Wallonie iéntégrée à la France

Le Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net) est heureux de vous présenter le logo ci-joint, réalisé par Jaques Culot.

Six réformes de l’Etat ne sont pas parvenues à faire de la Belgique un Etat stable et cohérent. Les dernières élections communales et provinciales ont confirmé que la Flandre et la Wallonie constituaient deux démocraties bien distinctes. De quoi encourager le Nord à concrétiser le schéma confédéral, adopté par  son Parlement en 1999 : deux entités financièrement responsables de leurs choix politiques et entre lesquelles chaque Bruxellois devra choisir pour ce qui concerne les compétences dites personnalisables (impôt des personnes, système de sécurité sociale,…). Quant à l’échelon belge, réduit à sa plus simple expression, il ne faudra pas longtemps pour qu’il soit jugé superflu et disparaisse.

 

En janvier 2016, Liesbeth Homans, la ministre flamande de l’Intérieur (N-VA), avait décrit le scénario : Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose : la scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère que la Belgique n’existera plus en 2025.

On sait que la fin des transferts financiers en provenance de Flandre – quelque 7 milliards d’euros ! – est programmée sur dix ans. Livrés à eux-mêmes, les Wallons se verront contraints, comme l’avait écrit François en 1981, à une discipline dont ils n’ont aucune idée. Il ne peut en résulter qu’une diminution drastique des dépenses publiques de la Wallonie, avec une baisse sensible des prestations sociales.

Le général de Gaulle avait bien compris que seule leur prise en charge par un pays comme la France pourrait assurer l’avenir aux trois à quatre millions de Wallons.

Depuis sa création, en février 2010, le Gewif prône l’option d’une « intégration-autonomie » de la Wallonie, option, qui lors des Etats généraux de Wallonie, tenus à l’Université de Liège, le 9 mai 2009, avait été présentée par Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité.

Le constitutionnaliste français Didier Maus a confirmé la faisabilité d’un tel projet : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieurCe ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisque il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie,…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme Outre-mer).

L’hypothèse de l’implosion de la Belgique n’a rien de fantaisiste, comme l’avait d’ailleurs déclaré Louis Michel, le père de notre Premier ministre, au « Figaro », en 1996 : Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

Comme François Perin et Jean Gol, Jean Defraine, l’ancien président de la Chambre, était, lui aussi, convaincu, que l’avenir de la Wallonie ne pourrait être que français. N’écrivait-il pas en 1996, dans l’organe du parti rattachiste : Les Wallons doivent préparer leur dossier pour faire l’inventaire et dire ce qui leur revient au moment de la séparation (…) car, quand les Flamands auront les poches pleines d’euros, ils nous largueront.

Le temps nous est compté. Les élections législatives et régionales se tiendront dans six mois. Le moment n’est-il pas venu de nous préparer à l’inéluctable échéance ?

F-35: Magritte aurait apprécié!

PAR JULES GHEUDE, ESSAYISTE POLITIQUE*

« Le Soir », 9 novembre 2018

https://plus.lesoir.be/189124/article/2018-11-09/f-35-magritte-aurait-apprecie

Les premiers exemplaires de l’avion de chasse seront livrés à l’armée belge en 2025, soit… l’année où Liesbeth Homans espère que la Belgique n’existera plus ! Surréaliste…

 

Nul doute que René Magritte aurait apprécié l’affaire. Elle est proprement surréaliste.

A l’automne 2018, le gouvernement belge prend la décision de remplacer ses avions de chasse et opte pour le F-35 américain.

Premier côté comique : le ministère de la Défense est géré par Steven Vandeput, dont le parti, la N-VA, voue la Belgique aux gémonies et entend faire émerger une République flamande.

Sa coreligionnaire Liesbeth Homans, qui s’occupe de l’Intérieur au sein du gouvernement flamand, a d’ailleurs annoncé, en 2016, qu’elle espérait voir le Royaume disparaître en 2025. Et elle a expliqué comment elle voyait le scénario : «  Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose : la scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère que la Belgique n’existera plus en 2025. »

Des directions diamétralement opposées

Depuis lors, Bart De Wever, le président de la N-VA, a fait savoir qu’il entendait mettre le dossier du confédéralisme sur la table des négociations, au lendemain des élections législatives et régionales du 26 mai 2019.

