La Flandre a de la suite dans les idées

Carte blanche de Jules Gheude, dans « Le Soir », 11 mars 2019 : https://plus.lesoir.be/12/sections/opinions#_ga=2.179252576.55821039.1551886795-810362645.1496750976

Quatre ténors du CD&V cosignent ce lundi une carte blanche dans le « Standaard », dans laquelle la question du confédéralisme à l’horizon 2024, et en particulier la scission des soins de santé, revient sur le tapis. Le Mouvement flamand conserve de farouches adeptes, et pas seulement dans les rangs de la N-VA, constate l’auteur de cette carte blanche.


Kris Peeters (à g.) et Wouter Beke, deux des signataires de la carte blanche des ténors du CD&V parue dans « De Standaard » ce lundi. – © Belga.

Al’approche des élections du 26 mai, les commentaires vont bon train, notamment au sujet de l’évolution de la N-VA. Le parti nationaliste aurait-il renoncé à faire de la Flandre une république indépendante, comme le prévoit l’article 1er de ses statuts ? Le lion serait-il devenu édenté ?

Dans la longue chaîne du Mouvement flamand, la N-VA n’est qu’un maillon récent. Il n’a été ajouté qu’en 2001, suite à la dislocation de la Volksunie.

La grande majorité des francophones ignore à quel point ce Mouvement a dû lutter pour que les premières linguistiques soient adoptées et faire en sorte que la Flandre obtienne sa pleine reconnaissance sur l’échiquier politique. Au début du XXe siècle, le cardinal Mercier parlait toujours « de l’unité belge, cimentée par l’emploi de la langue française ».

Tout cela laissera des traces durables et contribuera à forger en Flandre un sentiment très fort d’appartenance collective. En 1973, Manu Ruys, l’ancien éditorialiste influent du Standaard, avait sous-titré son livre Les Flamands  : « Un peuple en mouvement, une nation en devenir ».

Une nation, un Etat

De la fixation de la frontière linguistique à l’introduction de l’autonomie culturelle, tout sera mis en œuvre pour que la Flandre acquière les caractéristiques d’une véritable nation : un peuple, un territoire, une langue, une culture.

Aujourd’hui, cette nation se comporte déjà en véritable Etat. N’a-t-on pas vu, en 2012, le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V) quitter la mission économique pilotée par le prince Philippe au Vietnam pour aller rencontrer Aung San Suu Kyi au Myanmar  ?

La N-VA ne fait que s’inscrire dans la logique du Mouvement flamand, qui, d’étape en étape, a balayé tous les obstacles mis sur son chemin. Dernière victoire en date : la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, adoptée en 2012 et assurant l’homogénéité linguistique de la Flandre.

La N-VA n’existait pas en 1962, lorsque les Fourons furent transférés de la province de Liège à celle du Limbourg. La N-VA n’existait pas en 1968, lorsque le démocrate-chrétien flamand Jan Verroken fit chuter le gouvernement sur le «Walen buiten» de l’université de Louvain. La N-VA n’existait pas en 1978, lorsque le Premier ministre Léo Tindemans saborda le pacte d’Egmont, qui avait le mérite d’associer la Volksunie et le FDF. La N-VA n’existait pas en 1988, lorsque José Happart fut sacrifié et que les Toshiba-boys du Premier ministre Jean-Luc Dehaene roulèrent les francophones dans la farine à propos du financement de la Communauté française. La N-VA n’existait pas au début des années 90, lorsque le ministre-président flamand Luc Van den Brande lança l’idée confédéraliste, qui allait être approuvée en 1999 par le Parlement flamand. A chacune de ces étapes, on retrouve l’intransigeance du CVP, l’Etat CVP comme on disait à l’époque. Et n’est-ce pas encore un démocrate-chrétien flamand, Yves Leterme, qui porta en 2004 le cartel avec la N-VA sur les fonts baptismaux ?

