Enseignement : Prendre le taureau par les cornes       

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandaise de cette opinion a été publiée sur le site de « Doorbraak » :https://doorbraak.be/franstalig-onderwijs-koe-horens-vatten/

Voilà des années que l’univers scolaire subit les mutations issues des « cerveaux pédagogiques ».  Le bilan est tout simplement désespérant. Il suffit de voir comment s’expriment et rédigent aujourd’hui ceux et celles qui s’engagent dans les études supérieures pour s’apercevoir de la régression probante. Les enquêtes PISA  sont là pour en attester.

Le terme « rhétoricien » peut-il être encore utilisé, alors que la connaissance des « belles lettres »  se réduit de plus en plus à la portion congrue ? On ne peut se contenter de survoler Corneille, Racine, Molière, Montaigne, Voltaire, Diderot, Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Baudelaire, Flaubert, Gide, Camus, Sartre ou Yourcenar. Tous ces auteurs – et bien d’autres  – ont tant à nous apprendre ! Ils nous révèlent également l’apport essentiel du latin et du grec dans leur propre formation.

Il est question, depuis bien longtemps, de remplacer les cours de morale et de religion par une approche des grands courants de pensée (religieuse ou philosophique), susceptible d’éveiller l’esprit critique et tolérant. Une chose pourtant bien nécessaire en ces temps où l’obscurantisme refait surface. Mais les responsables de l’enseignement dit « confessionnel » préfèrent traîner les pieds au nom des valeurs particulières qu’ils prétendent véhiculer.

Le Pacte d’excellence, dont le débat est interminable, envisage d’imposer un  tronc commun pour les trois premières années du  cycle secondaire. Il ne faut toutefois pas trois ans pour s’apercevoir que tous les élèves ne sont pas coulés dans le même moule. Très vite, la démarche uniforme laisse apparaître des diversités multiples. Pourquoi contraindre un enfant à l’ennui et à la frustration, quand d’autres secteurs pourraient le valoriser et l’épanouir ? La société n’a-t-elle pas autant besoin de mécaniciens, de menuisiers, d’artistes ou de sportifs que d’avocats, de médecins, d’ingénieurs ou de professeurs ? Le nouveau pouvoir en place en France a bien compris la nécessité de valoriser l’enseignement technique et professionnel.

Bien des chantiers nouveaux ont été ouverts au fil des décennies pour transformer l’enseignement, sans que celui-ci s’en trouve amélioré.

On se souvient ainsi des méthodes audio-visuelles qui étaient censées doper l’apprentissage des langues étrangères. Le professeur devait faire abstraction de la langue maternelle des élèves et s’efforcer, à l’aide d’images et de mimiques, de leur faire comprendre le sens des phrases qu’ils entendaient.

Les établissements ont dû faire des investissements considérables pour acheter de nouveaux manuels et s’équiper en magnétophones et laboratoires. Opération commerciale avant tout, et largement réussie !

Mais le postulat de base de ces nouvelles méthodes était faussé. Lorsque nous apprenons notre langue maternelle, nous le faisons d’une manière naturelle, au départ d’un cerveau vierge. Tel n’est pas le cas pour une langue étrangère. Dès l’instant où l’élève cherche intérieurement, dans sa propre langue, ce que peut bien signifier ce qu’il vient d’entendre en anglais ou en néerlandais, la démarche est biaisée.

La plupart des professeurs de langues en reviennent d’ailleurs aujourd’hui aux listes de mots à apprendre par cœur, avec la traduction fournie.

Mais, dans un cas comme dans l’autre, force est de constater que les étudiants sont dans l’incapacité d’entretenir une conversation élémentaire dans une langue étrangère au terme de plusieurs années d’apprentissage. Seules les expériences en immersion se révèlent efficaces.

Il est regrettable que Marie-Martine Schyns, la ministre de l’Enseignement de la Communauté française, n’agisse pas avec la même promptitude que son homologue français. Ce dernier n’hésite pas à prendre les mesures qui s’imposent.

La réforme de notre enseignement ne porte d’ailleurs pas que sur les aspects pédagogiques.

Les moyens budgétaires dont disposent les pouvoirs publics ne sont pas illimités. Il convient donc d’en faire le meilleur usage. Une réflexion ne devrait-elle pas porter sur le maintien des structures actuelles ? Feu Robert Deschamps, professeur d’Economie aux Facultés universitaires de Namur, proposait de fusionner les filières d’enseignement de la Communauté française, des provinces et des communes et d’établir avec l’enseignement libre la mise en commun de certaines infrastructures. Les économies substantielles ainsi réalisées permettraient de mieux rémunérer le personnel enseignant et de garantir l’aménagement optimal des bâtiments scolaires.

La société évolue et impose des adaptations. Mais celles-ci ne peuvent se soustraire au principe de rigueur et d’exigence. Ne jamais céder à la tentation du nivellement par le bas ! La notion d’effort est capitale : on n’obtient rien sans rien.

La qualité de l’enseignement finlandais est unanimement reconnue. Dans ce pays, il est exclu de parler de bonnes et de moins bonnes écoles. Elles se rejoignent toutes dans l’excellence. A méditer !

