai pas dû rencontrer Gorge profonde dans les parkings du parlement wallon pour poser ce constat : tous les chiffres sont publics !


© BRUNO FAHY/belgaimage

Structurellement, la rupture n’a pas eu lieu, reconnaît Willy Borsus (MR), actuel ministre-président wallon. Nous n’avons pas grignoté le retard par rapport à la moyenne européenne. Seules deux régions font moins bien : le Nord-Pas-de-Calais et Bruxelles. Je ne suis pas pessimiste, mais un regard objectif s’impose si l’on veut prendre les bonnes décisions. On ne réussira pas en reproduisant des recettes du passé.

Il ne faut pas aborder le constat en noir et blanc, estime Stéphane Hazée, chef de groupe Ecolo, dans l’opposition. Des mesures ont été prises. La Wallonie, globalement, ne décroche plus. Mais il faut accélérer le mouvement car son redressement est un enjeu fondamental pour l’avenir du pays. Et nous sommes, en outre, face à un immense chantier écologique.

Il faut cesser de voir la Wallonie avec des lunettes défaitistes, insiste Maxime Prévot, président du CDH. Depuis dix ans, un redressement est perceptible, même s’il reste trop lent. Il y a des indices positifs en matière d’activités. L’enjeu est de savoir comment concrétiser l’essai. En profitant de la croissance de nos voisins et allemands, mais aussi en misant sur les atouts régionaux, constitués par une population jeune et un territoire plus vaste que la Flandre.

1. Un large consensus, pas une grand-messe

Pour y arriver, c’est le moment d’une mobilisation générale. Ce qui nous manque, c’est un consensus wallon sur des grands enjeux, avance Pierre-Yves Dermagne, chef de groupe du PS. C’est ce qui a fait la force de la Flandre pendant des décennies. C’est précisément ce que Paul Magnette avait initié avec le modèle mosan, en insistant sur le travail avec les partenaires sociaux. Je ne veux pas entrer dans le jeu politicien du « c’était mieux avec nous, c’était moins bien avec eux », mais il y a quand même un constat : tant au niveau fédéral que wallon, il y a eu une tendance de la part du MR à assurer le pouvoir de façon brutale, contre les corps constitués. Ce n’est pas la meilleure manière de générer un consensus et de mobiliser les forces vives. Ils ont fait l’inverse de ce qu’il fallait faire. Quand Willy Borsus a lancé son plan d’investissements – une idée certes tardive, mais que nous pouvions soutenir -, je regrette qu’il n’ait pas lancé une consultation plus large. Cela aurait pu être un moment mobilisateur.  » Une occasion manquée, selon le PS, qui se voulait pourtant constructif.

Tant les responsables d’eChange, avec qui Le Vif/L’Express organise ses débats préélectoraux, que les syndicats et les mutualités ou encore des responsables académiques plaident en faveur d’un pacte économique, social et environnemental. Il s’agirait d’un nouveau contrat social, pour remplacer celui, vieillissant, de 1944. Le mot pacte est à la mode et je l’aime bien, réagit Stéphane Hazée. C’est une démarche à laquelle nous souscrivons. Je ne pense toutefois pas que le gouvernement, quel qu’il soit, doive attendre que ces concertations aboutissent. Il doit fixer le cadre et les objectifs, puis mener la concertation. Que l’on appelle « pacte » le fruit des discussions à la fin du processus, pourquoi pas, mais il ne faut pas que ce soit un frein.

Il faut se retrouver autour d’une vision à long terme qui transcende les intérêts partisans, soutient Maxime Prévot, nouveau président du CDH. Nous devons faire ce que nous avons fait avec la réforme de la police et de la justice après l’affaire Dutroux ou la réforme de l’Etat après le blocage sur BHV. J’ai écrit en ce sens aux autres présidents de parti. Groen et le PS ont déjà dit oui.


© Thierry Monasse/photo news

Maxime Prévot (CDH) :  » Il faut cesser de voir la Wallonie avec des lunettes défaitistes. Depuis dix ans, un redressement est perceptible, même s’il reste trop lent.  »

Le dialogue doit être au rendez-vous. Pas la déresponsabilisation. Je ne crois pas en une grand-messe incantatoire, tacle Willy Borsus. D’ailleurs, ni les citoyens ni les entreprises ne nous demandent ça. Ils veulent des décisions, des mesures et, surtout, des résultats. C’est la perception que j’ai du rôle du gouvernant.