Pour les nationalistes flamands, le constat est clair et il vient d’être confirmé par les récentes élections communales et provinciales : Flandre et Wallonie se dirigent politiquement dans des directions diamétralement opposées, l’une à droite, l’autre à gauche, avec, dans les deux cas, des chemins extrêmes.

Les premiers signes du confédéralisme

Plus question, en tout cas, pour la Flandre de continuer à se montrer solidaire d’une région dont la mouvance socialo-communiste ne peut que freiner le redressement. La fin des transferts financiers – quelque 7 milliards d’euros – est d’ores et déjà programmée sur dix ans. Le président du MR, Olivier Chastel, l’a d’ailleurs rappelé dernièrement : « On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur dix ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en toute autonomie.  »

Il y a bien longtemps que la Flandre rêve du confédéralisme. Bien avant que la N-VA n’existe ! L’idée en avait été lancée, au début des années 90 par le démocrate-chrétien Luc Vanden Brande, alors ministre-président flamand, qui, le 13 janvier 1993, précisait : «  Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme  ». Et, six ans plus tard, le Parlement flamand approuvait le projet. Victimes de leur aveuglement, les responsables francophones n’ont pas saisi la mesure de cette décision.

Une série de renoncements

De réforme en réforme, ceux-ci n’ont cessé de se présenter en « demandeurs de rien » pour finalement céder : en 1988, le PS a laissé tomber José Happart et la cause fouronnaise ; en 2001, pour sortir la Communauté française du gouffre financier, on a accepté la surreprésentation de la minorité flamande au Parlement bruxellois et la régionalisation de la loi communale permettant à la Flandre de mettre au pas les francophones de la périphérie ; en 2011, les allocations familiales ont été scindées, alors que « Madame Non » avait toujours clamé qu’elle s’y opposerait, et le sort de Bruxelles-Hal-Vilvorde a été réglé sans extension territoriale de Bruxelles…

De Wever sur du velours

Tout cela pour soi-disant « sauver la Belgique ». Mais, en réalité, les responsables francophones ne sont préoccupés que par le pouvoir et la sauvegarde de leurs propres intérêts. Elio Di Rupo, il l’a dit, entend reprendre les rênes de la Wallonie dans sept mois. De son côté, le président de la FGTB, Robert Vertenueil, appelle de ses vœux la mise sur pied d’une coalition progressiste, composée du PS, du PTB et d’Ecolo.

Au vu de ce qui précède, Bart De Wever peut se frotter les mains. Il sait qu’il joue sur du velours !

Mais revenons à nos avions de combat. Dès le départ, la N-VA avait porté son choix sur le F-35. Faute de le respecter, on courait droit à la chute du gouvernement, chose que le Premier ministre Charles Michel ne pouvait envisager.

Mais le F-35 était-il vraiment le meilleur candidat ? C’est ce qu’affirme l’ancien colonel Luc Gennart, qui voit là une excellente nouvelle pour la défense européenne. Mais Jean Quatremer, le correspondant du journal Libération à Bruxelles, est d’un tout autre avis : «  Au-delà des critiques sur un appareil qui n’a guère tenu ses promesses après 17 ans de développement, selon le Pentagone lui-même, dont les coûts dérapent sans cesse, ce qui a provoqué un mémorable coup de gueule de Donald Trump à peine élu, et se révèle peu fiable pour ses équipages, la flotte américaine ayant connu plusieurs incidents graves, le F-35 est une option qui se justifie uniquement si l’appareil est destiné à agir dans le cadre américain ou otanien : isolé, l’appareil a des capacités d’action infiniment moindre que celles du Rafale, du Typhoon ou du F-16, car il dépend de l’accès aux informations que les Américains voudront bien lui donner. Même chose pour ses évolutions logicielles futures. »

Avec son regard malicieux, le dessinateur Philippe Geluck se pose, quant à lui, cette double question : La N-VA n’a-t-elle pas écarté le Rafale tout simplement parce qu’il venait de France… où l’on parle le français ? Et, d’une façon plus générale, était-il nécessaire de dépenser tant d’argent pour ces avions ?

