L’utopie de Claude Demelenne


Jules Gheude, essayiste politique (1) Jacques Lenain, ancien haut fonctionnaire français (2)

Dans sa tribune intitulée « La Belgique survivra-t-elle jusqu’en l’an 2030 ? », Claude Demelenne écrit : Dans un avenir prévisible, la Belgique ne va pas être scindée en deux Etats indépendants. L’exemple de la Catalogne a montré que l’Union européenne mettrait son veto. 

L’exemple catalan est mal choisi. La Catalogne, comme Etat, ne peut devenir membre de l’Union européenne sans l’accord de Madrid, une capitale espagnole qui existera toujours, avec un gouvernement espagnol qui existera toujours, pour une Espagne qui existera toujours, même avec la perte de la Catalogne.

Pour la Belgique, il en ira tout autrement. En cas d’impossibilité, devenue insurmontable, de constituer un gouvernement belge, il n’y aura plus de pouvoir à Bruxelles pour s’opposer à la fin de l’Etat belge, ni de capitale belge pour contester la reconnaissance de la Flandre. L’Union européenne se contentera de constater la fin de l’Etat belge, du fait du divorce belge, et d’intégrer un nouveau membre (ou deux, ou trois).

D’autre part, Claude Demelenne estime qu’il ne faut pas craindre le confédéralisme.  Tout, absolument tout, peut être scindé. La Justice, la Police, l’Asile, la Politique migratoire, la SNCB, la Poste, les établissements culturels et scientifiques fédéraux, la Santé publique dans son entièreté, le nucléaire… Pas de tabou. Même la sécurité sociale ? Oui, même la sécurité sociale. Il ajoute toutefois que, en cas de scission sèche, la région la moins riche, la Wallonie, sera à la peine. Des nouveaux mécanismes de solidarité seront à prévoir.

On peut donc satisfaire la Flandre en scindant presque tout, y compris, la sécurité sociale (fonds de commerce du PS !), mais en conservant la solidarité financière.

Pourquoi donc la Flandre continuerait-elle à financer durablement la Wallonie une fois qu’il n’y aurait plus d’institutions régaliennes et/ou sociales belges « communes » à financer ? Sauf, éventuellement, pour une courte période transitoire, en échange de l’abandon de Bruxelles à la Flandre. Et là, par contre, la Flandre pourrait continuer à financer Bruxelles, si celle-ci acceptait de soumettre à elle.

Un troisième point doit nous interpeller. Comment agiraient la Wallonie et la Flandre, au plan international et européen, alors que l’Etat belge n’existerait plus que fictivement ? Là aussi, au mieux, ce ne pourrait être qu’un montage de courte durée. Avec qui négocieraient et traiteraient les instances internationales et européennes, ainsi que les Etats souverains ? Ce serait la multiplication à l’infini des blocages, comme ce fut le cas pour le dossier CETA. Petit exemple : comment serait calculée, acceptée, partagée, versée, la contribution belge au budget de l’Union européenne ?

On connaît la formule : « La parlement anglais peut tout faire, sauf changer un homme en femme. » Mais le Parlement de Londres ne peut pas faire que l’on soit à la fois dans et en dehors de l’Union européenne. De même, le Parlement et la Constitution belges  ne peuvent faire que, pour la communauté internationale des Etats, la Flandre (ou la Wallonie, ou Bruxelles) puisse être considérée comme souveraine en même temps que l’Etat belge qui serait conservé et dont ladite Flandre continuerait à faire juridiquement partie !

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », Editions Mols, 2019

(2) Jacques Lenain est l’auteur d’une vaste étude « Belgique française » : http://www.belgique-francaise.fr/notes-complementaires/jacques-lenain

PISA : comment expliquer les piètres résultats des francophones ?

Marie Gathon, « Le Vif », 3 décembre 2019

Hormis les progrès des jeunes francophones en mathématiques, l’enquête PISA 2018 livre peu de raisons de se réjouir. Pour interpréter ces résultats peu encourageants, nous avons interrogé Dominique Lafontaine, directrice du Service d’Analyse des systèmes et des pratiques d’enseignement (aSPe) à l’université de Liège.


© Getty

On peut avant tout constater une relative stabilité dans les résultats. Il n’y a pas de grande évolution par rapport aux années précédentes.

Concernant le test de lecture, la Fédération Wallonie Bruxelles se situe en dessous de la moyenne de l’OCDE. En 2009 et 2012, il y avait eu une évolution positive. Par contre, les résultats de 2018 confirment une diminution qui avait débuté en 2015.

En mathématique, on observe une légère progression et nous dépassons pour la première fois (depuis le début des tests PISA en 2000) la moyenne de l’OCDE. En Sciences, les résultats sont tout à fait stables.

