« Le jour où l’on devra partager la dette belge »

Une opinion de Jules Gheude sur le site RTBF Info – 22 septembre 2017

https://www.rtbf.be/info/opinions/detail_le-jour-ou-l-on-devra-partager-la-dette-belge?id=9716409

Nous venons de revoir l’émission « Mots croisés », programmée par France 2, le 17 novembre 2014, et qui donna lieu à un échange de vues particulièrement musclé entre Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche) et Henri Guaino (UMP), d’une part, et l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, d’autre part.

Abordant la question du surendettement des Etats, ce dernier fit observer que lorsqu’il fut pour la première fois ministre (du Budget, de 1985 à 1988), il parvint à ramener la dette belge de 137 (% du PIB) à 80, avec de la croissance.

Aujourd’hui, après trois années de gouvernement Michel, la dette belge est passée de 109 à 104. Si elle s’est améliorée, la situation reste donc préoccupante.

Nul ne sait comment se dérouleront les négociations qui interviendront à l’issue des élections législatives de 2019. Mais la N-VA a d’ores et déjà annoncé son intention de rouvrir le frigo communautaire, avec la volonté clairement affirmée de réaliser le confédéralisme.

En cas de blocage total et face à l’impossibilité de constituer un nouveau gouvernement, l’implosion du pays pourrait être actée au sein du Parlement flamand qui, fort de sa légitimité démocratique, aurait alors l’occasion de proclamer unilatéralement l’indépendance de la Flandre.

Le « Bye bye Belgium » de la RTBF de décembre 2006 passerait ainsi de la fiction à la réalité.

Hypothèse nullement fantaisiste lorsqu’on se rappelle les propos tenus par Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, au journal québécois  » Le Devoir « , le 22 septembre 2007 : Nous voulons un véritable confédéralisme où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Il est donc de la responsabilité des leaders francophones de se préparer à cette éventualité. Rien n’est pire que de se retrouver devant le fait accompli, contraints de réagir dans l’urgence et la précipitation.

Feu Jean Defraigne, l’ancien président de la Chambre, avait bien saisi cette nécessité, lui qui, en 1996, déclarait : Les Wallons doivent préparer leur dossier pour faire l’inventaire et dire ce qui doit leur revenir au moment de la séparation (…) car, quand les Flamands auront les poches pleines d’euros, ils nous largueront.

Parmi les questions que pose la disparition d’un Etat, il y a en effet le partage de sa dette publique. Une dette qui, pour ce qui concerne la Belgique, s’élève actuellement à plus de 385 milliards d’euros.

L’article 41 de la Convention de Vienne de 1983 « sur la succession d’Etats en matière de biens, archives et dettes d’Etat » stipule que la dette d’Etat de l’Etat prédécesseur passe aux Etats successeurs dans des proportions équitables, compte tenu, notamment, des biens, droits et intérêts qui passent aux Etats successeurs en relation avec cette dette d’Etat.

Mais cette Convention n’est toujours pas en vigueur et elle n’a d’ailleurs pas été signée par la Belgique.

Cela signifie donc que la répartition de la dette belge devra être tranchée dans ses modalités non pas par un droit international permanent et prévisible, mais par des accords entre les Etats successeurs selon le rapport de forces à un certain moment.

Pour l’ex-Yougoslavie, par exemple, il a été convenu que les actifs reviendraient à chaque Etat successeur selon une clé de répartition variant selon la nature des actifs. Dans le cas de la Tchécoslovaquie, par contre, on s’est basé sur le rapport des populations.

En ce qui nous concerne, il est clair que la valeur des actifs du domaine public est nettement supérieure en Flandre. Mais il est vrai aussi que, comme l’a souligné l’économiste Michel Quévit, la Wallonie a largement contribué à la transition d’une Flandre rurale vers une Flandre industrielle et prospère.

Il faut donc bien distinguer les dettes qui ont été faites pour financer les dépenses courantes de l’Etat de celles qui ont servi à opérer des investissements structurels, rentables à long terme pour les régions bénéficiaires. Les choses, on le voit, sont loin d’être simples.

Lorsque la Belgique s’est détachée du Royaume uni des Pays-Bas, il a fallu dix ans pour régler la question. Le Traité de Londres du 19 avril 1839 a procédé expressément, en son article 13, à un partage de la dette entre les Pays-Bas résiduaires et le Royaume indépendant de Belgique. Mais la dette de 1830 était ridiculement basse par rapport au Produit Intérieur Brut. En outre, la Belgique n’était pas en position de force pour négocier avec les Pays-Bas. Anvers ne fut libérée qu’en 1832, grâce à l’intervention militaire française, sous la conduite du maréchal Gérard.

Pour en revenir à la Convention de Vienne de 1983, d’aucuns diront que ce n’est pas parce qu’un  Etat ne l’a pas ratifiée que son contenu ne lui serait pas applicable. Beaucoup de conventions internationales ne font, en fait, que codifier des règles coutumières existantes.

Cet argument ne me paraît pas tenir la route. Les Etats occidentaux, dont la Belgique, ont voté contre la Convention de Vienne de 1983 précisément parce que ses dispositions faisaient la part trop belle aux pays décolonisés et allaient contre la pratique en vigueur jusque 1945.

Quel que soit le critère retenu pour le partage de la dette belge, il est clair que chaque Etat successeur se retrouvera dans une situation déficitaire par rapport à son PIB.

A un interlocuteur qui lui faisait observer qu’une Flandre indépendante connaîtrait un rapport dette/PIB de quelque 110%, feu Eric Defoort, cofondateur de la N-VA, avait répondu que la chose serait vite résorbée. Nous le pensons aussi.

En revanche, les calculs effectués par Jules Gazon, professeur émérite d’Economie de l’Université de Liège, montrent qu’une Wallonie indépendante présenterait un déficit public par rapport au PIB supérieur à celui de la Grèce en 2009. (…) L’effort imposé à tous les Wallons serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel.

On peut comprendre que les Bruxellois n’aient nulle envie de se montrer solidaires d’une telle situation et qu’ils optent à 73,9% pour l’autonomie (enquête VUB de 2013).

C’est ici que l’option réunioniste révèle son intérêt. Augmentée de la Wallonie, la France présenterait un PIB égal à 24 fois le PIB wallon. L’impact en termes de déficit et de dette par rapport au PIB serait donc marginal. Comme l’a écrit Jacques Attali, l’ancien conseiller du président François Mitterrand, sur son blog, le 9 septembre 2008 : Le prix à payer pour la France serait sûrement plus faible que ce que cela lui rapporterait. Et de conclure : C’est un beau débat. Qu’il commence !