La réponse à cette dernière question se trouve dans le livre de François Perin Germes et bois morts dans la société politique contemporaine, publié en 1981 chez Rossel : «  L’armée belge serait-elle la mieux équipée du monde, elle manque totalement de force psychologique. Le laisser-aller, l’impéritie, le sentiment d’impuissance, sinon de ridicule, dominent fatalement les esprits. C’est l’inévitable résultat de la conscience de n’être rien. Intégrés dans une armée européenne, soldats et gradés éprouveraient le sentiment réconfortant d’appartenir à une collectivité qui aurait enfin cessé d’être dérisoire à l’échelle du monde. »

On nous informe aujourd’hui que les premiers F-35 ne seront livrés qu’en 2025, l’année où Liesbeth Homans espère que la Belgique n’existera plus. Surréaliste, n’est-il pas ?

Nous avons déjà expliqué pourquoi, devenus bêtement belges tout seuls, pour reprendre l’expression de François Perin, les Wallons n’auraient d’autre choix que de se tourner vers la France… où ils seraient protégés par les Rafale.

*Derniers livres parus : François Perin – Biographie, Editions Le Cri, 2015, et Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes, Mon Petit Editeur, 2016.

 

Et le champion des grèves est… ?

RTL-Info, Belga, 30 octobre 2018

L’an dernier, le secteur public est passé en tête des secteurs économiques où l’on a fait le plus grève, d’après les statistiques de l’ONSS compilées dans la dernière étude du Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politique), rapporte mardi L’Echo.

En 2017, le secteur public a totalisé 83.890 jours de grève, soit davantage que celui des industries manufacturières (83.450 jours) – secteur venant en tête des différents sous-secteurs du privé. Sur les 247.718 jours de grève comptabilisés en 2017, 33,9% ont été le fait du secteur public, explique le Crisp dans son dernier Courrier hebdomadaire.

Conséquence des mesures d’austérité?

Les mesures d’austérité (pensions, projets d’harmonisation) prises dans le secteur public peuvent expliquer dans une large mesure pourquoi ce secteur a pris une part de plus en plus importante dans le mouvement de contestation  sociale.

Le nombre de jours de grève par région

L’Echo propose également le nombre de jours de grève par région. Ce sont les Wallons qui arrivent en tête, devant les Bruxellois et les Flamands. 110 jours de grève en moyenne pour 1000 travailleurs en 2017 contre 63 jours à Bruxelles et 39 en Flandre.

Encore une précision du Crisp, les provinces de Liège et de Hainaut représentent 83% des jours de grève en Wallonie.

« Jackpot » pour les parlementaires wallons sortants: jusqu’à 100 000 euros de prime de départ

Han Renard, « Knack », 30 octobre 2018

En Wallonie, les indemnités de départ parlementaires, un effet secondaire des nouvelles règles sur le cumul des fonctions politiques, provoquent quelques remous.

Plus d’un million et demi d’euros : c’est ce que coûtera au Parlement wallon le nouveau règlement limitant le cumul des fonctions politiques. Désormais, en Wallonie, seul un quart des parlementaires d’un même groupe politique pourront exercer en même temps une fonction exécutive communale telle que celle de président du CPAS, échevin ou bourgmestre. En conséquence, 15 députés wallons (sur 75) devraient quitter l’hémisphère wallon d’ici le 1er décembre. Selon le greffier du Parlement, cela coûtera au Parlement wallon maximum 100 000 euros par député sortant, les indemnités de départ pour les assistants parlementaires comprises.

Il s’agit de dépenses supplémentaires importantes pour le Parlement wallon qui, selon les opposants, auraient pu être évitées si le règlement parlementaire avait considéré le choix d’une fonction politique locale comme un départ volontaire, et non comme un cas de force majeure, comme c’est le cas actuellement.

L’indemnité de départ, qui existe sous différentes formes dans tous les parlements belges, a été introduite parce que les parlementaires n’ont pas droit aux allocations de chômage après leur mandat. Les politiciens qui doivent quitter le Parlement avant la fin de leur mandat en raison d’un cas de force majeure ont également droit à cette indemnisation. Mais la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si les hommes politiques wallons qui ont tout mis en oeuvre pour devenir bourgmestre peuvent sérieusement soutenir qu’ils quittent le parlement indépendamment de leur volonté.

Certains leaders d’opinion francophones en parlent comme d’une honte, et il y a beaucoup de réactions de colère de la part de lecteurs de journaux. Certains estiment que ce « jackpot » auto-organisé alimente le populisme tant méprisé. Car même pour une mesure noble à première vue telle que l’interdiction d’accumuler les emplois politiques, les hommes politiques wallons n’oublient manifestement pas de prendre soin d’eux-mêmes.

