Publifin refuse de transmettre les rémunérations de ses dirigeants

« La Libre Belgique », Belga, 11 décembre 2018

Publifin refuse de transmettre les rémunérations de ses dirigeants,ressort-il d’un rapport de délégués spéciaux au sein de l’intercommunale liégeoise que Le Soir a consulté. Sur 45 recommandations de la commission parlementaire, 12 n’ont pas été traitées, observe le quotidien mardi. Au plus fort de la crise autour de l’intercommunale, le gouvernement wallon avait chargé deux universitaires – Alexia Autenne (UCLouvain) et Laurent Gheeraert (ULB) – de garder un œil sur ses actions.

Parmi les recommandations qui n’ont pas été traitées, on retrouve la nomination d’administrateurs indépendants au sein du conseil d’administration ou le renouvellement du comité de direction de Nethys, toute-puissante filiale de Publifin pilotée par Stéphane Moreau.

Les universitaires soulignent aussi certaines avancées. Notamment »l’organisation du remboursement des sommes perçues par les membres des comités de secteur ». Ou le lancement des opérations pour scinder le gestionnaire de réseau Resa (gaz et électricité) du reste du groupe.

Reste que le volet « rémunération des dirigeants » pose toujours  question, selon les experts. Publifin doit rédiger un rapport annuel qui contient les rémunérations et tout autre éventuel avantage des fonctions dirigeantes. Mais ce rapport, qui a été transmis à la ministre de tutelle Valérie De Bue (MR), est incomplet.

Réflexions sur une folle semaine

Jules Gheude, essayiste politique (1)R

Lundi 10 décembre 2018

La folle semaine que nous venons de vivre, est-elle de nature à réconcilier le citoyen avec le politique ? Rien n’est moins sûr.

L’impression que l’on en garde est celle d’un grand magouillage : réticente à la signature du pacte de l’ONU sur la migration, la N-VA quitte la « suédoise », mais le Premier ministre évite la crise en poursuivant à la tête du gouvernement amputé et devenu minoritaire (il ne dispose plus que de 52 sièges sur 150 à la Chambre).En deux coups de cuillère à pot, l’équilibre linguistique est rétabli et les compétences sont redistribuées. Tenu à l’écart des tractations, le Roi n’a plus qu’à signer les arrêtés requis.

Sur les plateaux de télévision, les ministres N-VA démissionnaires apparaissent sereins et réagissent de façon relativement calme. Du côté du MR, on les remercie pour la collaboration qu’ils ont apportée depuis 2014. Le président Olivier Chastel va même jusqu’à déclarer : Je n’exclus pas de toujours gouverner avec la N-VA.

Charles Michel entend profiter des cinq mois qui le séparent des élections législatives pour prendre des mesures tangibles en ce qui concerne l’économie, la sécurité et le climat.Il compte sur le sens des responsabilités de l’opposition pour des soutiens au cas par cas. Il n’imagine pas que la N-VA puisse entraver la bonne fin de projets qu’elle a soutenus jusqu’ici.

Des engagements ont-ils été pris entre Charles Michel et Bart De Wever ? La chose n’est pas à exclure, encore que l’on voit mal les nationalistes flamands ne pas sera dicaliser sur le plan communautaire en vue du prochain scrutin. Sil’immigration/sécurité constitue l’un de leurs thèmes privilégiés, il ne faut pas perdre de vue que l’article 1er des statuts de la N-VA prévoit l’émergence d’une République flamande souveraine.

Une chose, en tout cas,est sûre : Bart De Wever ne peut se permettre quatre ans supplémentaires de frigo communautaire. Jan Jambon a d’ailleurs rappelé que la mise en place d’un système confédéral restait la priorité.

Pour réaliser cette mutation institutionnelle d’envergure, il est nécessaire qu’une déclaration de révision de la Constitution intervienne avant la fin de la législature.  La N-VA aurait-elle reçu des assurances à ce sujet, en échange d’appuis sporadiques à l’actuelle coalition orange-bleue ? La question mérite d’être posée.

Bart De Wever a toujours dit qu’il n’envisageait pas un processus révolutionnaire, mais évolutif. Le confédéralisme participe de cette logique : on commence par vider l’Etat de toute substance avant de le considérer comme totalement superflu.

Il y a un autre argument dont Bart De Wever a dû tenir compte : la N-VA est proche du milieu patronal flamand, lequel a clairement fait savoir qu’une chute du gouvernement entraînerait des conséquences désastreuses pour le monde entrepreneurial.