Jules Gheude est essayiste politique. Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes » (Mon Petit Editeur, Paris, 2016). La version néerlandaise de ce livre est parue chez « Doorbraak.Boeken » : « Waals Testament – Ongemakkelijke waarheden over de toekomst van België » avec une préface de Bart Maddens (KU Leuven).

 

Qu’est-ce qui fait le succès actuel de DéFi ?

Jules Gheude, essayiste politique (1)

« La Libre Belgique », 16 septembre 2017

http://www.lalibre.be/debats/opinions/le-succes-de-defi-et-la-popularite-de-maingain-n-ont-rien-de-surprenant-opinion-59bbefc8cd70fc627d88ea44

Le percée de DéFi dans les sondages et la popularité de son président, Olivier Maingain, n’ont rien de surprenant.

A l’inverse des trois formations dites traditionnelles, DéFi a su se préserver des affaires, tout en restant ferme sur ses positions.

Avec les affaires de Charleroi, on aurait pu espérer un changement de cap radical. Il n’en a rien été. Alors qu’Elio Di Rupo s’était engagé en 2006 à faire la chasse aux parvenus, force est de constater que ceux-ci ont continué d’agir. Le paroxysme a été atteint avec Publifin et le Samusocial de Bruxelles.

Publifin a également révélé que le MR et le cdH ne s’étaient pas illustrés par une conduite exemplaire. Les auditions de Dominique Drion (cdH) et de Georges Pire (MR) l’ont montré à suffisance. Tout comme les affaires concernant Joëlle Milquet, Serge Kubla et Armand De Decker.

 

Le fait est que les trois partis traditionnels portent, à des degrés divers, une responsabilité dans la dérive de la gestion publique. Ils n’ont eu de cesse de se partager les influences, mandats et prébendes. Qui pourrait affirmer, que la gestion des intercommunales en Brabant wallon diffère de celle qui prévaut à Liège ou en Hainaut ?

L’opinion publique ne peut donc être que sceptique à l’égard des engagements pris par le PS, le MR et le cdH pour tourner la page et réformer en profondeur la gouvernance. Chat échaudé, dit-on, craint l’eau froide…

Si vous consultez le site Cumuleo (baromètre du cumul des mandats), vous constatez qu’Olivier Maingain exerçait en 2016  quinze mandats, dont deux rémunérés : celui de député et de bourgmestre de Woluwé-Saint-Lambert. Sa fonction de président de parti n’est pas rémunérée, à l’inverse de celles d’Elio Di Rupo, d’Olivier Chastel et de Benoît Lutgen.

Outre le fait d’offrir l’image d’un homme intègre, Olivier Maingain n’a jamais transigé avec la défense des intérêts francophones.

A l’instar de ses homologues Elio Di Rupo, Joëlle Milquet et Charles Michel, il avait marqué son opposition à toute scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde sans extension de Bruxelles. Il est le seul à ne pas avoir cédé.  Ce fut la fin du cartel avec le MR.

Olivier Maingain n’a également jamais varié dans ses propos à l’égard de la N-VA. Pas question, pour lui, d’afficher la moindre complaisance vis-à-vis d’une formation qui, à ses yeux, dégage des relents d’extrême droite et qui vise le démantèlement du pays, en faisant main basse sur Bruxelles, cette grande ville francophone par la volonté inébranlable de ses habitants.

S’il se défend d’être un nostalgique de la Belgique, Olivier Maingain commet toutefois l’erreur de ne pas vouloir reconnaître que la Flandre est devenue une Nation et que le sentiment nationaliste est loin de ne concerner que la seule N-VA. L’idée confédéraliste, que Bart De Wever entend mettre sur la table des négociations au lendemain des élections législatives de 2019, a été lancée par le parti démocrate chrétien au début des années 90. En 2007, Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, déclarait au journal québécois « Le Devoir : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix que l’indépendance.

Le processus de désagrégation de la Belgique est un processus irréversible. Un opposition francophone en 2019 ne peut aboutir qu’à un blocage total et à l’impossibilité de former un nouveau gouvernement. Or, un pays sans gouvernement, est un pays qui n’existe plus !

En dépit des propos tenus par OIivier Maingain à l’égard de la N-VA, l’objectivité nous amène toutefois à reconnaître que les ministres fédéraux de ce parti se sont montrés jusqu’ici d’une totale loyauté et qu’ils exercent leurs fonctions avec beaucoup de professionnalisme.

L’intérêt majeur qu’Olivier Maingain accorde à la cause francophone,  en fait également un chaud partisan de la Communauté française. Mais son refus de constituer une nouvelle majorité avec le cdH et le MR au sein de cette institution, nous paraît de nature à compromettre l’avenir de celle-ci. Il n’est pas sain de contraindre des partenaires qui ne s’entendent plus à poursuivre la route ensemble, avec une majorité parlementaire ébranlée et instable.

Le front francophone qu’Olivier Maingain appelle de ses vœux est plus lézardé que jamais. De même, en s’obstinant à ne rien vouloir modifier au niveau des rouages de la Communauté française, le président de DéFi ne peut qu’accentuer les difficultés que connaît l’institution, notamment au niveau financier. Pourquoi ne pas opérer la fusion Région-Communauté, à l’instar de la Flandre ? Cela permettrait de réaliser de sérieuses économies et d’engendrer une plus grande efficacité. Le secteur de l’enseignement, auquel Olivier Maingain dit attacher tant d’importance, ne pourrait qu’en profiter.

Dernier point. Olivier Maingain est un fervent partisan de la solidarité Wallonie-Bruxelles.  Mais depuis que Bruxelles s’est constituée en Région à part entière (1989), ses habitants n’ont cessé d’affirmer leur spécificité. Comme l’a révélé le Grand Baromètre RTL – Ipsos – Le Soir en mars 2013, 68% des Bruxellois se prononcent sans hésiter pour l’autonomie en cas  d’éclatement du pays. A l’inverse, les Wallons sont 61% à souhaiter poursuivre la route avec Bruxelles. Voilà qui doit faire réfléchir.