Malheureusement, le test confirme également des grandes inégalités dans notre système scolaire. C’est-à-dire qu’il y a une grande disparité de résultats en fonction de l’origine sociale des élèves. Ces inégalités sont également plus importantes chez nous qu’en moyenne.

Comment peut-on expliquer des résultats si peu réjouissants ?

La première raison est qu’entre 2015 et 2018, il n’y a eu aucune réforme de notre enseignement. Aucun des mécanismes connus pour engendrer ces résultats n’ont été réformés durant ces années. Il s’agit aussi de la période du lancement du processus du Pacte pour un Enseignement d’Excellence.

Ce Pacte, lorsqu’il sera mis en pratique, va toucher aux mécanismes de mauvaise performance sur le moyen et le long terme. Mais il faudra patienter encore quelques années avant d’en voir les résultats puisque les réformes vont être échelonnées sur plusieurs années. Les premiers effets ne seront donc pas observés avant 2021, voire 2024.

Quels sont les grands chantiers qui vont permettre d’améliorer notre enseignement ?

Le premier est celui de l’allongement du tronc commun jusqu’à 16 ans. Les recherches montrent qu’il s’agit d’un levier important pour gommer les inégalités sociales et diminuer le redoublement. Actuellement, il existe un relatif tronc commun jusqu’à 14 ans, mais le test PISA interroge des élèves de 15 ans qui sont dans un système différencié depuis déjà plus d’un an. C’est à ce moment-là que les inégalités se creusent.

Le deuxième chantier est celui des programmes scolaires qui doivent être revus de fond en comble pour les actualiser et faire évoluer les savoirs et les compétences avec la société actuelle. C’est un chantier immense qui va permettre de réformer notre enseignement en profondeur, mais qui va prendre du temps.

En attendant, les élèves pâtissent d’un système qui n’est plus à jour.

Malheureusement oui. Mais le Pacte pour un Enseignement d’Excellence est une réforme cohérente sur le long terme. Ça ne peut pas se faire de manière brutale. Si vous décidez du jour au lendemain d’interdire le redoublement, vous aurez une levée de boucliers sur le terrain qui rendra la réforme très compliquée.

Pourquoi une réforme plus rapide n’est-elle pas possible ?

D’abord parce les politiques auraient peur de prendre une décision aussi impopulaire. Ensuite, parce que sur le terrain, les parents et les enseignants n’hésiteraient pas à lever le bouclier.

On sait par exemple que le redoublement est inefficace et qu’il est largement utilisé en Fédération Wallonie Bruxelles. Le Pacte d’Excellence va vers une suppression du redoublement, mais ça ne se fera pas du jour au lendemain. Il faudra d’abord faire évoluer les mentalités.

La culture de l’échec est très ancrée chez nous. Supprimer le recours au redoublement de manière brutale ne serait pas forcément efficace, car les acteurs du terrain chercheraient des échappatoires et des exceptions pour contourner les règles. C’est ce que l’on a déjà observé dans les années 2000 lorsque le redoublement a été interdit en primaire. La première année les redoublements ont diminué de manière drastique et les années qui ont suivi, ils ont augmenté graduellement. Pour éviter cela, il faudrait mettre en place des contrôles dans chaque école. Ce n’est pas réaliste.

On voit donc que prendre des mesures radicales contre les représentations culturelles, ce n’est pas la bonne approche. En Belgique, on préfère faire des compromis. Au niveau politique, on aura toujours plusieurs partis au pouvoir, en résulte une politique de compromis. Et ce, aussi dans l’enseignement.

Comment peut-on expliquer que la Belgique est un est des pays qui dépense le plus d’argent dans son enseignement et qu’il soit si peu efficace ?

En effet, en Fédération Wallonie Bruxelles, le rapport coût/efficacité n’est pas optimal. Cela s’explique pour deux raisons principales.

D’abord, notre enseignement est divisé en plusieurs réseaux (catholique, communal, provincial, libre, etc.) dont l’organisation a des coûts de fonctionnement. Cette division en réseau n’est pas pour autant plus efficace, alors qu’elle coûte cher.

Ensuite, il existe de nombreuses filières et beaucoup d’options dans le secondaire. En effet, une multitude d’options est proposée à des petits groupes d’élèves.

Pourquoi l’argent est-il si mal dépensé ?

Le problème vient du système de financement scolaire. Les écoles sont financées au prorata du nombre d’élèves qu’elles accueillent. Donc chaque école essaie de conserver un maximum d’élèves et offre un éventail d’options très large pour les attirer ou les garder.

D’ailleurs, cela se voit dans les résultats de PISA : nous avons une excellente situation concernant le nombre de professeurs par élève. Il est en moyenne de 21, ce qui est très peu. Mais cela ne reflète pas la réalité, puisqu’on sait que certains cours à option rassemblent à peine deux élèves alors que les cours généraux, comme le français, sont parfois donnés à des groupes de 30 à 35 élèves.