Le dernier baromètre politique a révélé que la N-VA restait le premier parti du pays, avec 28%d’intentions de vote (+3). Pour la première fois, cette progression ne se fait pas au détriment du Vlaams Belang, qui passe 11,3 à 11,7%.

Ce baromètre confirme, une fois de plus, que le Nord et le Sud constituent deux démocraties opposées, qui pourraient rendre la Belgique totalement ingouvernable.

Lors de la crise de 2010- 541 jours sans gouvernement de plein exercice -, un rapport de la Commission de l’Intérieur de l’Assemblée nationale française avait d’ailleurs conclu que la division de la Belgique en deux groupes linguistiques de plus en plus cohérents et dissemblables rendait son existence de moins en moins certaine.

On a vu, lors du débat à la Chambre, le chef de groupe de la N-VA, Peter De Roover, se montrer d’une très grande fermeté. Lors d’une soirée-débat du Vlaamse Volksbeweging, le 14 octobre 2016, il avait déclaré : Si la N-VA et le Vlaams Belang obtiennent la majorité, ils réclamer ont l’indépendance de la Flandre. On se souvient aussi des propos tenus, en janvier 2016, par Liesbeth Homans, la ministre de l’Intérieur (N-VA) au sein du gouvernement flamand : Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose. La scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère qu’elle n’existera plus en 2025 !

Le Royaume de Belgique apparaît bel et bien en sursis. Pour le sauver, les responsables francophones ont toujours fini par quitter leur posture de « demandeurs de rien ».En sera-t-il de même à l’issue des élections législatives et régionales du 26 mai prochain ?

Du côté socialiste, Elio Di Rupo est bien déterminé à reprendre la main en Wallonie, à la tête d’une coalition dite « progressiste ». Un scénario qui ne pourrait qu’amener de l’eau au moulin des nationalistes flamands.

Le MR sera-t-il disposé à entamer des négociations sur le projet confédéral ? Un projet qui, il convient de le rappeler, a été porté au début des années 90 par le ministre-président flamand (CVP), Luc Van den Brande, et adopté en 1999 par le Parlement flamand. Interrogé, en 2007, par le journal québécois « Le De Devoir, Wouter Beke, l’actuel président du CD&V, avait d’ailleurs précisé : Nous voulons une véritable confédération où chacun pourra agir comme il l’entend. (…) Si les francophones n’acceptent pas de lâcher du lest, nous n’aurons pas d’autre choix quel’indépendance.

En termes de flamingantisme, les démocrates-chrétiens flamands ont suffisamment montré qu’ils n’avaient rien à envier à la N-VA. Souvenons-nous de Jan Verroken lors de l’affaire de Louvain, d’Eric Van Rompuy à l’égard du FDF dans le gouvernement Martens, de Luc Van den Brande et de son méprisant «Mijnheer H » lors de la crise fouronnaise… N’est-ce pas aussi Yves Leterme qui porta, en 2004, le cartel CD&V/N-VA sur les fonts baptismaux ?

Les options d’avenir ne sont pas légion. Soit la Belgique devient confédérale et, réduite à l’état de coquille vide, est très vite considérée comme inutile, soit elle devient ingouvernable et disparaît.

Dans un cas comme dans l’autre, la Wallonie se retrouvera livrée à elle-même, financièrement responsable de ses choix politiques. Une situation qui deviendra très vite intenable et entraînera une baisse drastique des prestations sociales.

L’enjeu, on le voit, est de taille !

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015,et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Éditeur, 2016.

Quel flair politique !

Jules Gheude

Charles Michel s’accroche au pouvoir comme le perroquet à sa barre.

Après la démission des ministres N-VA, il entend poursuivre, jusqu’aux élections législatives du 26 mai 2019, avec une coalition ultra-minoritaire (52 sièges sur 150 au Parlement), en comptant sur la « bonne volonté » de l’opposition pour soutenir, au cas par cas, les projets qu’il souhaite mener à bien (économie, sécurité, climat). Comment peut-il imaginer qu’en pleine sphère électorale, les Di Rupo, Nollet et consorts seront disposés à lui venir en aide ! Quant à la N-VA, dont l’objectif final reste la disparition de la Belgique, le contexte lui est on ne peut plus favorable pour démontrer que ce Royaume n’a plus ni queue ni tête.

La seule solution réaliste consiste à appeler dès maintenant les citoyens aux urnes. Le fossé, une fois de plus, apparaîtra béant entre le Nord et le Sud, et l’impasse sera totale quant à la formation d’un nouveau gouvernement.