C’est là que le bât blesse, d’autant plus que les députés wallons sortants optent pour la sécurité d’un nouveau mandat politique de six ans à peine quelques mois avant les élections régionales, dont l’issue est incertaine. Un seul député wallon a déjà annoncé, en vertu de la décence élémentaire, qu’il refuserait sa prime de départ.

 

François Perin et l’armée belge

Voici ce qu’écrivait François Perin à propos de l’armée belge, dans « Germes et bois morts dans la société politique contemporaine » (Editions Rossel, 1981) :

Les armées nationales des petits pays sont, à cet égard, dérisoires et finalement dangereuses par leur faiblesse congénitale. L’armée belge serait-elle la mieux équipée du monde, elle manque totalement de force psychologique. Le laisser-aller, l’impéritie, le sentiment d’impuissance, sinon de ridicule, dominent fatalement les esprits. C’est l’inévitable résultat de la conscience de n’être rien. Intégrés dans une armée européenne, soldats et gradés éprouveraient le sentiment réconfortant d’appartenir à une collectivité qui aurait enfin cessé d’être dérisoire à l’échelle du monde. (…)

 

L’armée belge n’a plus aucun sens. La Belgique n’était qu’une pièce sur l’échiquier diplomatique européen du XIXe siècle, où s’affrontaient nos trois voisins : Grande-Bretagne, Allemagne, France. Elle jouait le rôle d’Etat-tampon.

 

Cette conception est périmée depuis 1914, en dépit d’une illusoire et catastrophique tentative de restauration de la neutralité en 1936 au beau temps d’Hitler ! Mais par la force de l’habitude et de l’inertie, subsiste une séquelle historique sous l’aspect du néant diplomatique et militaire qu’est la Belgique. Elle est une des failles à travers lesquelles s’engouffrent toutes les catastrophes qui se sont abattues sur la France.

 

A quoi sert un Etat-tampon entre Etats qui, par la force des choses ne sont plus rivaux ?

 

Voilà qui fait réfléchir quand on entend aujourd’hui dire que la décision du gouvernement fédéral à propos du F-35 permet à la Belgique de continuer à tenir son rang et à jouer son rôle d’allié et de partenaire crédible et loyal au sein de l’Alliance atlantique….

 

F 35 : la Belgique ne volera pas européen

Jean Quatremer, « Libération », 30 octobre 2018

La Belgique a-t-elle porté un coup mortel à l’Europe de la défense ? À tout le moins, elle l’a affaibli politiquement en annonçant jeudi sa décision de remplacer, à partir de 2023, ses 54 vieux chasseurs bombardiers F16, construits par l’américain Loockeed Martin, par 34 F-35 flambant neufs, des avions dits de la « cinquième génération » du même constructeur, au détriment du Rafale français et de l’Européen Typhoon Eurofighter (Airbus, BAE et Finmeccanica). Le lendemain, de Brastislava où il se trouvait, Emmanuel Macron, le chef de l’État français, a dit « regretter le choix fait » qui « stratégiquement va a contrario des intérêts européens ». Dassault a renchéri en jugeant que « le choix du F35 est un mauvais signal pour la construction de l’Europe de la défense. Une fois encore, nous constatons une préférence américaine en Europe ».

Pourquoi autant d’émotion autour de ce contrat, certes important à l’échelle belge (3,6 milliards d’euros à l’achat, mais 15 milliards d’euros sur les 40 ans de vie des appareils, sans doute beaucoup plus vu les déboires de l’appareil américain), mais insignifiant au regard des enjeux d’une défense européenne ? Après tout, le Royaume-Uni, le Danemark, les Pays-Bas et l’Italie ont déjà commandé des F35 sans qu’on en parle. Tout simplement parce que ces pays se sont associés dès les années 2000 à ce programme dont l’un objectif était de siphonner une partie des efforts de recherches et de développement militaire des pays européens en les embarquant, sous contrôle total des Américains, il va de soi, à bord de cette aventure industrielle. La Belgique, alors dirigée par le libéral flamand Guy Verhostadt, qui s’était opposé aux côtés de l’Allemagne et de la France à la guerre en Irak, a refusé de tomber dans ce piège. Autrement dit, le choix belge est hautement symbolique puisqu’il était totalement libre d’en faire un autre, les retombées industrielles du F35 étant particulièrement limitées.