La Pacte va-t-il modifier cela ?

Malheureusement, le Pacte ne prévoit pas de réformer le système de financement. Même si l’allongement du tronc commun va permettre de faire des économies.

De même que réformer le système en réseaux, c’est tout à fait tabou. En effet, sur cette question, les parties prenantes sont impliquées dans le processus de décision. Ce qui rend les changements très compliqués. Le politique qui osera s’attaquer à ce dossier aura bien du courage.

Pourtant cela permettrait un enseignement plus efficace.

Tout à fait. Mais il ne faut pas non plus généraliser. On ne parle ici que du secondaire. En effet, la répartition du financement est très inégale selon le niveau. Le maternel est sous financé, le primaire est dans a moyenne, tandis que le secondaire coûte très cher et est beaucoup mieux financé. Le parent pauvre reste l’enseignement supérieur.

Pourquoi les enseignants n’essaient-ils pas eux-mêmes de réclamer une réforme puisqu’ils souffrent du système ?

Le problème est qu’ils sont très divisés sur la question. Effectivement, les professeurs qui enseignent les cours généraux se plaignent, à raison, de leurs conditions de travail. Tandis que ceux qui donnent des options n’ont aucune envie que le système change. Dans l’enseignement, les intérêts sont nombreux et contradictoires, c’est bien là le noeud du problème. 

Si le CD&V lâche la N-VA, il se suicide politiquement

Jules Gheude, essayiste politique (1)

« Il faut sauver la Belgique ! », répètent à l’envi les responsables francophones. Mais ils ne disent jamais de quoi il faut la sauver…

Dès sa création en 1830, la Belgique portait en soi les germes de la crise. Mettre ensemble deux collectivités humaines que tout oppose en leur disant : « Et maintenant, tâchez de vous entendre ! », ne pouvait que mener au désastre. Une nation ne peut se forger au départ de deux philosophies inconciliables. 

La Flandre dut attendre 1878 pour qu’une loi prévoie l’utilisation du néerlandais, en matière administrative, dans certains cas, à Bruxelles et dans les provinces du Nord. Sans oublier le contexte économique et politique désavantageux auquel elle fut longtemps confrontée.

Les luttes du Mouvement populaire flamand pour permettre à la Flandre d’obtenir enfin sa pleine reconnaissance sur l’échiquier belge ont engendré ce sentiment d’appartenance collective qu’on appelle nation.

Oui, une nation s’est créée. Elle n’est pas belge, mais flamande ! Et cette réalité est aujourd’hui cause de l’impossibilité de la Belgique à survivre. Lors de la crise de 2010-2011, un rapport de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée législative française a conclu que la division  de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rendait son existence de moins en moins probable. Les résultats des élections du 26 mai dernier n’ont fait que conforter ce constat.

En diabolisant  la N-VA, les responsables francophones affichent en fait leur profonde méconnaissance de la Flandre.

A partir des années 1960, c’est le parti démocrate-chrétien flamand qui a veillé à faire de la Flandre ce qu’elle est aujourd’hui. C’est « l’Etat-CVP » que l’on trouve à l’origine des mesures et initiatives qui ont contribué à effriter le ciment belge et à affirmer l’identité flamande : la fixation de la frontière linguistique en 1962, avec le Premier ministre Théo Lefèvre ; le « Walen buiten » de l’Université de Louvain en 1968, sous l’impulsion de Jan Verroken, avec pour conséquence immédiate la scission du parti catholique en deux ailes linguistiques ; la mise en oeuvre, dès 1972, de l’autonomie culturelle, avec le fameux « décret de septembre » obligeant les employeurs flamands, avec sanction à la clé, à utiliser le néerlandais dans leurs relations avec les employés ; le torpillage du pacte d’Egmont par le Premier ministre Léo Tindemans en 1978 ; la loi de financement élaborée par les « Toshiba boys » du Premier ministre Jean-Luc Dehaene et destinée à asphyxier la Communauté française ; l’idée confédéraliste lancée dès le début des années 90 par le ministre-président flamand Luc Van den Brande; la mise sur pied par Yves Leterme en 2004 du cartel CD&V/N-VA… Le même Yves Leterme qui, dans une interview à « Libération »  qualifia la Belgique d’accident de l’Histoire ».

En fait, il faut sauver la Belgique d’avoir été un accident de l’Histoire. Mission impossible !

Le processus du démantèlement de l’Etat belge est enclenché de manière irréversible. Le projet confédéraliste de Bart De Wever s’inscrit dans la suite logique des cinq résolutions que le Parlement flamand a adoptées en 1999. Ce n’est pas Bart De Wever, mais Wouter Beke, le président du CD&V, qui a déclaré, en 2007, au journal québécois « Le Devoir » : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Le problème, c’est qu’il y a une forte identité flamande mais pas vraiment d’identité wallonne. Les Wallons ne tiennent à la Belgique que pour l’argent. (…) A force de se frapper à un mur, les Flamands se sont radicalisés. (…) Ils (les francophones) ne le savent peut-être pas, mais ils jouent avec une bombe atomique institutionnelle. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Wouter Beke a d’ailleurs annoncé qu’une nouvelle réforme de l’Etat devrait avoir lieu en 2024.