En Wallonie, on met souvent en place d’immense paquebots qui répondent à des constats pertinents, regrette Jean-Yves Huwart. Mais on en délègue la responsabilité aux acteurs de terrain : l’Union wallonne des entreprises (UWE) ou les syndicats en matière socio-économique, le Segec, les syndicats ou les associations de parents en matière scolaire… C’est à eux que l’on confie le crayon de l’architecte. On aboutit à une somme d’intérêts particuliers, en perdant de vue l’intérêt général. Le monde politique doit fixer le cap et demander aux acteurs de le concrétiser, en évaluant leur action.

Il s’agit, au fond, de retrouver des hommes d’Etat.

2. Pas d’union politique régionale, mais…

Avant le scrutin de 2014, il y avait un parfum de tripartite dans l’air, tant au fédéral qu’en Wallonie. PS, MR et CDH : l’union des trois familles traditionnelles pour aider à la mobilisation générale. Aujourd’hui, l’annonce d’une forte progression d’Ecolo dans les sondages a changé la donne. Paul Magnette, qui reste une figure de proue du Parti socialiste en dépit de tensions avec son président, Elio Di Rupo, plaide pour un olivier PS-CDH-Ecolo. Tous, à gauche, veulent la majorité  » la plus progressiste possible « .

Une union régionale ne serait-elle pourtant pas souhaitable ? Il me semble essentiel d’avoir de larges consensus sur des enjeux à long terme, tranche Stéphane Hazée (Ecolo). Je suis partisan d’un travail parlementaire pour obtenir un très large soutien sur des réformes structurelles, comme la suppression des Provinces ou la simplification des outils publics. Mais il doit y avoir un gouvernement et une opposition. Le risque d’une majorité obèse, c’est d’affaiblir le parlement dans son rôle de contrôle, de supprimer les contre-pouvoirs et freiner l’action du gouvernement en important les discussions en son sein. Lorsqu’en 2009-2014, nous étions à trois dans la majorité, la confiance était moins importante entre partenaires et les fuites étaient incessantes. A deux, la cohésion est plus forte…

Il y a peu, un membre de cabinet CDH nous lâchait au détour d’une conversation : La seule chose que l’on attend, c’est de savoir si une coalition à deux, PS-Ecolo, serait possible au soir des élections. Alors? Moi, j’attends le résultat des élections avec modestie, riposte Stéphane Hazée. Je n’oublie pas non plus que le gouvernement PS-CDH a passé son temps à détricoter ce qui avait été fait avec nous lors de la législature précédente, y compris des politiques fondamentales pour l’environnement. Ecolo prend bien soin de garder toutes les options ouvertes.

Au MR, malgré des sondages en berne, on espère toujours reconduire une formule avec le CDH. Aucune élection n’est décidée à l’avance et la cote de nos deux partis est toujours annoncée à la baisse dans les intentions de vote, dit Willy Borsus. Nous espérons toujours être le pilier fort de la prochaine majorité. Je n’exclus aucune hypothèse, ni par conviction, ni par analyse. Je ne fais pas d’exclusive à part le PTB, les Listes Destexhe et le PP. Je souhaite avant tout que la prochaine législature soit celle du basculement.

Une coalition à deux serait le plus simple pour tous, affirme Maxime Prévot. Mais au vu des prévisions, je ne pense pas que cela sera possible.


© BENOIT DOPPAGNE/belgaimage

Stéphane Hazée (Ecolo) :  » Je suis partisan d’un travail parlementaire pour obtenir un très large soutien sur des réformes structurelles.  »

Il y a un problème bien plus fondamental que la question des coalitions ou des changements de coalitions, balaie Jean-Yves Huwart. Le plan Marshall, par exemple, est un échec collectif. C’est la conséquence d’une incapacité à organiser les choses de façon cohérente et d’un manque évident de pilotage. C’est écrit noir sur blanc dans tous les rapports d’évaluation. On lance de grands plans sans obtenir les résultats souhaités. Il n’y a pas suffisamment de pressions de la part des contre-pouvoirs pour réclamer l’obtention de résultats, au- delà de la menace du confédéralisme.  Une union régionale s’impose, oui : dans les têtes avant tout.