 

(1) Derniers ouvrages parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les Vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

 

Six réformes électorales pourraient être débattues avant fin mai en Wallonie

« Le Vif », Belga, 8 février 2018

La coalition MR-cdH au gouvernement wallon a lancé jeudi un appel au PS pour l’aider à promulguer avant fin mai trois réformes électorales nécessitant une majorité spéciale des deux tiers en vue des régionales de 2019, ce à quoi le PS – dans l’opposition mais indispensable arithmétiquement – a répondu par une demande de débattre concomitamment de trois autres réformes.

Pierre-Yves Dermagne, ministre des Pouvoirs locaux, avait laissé une grande liberté aux auteurs du cadastre des intercommunales. Tout en leur demandant de ne pas trop insister sur les rémunérations. ©

La séquence, qui relance des débats ajournés depuis l’échec de la commission Renouveau démocratique au parlement wallon, a débuté lors d’une réunion du gouvernement programmée dans le cadre du salon des mandataires, organisé chaque année à Marche-en-Famenne.

L’exécutif Borsus-Greoli y a approuvé en première lecture un avant-projet de décret qui, comme le prévoit sa déclaration de politique régionale, vise à supprimer la liste des suppléants lors de l’élection au parlement de Wallonie ainsi que l’effet dévolutif de la case de tête, et à instaurer l’obligation d’alterner systématiquement le genre des candidats sur les listes.

La suppression de la liste des suppléants est déjà appliquée pour les élections communales et au parlement de la Communauté germanophone. Elle permettra de remplacer un élu empêché dans sa fonction non plus par son suppléant – qui parfois n’a récolté que très peu de voix – mais par celui qui, sur la liste, aura obtenu le plus grand nombre de voix.

La suppression de l’effet dévolutif de la case de tête vise à mettre fin à un mécanisme complexe, qui reporte un stock de voix accumulées en case de tête sur les candidats les mieux placés sur la liste. En supprimant cet effet, seuls les candidats qui ont obtenu le plus de voix de préférence seront élus, quelle que soit leur place sur la liste. Quant à la case de tête en elle-même, elle resterait pour permettre à l’électeur d’exprimer son soutien au programme porté par toute la liste, sans distinction de candidat particulier.

Enfin, le gouvernement veut instaurer l’obligation d’alterner systématiquement le genre des candidats sur les listes. Cette obligation complèterait celle déjà existante de présenter une liste composée à 50-50 de candidats de chaque genre.

La difficulté pour le gouvernement Borsus-Greoli réside dans la nécessité de réunir une majorité spéciale (deux tiers des députés), dont il ne dispose pas.

En outre, les avant-projets de décrets doivent être promulgués au plus tard le 25 mai prochain pour être d’application aux élections de mai 2019. Ils sont actuellement envoyés pour avis au Conseil d’État.

« Je lance un appel aux formations politiques pour réunir cette majorité spéciale, qui permettrait d’apporter plus de transparence, d’égalité et de démocratie » au scrutin régional, a affirmé M. Borsus.

Interrogé par Belga, le groupe PS au parlement wallon a rapidement répondu. Son chef Pierre-Yves Dermagne ne ferme pas la porte à la demande MR-cdH, mais il souhaite que trois autres réformes, inscrites dans les statuts internes du parti, soient discutées concomitamment, a fait savoir son porte-parole.

Ainsi, concernant le cumul entre les mandats de député wallon et de membre d’un exécutif local (bourgmestre, échevin, président de CPAS), en complément du plafond actuel de 25% d’élus de chaque groupe politique encore autorisés à cumuler grâce à leur bon score électoral, les socialistes réclament une incompatibilité totale dans les villes de plus de 50.000 habitants, tant pour les députés wallons que fédéraux, via le Code de la démocratie locale. Cette demande rouvrirait le débat sur le décret décumul, adopté en 2010 sous l’influence d’Ecolo.

Pour les membres qui pourraient cumuler, le PS veut établir un décumul financier, en réduisant à 100% la hauteur des rémunérations autorisées, qui est actuellement à 150% de la rémunération d’un député.

Le PS réclame en outre la parité de genre dans les collèges communaux et provinciaux. Les socialistes déposeront des textes en ce sens.

PS, MR et cdH s’étaient déjà entendus sous cette législature sur le redécoupage des circonscriptions électorales en Wallonie, autre texte nécessitant les deux tiers. Ils pourraient aussi aboutir en fin de la législature sur l’instauration d’une consultation populaire à l’échelle de la Wallonie.

Ces débats font traditionnellement l’objet d’accords préalables entre présidents de partis, comme ce fut le cas sur le redécoupage des circonscriptions électorales, ou lors de récentes tentatives de réformer le décret décumul.

 

La réforme des allocations familiales approuvée par le parlement wallon

« Le Vif », Belga, 7 février 2018

Le parlement wallon a approuvé mercredi, à l’unanimité moins six abstentions, la réforme des allocations familiales que le gouvernement espère mettre en oeuvre au 1er janvier prochain, sinon au 1er janvier 2020.