Nul ne peut contester aujourd’hui l’existence de la Nation flamande. Une nation qui, tôt ou tard, finira pas se constituer en Etat souverain. Selon un dernier sondage, la N-VA et le Vlaams Belang sont aujourd’hui crédités ensemble de 47,6% des intentions de vote. Ils disposeraient de la majorité au sein du groupe néerlandophone de la Chambre.

Certains ont beau répéter que la mouvance séparatiste ne représente pas plus de 10% en Flandre. Comme l’a un jour écrit Pierre Bouillon du « Soir » : Que fait un séparatiste, s’il bénéficie d’une légitimité démocratique ? Ben, il sépare. Ça t’étonne, Yvonne ?

En Flandre, le CD&V a fait le choix de s’allier à l’Open VLD et à la N-VA pour constituer un gouvernement aux forts accents identitaires. S’il devait répondre à l’appel du pied de l’informateur Paul Magnette pour entrer dans une coalition fédérale sans la N-VA,  il est assuré d’une sanction sévère aux prochaines élections. Il apparaîtrait en effet comme ayant rompu cette relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne dont l’ancien ministre CD&V Stefaan De Clercq a rappelé fort justement qu’elle était profondément ancrée dans l’ADN flamand.

(1) Dernier ouvrage paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », préface de Pierre Verjans, Editions Mols, 2019.

Comment se présente le PIB wallon selon les statistiques de l’IWEPS (Institut wallon pour Evaluation, la Prospection et la Statistique

Evolution du PIB en volume – En millions d’euros (euros chaînés, année de référence 2010)

Régions 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020
Wallonie 87.965 89.098 90.307 91.761 93.126 94.438 95.505
Bruxelles 67.636 68.741 68.951 69.492
Flandre 222.131 226.394 230.790 235.408
Belgique 377.970 384.458 390.182 396.787 402.489 407.281 411.501

Evolution du PIB en volume – En pourcentage de la Belgique

Régions 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 Moyenne 2003-2017
Wallonie 23,3 23,2 23,1 23,1 23,1 23,2 23,2 23,4
Bruxelles 17,9 17,9 17,7 17,5 18,4
Flandre 58,8 58,9 59,1 59,3 57,5
Belgique 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

L’attitude ambiguë des libéraux flamands

« Le Vif », 26 novembre 2019


Jules Gheude
Essayiste politique J

Après s’être allié à la N-VA au gouvernement flamand, l’Open VLD va-t-il faire le choix de participer à une coalition fédérale sans le parti nationaliste ? De récentes déclarations permettent de le supposer.

Membre de l’exécutif flamand, le libéral Bart Somers, issu de l’ex-Volksunie, s’est ainsi attiré les foudres de la N-VA pour avoir déclaré qu’elle fuyait ses responsabilités au niveau fédéral. Tel n’est pas le cas de l’Open VLD qui, selon sa présidente Gwendolyn Rutten, n’est pas disponible pour bloquer ou scinder le pays.

Le discours libéral flamand est toutefois loin d’avoir toujours été aussi modéré.

Souvenons-nous de cette déclaration de Karel De Gucht, alors président de l’Open VLD, sur le plateau de VTM, le 6 novembre 2002 : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie.

Karel De Gucht prenait ainsi le relais de son coreligionnaire Patrick Dewael, ministre-président flamand qui, quelques mois plus tôt, avait pointé du doigt les transferts nord-sud : Chaque Flamand paie 815 euros pour son compatriote du Sud. Soit huit fois plus qu’un citoyen ouest-allemand débourse pour son voisin est-allemand. Amis wallons, attention !

Le même Patrick Dewael qui, le 7 janvier 2003, allait présenter ses priorités pour une future réforme de l’Etat. Un cahier de revendications s’inscrivant nettement dans le projet confédéral adopté, en 1999, par le Parlement flamand : scission des soins de santé et des allocations familiales, régionalisation partielle de la SNCB, flamandisation totale de Bruxelles-National, autonomie accrue pour l’impôt des personnes physiques, régionalisation partielle de l’impôt des sociétés, fixation par la Flandre de ses salaires et des sanctions de ses chômeurs.