Au-delà des critiques sur un appareil qui n’a guère tenu ses promesses après 17 ans de développement, selon le Pentagone lui-même, dont les coûts dérapent sans cesse, ce qui a provoqué un mémorable coup de gueule de Donald Trump à peine élu, et se révèle peu fiable pour ses équipages, la flotte américaine ayant connu plusieurs incidents graves, le F35 est une option qui se justifie uniquement si l’appareil est destiné à agir dans le cadre américain ou otanien : isolé, l’appareil a des capacités d’action infiniment moindre que celles du Rafale, du Typhoon ou du F16, car il dépend de l’accès aux informations que les Américains voudront bien lui donner. Même chose pour ses évolutions logicielles futures. Le F35, comme l’écrit la revue Défense et Sécurité internationale, « d’un maillon au sein d’un réseau de vecteurs que d’un effecteur à part entière ». Autrement dit, la Belgique a fait le choix de la dépendance aux États-Unis à l’heure où Donald Trump se révèle un allié peu fiable et surtout extrêmement critique de l’Otan. Charles Michel, le Premier ministre belge, s’est défendu en rappelant qu’il « ne restera pas président des États-Unis pour quarante ans », comme si la présidence Trump n’était qu’une parenthèse, ce qui reste à démontrer.

Mais les indépendantistes flamands de la N-VA, qui détiennent les clefs du pouvoir, tout comme l’armée, dominée par les Flamands, ne voulaient en aucun cas d’un avion français et avaient dès le départ opté pour le F35. De ce point de vue, la procédure d’appel d’offres a été une farce : « à toutes les questions, la seule réponse possible était F 35 », résume un diplomate français. C’est pour cela que Boeing et Dassault s’en sont retirés, tout comme le Grippen suédois. La France a fait le choix, en septembre 2017, d’offrir un « partenariat stratégique » à la Belgique avec de fortes retombées industrielles et surtout un accès au nuage d’informations recueillis par les Rafales français, ce qui impliquait une forte intégration à l’armée hexagonale. Ce dont ne voulaient en aucun cas les Flamands de la N-VA.

Le partenariat proposé par la France impliquait aussi l’intégration de la Belgique au programme franco-allemand de système aérien de combat du futur, le SCAF (avion et drone). Car les grandes manœuvres dans l’industrie de l’aviation de combat de demain ont commencé et les Européens ont d’excellentes cartes à jouer, surtout dans le nouveau monde que dessine Trump : alors que les États-Unis veulent toujours rester maitre du matériel qu’ils vendent, les Européens, eux, n’hésitent pas à offrir aux pays tiers une vraie souveraineté. Les Belges ont donc offert une belle victoire au président américain en s’interdisant de participer pour longtemps à l’Europe de la défense. Mais, au fond, est-ce une mauvaise chose ? En matière d’armement, il est prouvé, comme l’a montré l’A 400-M, qu’il faut mieux limiter les pays participants pour éviter les demandes contradictoires avec l’explosion des coûts qui va avec. La Belgique vient simplement de confirmer que la défense européenne sera à la carte. Et qu’elle ne sera pas dans cette carte.

N.B.: version longue de mon article paru dans Libération du 29 octobre

 

Le projet Thunder Power a 99 chances sur 100 de capoter

« La Libre Belgique », 26 octobre 2018

Une opinion de Jean-Yves Huwart, journaliste, entrepreneur et auteur de Le Second Déclin de la Wallonie, ed. Racine (2007).

La décision wallonne d’investir dans Thunder Power repose clairement sur des motivations politiques, à savoir réaliser une opération autour d’un objectif symbolique : remplir le site laissé vacant par Caterpillar.