L’assemblée wallonne est ainsi la première, parmi les quatre entités du pays ayant hérité de cette compétence défédéralisée par la 6e réforme de l’État (Flandre, CoCom à Bruxelles, Wallonie et Communauté germanophone), à approuver son nouveau modèle de montants, d’agrément des caisses privées et l’organisation de sa caisse publique.

Les grandes lignes ont été largement commentées ces derniers mois. Elles prévoient un taux de base égal, quel que soit le rang de l’enfant, de 155 euros avant 18 ans et de 165 euros après 18 ans, ainsi que des suppléments sociaux associés à deux plafonds de revenus: 55 euros sont accordés pour les familles dont les revenus se situent en dessous de 30.000 euros brut imposables par ménage et 25 euros pour les familles dont les revenus sont situés entre 30.000 et 50.000 euros annuels. D

‘autres suppléments sont prévus pour les familles nombreuses, l’invalidité d’un parent, enfants atteints d’une affection, enfants orphelins, etc.

Le décret encadre aussi la prime de naissance ou d’adoption fixée à un montant unique, non dépendant du rang de l’enfant, de 1.100 euros et des primes pour la rentrée scolaire variant entre 20 et 80 euros selon l’âge de l’enfant.

Cette compétence pèse près de 2,25 milliards d’euros, soit près de 15% de l’ensemble du budget wallon.

Porté par le cdH sous l’égide de l’ancien ministre Maxime Prévot à qui a succédé Alda Greoli, le modèle avait été approuvé par le PS peu avant que ce parti ne soit remplacé par le MR en juillet dernier. PS, MR et cdH ont donc approuvé la réforme. Ecolo s’est abstenu, pointant du doigt les paliers de plafond de revenus donnant accès à certains suppléments sociaux, sources de manques à gagner non négligeables pour ceux qui seront juste au-dessus. Une grille plus échelonnée aurait évité ces « effets pervers », selon les Verts. Mais pour la ministre, ces différences s’atténuent mécaniquement avec le temps.

Le PTB, qui s’est lui aussi abstenu, a dit craindre une scission de la Sécurité sociale à travers la défédéralisation des allocations familiales, ainsi que l’inégalité créée dans les montants de base pour les enfants des différentes Régions du pays. Il a regretté, comme Ecolo, que la réforme n’ait pas été davantage utilisée comme instrument de lutte contre la pauvreté.

Le gouvernement décidera en mars si la date du 1er janvier 2019 est tenable au vu des contraintes administratives, ou si un report au 1er janvier 2020 est nécessaire. Quoi qu’il en soit, un système transitoire est prévu pour éviter tout non-paiement des allocations.

 

Enfin : la septième réforme de l’Etat!

Bart Maddens,  Doorbraak, 7 février 2018 – Traduction de Jules Gheude

Bart Madde

Nous aurons dû attendre longtemps, mais cette fois la septième réforme de l’Etat est enfin devenue un fait. Véridique : la proposition de loi spéciale a été déposée à la Chambre le 23 janvier. Elle a été signée par presque tous les partis, N-VA et PS compris. La majorité requise des deux tiers et la majorité dans chaque groupe linguistique seront donc obtenues sans peine.

Beaucoup craignaient que, durant cette longue période de pause communautaire, il serait difficile d’obtenir de nouveaux transferts de compétences.  Mais voyez : avec cette proposition, nous y sommes !

Un seul transfert

Transferts de compétences, c’est peut-être un peu vite dit Il y a un transfert de compétence. Et en est-ce bien d’ailleurs un ?  Mais oui. Mais on pensait qu’il s’était déjà produit depuis longtemps. Depuis dix-sept ans, pour être précis.

De quoi s’agit-il ? Chacun était parti du principe que l’accord du Lambermont de 2001 prévoyait le transfert total des règles en matière de campagne pour les élections locales. Ces règles furent dès lors reprises dans les décrets électoraux locaux des Régions flamande et wallonne. Mais lorsque le gouvernement flamand voulut les faire appliquer en 2016, le Conseil d’Etat provoqua une surprise de taille. Il s’avère que les régions ne sont compétentes que pour le contrôle des règles, pas pour les règles elles-mêmes. Cela reste une matière fédérale. Exactement comme c’est le cas pour les élections régionales.

Cela conduit à une situation bizarre. Les règles régionales déjà approuvées par les parlements régionaux restent en principe valables, car elles n’ont jamais été contestées par le Cour constitutionnelle, et n’ont dès lors pas été annulées. Mais à présent qu’il est clair que les régions ne sont pas compétentes, des adaptations à la réglementation fédérale doivent avoir lieu. Pour cela, il faut ressortir une vieille loi fédérale de 1994.

Les régions sont désormais également compétentes pour les règles, et pas seulement pour le contrôle

La septième réforme de l’Etat va donc s’arranger pour régulariser le détournement de pouvoir du passé. Les régions seront donc bien compétentes pour les règles, et pas seulement pour le contrôle. Ce n’est donc pas une réforme spectaculaire. Encore qu’il ne faille pas sous-estimer l’importance de ces règles. Elles constituent, en effet,  une part substantielle de la législation électorale.