Pour en revenir à Bart Somers, il convient également de citer ses propos tenus dans « Le Soir », le 5 septembre 2003 : Il serait impensable de toucher à l’économie de la Flandre de plein fouet en lui faisant porter l’effort de réduction d’émission de CO2 de manière linéaire, alors que l’appareil industriel au sud est plus vétuste, pollue proportionnellement davantage que le nôtre, qui est à la pointe de la technologie propre. Il n’est pas question de troquer un effort financier flamand en échange d’air propre wallon. Dans le cadre de Kyoto, la Flandre souhaite que la solidarité s’exerce, cette fois, dans l’autre sens, en faveur du nord.

Et les racines « volksuniennes » de l’intéressé sont toujours bien présentes lorsque, le 2 septembre 2006, il précise : Dans ma génération politique, nous donnons priorité aux intérêts régionaux flamands. (…) Les francophones doivent savoir que les Flamands sont résolus. (…) Nous n’accepterons plus que notre croissance et notre emploi soient freinés parce que la Wallonie ne veut pas rencontrer nos demandes.

Aujourd’hui donc, l’Open VLD n’est pas disponible pour bloquer le pays.

Mais n’est-ce pas d’Alexander De Croo, président de l’Open VLD, qui retira en 2010 la prise du gouvernement Leterme II, plongeant ainsi la Belgique dans la plus longue crise politique de son histoire : 541 jours sans gouvernement de plein exercice !

Tels sont les faits. Ils sont, dit-on, plus forts qu’un lord-maire. Que sont en réalité les libéraux du Nord? Quel jeu jouent-ils vraiment ?

Alors qu’il était Délégué général de la Communauté française à Paris (de 1988 à 1996), Paul-Henry Gendebien eut l’occasion de recevoir Jean Gol, chef de file des libéraux francophones. Dans son livre « Splendeurs de la liberté », il raconte : Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) surtout, il avait été ulcéré par les « avancées » du nationalisme chez les libéraux flamands auxquels s’était d’ailleurs ralliée l’une des ailes marchantes de la Volksunie. Manifestement, le virus de la séparation avait atteint le libéralisme flamand.

(1) Dernier livre paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », Editions Mols, 2019.

Crise politique : la vérité belge, en pleine face

« Le SOIR » 23/11/2019

Ce qui se joue aujourd’hui est fondamental et exige une prise en charge exceptionnelle.

C’est un fameux pavé dans la mare belge que jettent Vincent de Coorebyter et Marc Uyttendaele. Ce sont deux intelligences reconnues, le premier est un grand connaisseur de la société belge, le second de ses ressorts institutionnels. Mais rarement le bouillonnement et la provocation de Marc Uyttendaele et l’ultraprécision et la prudence de Vincent de Coorebyter ont autant convergé. Ce qui donne un poids très lourd au diagnostic grave et sans fard qu’ils posent sur la situation du pays.

Jugez plutôt des mots qu’ils utilisent pour qualifier ce moment de notre histoire politique : « Nous vivons la première vraie crise existentielle depuis des décennies », « le système est dans un cul-de-sac », « il faut avoir le courage de constater l’ampleur du désastre ». Ou encore ceci : « Le connu a vu se refermer toutes les portes et les fenêtres qu’il était censé pouvoir franchir. Pour le moment, le connu ne nous mène à rien. »

Vo

Tout va très bien, Madame la Marquise !

Premier tête-à-tête avec le Premier ministre français, Edouard Philippe.

Peu importe ce que la Première ministre Sophie Wilmès ait pu raconter à son homologue français. Edouard Philippe n’est pas dupe et sait fort bien que la Belgique ne vit pas une crise politique, mais bien une crise existentielle. Les Affaires étrangères françaises sont parfaitement au courant de notre situation…

Ce n’est pas pour rien que la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française a jugé opportun de dépêcher chez nous deux de ses membres durant la crise de 2010-2011.

Le rapport des intéressés avait conclu que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et de plus en plus dissemblables rendait son existence de moins en moins probable.

Les choses n’ont fait depuis que s’aggraver!

Selon un dernier sondage, la N-VA et le Vlaams Belang sont aujourd’hui crédités ensemble de 46,7% des intentions de vote.

Comme disent les Anglais : the end is at hand!

Jules Gheude

28 messages adressés à l’informateur Paul Magnette

« Le Vif » de ce 14 novembre publie vingt-huit messages adressés par des « acteurs de la société » à l’informateur Paul Magnette.

On trouvera ici le message rédigé par Jules Gheude

« Diaboliser la N-VA est insensé » – Par Jules Gheude – Essayiste

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Jules Gheude © HATIM KAGHAT

« Cher Paul Magnette,

Au fil des décennies, la Flandre a fini par se constituer en nation. Diaboliser la N-VA est une chose insensée. En plaidant pour le confédéralisme, Bart De Wever ne fait que donner suite aux fameuses résolutions que le parlement flamand a adoptées en 1999 et qui étaient calquées sur le projet confédéraliste proposé dès le début des années 1990 par le ministre-président flamand CVP, Luc Van den Brande. Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, a d’ailleurs déclaré en 2007 :  »Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. »

[…] Wouter Beke, encore lui, a précisé qu’une nouvelle réforme de l’Etat devrait avoir lieu en 2024 et son coreligionnaire Koen Geens, négociateur CD&V, a annoncé qu’il était hors de question que son parti s’engage au fédéral sans la N-VA.