Fin de la comédie belge ! Nous avons, en ce qui nous concerne, déjà expliqué comment nous concevions l’avenir de la Wallonie (voir notre site www.gewif.net).

La Wallonie franchit une étape supplémentaire vers l’inéluctable disparition des provinces

Le Vif, Belga, 5 décembre 2018

Le gouvernement wallon a approuvé en première lecture un avant-projet de décret portant sur le transfert d’une série de compétences des provinces à la Région « afin d’améliorer la lisibilité institutionnelle, de rendre plus efficace l’exercice des compétences régionales et de renforcer le soutien aux communes », a annoncé mercredi la ministre wallonne des Pouvoirs locaux, Valérie De Bue (MR).

Valérie De Bue en quête de loyauté. © Virginie Lefour/Belgaimage

 

Le financement des zones de secours, l’aide à la restauration des édifices classés, la santé, l’environnement, la promotion touristique ou encore le logement sont concernés.

« C’est la première étape concrète d’un chemin qui conduira à l’inéluctable disparition de l’institution provinciale », a précisé la ministre. « Ce gouvernement avait pour mission de clarifier la situation et le transfert des compétences s’inscrit dans ce cadre. Mais si nous sommes toujours au pouvoir lors de la prochaine législature, nous porterons clairement le projet de la suppression des provinces », a-t-elle ajouté.

Concrètement, au terme de ce transfert de compétences qui sera débattu au parlement wallon, la Région devrait octroyer elle-même aux communes les subventions destinées au financement des zones de secours alors que pour l’instant, elle verse cet argent aux provinces qui le reversent aux communes. Elle devrait également reprendre à sa charge 100% des subventions liées à la restauration des édifices classés (contre 95% actuellement) et finaliser le transfert de la compétence « logement », déjà actée par un décret de 2014.

Par contre, en matière de promotion touristique, la gestion des domaines provinciaux et les actions de développement économique touristique resteront aux mains de l’institution provinciale. « Nous devons désormais procéder à un inventaire précis de ces compétences au regard des mouvements financiers et humains – les provinces comptent près de 12.500 agents – qu’elles représentent », a poursuivi la ministre en promettant « une concertation avec tous les acteurs concernés » durant une période transitoire qui devrait durer 2 ans

Dans l’intervalle, une série d’actions déjà entamées vont se poursuivre, dont la réduction et le rapatriement dans le giron régional des asbl provinciales, l’extinction des subventions régionales aux provinces et à leurs structures ainsi que le renforcement du rôle du gouverneur, a enfin indiqué Valérie De Bue.

 

Le beau cadeau de Noël de la N-VA

Jules Gheude, essayiste politique (1)

En refusant d’approuver le pacte migratoire de l’ONU, la N-VA offre un bien beau cadeau de Noël à Charles Michel : la chute du gouvernement.

Le core business de la N-VA

L’immigration/sécurité est, comme on le sait, l’un des « core business » des nationalistes flamands. Des élections anticipées ne pourraient, dès lors, que leur profiter. Théo Francken jouit au Nord d’une incontestable popularité.

La stratégie de Bart De Wever est bien connue : démontrer que la dichotomie de plus en plus prononcée entre la Flandre et la Wallonie rend la Belgique invivable. Tel était d’ailleurs le constat auquel étaient parvenus les deux élus désignés en 2011 par la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française pour analyser la situation intérieure du Royaume. Si les résultats du dernier scrutin communal/provincial devaient se confirmer lors des élections législatives, on imagine aisément l’impasse à laquelle pourraient aboutir les négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement. Bart De Wever saisirait alors l’occasion pour mettre sur la table le dossier épineux du confédéralisme.

Le confédéralisme, porte ouverte au séparatisme

Une vieille histoire, en fait. Au début des années 90, l’idée confédérale avait été lancée par Luc Van den Brande, alors ministre-président flamand (CVP), lequel avait déclaré : Mes collègues de l’exécutif flamands, socialistes compris, se rallient à mes déclaration sur le confédéralisme. Le Parlement flamand se prononça d’ailleurs dans ce sens en 1999. Voilà donc 25 ans que, pour la Flandre, la page fédérale est tournée.

Du côté francophone, les présidents de parti sont bien déterminés à empêcher une telle évolution, qui ferait de la Belgique une coquille vide et la rendrait rapidement superflue.