Olivier Maingain est trop intelligent pour ignorer qu’on ne peut progresser sans « realpolitik » ! Les responsables du FDF l’avaient d’ailleurs bien saisi en 1977 lorsqu’ils acceptèrent de négocier avec les nationalistes de la Volksunie le Pacte d’Egmont, que le perfide CVP s’empressa de torpiller…

(1) Dernier ouvrage paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, Paris, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

Les responsables wallons insistent sur les recettes pour une « dynamique positive »

« Le Vif », 16 septembre 2017

Les principaux responsables wallons – ministre-président et président du parlement – ont salué samedi le changement de majorité intervenu à la tête de la Région, qui a rejeté le PS, pas trop rancunier en ce jour de Fêtes de Wallonie, dans l’opposition, en insistant sur les remèdes à utiliser pour redresser l’économie wallonne.

 

Notre Région se doit d’amplifier ses efforts de recherche, d’innovation, de soutenir sa digitalisation, de miser sur son internationalisation. Nous devons aussi travailler en profondeur, les éléments d’attractivité de la Wallonie pour y attirer ou y générer des investissements durables, porteurs de plus-values mais aussi de valeurs sociétales, a affirmé le ministre-président, Willy Borsus (MR), lors de la cérémonie officielle des Fêtes de Wallonie qui s’est tenue samedi après-midi à Namur en présence de responsables politiques fédéraux – comme le Premier ministre Charles Michel et la présidente du Sénat, Chritisne Defraigne – et des autres entités fédérées.

Notre Région ne trouvera son salut que dans la recherche du progrès et dans la conjugaison de toutes ses forces vives. Les idéologies périmées et les manichéismes partisans ne sont qu’illusions. Alors à ceux qui réaniment les recettes dogmatiques qui ont conduit plusieurs pays dans l’impasse, opposons la confiance dans l’innovation et l’action, a pour sa part déclaré le président du parlement de Wallonie, André Antoine (cdH), lors de la même cérémonie.

Elle a débuté par une minute de silence en hommage à Alfred Gadenne, bourgmestre de Mouscron assassiné lundi et inhumé samedi matin.

Bart De Wever trahit-il la cause flamande ?

Jules Gheude

La version flamande a été publiée sur le site de Doorbraak :  https://doorbraak.be/verraadt-bart-wever-vlaamse-zaak/

En prenant la décision de ne pas se présenter aux prochaines élections législatives avec un programme communautaire, Bart De Wever peut donner l’impression de renoncer à ce qui constitue l’essence même de son parti.

En fait, il agit en stratège habile, qui tient compte des circonstances. Cela s’appelle le pragmatisme. Une attitude qui ne semble pas lui nuire, puisque le dernier sondage RTL- Le Soir place toujours la N-VA sur la première marche du podium en Flandre, avec 30,20%, soit plus que le CD&V et l’Open VLD réunis.

Bart De Wever ne veut pas se risquer à placer ses pions communautaires avant de connaître le rapport des forces politiques qui se dégagera à l’issue des élections de 2019. Car il ne suffit pas de vouloir le confédéralisme, encore faut-il avoir les moyens de le réaliser.

Il faut dire que le récent revirement de la situation politique en Wallonie a quelque peu changé la donne. Le nouveau gouvernement wallon MR-cdH mène désormais une politique de cendre-droit, identique à celle menée au fédéral et en Flandre. Reste à voir si cette politique sera de nature à modifier sensiblement l’échiquier politique wallon lors des prochaines élections régionales.

Si les prévisions actuelles devaient se confirmer, une alliance PS-PTB obtiendrait 38,2%, soit 8,1% de plus que le MR et le cdH réunis. Quant à DéFi, il est  crédité de 6,2% d’intentions de vote.

Une Wallonie socialo-communiste n’est donc nullement exclue. Mais rien ne dit que, confronté à une meilleure gouvernance et à des progrès significatifs en matière de redressement économique, l’électeur wallon ne réagira pas de manière différente. Difficile alors à Bart De Wever de  continuer à stigmatiser une Wallonie qui consent enfin aux efforts nécessaires. D’autant qu’il est partenaire du MR au niveau fédéral !

La décision de Bart De Wever de ne pas placer le communautaire au cœur de la campagne électorale montre clairement qu’il ne souhaite pas handicaper Charles Michel. Mais elle ne devrait pas l’empêcher, le moment venu, de tout faire pour que les prochaines Chambres soient rendues aptes à révision la Constitution. Car qui peut réellement croire que le communautaire ne s’infiltrera pas dans les négociations pour la formation du prochain gouvernement ?

Bart Maddens, le politologue de la KU Leuven, ne peut comprendre que la N-VA puisse aller aux élections en négligeant son core-business. C’est une très mauvaise nouvelle pour le Vlaamse Beweging, dit-il.

De leur côté, les députés indépendants Hendrik Vuye et Veerle Wouters, rejoints par Tom Van Grieken, le président du Vlaams Belang, estiment que la N-VA a laissé tomber le V et appellent à la constitution d’un Front flamand.

Cette agitation n’émeut certes pas Bart De Wever. Le César flamand est bien conscient que le but qu’il poursuit – faire de la Flandre une République souveraine au sein de l’Union européenne – doit aussi impérativement tenir compte de la realpolitik.

Le 1er octobre, se tiendra le référendum catalan sur l’indépendance. Si celui-ci se révèle positif, on imagine déjà la réaction enthousiaste de la N-VA. Une réaction qui risque de plonger le gouvernement belge dans un bel embarras…

 

Jeholet: « Le Plan Marshall, ce n’est pas une vache sacrée »

Christophe De Caevel, « Trends – Tendances », 11 septembre 2017

Le nouveau ministre wallon de l’Economie promet de balayer tous les « on a toujours fait comme cela ». Les subsides, primes, structures et même le sacro-saint Plan Marshall seront épluchés avec une ligne de conduite unique : que les moyens publics servent effectivement

 

Ministre de l’Economie wallonne, c’était peut-être son rêve. Mais il est arrivé de manière si soudaine et imprévue, que le premier effet immédiat de la réalisation de ce rêve fut, pour Pierre-Yves Jeholet, l’annulation de ses vacances. Il a consacré son mois d’août à rencontrer les responsables économiques et administratifs. Il en ressort avec une impression plutôt positive, en particulier au vu de l’état d’esprit affiché par une administration que l’on disait pourtant colorée en rouge vif.