L’ancien ministre CVP Stefaan De Clerck l’a d’ailleurs avoué lui-même sans complexe : « La relation entre le nationalisme et la démocratie chrétienne est profondément ancrée dans l’ADN flamand. »

Une réflexion mûrie

Ce constat se vérifie pleinement avec la publication ce lundi dans De Standaard, d’une carte blanche signée par quatre ténors du CD&V – le président Wouter Beke, le vice-Premier ministre Kris Peeters, le chef de groupe à la Chambre Servais Verherstraten et la ministre flamande de l’Enseignement Hilde Crevits, soutenus par trois « anciens » : Yves Leterme, Luc Van den Brande et Johan Sauwens.

Les intéressés proposent une 7e réforme de l’Etat, qui permettrait de transférer notamment la totalité des soins de santé aux entités fédérées. Cette réforme n’interviendrait toutefois qu’en 2024, pour laisser aux institutions concernées le soin de se préparer.

La scission de la sécurité sociale. Un vieux fantasme flamand, en fait, En 2002, alors qu’il était président de l’Open VLD, Karel De Gucht, s’était, lui aussi, exprimé sans ambiguïté sur le sujet : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie. »

Le chœur flamand se retrouve toujours lorsque les intérêts fondamentaux du Nord sont en jeu. Rappelons-nous ces propos tenus en 2003 par le libéral Bart Somers, alors ministre-président flamand : « Il serait impensable de toucher à l’économie de la Flandre de plein fouet en lui faisant porter l’effort de réduction d’émission de CO2 de façon linéaire, alors que l’appareil industriel au sud, plus vétuste, pollue proportionnellement davantage que le nôtre, qui est à la pointe de la technologie propre. »

Fin stratège, Bart De Wever sait que les conditions ne sont pas encore réunies pour porter l’estocade finale. D’où son choix de recourir à la stratégie confédéraliste. Une fois la Belgique vidée de sa substance, il ne faudrait pas longtemps à la Flandre pour la considérer comme totalement superflue.

Un péril pour la Wallonie

Entre la Flandre et la Wallonie, le fossé économique reste béant et ce n’est pas le retour probable d’une coalition progressiste en Wallonie qui arrangera les choses.

Depuis la crise de Cockerill-Sambre au début des années 80, la Flandre n’a eu de cesse de remettre en cause la solidarité nationale. Aujourd’hui, la suppression des transferts financiers en provenance de Flandre – quelque 7 milliards d’euros ! – est déjà programmée sur dix ans.

Le confédéralisme repose sur ce principe simple : chacun est évidemment libre de faire les choix politiques qu’il souhaite, mais il doit aussi en assurer totalement la responsabilité financière.

Les Wallons doivent le savoir : livrée à elle-même, leur région se trouvera confrontée à une situation budgétaire intenable, qui la contraindra à se serrer fortement la ceinture. « Un scénario infernal à la grecque », prévient Jules Gazon professeur émérite d’Economie à l’Université de Liège : « L’effort demandé à tous les Wallons serait d’une telle ampleur qu’il en résulterait un climat insurrectionnel ».

La Wallonie veut plus d’étudiants dans les filières technique, technologique et numérique

 « Le Vif », Belga, 1er mars 2019

Des possibilités de carrières existent en Wallonie pour les personnes qui se dirigent vers ces trois filières. La Région wallonne va mener des actions pour les faire découvrir.

Pour encourager la démarche et augmenter de 10 à 15% chaque année le nombre d’étudiants à se diriger vers ces filières, des actions visant à faire découvrir le quotidien d’un entrepreneur doivent être développées et un cadastre des métiers en pénurie doit être régulièrement mis à jour, a indiqué vendredi Willy Borsus, ministre-président de la Région wallonne, à l’issue d’une réunion de travail à Liège de la WSL, incubateur pour techno-entrepreneurs actif sur le territoire wallon.

« La Wallonie a besoin d’entrepreneurs, de gens qui se lancent pour créer leur activité. Aujourd’hui, quand je demande dans un auditoire qui souhaite se lancer dans l’entrepreunariat, un tiers lève la main. On sent qu’il y a de l’appétit, une envie de développement en Région wallonne, mais il faut que le mouvement s’amplifie. La tendance doit s’accroître pour atteindre 10 à 15% d’étudiants en plus par an dans les filières techniques, technologiques et du numérique », a souligné Willy Borsus, insistant sur le mécanisme du Tax shelter pour entreprises qui permet aux personnes physiques d’investir dans le capital de jeunes entreprises en bénéficiant d’une réduction d’impôts de 45% de leur apport.