Mais l’expérience nous a aussi montré que les « demandeurs de rien » avaient toujours fini par ployer et que leurs engagements ne valaient pas tripette.

Engagements francophones non tenu

Petit rappel. En 1988, le PS laisse tomber José Happart et la cause fouronnaise. En 2001, pour sortir la Communauté française du gouffre financier, on accepte la surreprésentation de la minorité flamande à Bruxelles et la régionalisation de la loi communale, offrant ainsi à la Flandre la possibilité de mettre au pas les francophones de la périphérie. En 2011, les allocations familiales sont scindées (« Madame Non » avait pourtant toujours clamé qu’il n’en serait pas question) et Bruxelles-Hal-Vilvorde est également scindé…sans extension territoriale de Bruxelles ! En 2014, Charles Michel rompt sa promesse de ne jamais gouverner avec la N-VA.

Pour justifier leurs reniements, les responsables francophones expliquent que leur souci était de « sauver la Belgique ». En réalité, personne n’est dupe : seul l’attrait du pouvoir a prévalu.

Quel avenir wallon ?

Qu’en sera-t-il demain ? Deux scénarios sont envisageables. Soit le confédéralisme est adopté, soit la Belgique s’avère ingouvernable et disparaît.

Dans un cas comme dans l’autre, la Wallonie va se retrouver livrée à elle-même, dans une situation budgétaire intenable. Le confédéralisme met, en effet, en place deux Etats – Flandre et Wallonie – responsables financièrement de leurs choix respectifs. La suppression des transferts financiers en provenance de la Flandre – quelque 7 milliards d’euros – est d’ores et déjà programmée sur dix ans.

Qu’elles soient anticipées ou non, les prochaines élections législatives s’avèreront déterminantes pour la capacité de la Belgique à survivre. En fait, le contexte est celui qu’avait décrit feu Lucien Outers, l’un des pères du FDF, dans cette « Lettre ouverte » qu’il avait adressée au roi Baudouin dans les années 80 : s’il ne s’établit pas une confédération où l’essentiel des pouvoirs seraient laissés à chacun, (…) la Flandre finira par s’émanciper sans demander l’avis de personne et les Wallons peu sûrs d’eux-mêmes se tourneront un jour vars la France pour négocier avec elle, pour leur région, un statut particulier qui la fera participer progressivement et toujours davantage à la vie d’un pays dont ils se sentent si proches. (…) Bruxelles cherchera peut-être dans sa vocation européenne une solution d’avenir.

Cette dernière phrase est importante, car elle confirme le résultat des sondages qui ont été effectués depuis auprès des Bruxellois et qui mettent à mal le scénario d’une Belgique résiduelle – le fameux WalloBrux -, souhaité, lui, par une majorité des Wallons.

Une chose est en tout cas indéniable et François Perin l’avait écrit dès 1981 : s’ils se retrouvent bêtement belges tout seuls, les Wallons seront contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée. Il n’y aura alors pas trente-six solutions pour leur garantir un avenir prospère…

Quoi, la France ? Dans l’état où elle se trouve aujourd’hui ?

La crise sociale que l’Hexagone traverse en ce moment finira par trouver une solution. La République française n’est nullement menacée de disparition. Elle constitue, en tout cas, notre matrice linguistico-culturelle et participe pleinement aux affaires importantes du monde.

Nous avons connu la grande grève de l’hiver 60-61, contre la « loi unique » du gouvernement Eyskens. Une loi qui prévoyait une augmentation d’impôts, des économies portant notamment sur la sécurité sociale et les allocations de chômage, et des modifications – au régime des pensions, par exemple – dans la fonction publique. La gare des Guillemins fut saccagée, les hauts-fourneaux fermés. Ici aussi, le climat était insurrectionnel. Et pour quel résultat final ? Pour voir, comme l’a constaté le syndicaliste André Renard lui-même, le PS revenir au pouvoir et appliquer à la sauvette  cette même moi unique.

La vérité, feu Robert Fabre, qui fut président des Radicaux de gauche en France, l’a bien cernée dans son livre « Toute vérité est bonne à dire » : Que de ruses, que de détours, que d‘habiletés maladroites – et nous pourrions ajouter : quelle hypocrisie – dans ce monde politique qui vise pourtant à l’essentiel, le service d’autrui, et y parvient si rarement.

Bien qu’il tienne à souligner sa profonde amitié avec Emmanuel Macron, Charles Michel, il l’a déclaré en 2011, n’entend nullement se retrouver sous la tutelle d’un préfet corse ou breton. Sans doute préfère-t-il subir celle de la N-VA !