Et maintenant ?

Que devons-nous penser de cela ? En temps de pause communautaire, des mini-réformes de l’Etat semblent tout à fait possibles. Ce fut déjà le cas fin 2015, lorsque, dans le plus grand calme, la réglementation de financement a été adaptée pour la Communauté germanophone. Il était apparu que l’on s’était quelque peu trompé dans les calculs lors de la sixième réforme de l’Etat.

Effacer des anomalies gênantes dans la structure de l’Etat, n’est manifestement pas un problème pour les partis. Même les Francophones sont demandeurs. Ils estiment plus confortable que les régions soient intégralement compétentes pour les élections locales, sans exceptions obscures. Mais si tout cela est possible, pourquoi de nouveaux transferts étendus de compétences restent-ils un tabou ?

La structure de l’Etat belge regorge d’absurdités et de règles inextricables. Les Flamands n’auraient-ils pas pu lier la question des élections locales et la modification de la loi spéciale de 1980 à la solution d’une série d’autres points institutionnels sensibles ? Ou ne feraient-ils tout simplement pas mieux de laisser subsister toutes ces anomalies pour les utiliser plus tard comme levier pour une réforme plus profonde ?

Ce sont des questions difficiles. Mais cela ne devrait pas nous gâcher la joie du transfert phénoménal de compétences de la septième réforme de l’Etat !

Certaines communes wallonnes ne sont pas du tout couvertes par la 4G? Faux, répond Proximus

« Le Vif », Belga, 6 février 2018

Il n’est pas correct d’affirmer que certaines communes wallonnes ne sont pas du tout couvertes par la 4G, réagit mardi Proximus à une analyse de l’Institut belge des postes et télécommunications (IBPT), relayée par le cdH, selon laquelle 39 communes du sud du pays n’ont pas accès à cette technologie ni à une téléphonie mobile sans coupure.

Depuis 2016 et un accord avec la Région wallonne, les opérateurs de télécoms augmentent en outre progressivement leur couverture des zones blanches. Ces derniers et la fédération technologique Agoria appellent d’ailleurs à un « new deal » au sud du pays pour déployer les réseaux mobiles.

D’après le parti centriste, quelque 220.000 habitants sont concernés par cette absence de 4G. Plus précisément, les 39 communes en question ont en réalité un réseau fixe (avec une vitesse de 30 MB) dont la couverture ne dépasse pas 60% et ne sont pas couvertes à 100% en 4G par au moins un opérateur, explique-t-il. En province du Luxembourg, on dénombre quatorze communes concernées, neuf en province de Liège, quatorze en province de Namur et deux en Hainaut. Le cdH a dès lors déposé le texte d’une résolution au Parlement wallon afin que toutes les communes soient couvertes par cette technologie.

Ce sont seulement certaines parties des communes en question qui sont moins bien couvertes, nuance Proximus, qui souligne permettre à 99,7% de la population un accès à cette technologie. La majorité d’entre elles est couverte à plus de 70%, voire même jusque 90%, insiste l’opérateur.

Actuellement, près de 99% des ménages ont accès au réseau fixe haut débit (supérieur à 30 Mbps) en Belgique, ce qui place le Royaume en 2e position au niveau européen, abonde Agoria. Quant au réseau mobile, 94,5% des ménages ont accès au réseau 4G (7e position européenne et bien au-dessus de la moyenne) et même plus, selon l’Atlas de l’Institut belge des postes et des télécommunications (supérieur à 98%), ce qui constitue une belle progression depuis 2014 (67,8%), détaille la fédération technologique. Il est vrai qu’il existe des communes où des améliorations sont encore à faire, concède toutefois Orange Belgium.

Mais, même si on en est très proche, on ne peut pas arriver à une situation de couverture à 100% du territoire, prévient l’opérateur d’origine française. La Wallonie est beaucoup moins densément peuplée que la Flandre, ce qui explique que des zones soient parfois moins bien couvertes.

La zone au sud du sillon Sambre et Meuse est en outre bien plus rurale que le reste du pays, avec parfois à peine quelques maisons formant un hameau. Le vallonnement complexifie en outre encore davantage la situation. Énormément d’efforts ont malgré tout été consentis l’an dernier pour les zones blanches et cela continuera cette année, assure-t-on chez Proximus. Les opérateurs télécoms ont investi près de 10 milliards d’euros ces six dernières années, renchérit Agoria. L’accord de 2016 avec les autorités wallonnes sur la suppression de la taxe pylônes prévoit, de plus, 60 millions d’investissements supplémentaires sur la période 2016-2019, notamment pour les zones blanches, avec des solutions innovantes. « Cela est en cours d’implémentation et un comité de suivi a été mis en place », explique-t-on chez Orange Belgium. Si les opérateurs respectent leurs engagements d’investissements dans l’infrastructure wallonne, un des engagements de la Région n’est pas complètement suivi, constate cependant Agoria.