TRENDS-TENDANCES  » Si demain un ministre libéral succède à Jean-Claude Marcourt comme ministre de l’Economie, je ne vois pas très bien ce qu’il pourrait infléchir « , nous déclarait début juillet Pierre Rion. Vous êtes ce libéral qui succède à Jean-Claude Marcourt, que souhaitez-vous donc infléchir ?

PIERRE-YVES JEHOLET. Ne vous imaginez pas que je vais simplement me glisser dans les pantoufles de Jean-Claude Marcourt. Evidemment, il a accompli de bonnes choses. Le Plan Marshall a permis de décloisonner les mondes des entreprises, des centres de recherche et des universités, un jury indépendant et international valide les projets des pôles de compétitivité, etc. Mais je vois aussi les indicateurs. Le chômage diminue en Wallonie mais il reste supérieur à la moyenne européenne et est encore le double de celui de la Flandre, notre taux d’emploi est de 62 % quand la moyenne européenne est de 72 % ; le PIB/habitant reste aussi en dessous de la moyenne. Face à cela, je ne peux pas me contenter de dire  » Tout va bien, ne changeons rien « , j’ai d’autres ambitions pour la Wallonie.

La stratégie bâtie sur les pôles de compétitivité est néanmoins saluée des toutes parts. Qu’allez-vous donc y changer ?

Je comprends que les entreprises et les fédérations sectorielles soient satisfaites : il y avait tant de subsides accordés à tant de structures… Mon intention n’est pas de tout supprimer mais de bien vérifier que tout cet argent est affecté à bon escient et sert prioritairement le redressement de la Wallonie. Les pôles de compétitivité ont besoin d’être réanimés. Ils ne remplissent pas leurs objectifs de formation, en particulier vers les métiers de demain ou en pénurie. Plus largement, je m’interroge : comment mesurer la plus-value apportée par ces pôles ?

Par exemple en observant que la croissance des entreprises des pôles dépasse de 20 % celle de la croissance moyenne en Wallonie…

Mais qui me dit que cela n’aurait pas été le cas sans les pôles ? Ils représentent les secteurs forts du tissu wallon et ont bénéficié de subsides importants. Et, je vous le répète, je souhaite vérifier l’efficience de l’utilisation des moyens publics et mieux définir les priorités. A force de toucher à tout, on saupoudre les moyens et il y a un risque d’enlisement de la politique économique.

Cela signifie-t-il que si le Plan Marshall est amplifié dans certains secteurs – comme on le lit à la première phrase du volet économique de l’accord de gouvernement – il sera raboté dans d’autres ?

Oui. Nos moyens sont comptés, il faut absolument les concentrer là où ils seront le plus efficace pour le développement économique de la Wallonie. Le Plan Marshall, ce n’est pas une vache sacrée. Il y a une forme de nébuleuse dans le Plan Marshall, comme dans les points APE (aides à l’emploi dans le secteur des pouvoirs locaux et du non-marchand, qui ont été gelées par Pierre-Yves Jeholet, Ndlr), on ne sait pas toujours clairement quel argent va où et selon quels critères. Je veux y voir clair pour avancer et pour affecter les budgets là où ils seront le plus efficace. Quand je vois les indicateurs socio-économiques, j’ai un peu de mal à penser que tout ce qui a été fait ces 10 dernières années était parfait…

Le Plan Marshall, c’est aussi une logique de partenariat avec le monde économique. Ne risquez-vous pas de la briser en décidant de réorienter les budgets ?

Rassurez-vous, ce travail sera mené en collaboration avec les entreprises. Et aussi avec l’administration. Elle jouera un rôle crucial pour objectiver les décisions. J’ai découvert, en prenant mes fonctions, que certains dossiers d’aide aux entreprises ou à la recherche étaient traités directement par le cabinet sans passer par l’administration. Je ne vous parle pas ici de broutilles mais de dossiers pesant parfois plusieurs millions d’euros. Le fait du prince et les chasses gardées, c’est fini ! Vous me demandiez quelles inflexions j’apporterai à la politique économique wallonne, en voilà une.

Il existe chez nous beaucoup d’initiatives publiques pour soutenir le lancement des start-up. Mais peu, pour reprendre l’expression de Gauthier Philippart, cofondateur de Trasis,  » pour transformer ensuite les pépites en lingots d’or « . Or, le manque d’acteurs de grande taille est l’une des faiblesses du tissu wallon. Comment envisagez-vous d’agir en la matière ?

Je dresse un parallèle avec les pôles de compétitivité. Les projets de recherche aboutissent à des beaux produits que nous n’arrivons pas, ou trop peu, à valoriser, à commercialiser. Comment franchir ce cap, qui permettrait de créer de l’emploi et de rebâtir un tissu industriel ? Si j’avais la recette, si les entreprises avaient la recette, si l’Union wallonne des entreprises avait la recette, ça se saurait…

Nous avons des atouts. La situation économique s’améliore. Nos voisins du Nord approchent le plein-emploi, ils auront besoin de main-d’oeuvre extérieure. Les aides à l’emploi rendent les travailleurs wallons très compétitifs : avec la régionalisation, les aides flamandes sont liées au siège d’exploitation, tandis que les aides wallonnes sont liées au domicile du travailleur. Le Wallon qui travaille en Flandre peut ainsi cumuler les deux aides.

Vous souhaitez que les pôles de compétitivité soient plus actifs en matière de formation. Le décalage des majorités avec la Fédération Wallonie-Bruxelles, compétente en matière d’enseignement, n’est-il pas un sérieux handicap pour l’économie wallonne ?

Il nous manque, effectivement, un levier très important et, en tant que régionaliste, je suis un peu marri de cette situation. Cela dit, cela fait quelques années que ce levier nous manque. La situation de notre enseignement est un échec politique important et les socialistes ont une lourde responsabilité.

Cela fait deux législatures que la politique de l’enseignement n’est pas menée par le PS mais bien par le cdH…

C’est vrai. Mais il faut reconnaître que le cdH a initié un Pacte d’excellence qui, à défaut d’être parfait, va dans le bon sens.

Je parlais d’échec politique car, si nous avons tant de problèmes de formation en Wallonie, c’est aussi parce que nous héritons d’une situation qui a vu des tas de jeunes sortir du parcours scolaire, ne pas trouver d’emploi et se retrouver perdus au milieu du gué. D’où la difficulté du Forem à élaborer des dispositifs efficients pour amener ce public-là vers l’activation.