3. Un nouveau projet économique mobilisateur

La plan Marshall est mort, ou presque. La nouvelle majorité MR-CDH a voulu tourner la page, faute de résultats convaincants. Il y a lieu d’en écrire une nouvelle. Et de fixer les priorités. Ce que je regrette, c’est que l’on n’ait plus de projet mobilisateur depuis cette décision, déclare Pierre-Yves Dermagne. Le plan Marshall a donné des résultats, sans doute pas assez rapides c’est vrai. On ne réoriente pas un tissu industriel d’un coup de cuillère à pot. Pour l’avenir, le dossier du logement me semble une des clés de voûte. Il permettrait de concilier des priorités que sont l’accès au logement, l’isolation des bâtiments et la création de filières d’emploi. Voilà un énorme chantier, prioritaire. Un beau programme pour un olivier ? Oui, mais d’autres, au MR, pourraient s’y retrouver aussi.

Nulle part en Europe, les cabinets ministériels ne sont plus obèses qu’en Wallonie.

« Il y a eu de belles choses dans le plan Marshall, tempère Willy Borsus. Ce qui a manqué, c’est le déploiement des efforts et des budgets vers la création d’emplois privés. On a besoin de l’emploi public, je ne le nie pas, mais je constate que la part de l’emploi privé ne représente que 54,7 % en Wallonie contre 64,6 % en Flandre. Ce différentiel de 8 %, à lui seul, illustre l’objectif wallon. Il faut investir davantage dans l’esprit d’entreprise en Wallonie. Je crois fortement, et c’est une priorité absolue, dans un investissement dans la formation et dans le capital humain. On doit amener les jeunes vers les filières du futur.

Le ministre-président sortant cite, notamment, les biotechnologies – Nous devons devenir un eldorado dans ce domaine !  -, l’aéronautique et le spatial, ou encore l’agro-alimentaire. Les Wallons doivent être en première ligne de la transition écologique, appuie-t-il. Quand on investit dans l’économie circulaire ou dans des projets de recherche pour le stockage de l’énergie, c’est très prometteur.

Le gouvernement sortant a pris certaines initiatives positives, juge Stéphane Hazée. Si je prends le guichet 1890 qui vise à simplifier l’accès aux différentes aides pour ceux qui veulent créer une entreprise, c’est un élément positif. Mais il reste des concurrences entre certains outils et beaucoup de travail pour améliorer l’affectation des ressources. Nous pensons par ailleurs que les enjeux écologiques constituent des opportunités d’emploi et de développement économique qui n’ont pas été assez saisies. Une de nos priorités, c’est de mettre ces enjeux écologiques au coeur du système et pas simplement en périphérie. C’est lié à la relocalisation des activités dans la Région. Ce sont les Wallons qui vont redresser la Wallonie !

Il faut être à la pointe des révolutions écologiques et numériques, approuve Maxime Prévot. J’ajoute la nécessité de faire face au choc démographique et d’accompagner le vieillissement de la population. Et il faut, pour y arriver, mener à bien le Pacte d’excellence pour faire de notre enseignement un atout majeur.


© JOAKEEM CARMANS

Jean-Yves Huwart :  » En Wallonie, on manque d’une approche professionnelle comme dans le sport de haut niveau.  »

Le nouveau plan Marshall pourrait, pourquoi pas, prendre le nom d’un Diable Rouge. Le sport de haut niveau est un modèle à suivre, enchaîne Jean-Yves Huwart. On a instauré un véritable esprit collectif, et une culture commune du résultat, avec l’appui de regards neufs, indépendants, qui font autorité. En Wallonie, on manque d’une approche professionnelle. Il faut se donner les moyens d’atteindre un objectif comme Roberto Martinez l’a fait pour que les Diables Rouges s’installent dans le top 3 mondial du football. Voilà le chemin à suivre.

4. Une meilleure gouvernance publique

Pour y arriver, encore faut-il, aussi, remettre de l’ordre dans la gouvernance publique wallonne, au-delà des efforts déjà entrepris. Le management au sein de l’administration publique est un enjeu vital, note Stéphane Hazée. On a là un mal wallon qui persiste. Un ministre dit que c’est un problème et, la semaine suivante, on assiste à une série de parachutages de personnes venant de cabinets ministériels à la tête d’outils publics, par le fait du prince. Je ne vise pas les personnes, mais c’est problématique par rapport à l’accès entre les citoyens et cela pose des problèmes d’impartialité. Et c’est un enjeu pour l’image de la Wallonie : que pensent les Wallons de cette politique de privilèges ? Il faut relancer l’école d’administration qui avait été initiée et avoir des procédures de désignation publiques et impartiales. C’est un levier majeur pour la mise en oeuvre des politiques nécessaires pour sauver la Wallonie.