Tout cela confirme les propos tenus naguère par l’ancien ministre CVP Stefaan De Clerck :  »La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand. »

Le démantèlement de l’Etat est donc un processus inéluctable. Lors de la crise de 2010-2011, un rapport de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française avait conclu que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rendait son existence de moins en moins probable. Les résultats des élections de mai 2019 n’ont fait que renforcer ce constat.

En 1981, François Perin, le grand militant wallon, avait déclaré :  »Cela fait des années que je pressens ce qui va arriver. Après d’éventuelles élections qui n’auront qu’exacerbé le malaise dû à une crise financière et économique insoluble, le malheureux chef de l’Etat se mettra à courir après un gouvernement introuvable : la Belgique peut disparaître par implosion. »

Nous y sommes ! Il faut avoir le courage de le reconnaître et de renoncer aux vains combats d’arrière-garde. « 

Et si on actait le décès de la Belgique ?

Jules Gheude, essayiste politique (1)

Lorsqu’il s’avère qu’un gouvernement ne peut être constitué au terme d’un processus électoral démocratique, soit on procède à un nouveau scrutin, soit on acte le décès du pays. Car un Etat sans gouvernement, n’est rien d’autre qu’un Etat qui n’existe plus.

Face à l’imbroglio politique auquel nous sommes confrontés aujourd’hui, Joachim Coens, candidat à la présidence du CD&V, propose de former un gouvernement de technocrates. Retour à la monarchie absolue de droit divin, lorsque le monarque choisissait lui-même ses ministres ?

Je rappelle à M. Coens qu’une Révolution a eu lieu en 1789 pour abolir ce système et mettre fin aux privilèges.

Je rappelle aussi à M. Coens que son parti s’est longtemps assimilé à l’Etat – ne parlait-on pas d’ « Etat-CVP » ? – et qu’il s’est trouvé à l’origine des mesures qui, à partir de 1960, ont contribué à radicaliser la Flandre et  à saper l’unité du Royaume : la fixation définitive de la frontière linguistique ; le « Walen buiten » de l’Université de Louvain avec, pour conséquence immédiate, la scission du parti catholique en deux ailes linguistiques (les autres formations suivirent) ; la mise en place dès 1972 de l’autonomie culturelle (le fameux décret dit de septembre, obligeant les employeurs flamands, avec sanction à la clé, à recourir exclusivement au flamand dans leurs relations avec les employés), le torpillage du pacte d’Egmont par le Premier ministre Léo Tindemans en 1978 ; la loi de financement élaborée par les « Toshiba boys » du Premier ministre Jean-Luc Dehaene et destinée à asphyxier la Communauté française ; l’idée confédéraliste lancée dès le début des années 90 par le ministre-président flamand Luc Van den Brande ; la mise sur pied par Yves Leterme en 2004 du cartel CD&V/N-VA… Le même Yves Leterme qui, dans une interview à « Libération »  qualifia la Belgique d’accident de l’Histoire ».Un constat bien réel.

Dès la constitution du Royaume, en 1830, Talleyrand avait déclaré que deux cents protocoles n’en feraient jamais une nation.

Pour paraphraser la terminologie actuelle, on pourrait dire que la Belgique a vu le jour de façon « diplomatiquement assistée ».

Ce ne sont pas les populations qui la composent qui ont été à la manœuvre, mais bien les représentants diplomatiques des puissances européennes auxquelles la France s’était militairement opposée. D’où cette définition d’ «Etat-tampon » dont nous avons hérité.

Le choix du monarque nous fut imposé par l’Angleterre. Quant au  « Congrès national belge », élu juste après la révolution, il fut le fruit d’à peine 2% de la population :  la grande bourgeoisie, laquelle, qu’elle fût de Flandre, de Bruxelles ou de Wallonie, ne s’exprimait qu’en français. Durant des décennies, elle détint les leviers de commande de l’Etat.

La masse populaire flamande fut ainsi réduite à l’abâtardissement linguistique et culturel.

C’est pour tenter de rectifier cette situation qu’un Mouvement populaire flamand se constitua assez vite. De nature romantico-littéraire à ses débuts, il finira par acquérir une dimension sociale. Car face à une Wallonie économiquement prospère, la Flandre évolue avec peine.

Des décennies de lutte seront nécessaires  pour que la Flandre obtienne enfin sa pleine reconnaissance sur l’échiquier politique belge. Elles expliquent incontestablement ce sentiment très fort d’appartenance collective qui s’est développé au Nord, jusqu’à forger aujourd’hui une nation bien distincte.