Certaines communes et provinces wallonnes continuent en effet de taxer les antennes GSM, ce qui ralentira ou diminuera les investissements dans le réseau, met en garde la fédération technologique. Les sept principaux opérateurs du pays avaient annoncé la semaine dernière s’engager à assurer un déploiement rapide de réseaux super rapides, fiables et permettant à la Belgique de rester au top de l’Europe en matière d’infrastructures télécoms. Réunis avec Agoria, ils demandaient un cadre réglementaire propice aux investissements. Un plaidoyer qu’ils répètent mardi pour la Wallonie.

Pour assurer le développement de la 5G, la Région devra par exemple impérativement adapter la norme d’émission des antennes, estime la fédération technologique. Elle doit aussi encourager l’utilisation de l’internet mobile puisque sa pénétration en Belgique reste relativement faible (67,8% contre 83,9% pour l’UE28) et bien en-dessous des pourcentages de couverture, ajoute-t-elle. Agoria Wallonie et les opérateurs télécoms sont prêts à se mettre autour de la table avec le gouvernement wallon afin de discuter des modalités de mise en oeuvre du déploiement du réseau et notamment du Plan wallon d’investissement annoncé pour les années à venir (entre autres pour les zones blanches), concluent-ils.

 

Di Antonio sur la réfection des routes wallonnes: « Timing respecté, reste à convaincre les Wallons »

« La Libre Belgique », Belga, 6 février 2018

 

La réfection des routes de Wallonie respecte le timing prévu, a assuré mardi le ministre wallon des Travaux publics Carlo Di Antonio, en présentant à la presse l’état d’avancement du « plan infrastructures 2016-2019 ».

Mais la perception des usagers wallons reste problématique. « On va donc objectiver le débat », annonce le ministre. A mi-parcours du plan infrastructures (640 millions d’euros pour plus de 300 dossiers de réhabilitation de voiries secondaires et d’autoroutes, de création de « routes de l’emploi » et d’investissements dans les voies hydrauliques), plus de 348 millions d’euros ont déjà été engagés.

La création d’emplois est estimée à 3.800 équivalents temps plein et la valeur ajoutée totale à 280 millions d’euros.

« Nous sommes exactement dans le timing prévu », se réjouit le ministre Di Antonio, satisfait aussi des perspectives dégagées par le prochain plan wallon d’investissement (PWI) 2019-2024.

« Il n’y a en réalité qu’un seul problème: la perception des Wallons de la réalité de ce que l’on fait », constate le ministre, qui se désole des « pseudo-études » sur l’état des routes wallonnes.

« Il faut sortir de l’idée que l’on ne travaille pas la nuit et le week-end – c’est faux! – ou que l’on doit revenir au même endroit dès l’année suivante ; nos routes rénovées tiennent le coup, les travaux réalisés sont corrects, et on va objectiver cela ». Le ministre Di Antonio a commandé une étude afin de « démontrer la bonne utilisation des millions d’euros investis ».

 

La Flandre assouplit les exigences linguistiques pour les travailleurs wallons

Céline Bouckaert, « Le Vif », « De Standaard », 6 février 2018

À en croire une information du quotidien De Standaard, le ministre flamand de l’Emploi, Philippe Muyters (N-VA), compte sur les travailleurs wallons pour combler le manque de personnel dans les entreprises flamandes. La pénurie de travailleurs est telle qu’il se dit même prêt à laisser tomber les exigences linguistiques.

En Flandre, le taux de chômage est de 6,7% et dans certaines régions il ne dépasse pas les 2%, alors qu’en Wallonie il y a plus de 13% de chômeurs. Dans le but de pallier le manque de personnel en Flandre et de faire baisser le chômage en Wallonie, le ministre flamand de l’Emploi Philippe Muyters et son homologue francophone Pierre-Yves Jeholet (MR) ont signé un pacte pour faire travailler plus de Wallons en Flandre. L’objectif est d’en faire venir 2 500 par an.

Tous les secteurs

D’après les chiffres du Forem publiés par De Standaard, le nombre de Wallons engagés dans une entreprise flamande a baissé de 68 000 à 50 000 entre 2008 et 2015. Une baisse que Muyters attribue à la conjoncture. « Suite à la crise, il y avait tout simplement moins d’emplois. Mais depuis un ou deux ans, la vapeur s’est inversée et l’économie progresse. Nous avons besoin de gens : dans tous les secteurs et dans toute la région le long de la frontière linguistique. »

La Flandre a tant besoin de travailleurs que Muyters demande aux entreprises flamandes de ne plus exiger de connaissances du néerlandais de la part des candidats. « Nous allons sensibiliser les employeurs flamands à voir les connaissances du néerlandais comme une compétence qu’on peut acquérir au lieu d’une condition pour être engagé », déclare-t-il à la VRT.

Formation sur place

« Le but est que les candidats wallons soient embauchés et qu’ensuite ils suivent un cours de néerlandais au travail. Ce sera davantage axé sur leurs expériences, et sera nettement plus utile qu’une formation de langue générale. Le VDAB (l’équivalent flamand du FOREM, NLDR) paiera cette formation », explique le ministre au Standaard.