La pratique des cabinets ministériels constitue un problème majeur, acquiesce Jean-Yves Huwart. En Wallonie, les cabinets ministériels sont pléthoriques. Jusqu’à 80 personnes par ministre. Un record européen. Nulle part, les cabinets ministériels ne sont plus obèses. Dans de nombreux pays, 10 à 15 personnes maximum suffisent pour encadrer les ministres. Les cabinets ministériels tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui sont un anachronisme… Les organes du gouvernement wallon élaborent des stratégies permettant à l’économie régionale de répondre aux défis du XXIe siècle avec les concepts et outils de gestion des années 1980. Le plus ambitieux des pactes n’est qu’un bout de chiffon s’il n’est pas accompagné d’une stratégie orchestrée par des personnes aptes à manager et piloter les organisations. Il faut sans doute diminuer de 80 ou 90 % le nombre de membres de ces cabinets. « 

5. Une plus grande régionalisation

La Wallonie doit faire corps avec elle-même et développer son identité. Croire en elle-même pour se relever. Depuis quelques années, un courant politique fort, singulièrement au PS et au MR, s’est récréé au sud pour prôner une régionalisation de certaines compétences : enseignement technique et professionnel, culture… Avec la Flandre pour modèle.

Certains considèrent qu’être régionaliste wallon, c’est déforcer le projet francophone, mais je ne le pense pas, indique Pierre-Yves Dermagne, régionaliste convaincu. Certains ont sans doute manqué de finesse, mais cette crainte a pesé sur l’émergence d’un vrai projet régional wallon. Les résolutions du parlement flamand votées à l’unanimité en 1999 sous Luc Vanden Brande ont été leur feuille de route pour des années. Cela a été une erreur de la part des francophones – et c’est un euphémisme, je devrais même dire une faute politique… – de répéter que l’on n’était demandeurs de rien. Ou en tout cas de ne pas préparer suffisamment les négociations alors que l’on savait qu’ils allaient revenir à la charge.

La Flandre, ici son ministre-président Geert Bourgeois (N-VA), doit être une source d’inspiration pour le renouveau wallon.


© Bart Dewaele/id photo agency

Si je continue à plaider pour le régionalisme, c’est aussi par souci pragmatique, poursuit le chef de groupe PS. Je n’écoute pas le Chant des Wallons tous les matins, je ne plaide pas pour une vision racrapotée. Mais on ne devrait pas dépendre systématiquement de la Flandre ou du fédéral. Quand on voit qu’en matière de mobilité, on a réussi à conclure un accord avec le Luxembourg pour établir une bande de covoiturage, mais que l’on n’y arrive pas vers Bruxelles parce que la Flandre met des bâtons dans les roues, c’est révélateur. Le moment venu, sans grande réforme de l’Etat, on pourrait déjà remettre de l’ordre dans notre fonctionnement interne.

Je suis favorable à une simplification des institutions francophones, signale Willy Borsus. Je suis favorable au modèle d’une Belgique à quatre. Ce qui peut être fait à l’intérieur de l’espace francophone pour simplifier les choses doit l’être le plus vite possible, en effet. Permettre à la Région de piloter l’enseignement technique et professionnel, ce serait cohérent. Je propose aussi, pour la prochaine législature, qu’il n’y ait plus de ministres spécifiquement communautaires. On a reculé dans ce domaine en rescindant les ministres-présidences. Il faut moins de ministres, avec des responsabilités plus larges.

La priorité, c’est de mener une politique efficace et on ne peut pas dire que la sixième réforme de l’Etat ait mené à un modèle fédéral performant, embraie Maxime Prévot. Le moment venu, oui, il faudra voir comment améliorer les choses.

Seuls les écologistes sont plus réticents. Nous ne pensons pas que la priorité soit là, expose Stéphane Hazée. Opérer des régionalisations pendant toute une législature aurait un impact trop important sur les acteurs concernés. Il y a une nécessité de plus grande cohésion, c’est indéniable. Mais on pourrait le faire de façon plus pragmatique, sans forcément régionaliser. Enfin, cette réforme serait bien institutionnelle, contrairement à ce que l’on nous laisse croire. C’est une prise de risque dans un Etat dont l’existence est contestée par le courant nationaliste au nord du pays. L’espace Wallonie-Bruxelles reste un lien fondamental.