Avec les années soixante, le balancier économique s’est inversé. Alors que l’industrie lourde traditionnelle s’écroulait en Wallonie, la Flandre s’engageait sur le chemin de la croissance en misant sur les technologies nouvelles et sur le dynamisme de ses petites et moyennes entreprises.

Mise en place en 1980 et amplifiée par les réformes successives de l’Etat, la régionalisation n’est pas parvenue à redresser la Wallonie. Pour la Flandre, il s’agit là de l’effet d’une gestion inappropriée, fortement marquée par une gauche davantage soucieuse de sauvegarder les « droits acquis » que de développer l’entreprise privée.

Toujours est-il que la Flandre n’entend plus se montrer aujourd’hui solidaire. L’extinction progressive des transferts financiers en provenance du Nord est programmée pour 2025.

Le nouveau gouvernement flamand (N-VA, Open VLD et CD&V), issu des élections régionales du 26 mai dernier, entend poursuivre une politique de droite, fortement identitaire. En Wallonie, le PS n’est pas parvenu à constituer la majorité ultra-progressiste à laquelle il aspirait. Il s’est finalement allié ave Ecolo et le MR. Mais les nombreuses expériences de coalition avec une ministre-présidence socialiste n’ont jamais réussi à faire décoller la Wallonie. Depuis 2004, on ne compte plus les plans de redressement…

Il est d’ailleurs significatif de constater que le retour à l’équilibre budgétaire a été reporté à 2024. On va donc laisser filer la dette. Un rude coup pour le ministre libéral Jean-Luc Crucke, qui, sous la précédente législature, s’était affiché comme le gardien de l’orthodoxie budgétaire !

En attendant, le brouillard le plus épais subsiste quant à la formation d’un nouveau gouvernement fédéral.

Et si, de façon logique, on se mettait enfin autour de la table pour acter le décès de cet « accident de l’Histoire » ?

Nul ne peut contester aujourd’hui l’existence de la Nation flamande. Une nation qui, tôt ou tard, finira pas se constituer en Etat souverain. Selon un dernier sondage, la N-VA et le Vlaams Belang sont aujourd’hui crédités ensemble de 47,6% des intentions de vote. Ils disposeraient de la majorité au sein du groupe néerlandophone de la Chambre.

Certains ont beau répéter que la mouvance séparatiste ne représente pas plus de 10% en Flandre. Comme l’a un jour écrit Pierre Bouillon du « Soir » : Que fait un séparatiste, s’il bénéficie d’une légitimité démocratique ? Ben, il sépare. Ça t’étonne, Yvonne ?

(1) Dernier ouvrage paru : « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », préface de Pierre Verjans, Editions Mols, 2019.

La génération politique actuelle manque d’ingéniosité

L’analyse de Hendrik Vuye et Veerle Wouters, anciens députés indépendants, dans « Knack » du 9 octobre 2019

Traduction : Jules Gheude

Réformer l’Etat sans réforme de l’Etat, c’est ce qui se trouve manifestement sur la table des négociations. Dans « De Ochtend » du 7 octobre, le vice-Premier ministre fédéral Alexander De Croo (Open VLD) a lâché le petit ballon. Il veut, à partir du gouvernement fédéral, prendre des mesures qui permettront de faire davantage de travail sur mesure. « Car la problématique en Flandre occidentale est différente de celle de la province de Liège. Mais elle est aussi différente de ce que l’on a aujourd’hui dans le centre d’Anvers ».

Le même jour, sur le plateau de « Terzake », l’ex-informateur Johan Vande Lanotte (SP.A) confirme qu’il a fait, avec son collègue Didier Reynders (MR), des propositions aux partis « jaune-violet » pour rapprocher la gestion politique de la « sous-région ». Il évoque les secteurs du travail et des soins de santé.

Le nouveau mot magique est donc « sous-régions », le nouveau slogan, « travail sur mesure ».

Coïncidence ou pas : l’ancien président de la Chambre, Siegfried Bracke (N-VA) annonce, dans une opinion sur « Doorbraak » qu’il biffe le mot « confédéralisme » pour lui préférer « l’idée confédéraliste ». Le ministre Ben Weyts  se réjouit, quant à lui, à « Terzake », d’un « rapprochement entre le PS et la N-VA.

Il ne nous étonnerait pas que l’on vende bientôt à l’électeur les « sous-régions » de De Croo et de Vande Lanotte comme un élément de la « pensée confédéraliste ». Il est clair qu’un tournant se dessine.

A côté des régions et des communautés, il semblerait qu’on ait encore besoin de « sous-régions ». Ce n’est évidemment pas une réforme de l’Etat, mais bien une décentralisation à l’intérieur des institutions fédérales. Et comme le hasard n’existe pas dans ce monde, Johan Vande Lanotte avait consacré sa thèse de doctorat à « La nécessaire décentralisation ? Etude de droit compare sur les possibilités (…) d’une décentralisation au niveau intermédiaire dans le contexte belge » (1986).