Les demandeurs d’emploi wallons seront également sensibilisés aux possibilités en Flandre. Jeholet et Muyters lanceront une campagne en ce sens. Aujourd’hui, beaucoup de Français du Nord travaillent déjà en Flandre-Occidentale, qui possède de nombreuses entreprises situées à quelque pas de la frontière.

Le velours vaut toujours mieux que le crépitement des balles

Jules Gheude, essayiste politique (1)

La version néerlandaise de cette opinion a été publiée sur le site de « Doorbraak » : https://doorbraak.be/fluwelen-handschoen-is-altijd-beter-dan-kogelgeratel/

Les lois de la logique

Un indépendantiste est, en toute logique, quelqu’un qui réclame l’indépendance.

Ou bien on lui interdit de se présenter aux élections, ou bien, si on l’y autorise, on en assume démocratiquement les conséquences.

Utilisant la majorité absolue dont ils disposaient au Parlement catalan, les partis indépendantistes ont donc, en toute logique, proclamé l’indépendance de leur région. Madrid pouvait-il s’attendre à autre chose de leur part ?

Mais les autorités espagnoles ne l’entendent pas de cette oreille. Et d’inviter le parquet de Madrid à poursuivre les intéressés pour « sédition et rébellion », tout en reprenant en mains la gestion des affaires en Catalogne.

Des autorités catalanes se retrouvèrent ainsi emprisonnées, tandis que d’autres, tel le chef du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, décidaient de trouver refuge en Belgique, accueillis à bras ouverts par la N-VA.

En provoquant de nouvelles élections régionales, le 22 décembre 2017, le gouvernement espagnol espérait bien infliger une défaite aux indépendantistes catalans. Il n’en a rien été et ceux-ci ont retrouvé leur majorité absolue.

Il n’a pas été interdit à Carles Puigdemont de se présenter à ces élections, de sorte que sa victoire est tout à fait légitime et que rien ne peut l’empêcher aujourd’hui d’être à nouveau investi.

Mais le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, s’obstine. Si l’intéressé revient à Barcelone, le mandat d’arrêt délivré à son encontre sera immédiatement exécuté.

Curieuse interprétation de la démocratie !

Mariano Rajoy veut-il une guerre civile ?

Mariano Rajoy cherche-t-il, par son entêtement, à déclencher une guerre civile ? Tout, en effet, y concourt. Derniers épisodes : Madrid ordonne la suppression la Délégation générale de Catalogne à Bruxelles et la Cour constitutionnelle bloque l’investiture de Carles Puigdemont à la présidence du gouvernement catalan.

Cette partie de bras de fer ne peut que mal se terminer. Et, en cas de conflit, on voit mal l’Union européenne poursuivre sa stratégie des bras croisés.

Ce qui s’est passé lors du démantèlement de l’ex-Yougosavie peut fort bien se reproduire.

Et si cela devait avoir lieu en Belgique…

Transposons cela à l’échelon belge. Imaginons que, forts d’une majorité absolue au Parlement flamand, la N-VA et le Vlaams Belang se prononcent pour la mise sur pied d’une République flamande. Ici aussi, ce serait contraire à la Constitution belge, qui stipule que le Roi est garant de l’intégrité du territoire.

Mais en décrétant unilatéralement son indépendance, la Flandre s’affranchirait automatiquement de la Constitution et des lois belges. Elle deviendrait de facto un Etat souverain.

Un Etat souverain, libéré aussi des obligations internationales  auxquelles le Royaume de Belgique avait souscrit. Lors de la dislocation d’un Etat, c’est, en effet, le principe de la « table rase, qui prévaut. L’Etat dit « successeur » se retrouve tel un nouveau-né, vierge de tout traité international.

Carles Puigdemont a toute légitimité pour agir

Quel pouvoir la justice espagnole peut-elle avoir sur Carles Puigdemont, dès l’instant où un Etat catalan a été proclamé de manière démocratique ? Rien ne peut empêcher l’intéressé de constituer un gouvernement pour assurer la pleine gestion de cet Etat, que ce dernier soit reconnu ou non.

François Perin était un constitutionnaliste particulièrement réputé. Voici ce qu’il écrivait en 1981 :

Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons ont beau se proclamer belges. Quel est celui d’entre eux qui se battrait (au sens propre : en participant à une guerre civile) pour rétablir la Belgique contre la volonté des Flamands ? Poser la question, c’est la résoudre. Jamais l’Europe, ni l’OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils donc faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ?

L’épineuse question du partage de la dette

La seule issue en Espagne consiste à mettre les protagonistes autour de la table pour négocier les aspects liés à la partition, notamment le partage de la dette.

La Convention de Vienne  du 8 avril 1983 en matière de biens, archives et dettes d’Etat stipule, en son article 40, que le partage doit se faire de manière équitable, compte tenu des actifs qui passent à l’Etat successeur. Mais ni l’Espagne ni la Belgique n’a signé cette Convention. La négociation sera donc dictée ici non par une règle de droit international clairement établie, mais par le rapport des forces politiques en présence, ce qui n’est certes pas de nature à faciliter les choses.