En réalité, la fibre belgicaine des responsables francophones ne s’explique que par leur crainte de voir leurs (lucratifs !) plans de carrière remis en question avec la disparition du Royaume. Mais le jour où ils se retrouveront devant le fait accompli, on les verra tous se bousculer au portillon pour clamer leur foi indéfectible en la France éternelle. On parie ?

(1) Derniers livres parus : « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015, et « Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes », Mon Petit Editeur, 2016.

 

La démocratie en danger

Jules Gheude

 

Le philosophe français Frédéric Lenoir soulignait récemment, en le déplorant, le fait que les élites politiques accordent plus d’importance à leur plan de carrière qu’à la défense de l’intérêt général.

Dans son livre « Toute vérité est bonne à dire », Robert Fabre, qui fut président du Mouvement des Radicaux de gauche en France, dressait, quant à lui, ce constat bien amer de son expérience politique : Que de ruses, que de détours, que d’habiletés maladroites dans ce monde politique qui vise pourtant à l’essentiel, le service d’autrui, et y parvient si rarement.

Que de ruses, que de détours, que d’habiletés maladroites ! Et l’on pourrait ajouter : que d’hypocrisie !

Elio Di Rupo, le président du PS, se veut être le chantre de la justice sociale. En 2005, alors que son parti était frappé par le scandale de la Carolorégienne, il avait clamé son ras-le-bol de ceux qui se servaient ou lieu de servir : J’en ai marre des parvenus !

Mais le site Cumuleo nous apprend que, cette année-là, il avait déclaré 7 mandats rémunérés : député, ministre-président, bourgmestre, président du PS, administrateur de Dexia Banque, de Dexia Groupe et d’Ethias.

L’objectivité nous oblige à reconnaître que ce type de situation se rencontrait également au sein d’autres formations politiques.

Comment, dans un tel contexte, ne pas être déconnecté de la réalité ?

Douze ans plus tard, de nouvelles affaires sont venues entacher la sphère politique : Publifin, Samusocial, Kubla-Duferco, Kazakhgate), apportant ainsi la preuve que la frontière entre la politique et l’argent était aisément franchie.

L’avertissement lancé en 1887 par Lord Acton reste éminemment actuel : Power tends to corrupt and absolute power corrupts absolutely.

Finalement, rien de bien nouveau sous le soleil. Souvenons-nous du film « Le Président », quand le président du Conseil, alias Jean Gabin, passe en revue les turpitudes de la plupart de ses collègues de l’Assemblée nationale. Une séquence culte !

Aujourd’hui, en dépit des mesures de bonne gouvernance enfin adoptées, on apprend que certains députés quitteront le Parlement wallon avec une prime pouvant atteindre 100.000 euros. Mais que le citoyen lambda ne se lamente pas : il n’aura plus à s’acquitter de la redevance télévision et verra ainsi son pouvoir d’achat augmenter de 100 euros. Justice sociale au rabais…

La politique ne devrait pas être un métier à vie. François Perin avait bien compris que notre système était vicié par les partis à l’influence excessive et paralysante. Aussi défendait-il le concept  d’associations qui auraient sur les partis l’avantage d’être circonstancielles et d’être débarrassées de la prétention sclérosante d’être le véhicule d’idéologies permanentes. Et d’imaginer des inspecteurs de l’Etat issus du scrutin proportionnel pour prendre en charge la mission d’exprimer les divers courants de l’opinion. Peu nombreux, puisque le scrutin d’arrondissement disparaîtrait, ils pourraient chacun nommer des adjoints et former une sorte de Cabinet semblable au Cabinet ministériel, recrutant ainsi les collaborateurs de valeur qu’ils feraient à leur tour connaître au public. Le corps électoral serait ainsi constamment renouvelé par le haut, les nouvelles étoiles brillant par leur savoir-faire plutôt que par une publicité électorale, tapageuse et démagogique.

Le système s’apparente à une pieuvre qui infiltre ses tentacules partout et qui récompense largement ceux qui la caressent.

Les petits arrangements entre amis, le népotisme, les abus sont responsables de la méfiance de plus en plus grande affichée par l’opinion à l’égard des élites politiques. En favorisant l’éclosion de thèses extrêmes, ils sapent les fondements mêmes de la démocratie.