Pour atteindre ces 10 à 15% supplémentaires, le ministre-président de la Région wallonne estime qu’il faut déployer les initiatives existantes destinées à faire découvrir ces filières. « Il convient également de développer des actions permettant de découvrir ce qu’est la vie de l’entrepreneur et de préciser les perspectives d’emploi, ainsi que les statuts, sachant que l’on dénombre actuellement 31.000 emplois vacants dans des filières en pénurie alors qu’il y a 200.000 demandeurs d’emploi », indique-t-il.

D’où l’importance de pouvoir bénéficier d’un bon accompagnement, comme le fait le WSL. Cet incubateur pour techno-entrepreneurs soutient des projets wallons issus des sciences de l’ingénieur en vue de leur concrétisation et les accompagne dans leur développement tant en Wallonie qu’à l’international. Fondé en 2000 par le gouvernement wallon, WSL a été classé par l’association internationale UBI-Global parmi les incubateurs « les plus performants au monde, voire un des deux meilleurs sur certains critères ».

En quelques chiffres, le WSL, c’est un chiffre d’affaires de 107 millions d’euros fin 2018. « Environ 160 entreprises ont été créées. Ce qui représente 866 emplois directs et près de 2.000 indirects », a souligné Agnès Flémal, directrice générale de WSL.

Parfum de révolte au sein du régulateur wallon de l’énergie

 « Le Vif », Belga, 28 février 2019

Le personnel de la Cwape, le régulateur wallon de l’énergie, reproche au ministre wallon Jean-Luc Crucke (MR) de vouloir raboter leur package salarial en transférant une partie des employés vers l’administration, rapporte jeudi Le Soir. Le ministre de l’Energie juge leur salaire « disproportionné ».

Une vingtaine d’employés de la Cwape vont être transférés ver l’administration wallonne, car certaines compétences vont être confiées à cette administration. Ce qui coince, c’est que ce personnel a reçu une convention pour acter le changement, une convention qui prévoit une réduction du package salarial des travailleurs concernés. Se sentant lésé, le personnel a écrit collectivement au ministre Crucke pour lui faire par de son désarroi quant à cette convention qu’ils estime « déséquilibrée ».

Le cabinet de ministre assure qu’aucun travailleur ne verra son salaire net diminué et que c’est l’évolution de carrière qui devra être « adaptée ». « Le problème principal est celui du niveau de rémunération actuel des agents de la Cwape, qui se sont vu octroyer des augmentations salariales disproportionnées au fil des années », souligne le cabinet. « Malgré ce niveau de salaire particulier (jusqu’à deux fois plus élevés que ceux de l’administration, pour des niveaux de diplôme parfois inférieurs), nous avons dû constater un nombre important de personnes en maladie de longue durée. Un vrai problème de management. »

Un nouvel essai de Jules Gheude

On nous annonce la sortie prochaine du nouvel essai de Jules Gheude « La Wallonie, demain – La solution de survie à l’incurable mal belge », aux Editions Mols. L’ouvrage est préfacé par Pierre Verjans, professeur de Science politique à l’Université de Liège.

Les Wallons pour l’autonomie des régions mais contre la séparation du pays

« Le Vif », Belga, 5 février 2019

Quelque 52% des Wallons se disent en faveur d’une autonomie accrue des régions, contre 40% en 2013, indique mardi l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (IWEPS), à l’occasion de la publication du Baromètre social de Wallonie. En revanche, 92% voteraient toujours contre la séparation de la Belgique en cas de référendum, même s’ils sont de plus en plus à estimer ce scénario plausible.