 

Ils affichaient un large sourire, vendredi dernier, le bourgmestre de Charleroi et le ministre wallon de l’Économie, côte à côte dans leur voiture chinoise en plastique qui ne roule pas… Aucun média ne manquait à l’appel pour immortaliser la reprise en main de l’ancien site Caterpillar de Gosselies par l’opérateur chinois Thunder Power. Derrière les flonflons, disons-le, peu de place fut laissée à l’analyse critique. Rien d’étonnant : en Wallonie, l’optimisme est depuis longtemps devenu obligatoire. Personne n’a intérêt à gâcher la fête. Le collège communal de Charleroi était aux anges, enchanté de pouvoir annoncer la reprise « si rapide » de la halle industrielle. L’exécutif régional ne l’était pas moins, heureux, avec cette annonce commune, de glisser une plume à son chapeau. Les syndicats se sont logiquement montrés satisfaits de la création d’emplois nouveaux. Quant à l’opposition, aurait-elle osé mettre en question le projet d’un site d’assemblage d’un futur modèle de voiture électrique propre ? Personne, donc, pour émettre le moindre doute sur la nature du montage financier.

Chances de réussite : 1 % ?

Il y a pourtant de quoi s’interroger. Car la facture pour le citoyen wallon est salée. Qui est Thunder Power ? À dire vrai, difficile de le dire, tant l’entreprise est peu visible…

De l’aveu même du président de la Sogepa, la Société wallonne de participations, l’un des principaux bras financiers de la Wallonie, Thunder Power est une « start-up ». Autrement dit, il s’agit d’une très jeune entreprise dont le modèle d’affaires n’est pas encore passé à l’épreuve du marché.

La Sogepa a pourtant signé un chèque de 50 millions d’euros pour acheter sa venue en bord de Sambre. L’investissement initial de 150 millions d’euros sera finalement étalé.

Fameux coup de pouce pour un constructeur qui ne dispose à ce jour encore d’aucun véhicule en ordre de marche.

Dans la liste des nombreux constructeurs chinois qui se sont lancés dans le créneau très prometteur des futures petites voitures électriques citadines, Thunder Power n’apparaît même pas dans le « Top 10 ».

Thunder Power avait annoncé au Salon de Francfort de 2015 un premier véhicule électrique en 2017. Les premiers véhicules de l’entreprise basée à Hong Kong sont maintenant promis en… 2020.

On ne parle plus désormais d’une berline moyenne, comme dévoilé il y a trois ans, mais d’une microcitadine baptisée opportunément du patronyme francophone Chloé.

C’est la carrosserie de la Chloé que Thunder Power a présentée à Charleroi devant les flashs et caméras.

La firme chinoise n’est qu’une parmi des dizaines (certains parlent de centaines) d’entreprises à travers le monde qui tentent de saisir une part de cet Eldorado des voitures électriques citadines.

Selon un article du magazine Bloomberg , daté du mois d’août dernier, citant un fonds d’investissement spécialisé, à peine 1 % des start-up chinoises actives dans le développement de véhicules électriques ont aujourd’hui une chance de survie.

Comment la Sogepa, qui ne dispose a priori d’aucune expertise internationale dans le domaine des véhicules électriques urbains, s’est-elle assurée du fait que les chances de voir Thunder Power finir dans les 99 % restants ne sont pas trop élevées ? La Sogepa évoque les promesses du marché mondial, mais ne parle quasiment pas des qualités intrinsèques de la firme de Hong Kong…

Spéculer avec de l’argent public

50 millions d’euros pour une start-up, voire 150 millions d’euros comme évoqué… La somme est gigantesque… En théorie, ce type de transaction à haut risque ne se fait quasiment jamais sans un tour de table réunissant d’autres investisseurs spécialisés. La décision wallonne d’investir dans Thunder Power ne repose clairement pas sur des considérations économiques. À Namur et Charleroi, les motivations sont politiques, à savoir réaliser une opération de communication autour d’un objectif symbolique : remplir le site laissé vacant par Caterpillar. Visiblement, à n’importe quel prix et quelle que soit la solidité du dossier… C’est pourtant peu dire que la forme de l’opération pose question. Investir dans une entreprise (via un paradis fiscal des Caraïbes) pour ramener ensuite l’argent dans les installations wallonnes… Cela frise le carrousel financier. On ne peut s’empêcher d’y voir les réminiscences des années 70 et de leur cortège de décisions économiques ruineuses, absurdes et sans lendemain pour la Wallonie. Le nombre d’emplois garantis par Thunder Power est dérisoire en regard des sommes en jeu. Un peu plus de 300 emplois dans la première phase. Peut-être 600 en 2023… si les ventes progressent. Il faudra d’abord que le produit existe. Certes, les voix s’élèvent pour clamer qu’ »il faut savoir prendre des risques en économie » ou que « Thunder Power est quand même peut-être le Tesla de demain ? » Qui peut le dire, en effet… Néanmoins, on l’a vu, ce scénario est extrêmement spéculatif ! Surtout, ce n’est pas le rôle des fonctionnaires ni celui des responsables politiques régionaux de jouer au casino avec l’argent du contribuable wallon…

Sous-localisme et duplication des outils ?