 

Seuls 32 parlementaires wallons ont publié un rapport d’activités politiques

« Le Vif », Belga, 20 novembre 2018

Seuls 32 parlementaires wallons ont publié cette année un rapport d’activités politiques, compilant l’ensemble des données relatives à leur travail parlementaire au sein de l’assemblée régionale durant la session 2017-2018.

C’est nettement moins qu’en 2016 quand 56 députés s’étaient attelés à la tâche pour la première année où ces documents étaient rendus publics sur le site internet du parlement. L’an passé, ils étaient encore 46 à se soumettre à cet exercice non-contraignant.

Parmi les 32 députés ayant publié leur rapport cette année figurent 3 Ecolo, 15 socialistes, 4 cdH et 10 libéraux. Ces rapports d’activités politiques sont prévus par l’article 40 du règlement du parlement wallon qui stipule notamment que « chaque année, à la clôture des travaux de la session, un député peut déposer un rapport d’activités politiques ». Parallèlement, le président du parlement dépose, lui, un rapport d’activités de l’assemblée.

 

Wallonie intégrée à la France

Le Gewif (Groupe d’Etudes pour la Wallonie intégrée à la France – www.gewif.net) est heureux de vous présenter le logo ci-joint, réalisé par Jaques Culot.

Six réformes de l’Etat ne sont pas parvenues à faire de la Belgique un Etat stable et cohérent. Les dernières élections communales et provinciales ont confirmé que la Flandre et la Wallonie constituaient deux démocraties bien distinctes. De quoi encourager le Nord à concrétiser le schéma confédéral, adopté par  son Parlement en 1999 : deux entités financièrement responsables de leurs choix politiques et entre lesquelles chaque Bruxellois devra choisir pour ce qui concerne les compétences dites personnalisables (impôt des personnes, système de sécurité sociale,…). Quant à l’échelon belge, réduit à sa plus simple expression, il ne faudra pas longtemps pour qu’il soit jugé superflu et disparaisse.

 

En janvier 2016, Liesbeth Homans, la ministre flamande de l’Intérieur (N-VA), avait décrit le scénario : Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose : la scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère que la Belgique n’existera plus en 2025.

On sait que la fin des transferts financiers en provenance de Flandre – quelque 7 milliards d’euros ! – est programmée sur dix ans. Livrés à eux-mêmes, les Wallons se verront contraints, comme l’avait écrit François en 1981, à une discipline dont ils n’ont aucune idée. Il ne peut en résulter qu’une diminution drastique des dépenses publiques de la Wallonie, avec une baisse sensible des prestations sociales.

Le général de Gaulle avait bien compris que seule leur prise en charge par un pays comme la France pourrait assurer l’avenir aux trois à quatre millions de Wallons.

Depuis sa création, en février 2010, le Gewif prône l’option d’une « intégration-autonomie » de la Wallonie, option, qui lors des Etats généraux de Wallonie, tenus à l’Université de Liège, le 9 mai 2009, avait été présentée par Jacques Lenain, haut fonctionnaire français aujourd’hui retraité.

Le constitutionnaliste français Didier Maus a confirmé la faisabilité d’un tel projet : Il serait parfaitement possible de créer un titre spécial « De la Wallonie… »  qui contiendrait une mini constitution sur mesure pour cette région. Il en découle que, sur le fondement de cette mini-constitution, il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, et pour une durée à déterminer le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieurCe ne serait pas une difficulté de faire de la sorte puisque il en est déjà ainsi, même si c’est avec moins d’ampleur, dans certains territoires français, qui, selon les cas, disposent d’une sécurité sociale propre (Polynésie, Calédonie,…), d’un droit du travail propre (même s’il est largement copié sur celui de la métropole), de nombre de dispositifs fiscaux particuliers, et d’autres régimes spéciaux dans divers domaines (en Corse comme Outre-mer).

L’hypothèse de l’implosion de la Belgique n’a rien de fantaisiste, comme l’avait d’ailleurs déclaré Louis Michel, le père de notre Premier ministre, au « Figaro », en 1996 : Entre un Etat wallon replié sur lui-même et la France, je choisis la France, car la Wallonie c’est un cul-de-sac économique, social, culturel.

Comme François Perin et Jean Gol, Jean Defraine, l’ancien président de la Chambre, était, lui aussi, convaincu, que l’avenir de la Wallonie ne pourrait être que français. N’écrivait-il pas en 1996, dans l’organe du parti rattachiste : Les Wallons doivent préparer leur dossier pour faire l’inventaire et dire ce qui leur revient au moment de la séparation (…) car, quand les Flamands auront les poches pleines d’euros, ils nous largueront.