Est-ce le rôle du Forem que de s’occuper de ces personnes, finalement très éloignées du marché de l’emploi ?

Regardons les choses en face : il y a un public sans qualification et qui n’a quasiment aucune chance de retrouver à moyen terme une place sur le marché de l’emploi. Il ne s’agit pas de les stigmatiser ou de les abandonner au bord de la route mais au contraire de rechercher des dispositifs différents, adaptés, pour qu’ils puissent, comme nous le disons dans la déclaration gouvernementale,  » contribuer à la vitalité de la société « . Il faut les former autrement qu’en passant par les opérateurs traditionnels. Je n’ai pas de recette-miracle, j’ouvre le débat de l’insertion avec les pôles, avec les partenaires sociaux, avec les communes et les CPAS, avec les agences locales de l’emploi.

Cela permettra au Forem de concentrer ses moyens sur les personnes plus proches du monde du travail, et de mener un accompagnement personnalisé, responsabilisant, motivant et tourné vers l’emploi.

Un de vos dadas en tant que député, c’était la rationalisation des outils économiques wallons. Allez-vous fusionner la SRIW, la Sowalfin et la Sogepa ?

Vous avez compris que j’entends veiller de très près à l’utilisation efficace des moyens publics et que cela passe par des rationalisations. Mais je me méfie aussi des grands holdings publics. Nous savons, en Wallonie, ce que cela peut donner en termes de transparence et de gouvernance… Ces trois organismes ont des métiers bien distincts : les grandes entreprises pour la SRIW, les PME pour la Sowalfin, les entreprises en redressement pour la Sogepa. On peut garder cela, ce qui n’empêche pas d’éventuellement supprimer un certain nombre de filiales, d’intensifier les synergies et rapprochements, ainsi que d’améliorer la lisibilité.

Le MR est quasiment absent des comités de direction de ces outils économiques. Préparez-vous un grand remaniement ?

J’ai reçu tous les responsables des structures dont j’ai la tutelle. C’est vrai que beaucoup d’entre eux viennent des cabinets socialistes. Mais je leur ai dit franchement, ainsi qu’à l’administration (DGO6) :  » Je veux travailler avec vous « . Ils ont une expertise et une expérience très utiles, surtout si nous voulons une administration moderne et pro-active. En retour, j’exige évidemment de la confiance et de la loyauté. Et sincèrement, je n’ai aucune raison de douter que ce sera bien le cas.

Cela, c’est pour les comités de direction. Mais les conseils d’administration sont, eux, plus politiques : le socialiste Jean-Pascal Labille restera-t-il à la présidence de la SRIW ?

Les conseils d’administration sont d’ordinaire renouvelés après les élections, en fonction du poids respectif des partis. Le gouvernement précédent n’a pas jugé bon de le faire en 2014, je le regrette et je compte bien rééquilibrer les choses. Cela ne veut pas dire que nous toucherons aux présidences de ces conseils, ces postes étant de toute façon parfois très bien bétonnés. Nous voulons dépolitiser, nous voulons gouverner différemment, ce n’est pas pour faire la chasse aux sorcières.

On cite toujours ces trois grands outils économiques. Mais il y a aussi les invests ou les nombreux organismes qui accompagnent le développement du secteur numérique. N’y a-t-il pas, là, des rationalisations peut-être plus dures à mener ?

Bien entendu. Nous avons une Agence du développement numérique (ADN) qui fonctionne et à côté toute une série de hubs numériques, Digital Wallonia, etc. Tout cela part d’une bonne intention, c’est un secteur d’avenir dans lequel chacun veut s’insérer. Mais quand on multiplie les structures, on multiplie aussi les coûts. Je veux concentrer les moyens à l’ADN, je veux faire confiance à mon administration. A l’inverse du gouvernement précédent qui n’a même pas sollicité l’avis de l’ADN pour le plan d’investissement dans la fibre optique avec les opérateurs télécoms (ceux-ci investiront en contrepartie de l’abandon de la taxe sur les pylônes, Ndlr).

Neuf invests en Wallonie, est-ce trop selon vous ?

Ils ont un lien de proximité avec les entreprises qu’il ne faudrait pas négliger. Mais, cela ne signifie pas que chacun peut se mettre à créer des filiales pour ceci ou pour cela. Je prépare une note d’orientation plus large sur l’animation économique. Vous n’imaginez pas le nombre d’organismes qui existent pour servir de réceptacle à des subsides régionaux ou européens. Chacun veut sa part du gâteau et cela conduit à une dilution des moyens, à une inflation des frais de fonctionnement et parfois à une redondance dans les dépenses et les projets.

Un ministre peut-il empêcher un invest provincial de créer les filiales qui lui semblent utiles ? Ils sont autonomes, avec en plus une participation du privé…

Non, un ministre ne peut pas vraiment supprimer d’un trait tel ou tel organisme d’animation économique. Mais il peut choisir de fermer progressivement le robinet à subsides pour certaines structures. J’aimerais aussi que les invests suivent la philosophie du nouveau gouvernement et réduisent la taille de leurs conseils d’administration. Meusinvest va prochainement renouveler ses instances, je souhaite qu’ils passent de 22 à 12 administrateurs.

L’an dernier, la Wallonie a introduit le prêt Coup de pouce, un mécanisme qui accorde un avantage fiscal au citoyen qui prête de l’argent à une jeune PME. Vous comptez élargir ce mécanisme. De quelle manière ?

Les prêts moyens se situent autour des 23.000-24.000 euros. Il n’y a donc a priori aucune raison de revoir le plafond actuel de 50.000 euros par prêt. En revanche, pourquoi faut-il limiter le prêt Coup de pouce aux entreprises débutantes ? Nous allons étudier la question.

Cette mesure peut sembler symbolique mais, au-delà de l’intérêt financier pour le prêteur et l’emprunteur, elle contribue à l’implication des citoyens dans l’économie, à leur conscientisation par rapport aux risques des projets économiques et, plus largement, à leur responsabilisation. Le redressement wallon ne passera pas uniquement par des décisions politiques, il ne passera pas uniquement par l’audace de quelques entrepreneurs. Il passera par l’engagement de chacun. Chacun à son niveau a une contribution à apporter pour réussir ce défi. Le prêt Coup de pouce s’inscrit modestement dans ce contexte.

Avec tous ces acteurs publics qui prennent des participations ou octroient des prêts subordonnés aux entreprises, la Wallonie affiche un tissu économique semi-public. Cela convient-il au libéral que vous êtes ?