Dans les méandres belges, la Wallonie devra pourtant se créer un destin.

« La Wallonie n’est pas lésée. Mais elle doit se redresser »

« Le Vif/l’Express », 2 mai 2019

Faut-il revoir la loi de financement qui répartit l’impôt entre Régions et Communautés, comme l’a suggéré Elio Di Rupo ? L’économiste de l’UMons Giuseppe Pagano estime que la Région wallonne gagnerait à avoir un mécanisme qui tienne davantage compte du nombre d’habitants ou de la superficie. Mais le plus important est son développement économique.

© reporters

Le couperet de la loi de financement tombe à la fin de la prochaine législature. Est-ce un piège pour les francophones ?

C’est une échéance cruciale. Les effets de la nouvelle loi de financement se feront sentir de façon progressive à partir de 2024 au niveau des mécanismes de solidarité. En conséquence, la Région wallonne recevra progressivement moins d’argent. La première version de cette loi, négociée en 1989 sous la houlette du Premier ministre CD&V Jean-Luc Dehaene était assez favorable à la Flandre. Cela a créé de fortes réticences du côté francophone. Raison pour laquelle on l’a revue lors de la dernière réforme de l’Etat, négociée en 2011 par Elio Di Rupo lui-même. L’expertise francophone était bien plus grande qu’en 1989, mais cela reste un compromis.

Qui est le perdant de la sixième réforme de l’Etat ?

Il y a plusieurs volets. Les Régions disposent de trois sources de recettes. Première source : les impôts régionaux. Elles peuvent décider des centimes additionnels à l’impôt des personnes physiques pratiquement sans limites ; la Wallonie pourrait donc très bien choisir de les doubler du jour au lendemain. Elles peuvent aussi créer n’importe quel type d’impôt, pour autant que la matière ne soit pas déjà taxée par le fédéral. L’autonomie fiscale des Régions est donc déjà très large, n’en déplaise à la N-VA. Deuxième source : les dotations. L’Etat fédéral verse, sur ses propres recettes, 6,4 milliards pour les allocations familiales. Ce montant est réparti entre les trois Régions, proportionnellement à la population entre 0 et 18 ans. En clair, un enfant est égal à un enfant : je ne vois pas comment concevoir un système plus solidaire que celui-là. Si Elio Di Rupo ou un autre jugent qu’il y a lieu de revoir cette loi, c’est leur droit. Mais l’analyse de la répartition ne donne pas l’impression que les Wallons ont été roulés, sur ce point-là.


Giuseppe Pagano, professeur d’économie à l’UMons. © hatim kaghat

En va-t-il de même pour les mécanismes de solidarité ?

C’est la troisième source de financement. Il y a deux mécanismes de solidarité. Le premier, hérité de la loi de financement de 1989, n’est absolument pas remis en question. Le second, appelé les  » socles « , est issu de la nouvelle réforme et a une durée de vie de vingt ans. L’idée, voulue par Elio Di Rupo lui-même, était que personne ne sorte perdant de cette sixième réforme de l’Etat. Du moins dans un premier temps. Et c’est là que réside l’astuce. Car dans un second temps, au bout des vingt ans, la Région wallonne s’avère être la grande perdante du système. On évoque une perte de quelque 600 millions d’euros. Cependant, un délai de deux décennies laisse largement le temps de s’adapter. Le ministre wallon du budget, Jean-Luc Crucke (MR), disait que le budget de 2019 serait à l’équilibre : on peut déjà commencer à se préparer à cette perspective.

Le président du PS Elio Di Rupo a obtenu, lors des négociations sur la sixième réforme de l’Etat en 2010-2011, une rectification de la loi de financement de 1989. Insuffisante ?


© THIERRY ROGE/belgaimage

Est-ce la principale concession francophone ?

Une concession wallonne, pour être précis ! La Fédération Wallonie-Bruxelles, elle, gagne de l’argent. C’est un jeu d’équilibre : on a favorisé la Fédération parce qu’elle se portait moins bien. La Région wallonne est la principale perdante du nouveau système.

Pourquoi, selon vous, Elio Di Rupo veut-il revoir ce système ?