Mais les autorités espagnoles n’ont aucun intérêt à se montrer intransigeantes et à tergiverser. Il y va, en de compte, du bien-être des populations concernées.

Lors de la dislocation du Royaume uni des Pays-Bas en 1830, il a fallu dix ans pour régler la question de la dette. Le Traité de Londres du 19 avril 1839 a procédé expressément, en son article 13, au partage entre les « Pays-Bas résiduaires » et le nouveau Royaume indépendant de Belgique. Et la dette de l’époque était ridiculement basse par rapport au PIB. De plus, la Belgique n’était pas en position de force pour négocier avec les Pays-Bas. Elle ne dut son existence qu’aux interventions militaires de la France – le maréchal Gérard – pour la protéger des Pays-Bas. Anvers ne fut libérée qu’en 1832 par les Français. Certes, bien des choses ont changé depuis 1839.

Si la Flandre devait faire sécession, la « Belgique résiduelle » pourrait aussi de facto être exclue du jeu international. Il faut rappeler ici  que la « Yougoslavie résiduelle », qui avait toujours sa capitale à Belgrade comme avant les sécessions slovène croate et bosniaque de 1991-1992, n’a pas été reconnue par l’ONU de 1992 à 2000 comme successeur de la « grande Yougoslavie ».

Mieux vaut divorcer à l’amiable

La Tchécoslovaquie a été capable de divorcer à l’amiable, alors que c’était le partenaire le plus faible, la Slovaquie, qui demandait la séparation.

Le velours vaut toujours mieux que le crépitement des balles ! Mais Mariano Rajoy peut-il entendre ce message ?

Sans doute n’est-il pas inutile de rappeler ces propos tenus en 1947 par Jean Rey, l’un des pères de la construction européenne :

(…) partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu’il ne finisse pas par craquer (…) La sagesse est de s’en apercevoir à temps.

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2016, et « Un testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

La réforme wallonne des allocations familiales approuvée à l’unanimité en commission

« La Libre Belgique », Belga, 23 janvier 2018

La commission de l’Action sociale du parlement wallon a mené au pas de charge mardi les débats sur le projet de réforme des allocations familiales, qu’elle a approuvée à l’unanimité en début de soirée, laissant toutes ses chances à une entrée en vigueur au 1er janvier prochain. Le dossier est l’un des plus importants de la législature 2014-2019, puisqu’il pèse près de 2,25 milliards d’euros, soit près de 15% de l’ensemble du budget wallon.

Initié par le précédent gouvernement (PS-cdH) à la suite de la défédéralisation de cette compétence (6e réforme de l’État), le projet de l’ex-ministre Maxime Prévot (cdH) avait été repris par la nouvelle majorité MR-cdH et sa ministre de l’Action sociale Alda Greoli (cdH).

Il prévoit que, pour chaque enfant né à partir de l’entrée en vigueur de la réforme (1er janvier 2019, voire 2020 si les préparatifs administratifs devaient s’enrayer), la famille recevra une allocation de base de 155 euros jusqu’aux 18 ans de l’enfant et 165 euros de ses 18 à 24 ans.

Le rang de l’enfant n’intervient donc plus dans le calcul du montant des allocations: le montant octroyé au premier enfant sera égal à celui des enfants suivants. Il prévoit aussi un montant augmenté à partir de 18 ans, suivant en cela la hausse avérée des coûts liés à l’enfant à partir de cet âge.

Les changements concerneront uniquement les enfants nés à partir de l’entrée en vigueur. Pour les enfants nés avant, le modèle actuellement utilisé subsistera pour s’éteindre de façon progressive, jusqu’en 2043. Il n’y aura donc aucune diminution de montant pour les familles actuelles, souligne la ministre.

La Wallonie est ainsi la première entité du pays à valider son modèle d’allocations familiales, sa caisse publique et l’agrément des caisses privées, se réjouit-elle.

 

Belgique : Chronique d’une mort annoncée

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique (1),  sur le site du « Vif », 22 janvier 2018

http://www.levif.be/actualite/belgique/belgique-chronique-d-une-mort-annoncee/article-opinion-787711.html

Il y a deux ans, lors d’un reportage de la VRT, Liesbeth Homans, ministre (N-VA) du gouvernement flamand, exprimait le souhait de voir la Belgique disparaître en 2025. Aujourd’hui, le groupe financier Bloomberg annonce la fin de la Belgique en 2028. Le Royaume se trouve donc en phase terminale.

Cela n’empêche pas la coalition suédoise de Charles Michel d’envisager des mesures pour le long terme, notamment en ce qui concerne l’énergie. Il est même question de la construction d’une nouvelle centrale nucléaire en… 2040, même si la ministre Marie-Christine Marghem s’empresse de préciser qu’il s’agit là d’un scénario tout à fait théorique.

Bref, on prépare un avenir dans lequel la Belgique pourrait ne plus avoir sa place.