Evitons les caricatures, je ne suis pas un ultra-libéral. Je suis bien conscient que l’entreprise, la recherche, l’investissement, l’innovation, etc., tout cela ne peut se passer du soutien public. Allez voir ailleurs en Europe, c’est la même chose !

Là où je souhaite impulser ma différence de libéral, c’est dans l’orientation de ces moyens publics. Je veux éviter une dilution des moyens, et donc une dilution des responsabilités de tous les acteurs par rapport aux objectifs que l’on poursuit. C’est vraiment la philosophie de ce gouvernement : de la rigueur et de la transparence pour responsabiliser chacun. Dans tous les domaines, de l’économie à la formation en passant par la finance, la recherche ou la politique elle-même bien entendu.

Le gouvernement fédéral étudie la possibilité de privatiser tout ou partie d’entreprises comme Belfius ou Proximus. Comptez-vous ouvrir le débat en Wallonie pour la FN et la Sonaca ?

Les deux cas sont très différents. La Sonaca grandit avec le soutien public, comme on l’a vu récemment avec l’opération LMI. Il n’y a aucune raison de prendre son bâton de pèlerin pour chercher un investisseur privé, comme il n’y aurait aucune raison de refuser par principe de recevoir un investisseur qui se manifesterait. La porte est ouverte mais avec une très grande prudence car l’aéronautique est un secteur hyper-concurrentiel, dans lequel la Wallonie est bien positionnée et où le maintien de centres de décision est essentiel.

Avec la FN, nous avons un groupe qui a réussi à se diversifier, à retrouver une belle croissance et qui est un grand pourvoyeur d’emplois en Wallonie. L’enjeu ici, c’est celui des licences d’exportation – une compétence qui relève du ministre-président – et de l’équilibre entre l’éthique et l’économie.

Cela plaide pour le giron public : vous êtes directement concerné par les deux volets.

D’autres diront que nous sommes  » juge et partie  » et qu’il faudrait donc privatiser. Nous allons aussi regarder les positions de l’Union européenne dans ce secteur très particulier qu’est l’armement. Oui, des aspects éthiques jouent mais ne répétons pas l’épisode Francorchamps en voulant laver plus blanc que blanc. Je ne mettrai pas délibérément à mal la FN et ses sous-traitants par rapport à leurs concurrents allemands, français ou autres. Je tiens en outre au maintien d’un centre de décision chez nous pour ce fleuron de notre économie. La privatisation n’est donc absolument pas à l’ordre du jour.

 

Gouvernement wallon : l’orange bleue baisse les impôts des Wallons en programmant des économies pour la Région

« La Libre Belgique », Belga, 7 septembre 2017

Suppression de la téléredevance, abattement sur les droits d’enregistrement pour la première résidence, diminution de la fiscalité sur les donations mobilières: le gouvernement wallon a adopté jeudi une série de mesures qui diminueront, dès le 1er janvier 2018, la charge fiscale des Wallons. Déjà quasiment décidée par la précédente majorité PS-cdH, la téléredevance wallonne sera supprimée par la nouvelle majorité dès l’année prochaine (pour un coût estimé à 102 millions d’euros).

Afin de soutenir l’acquisition immobilière des (jeunes) Wallons, le gouvernement a aussi décidé d’instaurer un régime d’abattement de 20.000 euros sur la base imposable des droits d’enregistrements pour la première résidence (28 millions d’euros).

En cas de décès dans un couple, il n’y aura à l’avenir plus de droits de succession sur l’habitation principale pour le conjoint ou cohabitant légal survivant (10 millions).

De plus, comme déjà évoqué lors de la formation du gouvernement, la majoration à 15% (contre 12,5% normalement) des droits d’enregistrement sur la 3e habitation en propriété sera supprimée (5 millions).

La fiscalité sur les donations mobilières sera aussi modifiée, de même que le mécanisme de viager afin de la rendre plus attractif.

Au total, ces mesures qui seront d’application dès le 1er janvier prochain, entraîneront une réduction des recettes évaluée à quelque 150 millions d’euros.

Celles-ci seront compensées, non par de nouveaux impôts, mais par une réduction des dépenses de la Région, a indiqué jeudi le ministre wallon du Budget et des Finances, Jean-Luc Crucke. Les mesures précises d’économies ne sont toutefois pas encore connues. Elles seront déterminées lors de l’élaboration du budget 2018 notamment.

Ces quelque 150 millions d’économies s’ajouteront à d’autres que l’orange bleue wallonne entend imprimer pour réduire le déficit wallon, et remettre ainsi la Région sur la voie de l’équilibre budgétaire.

« Il y a aura des efforts à faire », avertit Jean-Luc Crucke. « Il faudra des mesures structurelles ».

Jan Jambon: « La N-VA est prête à négocier avec le PTB si c’est pour tout régionaliser »

« Le Vif », Belga, 2 septembre 2017

Soyons réalistes, un gouvernement socio­-économique est impossible avec le PTB. Mais pour faire une réforme de l’Etat, peut-­être, affirme le ministre des Affaires intérieurs Jan Jambon (N-VA) interrogé dans La Libre Belgique et La Dernière Heure samedi sur l’hypothèse de négociations avec le PTB après les élections en 2019.

 

Il prédit« une révolution électorale si les sondages qui donnent le PTB si haut devenaient une réalité. Dans l’hypothèse qu’en 2019, la Wallonie vote à gauche et à l’extrême gauche avec une Flandre qui reste au centre­ droit, les nationalistes seraient prêts à négocier avec le PTB, assure-t-il toutefois.

Si le PTB est d’accord avec nous pour le confédéralisme, pour donner toutes les compétences aux deux Régions pour qu’elles mènent chacune leur propre politique, explique-t-il. La moindre des choses que l’on puisse dire, c’est que ça bouge en Wallonie pour le moment, commente-t-il encore. Pour la N­VA, ce n’est pas très clair : avec quelle Wallonie allons­-nous devoir discuter après les élections? , s’interroge-t-il.

Le ministre constate et apprécie en outre un changement de climat au sein des partis francophones envers son parti nationaliste. La N-­VA a prouvé qu’elle garde ses convictions mais qu’elle n’est pas le diable, que les nationalistes flamands ne sont pas des irresponsables incapables de signer un accord et de le respecter ensuite. Mais soyons clairs : en 2019, on reviendra avec notre programme communautaire.