D’après ce que je comprends de son interview, il veut revoir un aspect important. Le mécanisme de la loi de financement accorde une part conséquente au rendement de l’impôt sur les personnes physiques. Or, la Wallonie a une base fiscale plus faible que la Flandre. Elle gagnerait donc à avoir un mécanisme tenant davantage compte du nombre d’habitants ou de la superficie.

N’est-ce pas un constat d’échec ? Cela ne signifie-t-il pas que la Wallonie tarde à se relever ?

Evidemment ! La base fiscale wallonne est moins importante parce que le PIB wallon par habitant est plus bas que celui de la Flandre. Cette période transitoire de vingt ans fait le pari d’un redressement wallon. On peut en faire des choses en vingt ans ! Mais pour l’instant, cela n’a pas lieu : la Wallonie ne rattrape pas la Flandre. Elle a stabilisé cet écart et elle rattrape la moyenne belge parce que la situation de Bruxelles est préoccupante.

La déclaration d’Elio Di Rupo est-elle un aveu d’impuissance ?

En quelque sorte… Il y a trente ans que l’on m’interroge sur ce rattrapage à l’égard de la Flandre. L’objectif du plan Marshall lancé par Elio Di Rupo était d’y arriver. On se rend compte aujourd’hui combien la tâche est difficile. Mais je reste raisonnablement optimiste parce que vingt ans, cela reste une période considérable, et l’économie évolue beaucoup plus vite qu’auparavant. On peut créer de nouvelles initiatives avec un ordinateur. La Wallonie dispose d’atouts comme la jeunesse de sa population et l’espace disponible. L’enjeu fondamental de ces prochaines années sera de les mettre à profit. 

REPÈRE Le souhait de Di Rupo

Dans une interview à L’Echo le 6 avril dernier, le président du PS Elio Di Rupo prône une réforme de la loi de financement, qui répartit l’argent des impôts entre les Régions et les Communautés.  » Il est profondément injuste, argumente-t-il, que, depuis 1989 (NDLR : année du vote de la loi sous un gouvernement de Jean-Luc Dehaene), les Régions soient financées via le concept de l’impôt des personnes physiques. Cela ne tient pas compte des réalités. Les Wallons, c’est 32 % de la population et 52 % du territoire.  » Or, qui dit réforme de la loi de financement, dit réforme de la Constitution. On ouvrirait ainsi, selon certains, la boîte de Pandore d’une septième réforme de l’Etat dans laquelle les nationalistes flamands s’engouffreraient pour, dans un donnant-donnant habituel en Belgique, pousser un peu plus la voie du confédéralisme… Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Elections 2019: Ecolo devient le deuxième parti en Wallonie, le MR poursuit sa chute

« Le Vif », 24 avril 2019

Si les élections avaient lieu aujourd’hui, Ecolo serait le parti le plus important à Bruxelles et le deuxième en Wallonie, ressort-il d’un baromètre politique publié mercredi par La Libre, De Standaard, la RTBF et la VRT sur les intentions de vote pour la Chambre.


Zakia Khattabi et Jean-Marc Nollet, co-présidents d’Ecolo.

Dans la capitale, les écologistes arrivent en tête avec 21,5% des votes valides (+11% par rapport aux élections fédérales de 2014). Ils sont suivis pas le PS, qui engrange 19% des suffrages (-5,9%), et le MR avec 15,5% (-7,6%), qui poursuit son recul. Le PTB, avec 11,9% (+8,1%), confirme quant à lui son bon état de forme, en devançant DéFI (8,5%, -2,6%) et le cdH (6,9%, -2,4 ). Les listes Destexhe obtiennent quant à elles à peine 1%, tandis que le PP est crédité de 0,3% des suffrages. Par rapport au précédent sondage (décembre 2018), Ecolo confirme sa progression, tandis que le PS regagne quelques couleurs.

Les résultats du MR et de DéFI sont en baisse, tandis que le PTB et le cdH progressent légèrement. En Wallonie, le PS perd du terrain mais reste la première formation avec 24,7% (-7,3% par rapport à 2014), tandis qu’Ecolo deviendrait pour la première fois le deuxième parti au sud du pays avec 22%, soit une progression de 13,8%. Le MR chute quant à lui à la troisième place en récoltant 18,3% (-7,5%), devant le PTB crédité de 14,8% (+9,3%) et le cdH avec 9,3% (-4,7%). Avec 3,9%, DéFI ne parvient pas à percer en Wallonie. La formation amarante est suivie par le PP (3,5%) et les Listes Destexhe (1,1%).