Le temps nous est compté. Les élections législatives et régionales se tiendront dans six mois. Le moment n’est-il pas venu de nous préparer à l’inéluctable échéance ?

F-35: Magritte aurait apprécié!

PAR JULES GHEUDE, ESSAYISTE POLITIQUE*

« Le Soir », 9 novembre 2018

https://plus.lesoir.be/189124/article/2018-11-09/f-35-magritte-aurait-apprecie

Les premiers exemplaires de l’avion de chasse seront livrés à l’armée belge en 2025, soit… l’année où Liesbeth Homans espère que la Belgique n’existera plus ! Surréaliste…

 

Nul doute que René Magritte aurait apprécié l’affaire. Elle est proprement surréaliste.

A l’automne 2018, le gouvernement belge prend la décision de remplacer ses avions de chasse et opte pour le F-35 américain.

Premier côté comique : le ministère de la Défense est géré par Steven Vandeput, dont le parti, la N-VA, voue la Belgique aux gémonies et entend faire émerger une République flamande.

Sa coreligionnaire Liesbeth Homans, qui s’occupe de l’Intérieur au sein du gouvernement flamand, a d’ailleurs annoncé, en 2016, qu’elle espérait voir le Royaume disparaître en 2025. Et elle a expliqué comment elle voyait le scénario : «  Nous ne sommes pas demandeurs d’une énième petite réforme de l’Etat, donc je pense qu’en 2019, il s’agira d’autre chose : la scission de la Belgique ou en tout cas le transfert aux Régions et entités fédérées d’un maximum de compétences, ce qui amènerait la Belgique à disparaître d’elle-même. J’espère que la Belgique n’existera plus en 2025. »

Des directions diamétralement opposées

Depuis lors, Bart De Wever, le président de la N-VA, a fait savoir qu’il entendait mettre le dossier du confédéralisme sur la table des négociations, au lendemain des élections législatives et régionales du 26 mai 2019.

Pour les nationalistes flamands, le constat est clair et il vient d’être confirmé par les récentes élections communales et provinciales : Flandre et Wallonie se dirigent politiquement dans des directions diamétralement opposées, l’une à droite, l’autre à gauche, avec, dans les deux cas, des chemins extrêmes.

Les premiers signes du confédéralisme

Plus question, en tout cas, pour la Flandre de continuer à se montrer solidaire d’une région dont la mouvance socialo-communiste ne peut que freiner le redressement. La fin des transferts financiers – quelque 7 milliards d’euros – est d’ores et déjà programmée sur dix ans. Le président du MR, Olivier Chastel, l’a d’ailleurs rappelé dernièrement : « On sait que la manne financière qui vient du fédéral est dégressive sur dix ans et donc la Wallonie doit se préparer à vivre en toute autonomie.  »

Il y a bien longtemps que la Flandre rêve du confédéralisme. Bien avant que la N-VA n’existe ! L’idée en avait été lancée, au début des années 90 par le démocrate-chrétien Luc Vanden Brande, alors ministre-président flamand, qui, le 13 janvier 1993, précisait : «  Mes collègues de l’exécutif flamand, socialistes compris, se rallient à mes déclarations sur le confédéralisme  ». Et, six ans plus tard, le Parlement flamand approuvait le projet. Victimes de leur aveuglement, les responsables francophones n’ont pas saisi la mesure de cette décision.

Une série de renoncements

De réforme en réforme, ceux-ci n’ont cessé de se présenter en « demandeurs de rien » pour finalement céder : en 1988, le PS a laissé tomber José Happart et la cause fouronnaise ; en 2001, pour sortir la Communauté française du gouffre financier, on a accepté la surreprésentation de la minorité flamande au Parlement bruxellois et la régionalisation de la loi communale permettant à la Flandre de mettre au pas les francophones de la périphérie ; en 2011, les allocations familiales ont été scindées, alors que « Madame Non » avait toujours clamé qu’elle s’y opposerait, et le sort de Bruxelles-Hal-Vilvorde a été réglé sans extension territoriale de Bruxelles…

De Wever sur du velours

Tout cela pour soi-disant « sauver la Belgique ». Mais, en réalité, les responsables francophones ne sont préoccupés que par le pouvoir et la sauvegarde de leurs propres intérêts. Elio Di Rupo, il l’a dit, entend reprendre les rênes de la Wallonie dans sept mois. De son côté, le président de la FGTB, Robert Vertenueil, appelle de ses vœux la mise sur pied d’une coalition progressiste, composée du PS, du PTB et d’Ecolo.