 

Le gouvernement wallon veut un cadastre des subsides pour la fin de l’année

« La Libre Belgique », Belga, 31 août 2017

Le cadastre des subsides régionaux que le nouveau gouvernement wallon a annoncé dans sa déclaration de politique régionale devrait être accessible au public sur un site internet avant la fin de l’année, a affirmé jeudi le ministre-président Willy Borsus, au terme d’un conseil des ministres qui a abordé ce sujet. Il se traduira par une base de données sur le site du secrétariat général du Service public de Wallonie (SPW), qui permettra de visualiser les subsides octroyés par structure, secteur, localisation, ministre, etc.

Aujourd’hui, les subsides aux structures conventionnées, figurant dans les lignes budgétaires, sont déjà visibles, mais ce n’est pas de le cas de nombre de subsides dits « facultatifs » (subsides de la Loterie, subsides sur base de projets proposés à un ministre, etc).

« Je constate – je ne savais pas que c’était possible – qu’il y a des dossiers de subsides qui passent par l’administration, avec avis et signature du ministre, et il y a une ponction dans l’enveloppe en direct des cabinets, sans passer par l’administration. C’est le fait du prince du ministre de l’octroyer en fonction d’une allocation. Ce n’est pas normal, la moindre des choses est d’avoir un avis de l’administration », a commenté le vice-président MR Pierre-Yves Jeholet.

« Le problème, ce n’est pas l’octroi du subside », a ajouté la vice-présidente cdH Alda Greoli, « mais que celui qui l’octroie et celui qui le reçoit n’aient pas de difficulté à en parler. Quand on parle de transparence aujourd’hui, on parle de suspicion, mais pour moi c’est justifier de ses actes, à partir du moment où de l’argent public est octroyé ».

Ce premier volet « transparence » des subsides sera suivi d’un second sur une objectivation plus forte des critères d’attribution. « Un troisième élément relève des travaux budgétaires: voir les espaces budgétaires, les modifications de curseur, savoir ce que l’on peut accorder », a relevé M. Borsus (MR).

L’exécutif a aussi approuvé un projet de circulaire réduisant de 10% la rémunération brute des ministres, comme annoncé lors de la présentation de la DPR.

 

Di Rupo et Maingain pourraient obtenir le contraire de ce qu’ils souhaitent

« La Libre Belgique » – Publié le jeudi 31 août 2017 à 12h38 – Mis à jour le jeudi 31 août 2017 à 12h38

La version néerlandaise du texte figure sur le site de « Doorbraak » : https://doorbraak.be/di-rupo-en-maingain-konden-wel-eens-omgekeerde-bereiken-wensen/

 

Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique*.

Elio Di Rupo vient d’en apporter une nouvelle preuve avec son dernier livre « Nouvelles conquêtes » : il n’incarnera jamais le socialisme réformiste. Il suscite même de sérieuses réserves de la part de son homologue flamand, John Crombez, lequel déclare dans « Het Laatste Nieuws » : « Ces idées sont parfois très éloignées du modèle de la sociale-démocratie voulu par les socialistes du Nord. PS et SP.A sont désormais des partis bien différents. »

Elio Di Rupo a beau s’en défendre : il court bel et bien derrière un PTB, crédité aujourd’hui de plus de 24% d’intentions de vote. On se souvient d’ailleurs de sa tentative visant à remplacer à Mons le MR par la formation d’extrême-gauche.

Si sa revanche sur le fait d’avoir été évincé du pouvoir en Wallonie devait consister, après les élections régionales de 2019, à faire alliance avec Raoul Hedebouw, elle ne ferait que conforter les nationalistes flamands dans leur volonté de larguer les amarres d’avec la Belgique. Une Wallonie socialo-communiste est sans doute le plus beau cadeau dont Bart De Wever puisse rêver !

Elio Di Rupo apportant finalement le coup de grâce à ce Royaume qu’il se félicitait d’avoir sauvé en 2011 : quel surprenant paradoxe !

Durant 30 ans, le PS a exercé la ministre-présidence du gouvernement wallon, avec les résultats décevants que l’on sait : la Wallonie compte deux fois plus de chômeurs que la Flandre, laquelle totalise 80% des exportations belges.

Ce n’est pas d’une politique de gauche, axée sur l’assistanat, dont la Région a besoin, mais bien de mesures fortes visant à remettre les gens au travail et à développer un réseau dense de petites et moyennes entreprises dynamiques et innovantes. Est-ce si difficile à comprendre ?

Il n’y a pas de fatalité, il y a seulement des politiques inadaptées.

Benoît Lutgen a saisi l’opportunité des affaires à répétition pour rompre avec le PS en Wallonie, à Bruxelles et en Communauté française.

Sans doute le cdH s’est-il, lui aussi, rendu complice de cette politique inefficace menée en Wallonie. Sans doute a-t-il, lui aussi, comme le MR d’ailleurs, trempé dans les affaires. Mais force est de reconnaître que le PS a érigé le clientélisme en un véritable système qui a engendré cette hypertrophie politico-administrative qui asphyxie aujourd’hui la Wallonie.

Il était donc grand temps de mettre le holà et d’offrir une alternative.

Une nouvelle coalition s’est constituée en Wallonie, avec des engagements forts en matière de gouvernance et d’efficacité. On ne peut que s’en réjouir.

 

Une Communauté française handicapée par son financement

A la Communauté française, la solution passe par DéFi. Mais son président, Olivier Maingain, adopte ici une stratégie qui pourrait bien compromettre l’avenir même de cette institution, à laquelle il dit tenir comme à la prunelle de ses yeux. En s’obstinant à vouloir remettre le PS en selle, il bloque, en effet, la constitution d’une nouvelle majorité qui associerait son parti au cdH et au MR.

Mais cela ne semble guère l’inquiéter, puisqu’il explique que rien n’empêche le gouvernement actuel de fonctionner : « C’est la logique dans les entités fédérées : il n’y a pas de gouvernement en affaires courantes, sauf si tous les ministres démissionnent. » Il semble toutefois perdre de vue que le gouvernement actuel ne dispose plus d’une majorité parlementaire et qu’il se trouve dès lors dans l’incapacité de prendre toute mesure d’envergure. Les ultra-régionalistes wallons peuvent se frotter les mains, eux qui ont toujours contesté l’utilité de l’institution communautaire !