Cette histoire semble, hélas, révéler un exécutif régional en panne d’idées pour remettre en selle les fondamentaux de l’économie wallonne. Les autorités en charge de l’économie recyclent les recettes de jadis, misant tout sur un acteur unique, dont le pedigree apparaît, en outre, très discutable. Faire la Une des journaux télévisés aura été une bien maigre consolation si le projet s’effondre demain faute de crédibilité. Derrière cet épisode, c’est aussi le choix de confier à une nouvelle cellule locale ad hoc, Catch, la tâche de remplir un site, qui pose question. Cette dernière concurrence les services régionaux existants, comme l’Awex, dont les équipes sont compétentes et qui disposent d’un portefeuille de sites beaucoup plus étendu, potentiellement mieux adapté aux besoins des opérateurs rencontrés à travers le monde. La cellule entretient ainsi, malgré elle, le sous-localisme et les stratégies individuelles des bassins wallons. L’approche prive également les instances politiques d’une réflexion plus approfondie, à l’échelle régionale, sur la réaffectation potentielle de l’entièreté du site, et pas seulement d’une partie de celui-ci, vers autre chose, peut-être moins flamboyante, mais plus durable et inscrite sur une véritable stratégie endogène d’ancrage local…

 

Le mauvais choix

Pour l’essayiste politique wallon Jules Gheude, le choix du F-35 américain est un mauvais choix, tant pour l’Union européenne que pour la Wallonie.

Ce jeudi 25 octobre, à la Chambre, plusieurs intervenants francophones ont souhaité bonne chance au Premier ministre pour ses relations futures avec son « cher ami Emmanuel Macron », après le choix du gouvernement belge pour le F-35 américain. Tel fut notamment le cas du président de DéFi, Olivier Maingain, qui s’est vu rétorquer par le député MR Richard Miller : Si la France avait été tellement européenne, pourquoi n’a-t-elle pas répondu à l’appel d’offres de l’Etat belge ? L’argument a été repris, le soir même, par Charles Michel, sur le plateau du RTL-TVI.

S’il est exact que la proposition française en faveur du Rafale de Dassault Aviation s’est faite en dehors de l’appel d’offres lancé par le gouvernement belge,  il n’en demeure pas moins que, sur le plan juridique, rien ne pouvait l’empêcher d’être prise en considération.

Le paragraphe 9 de l’appel d’offres précisait, en effet : The issuance of this RfGP is not to be construed in any way as a commitment by the Belgian Government to conclude an agreement or a contract. En d’autres termes, l’appel d’offres ne pouvait être invoqué comme un obstacle à l’introduction d’une autre proposition.

Mais, dès le départ, la N-VA avait fait son choix. Face au vingt milliards de compensations proposés par la France, le ministre de la Défense, Steven Vandeput, se contenta de répondre : C’est trop beau pour être vrai ! Et Bart De Wever ferma ensuite définitivement la porte : L’avion de combat français Rafale n’est pas un bon plan, il n’est pas suffisamment performant pour notre défense. 3,4 milliards pour un appareil qui permet de ne rien faire, cela n’a aucun sens.

Bref, c’était le F-35 ou la chute du gouvernement. Tel est le critère qui a prévalu pour Charles Michel.

Ce qui est cocasse, c’est de voir la N-VA engager la Belgique pour quarante ans, lorsqu’on sait que l’article 1er de ses statuts vise la disparition de cette Belgique et l’émergence d’une République flamande.

Ce qui est cocasse, c’est de voir le Premier ministre agir comme si la Belgique était pérenne, alors que, dans sept moins, au lendemain des élections législatives et régionales du 26 mai 2019, le Royaume risque de devenir ingouvernable. Les récentes élections communales et provinciales ont, en effet, confirmé le constat de Bart De Wever, selon lequel Flamands et Wallons vivent sur deux planètes distinctes et constituent deux démocraties.