Si l’espoir, dit-on, fait vivre, il importe aussi de tenir compte de la réalité.

Depuis 1970, le moteur institutionnel de la Belgique a subi six entretiens. Mais aujourd’hui, il semble totalement bloqué. La saga du RER, les nuisances sonores au-dessus de Brussels Airport, la construction d’un stade national, la mise en application du pacte énergétique… Autant d’éléments qui viennent illustrer les propos tenus en 2016 par Jean Quatremer, le correspondant bruxellois du journal « Libération » : le royaume est dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité.

La Belgique est souvent associée au mouvement surréaliste. On connaît ce tableau de René Magritte intitulé « Ceci n’est pas une pipe ». L’artiste aurait pu également dessiner les contours de la Belgique, en y ajoutant « Ceci n’est pas un pays »…

Ce qui est en tout cas surréaliste, c’est de voir la plus grande formation politique du pays, la N-VA, au gouvernement fédéral, alors qu’elle plaide ouvertement pour l’émergence d’une République flamande au sein de l’Europe. Cela s’appelle « entretenir un serpent en son sein ».

Lorsque la « suédoise »é a vu le jour en 2014, il fut décidé de placer le communautaire au frigo pour la durée de la législature. Insensé, lorsqu’on sait qu’en Belgique, le moindre dossier revêt un aspect communautaire. On le voit encore aujourd’hui avec la polémique entretenue autour de Théo Francken, le ministre (N-VA) à l’Asile et à l’Immigration. Les francophones réclament à cor et à cri sa démission, tandis que l’homme ne cesse de doper les adhésions à son parti. Continue comme cela ! a lâché Bart de Wever, lors de la réception de Nouvel An de la N-VA à Malines…

Si des élections devaient avoir lieu aujourd’hui, il ne fait aucun doute que Théo Francken se retrouverait sur la première marche du podium en Flandre. Autrement dit, l’entêtement des francophones à son égard ne fait que précipiter la mort du royaume.

Les francophones souffrent de ce que j’appellerais « le syndrome du catoblépas », cet animal légendaire à long cou grêle dont la lourde tête traîne à terre et l’amène à brouter ses propres pattes.

Les francophones sont, en effet, perpétuellement dans le déni. Ils refusent de voir la réalité en face : depuis 1970, tout a été mis en oeuvre pour faire de la Flandre une véritable nation (un peuple, un territoire, une langue, une culture).

Il n’y a pas place, dans ce petit pays, pour deux nations : une belge (mais a-t-elle vraiment jamais existé ?) et une flamande, constatait François Perin en 1981. Et il ajoutait : Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons ont beau se proclamer belges. Quel est celui d’entre eux qui se battrait (au sens propre : en participant à une guerre civile) pour rétablir la Belgique contre la volonté des Flamands ? Poser la question, c’est la résoudre. Jamais l’Europe, ni l’OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils donc faire : débarquer les « Marines » pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ?

Le Centre d’études du MR porte le nom de Jean Gol. Les pontes de ce parti ignorent-ils qu’à la fin de sa vie, Jean Gol ne se faisait plus la moindre illusion quant à la Belgique ? Selon lui, la poussée irrésistible du nationalisme flamand ne pouvait qu’entraîner la disparition du pays et seule la France était de nature à assurer l’avenir de la Wallonie.

Dans son livre « Splendeurs de la liberté », Paul-Henry Gendebien rapporte cet entretien qu’il eut avec l’intéressé : Nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. Sa férocité se déchaîna lorsque nous évoquâmes ceux de ses amis politiques qu’il faudrait recaser à l’Assemblée nationale. « De toute manière, ajouta-t-il, ils seront fiers de porter l’écharpe tricolore et quelques décorations feront le reste… ». Nous évoquâmes aussi diverses formules d’association ou de réintégration dans la République, le précédent de l’Alsace-Lorraine n’étant pas sans intérêt.

La raison pour laquelle la Belgique a été créée en 1830 (volonté des grandes puissances de l’époque, notamment l’Angleterre, de se prémunir contre la France) ne représente plus rien depuis belle lurette. Le temps n’est-il pas venu de réparer ce que l’ancien Premier ministre Yves Leterme a lui-même qualifié d’accident de l’Histoire ?

Jean Rey, l’un des pères de la construction européenne, était connu pour sa sagesse. En 1947, il déclara : Partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu’il ne finisse pas par craquer.

La Catalogne, l’Ecosse, la Flandre : il est vain de mener des combats d’arrière-garde contre des mouvements irréversibles.

En raison des caprices de l’Histoire, la Wallonie n’a été française que durant une très brève période, de 1794 à 1814. Pourtant, depuis le 13ème siècle, le français y a été accepté comme langue littéraire. L’historien namurois Félix Rousseau voit là le fait capital de l’histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.

La France serait-elle disposée aujourd’hui à accueillir la Wallonie ? A cette question, Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, répond clairement : S’ils étaient consultés demain sur l’éventuel rattachement des francophones à la France, 95% des habitants de l’Hexagone répondraient favorablement. Et il ajoute : C’est un beau débat. Qu’il commence !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016