Pas question non plus, pour Olivier Maingain, d’opérer « tout transfert de compétence vers les Régions car c’est une perte de temps, et préjudiciable aux francophones ». Est-ce à dire que l’institution ne doit subir aucune adaptation ? Nous sommes ici d’un avis différent.

La Communauté française a toujours été handicapée par la question de son financement. C’est pour tenter de la régler que PS, PSC et Ecolo ont conclu, le 31 octobre 1992, l’accord dit « de la Saint-Quentin » organisant le transfert partiel ou total de certaines compétences vers la Région wallonne et la Commission communautaire française, sans transférer la totalité des budgets qui leur étaient liés, le solde restant à la disposition de la Communauté française. L’opération visait donc à alléger les finances de celle-ci.

Les compétences totalement ou partiellement transférées concernaient des matières culturelles (les infrastructures sportives, le tourisme, la promotion sociale), des matières personnalisables (une partie de la politique de santé, une partie de la politique familiale, la politique d’aide sociale, la politique d’accueil et d’intégration des immigrés, la politique des handicapés et la politique du troisième âge), ainsi que quelques éléments de la politique d’enseignement (le transport scolaire et la gestion, avec la Communauté française, de six sociétés d’administration des bâtiments scolaires).

Aujourd’hui, la Région wallonne et la Cocof financent donc, de manière non négligeable, la Communauté française.

Pourquoi, à l’instar de ce qu’a fait la Flandre, ne pourrions-nous pas opérer la fusion Région-Communauté ? Depuis 1988, la Région bruxelloise existe et, au fil du temps, elle n’a cessé de s’affirmer. Une enquête réalisée en 2013 par Rudi Janssens de la VUB a révélé que 73,9% des Bruxellois optaient pour l’autonomie en cas de disparition de la Belgique. Seuls 4% se tourneraient vers la Flandre et 4,6% vers la Wallonie. Le risque de voir Bruxelles tomber dans l’escarcelle flamande s’est donc sensiblement estompé.

La fusion Région-Communauté n’implique qu’une volonté politique intra-francophone (application de l’article 138 de la Constitution), sans la moindre implication flamande. Il ne faut pas être un comptable expérimenté pour saisir le type d’économies qu’elle permettrait de réaliser.

 

* Dernier livre paru : « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016. La version néerlandaise est sortie chez Doorbraak Boeken, avec une préface du politologue Bart Maddens de la KU Leuven.

 

Theo Francken (N-VA) et Pierre-Yves Jeholet (MR) veulent mettre les demandeurs d’asile à l’emploi

L.V., « La Libre Belgique », 30 août 2017

 

Les deux ministres ont signé mardi un accord de collaboration entre l’instance fédérale d’accueil Fedasil et le Forem.

Le secrétaire d’Etat à l’Asile Theo Francken (N-VA) et le nouveau ministre wallon de l’Emploi Pierre-Yves Jeholet (MR) ont signé mardi un accord de collaboration pour favoriser l’insertion socio-professionnelle des demandeurs d’asile. L’accord signé par les deux hommes au centre d’accueil de Rixensart a pour objectif de renforcer la présence du Forem dans les centres Fedasil en Wallonie. Des séances d’informations seront notamment organisées pour les demandeurs d’asile. Le Forem apportera également son expertise en matière d’accompagnement sur le marché de l’emploi.

Les demandeurs d’asile peuvent aujourd’hui demander un permis de travail quatre mois après avoir introduit leur dossier de demande d’asile. Leur permis de travail est alors valable jusqu’à la décision de l’Office des étrangers. Si la personne est reconnue réfugiée, elle peut continuer à travailler au même titre qu’un citoyen belge.

Un accord qui existe depuis un an en Flandre

Les deux ministres compétents se sont inspirés de la collaboration qui avait été initiée en octobre 2016 en Flandre entre Fédasil et l’agence flamande de l’emploi, le VDAB. Ce dispositif a permis d’offrir un trajet d’accompagnement – composé de formations professionnelles ou de coaching – à 656 demandeurs d’asile.

Après un an, a indiqué Theo Francken, les chiffres de l’orientation vers le marché de l’emploi sont en hausse. Avec notre collègue wallon, le ministre Jeholet et le Forem, nous voulons aujourd’hui rééditer cette heureuse expérience (…) L’objectif est de rapprocher les demandeurs d’asile qui ne trouvent pas d’emploi et les postes qui ne trouvent pas le profil adéquat. Je reçois beaucoup d’email de réfugiés qui occupent des postes pour lesquels ils sont surqualifiés”,

Des efforts sont à fournir

Aujourd’hui, environ 20% des demandeurs d’asile de plus de 18 ans présents dans les centres d’accueil Fedasil et qui sont en procédure depuis plus de quatre mois travaillent ou ont travaillé. C’est bien mieux qu’en 2016, lorsque les résultats d’un contrôle aléatoire avaient démontré que seuls 12,45% de ces demandeurs d’asile travaillaient ou avaient travaillé. Mais, pour les deux responsables, ce pourcentage peut être plus élevé encore.

La mise à l’emploi est d’autant plus cruciale qu’elle fait partie des conditions nécessaires à l’intégration du réfugié dans la société. Le permis de séjour est en effet limité dans le temps, à cinq ans. Si le réfugié ne démontre pas assez sa volonté à vouloir s’intégrer, notamment en apprenant la langue ou en cherchant un emploi, il peut se voir retirer son titre de séjour.

Ces nouvelles aides mises en place ne concernent cependant que les demandeurs d’asile bénéficiant d’un taux de reconnaissance élevé, comme c’est le cas des Syriens, qui ont un taux de reconnaissance actuel de 98%.

Collaboration MR / N-VA

Par cette signature, il s’agit aussi d’envoyer un message politique visant à démontrer quie désormais le fédéral et la Région wallonne pouvaient collaborer. “Il y aura d’autres synergies entre le fédéral et la Wallonie”, a pour sa part affirmé Pierre-Yves Jeholet. “Nous poursuivons les mêmes objectifs en termes d’intégration et d’emploi. La première chose à faire est de renforcer les collaborations.

Le secrétaire d’Etat Francken espère également que le changement de majorité permettra à son projet de déclaration des primo-arrivants de voir le jour. Il s’agit de mettre en place une déclaration que le candidat réfugié devra signer et dans laquelle il s’engage à comprendre les droits, obligations, valeurs et libertés de la société belge et agir en conformité avec ceux-ci.