Lorsqu’on lui fait observer que, derrière le F-35 américain, il y a Donald Trump et son aversion clairement affichée pour l’Union européenne, Charles Michel répond : C’est un achat pour quarante ans. Donald Trump ne restera pas quarante ans président des Etats-Unis.  Et la Belgique, sera-t-elle encore là dans sept ans ? Souvenons-nous des propos tenus, en janvier 2016, par Liesbeth Homans, la ministre flamande de l’Intérieur (N-VA) : Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc, je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose : la scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère que la Belgique n’existera plus en 2025.

Quand on sait que le F-35 ne sera livré qu’à partir de 2023…

Pour ce qui concerne les fameux « retours sociétaux », il convient de rappeler l’avertissement qu’avait lancé Claude-France Arnould, l’ambassadrice de France à Bruxelles, par le biais du journal flamand « De Standaard » : Si l’on pense qu’il est possible d’acheter le F-35 tout en développant le SCAF (Système de Combat Aérien futur), je dois souligner que cette idée relève d’un malentendu.

On sait que Charles Michel n’avait pas apprécié et qu’il avait chargé son conseiller diplomatique de rappeler l’intéressée à l’ordre… En attendant, ses beaux discours en faveur de la construction européenne ont perdu en crédibilité. Comme l’a déclaré le président français, la décision du gouvernement belge va stratégiquement a contrario des intérêts européens.

Une chose est sûre : si, à court terme, les Wallons se retrouvent assez bêtement belges tout seuls , pour reprendre l’expression de François Perin, ils réaliseront très vite leur cauchemar. Alors, ils se souviendront des propos du général de Gaulle : Les Wallons retrouveraient au sein de la France la fierté d’appartenir à une grande nation, la fierté de leur langue et de leur culture, le goût de participer aux grandes affaires du monde et de se battre pour de grandes causes humaines.

Voilà un critère qui en valait bien d’autres. Comme l’avait d’ailleurs déclaré le père de notre Premier ministre au « Figaro », en 1996 : Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016

 

L’achat de F-35 par la Belgique « va a contrario des intérêts européens » (Macron)

« Le Vif », Belga, 26 octobre 2018

Le président français Emmanuel Macron « regrette » la décision du gouvernement belge d’acheter des avions de chasse F-35 américains « plutôt qu’une offre européenne », une décision qui « stratégiquement va a contrario des intérêts européens », a-t-il déclaré vendredi devant la presse à Bratislava.

 

Un train relie Liège à la Chine

RTBF-Info, 24 octobre 2018

Une liaison ferroviaire directe entre Liège et la Chine centrale pour transporter des marchandises. Le premier train de 29 wagons et trente-sept conteneurs a démarré cet après-midi de la plateforme multimodale rail-route de Bierset pour Zhengzou. Ce train de marchandises roulera 12 jours pour traverser le continent en passant par la Russie avant de rejoindre la Chine explique Nicolas Limbioul, le patron de Liège Logistics Intermodal, l’entreprise qui exploite la plate-forme rail-route d’où démarre ce train : « C’est le premier train vers le centre de la Chine. Il n’y a pas de rupture de charge. C’est un direct. »

Au départ de Liège, le train est déjà chargé de marchandises. Essentiellement des produits mécaniques en acier. Il doit revenir le premier novembre, une opportunité pour l’e-commerce chinois. « On compte déjà onze mille trains chinois à destination de l’Europe » explique Michel Kempeneers, de l’Awex. « Principalement des trains à destination de l’Allemagne et des Pays-Bas. Et dans le cadre du jumelage de la Région wallonne avec la Province chinoise de Henan, nous avons pu obtenir ce beau succès, faire partir le premier train chinois de Wallonie, au départ de Liège. On attend à l’horizon 2019 deux ou trois trains par semaine à destination ou en provenance de Chine. Il s’agit d’alimenter les pays européens en produits chinois et aussi de pouvoir exporter là-bas les marchandises produites en Europe et en Wallonie. »   

Le train qui a démarré de Bierset ce mercredi après-midi était tiré par une locomotive privée allemande. A la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, les conteneurs seront transbordés sur d’autres wagons adaptés à l’écartement différent des voies ferroviaires russes. La même opération sera répétée à la frontière russo-chinoise. Au total, le train de marchandises au départ de Liège va parcourir onze mille kilomètres avant de rejoindre la Chine centrale.