En Flandre, la N-VA reste incontournable avec 27,9%, soit plus de dix points de pourcentage d’avance sur le CD&V (14,7%), talonné par Groen (14,6%) et l’Open Vld (14,2%). Viennent ensuite, les socialistes flamands du sp.a avec 12,7%, devant le Vlaams Belang à 9,3% et le PvDA qui, avec 5,9%, passe le seuil d’éligibilité.

Au classement des personnalités, Olivier Maingain (DéFI) est en tête à Bruxelles, où il devance Didier Reynders (MR) et Paul Magnette (PS). En Wallonie, ce dernier et Elio Di Rupo (PS) occupent respectivement la première et la deuxième place, tandis que la 3e revient à Jean-Marc Nollet (Ecolo). Au nord du pays, Bart De Wever (N-VA) récupère la première marche, qu’il n’avait plus occupée depuis un certain temps. Il devance son collègue de parti Theo Francken et Hilde Crevits (CD&V).

« Nous sommes prêts à rechercher des convergences avec les autres partis mais il est très clair que c’est avec la N-VA que c’est le plus compliqué », a déclaré la présidente de Groen, Meyrem Almaci, mercredi, dans l’émission de Ochtend sur Radio 1.

Les exportations wallonnes atteignent un niveau record en 2018

Les exportations wallonnes atteignent un niveau record en 2018

« Trends Tendances », 23 avril 2019

Malgré les incertitudes économiques, notamment liées au Brexit, les exportations wallonnes ont connu une croissance de 8,7% en 2018 pour atteindre 45,5 milliards d’euros, un record, selon les chiffres annoncés mardi par l’Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers (Awex).


Pascale Delcomminette, CEO de l’AWEX © BelgaImage

Les ventes wallonnes à l’étranger ont été portées par un bond de 22,4% des exportations hors Union européenne alors que les livraisons au sein de l’UE ont, elles, progressé plus modestement (+5,1%).

La Wallonie peut se targuer de faire mieux que les pays et régions qui constituent son panel de comparaison: elle fait jeu égal avec la Flandre, dont les exportations ont aussi augmenté de 8,7% l’an dernier, mais la Wallonie fait mieux que les Pays-Bas (+6,1%), la zone euro (+4,5%), la France (+3,9%) et l’Allemagne (+3%).

Les principaux clients de la Wallonie étaient en 2018 la France, l’Allemagne et les Etats-Unis. Les exportations wallonnes vers l’Oncle Sam ont enregistré une progression remarquable de 57,2% l’an dernier.

Par ailleurs, la Wallonie a attiré 70 investissements étrangers en 2018, représentant un montant total d’1,142 milliard d’euros (+67%) et susceptibles de créer 2.743 emplois (+37%). Ces bons résultats sont notamment dus à l’arrivée des Chinois Alibaba à Liège et Thunder Power à Charleroi.

Vous avez dit « révision de la Constitution » ?

Avant les vacances de Pâques, la Chambre a adopté une liste de plus de 40 articles de la Constitution susceptibles d’être révisés au cours de la prochaine législature, selon les critères requis (majorité des 2/3 et majorité au sein de chaque groupe linguistique).

On attend à présent la liste du Sénat et celle du gouvernement. Seuls les articles figurant conjointement dans les trois listes pourront finalement être pris en considération.

Le Vlaamse Volksbeweging (Mouvement populaire flamand) appelle aujourd’hui les sénateurs flamands à ne déclarer aucun article de la Constitution révisable. Il souhaite, en revanche, qu’une constitution flamande prenne corps au Parlement flamand.

Pour le VVB, la menace est réelle de voir certaines compétences retirées à la Région flamande pour redevenir fédérales.

L’organisation craint qu’une modification de l’article 7bis ne fasse de la loi spéciale sur le climat une disposition constitutionnelle.

« Si cette liste devait être adoptée, le boîte de Pandore serait ouverte. Plutôt pas de révision de la Constitution qu’une mauvaise révision de la Constitution. »

L’appel du VVB offre un contraste frappant avec le point de vue de la N-VA, qui souhaite que tous les articles de la Constitution soient révisables.

Mais Peter De Roover, le chef de groupe N-VA à la Chambre, a aussi déclaré : « Enormément de choses peuvent se produire en dehors de la Constitution. »