Les plans, tels que nous les connaissons aujourd’hui, sont vagues, très vagues même. Sur le plan technico-juridique, cette piste peut prendre plusieurs formes. Cela peut être une décentralisation au sens strict du terme, par laquelle l’autorité fédérale affecte à des organes autonomes (sous-régions) des compétences qui restent soumises au contrôle administratif de l’autorité fédérale. Il peut aussi s’agir d’une décentralisation par laquelle l’autorité fédérale affecte des compétences à des organes qui continuent de dépendre totalement  du pouvoir hiérarchique de l’autorité fédérale.

Si l’on écoute bien ce que dit Alexander De Croo, on comprend qu’il y a un rôle à jouer pour les provinces et les grandes villes. Il fait en effet référence aux provinces de Flandre occidentale et de Liège, ainsi qu’à Anvers. Petite musique pour les oreilles du bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever, qui est aussi, par hasard, négociateur fédéral pour la N-VA… (…)

Chacun aura bien compris qu’une telle décentralisation n’a rien à voir avec le fédéralisme ou le confédéralisme. En outre, la décentralisation a déjà eu lieu dans la vieille « Belgique de papa », par exemple la décentralisation territoriale vers les provinces et communes. Il en était déjà ainsi en 1830-31. (…)

Le transfert de compétences de l’autorité fédérale vers les entités fédérées suppose une loi spéciale, votée à la majorité des deux- tiers à la Chambre et au Sénat. Il faut, en outre, une majorité simple au sein de chaque groupe linguistique. La barre est donc placée fort haut et on ne voit pas comment un nouveau gouvernement pourrait la franchir.

Il y aurait cependant une solution. On a déjà utilisé plusieurs fois, dans le passé, la technique de la « défédéralisation provisoire », comme nous l’avons expliqué dans notre « Grendelboek ».

Les secteurs économiques nationaux sont le dossier communautaire par excellence du début des années 80 du siècle dernier. Ce sont les charbonnages, les chantiers navals, le verre d’emballage, le textile et l’acier. Les décisions concernant ces secteurs sont toujours prises, après la réforme de l’Etat de 1980, par l’autorité fédérale, sur avis toutefois des gouvernements régionaux.

Le dossier de l’acier wallon est sensible. « Plus d’argent flamand pour l’acier wallon », tel est le slogan du Mouvement flamand. Le 24 juin 1981, le député Luc Van den Brande (CVP) dépose son projet de loi visant à scinder les secteurs nationaux. Ce dossier provoque même la chute du gouvernement Eyskens.

Comment le gouvernement Martens V (1981-85) a-t-il réglé cela ? Le vote de la proposition de loi Van den Brande n’est pas possible. Il faut pour cela une majorité spéciale, qui n’existe pas. Le gouvernement va décider de créer des comités ministériels régionaux au sein du gouvernement national. La solution est, selon les termes du ministre des Affaires économiques Mark Eyskens (CVP), un exemple de « technologie communautaire de pointe ».

Au sein du gouvernement national, on a donc un comité ministériel pour les secteurs nationaux en Région flamande et un comité ministériel pour les secteurs nationaux en Région wallonne. Cela se fait par Arrêté royal. Deux sociétés sont créées par une loi ordinaire, chacune compétente pour une région. Les moyens financiers proviennent des droits de succession perçus dans la région. Une politique spécifique peut ainsi être menée par chaque région, avec son propre argent. Désormais, ce sont les morts wallons qui payent pour la sidérurgie wallonne ! , écrit le journaliste de la rue de la Loi, André Méan.

Une défédéralisation provisoire peut souvent offrir une solution. Le dossier des secteurs économiques nationaux nous apprend que cela peut même être couplé à un financement par région. On obtient ainsi la défédéralisation et, en même temps, la responsabilisation. Une défédéralisation provisoire asouvent précédé dans le passé une défédéralisation définitive. C’est ainsi que les secteurs économiques nationaux ont été effectivement régionalisés lors de la troisième réforme de l’Etat (1988-89).

Cette technique créative peut être appliquée à de nombreux dossiers. On pourrait ainsi, par exemple, dénouer le noeud communautaire des numéros Inami : défédéralisation provisoire et responsabilisation.

Comme Martens et Dehaene étaient inventifs, comparés à la génération actuelle des politiciens, qui ne cessent de répéter qu’une réforme de l’Etat ne peut se faire qu’avec une majorité des deux-tiers. Et c’est ainsi qu’ils ne parviennent pas à aller plus loin qu’un travail sur mesure au sein de la « Belgique de papa ». Il peut vraiment en être autrement.