Au vu de ce qui précède, Bart De Wever peut se frotter les mains. Il sait qu’il joue sur du velours !

Mais revenons à nos avions de combat. Dès le départ, la N-VA avait porté son choix sur le F-35. Faute de le respecter, on courait droit à la chute du gouvernement, chose que le Premier ministre Charles Michel ne pouvait envisager.

Mais le F-35 était-il vraiment le meilleur candidat ? C’est ce qu’affirme l’ancien colonel Luc Gennart, qui voit là une excellente nouvelle pour la défense européenne. Mais Jean Quatremer, le correspondant du journal Libération à Bruxelles, est d’un tout autre avis : «  Au-delà des critiques sur un appareil qui n’a guère tenu ses promesses après 17 ans de développement, selon le Pentagone lui-même, dont les coûts dérapent sans cesse, ce qui a provoqué un mémorable coup de gueule de Donald Trump à peine élu, et se révèle peu fiable pour ses équipages, la flotte américaine ayant connu plusieurs incidents graves, le F-35 est une option qui se justifie uniquement si l’appareil est destiné à agir dans le cadre américain ou otanien : isolé, l’appareil a des capacités d’action infiniment moindre que celles du Rafale, du Typhoon ou du F-16, car il dépend de l’accès aux informations que les Américains voudront bien lui donner. Même chose pour ses évolutions logicielles futures. »

Avec son regard malicieux, le dessinateur Philippe Geluck se pose, quant à lui, cette double question : La N-VA n’a-t-elle pas écarté le Rafale tout simplement parce qu’il venait de France… où l’on parle le français ? Et, d’une façon plus générale, était-il nécessaire de dépenser tant d’argent pour ces avions ?

La réponse à cette dernière question se trouve dans le livre de François Perin Germes et bois morts dans la société politique contemporaine, publié en 1981 chez Rossel : «  L’armée belge serait-elle la mieux équipée du monde, elle manque totalement de force psychologique. Le laisser-aller, l’impéritie, le sentiment d’impuissance, sinon de ridicule, dominent fatalement les esprits. C’est l’inévitable résultat de la conscience de n’être rien. Intégrés dans une armée européenne, soldats et gradés éprouveraient le sentiment réconfortant d’appartenir à une collectivité qui aurait enfin cessé d’être dérisoire à l’échelle du monde. »

On nous informe aujourd’hui que les premiers F-35 ne seront livrés qu’en 2025, l’année où Liesbeth Homans espère que la Belgique n’existera plus. Surréaliste, n’est-il pas ?

Nous avons déjà expliqué pourquoi, devenus bêtement belges tout seuls, pour reprendre l’expression de François Perin, les Wallons n’auraient d’autre choix que de se tourner vers la France… où ils seraient protégés par les Rafale.

*Derniers livres parus : François Perin – Biographie, Editions Le Cri, 2015, et Un Testament wallon – Les vérités dérangeantes, Mon Petit Editeur, 2016.

 

Et le champion des grèves est… ?

RTL-Info, Belga, 30 octobre 2018

L’an dernier, le secteur public est passé en tête des secteurs économiques où l’on a fait le plus grève, d’après les statistiques de l’ONSS compilées dans la dernière étude du Crisp (Centre de recherche et d’information socio-politique), rapporte mardi L’Echo.

En 2017, le secteur public a totalisé 83.890 jours de grève, soit davantage que celui des industries manufacturières (83.450 jours) – secteur venant en tête des différents sous-secteurs du privé. Sur les 247.718 jours de grève comptabilisés en 2017, 33,9% ont été le fait du secteur public, explique le Crisp dans son dernier Courrier hebdomadaire.

Conséquence des mesures d’austérité?

Les mesures d’austérité (pensions, projets d’harmonisation) prises dans le secteur public peuvent expliquer dans une large mesure pourquoi ce secteur a pris une part de plus en plus importante dans le mouvement de contestation  sociale.

Le nombre de jours de grève par région

L’Echo propose également le nombre de jours de grève par région. Ce sont les Wallons qui arrivent en tête, devant les Bruxellois et les Flamands. 110 jours de grève en moyenne pour 1000 travailleurs en 2017 contre 63 jours à Bruxelles et 39 en Flandre.

Encore une précision du Crisp, les provinces de Liège et de Hainaut représentent 83% des jours de grève en Wallonie.