Si 52% des 1.200 interrogés y sont favorables, une plus grande autonomie des régions semble également être un scénario de plus en plus réaliste pour 61% d’entre eux, contre 46% en 2013. « Le fort taux de vote en faveur d’une Belgique unie reflète le sentiment d’appartenance des Wallons », souligne l’IWEPS. « Si en matière de politique, ils se sont avant tout dits attachés à l’échelon communal et à la proximité, 72% des interrogés ont déclaré se sentir Belges avant tout. » Le taux d’attachement à la Wallonie est lui de 52% et celui aux communes de 41%. « Plus on est fier de son identité wallonne, plus on est fier de son appartenance belge », précise l’IWEPS. « On constate également, et c’est sans doute ce qui fait la spécificité de la Wallonie par rapport à d’autres régions, que le sentiment d’appartenance n’est pas exclusif. » Selon l’enquête, les Wallons sont néanmoins de plus en plus nombreux à considérer la séparation de la Belgique comme un scénario réaliste. Ils sont même 36% à y croire, contre 21% en 2013. « On peut penser que les décisions et les choix politiques qui ont pu être pris ces dernières années au niveau national ont contribué à tracer de plus en plus une frontière symbolique entre les régions », conclut l’IWEPS.

François Perin ou le triomphe de la lucidité

François Perin ou le triomphe de la lucidité

Entre François Perin et Voltaire, il y a plus d’un trait commun.

Une analyse de Jules Gheude (1)

François Perin et moi avons entretenu des relations suivies durant plus de trente ans. Quand je discutais avec lui, j’avais l’impression de me trouver face à Voltaire, dont il partageait d’ailleurs le profil acéré et l’humour caustique. Le verbo-moteur, comme il se qualifiait lui-même, était  passionné par les origines et les fins dernières, en quête d’équilibre spirituel.

Cet aspect le moins connu de sa personnalité, il nous le décrivit dans son dernier livre « Franc-parler », paru en 1996.

François Perin plaide ici en faveur d’un nouvel humanisme, dégagé des corsets du christianisme et du rationalisme. On découvre aussi que le franc-maçon athée qu’il était,  éprouvait une véritable fascination pour la vie monastique, pour les grands mystiques et les divinités païennes de l’Antiquité gréco-romaine. Superbe passage que celui où il imagine comment nous aurions pu évoluer sila civilisation antique avait survécu : (…) quelle évolution heureuse, sans crise déchirante de conscience, et aussi sans la platitude vulgaire dans laquelle un monde déchristianisé sombre aujourd’hui faute de sagesse de rechange.  

François Perin nous explique comment sa personnalité s’est forgée autour de la trinité « Bouddha, Epicure et les dieux ». Pour lui, l’humanité court à sa perte si elle ne retrouve pas un nouvel art de vivre, si elle ne se libère pas des dogmes mortifères. Il y a notamment cette phrase qui rappelle les propos du pape François au sujet des lapins : « Dieu a dit Moïse : croissez et multipliez-vous ». On pourrait lui répondre : « Seigneur, c’est fait ! ».

Ce que nous vivons de façon tragique aujourd’hui, François Perin l’attribue au piège des mots, dans lequel se sont laissé prendre les religions monothéistes. « Chacun, écrit-il, prétend être la seule à saisir l’absolu, alors que son discours, parce qu’il revêt nécessairement un langage humain, varie avec les époques. L’absolu est inexprimable. Si Dieu existe, il devrait défendre formellement qu’on parlât en son nom, car tout langage n’a qu’une valeur contingente et relative. Toute parole qu’on lui prête l’enfermerait dans une prison mortelle et le nouveau verbe se pétrifierait en une idole de granit pour, à nouveau, terroriser et lapider les hommes. 

François Perin a longtemps recherché cette phrase que l’on attribue à André Malraux : Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas. La citation exacte, il l’a trouvée dans un article paru dans « L’Express », le 21 mai 1955 : Je pense que la tâche du prochain siècle, en face de la plus terrible menace qu’ait connue l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux.

Voilà comment Edmond Blattchen, ancien étudiant de François Perin, eut l’idée de l’émission télévisée « Noms de dieux », dont le générique reprend d’ailleurs la phrase de Malraux.

Pour François Perin, l’humanité n’assurera sa survie que par la maîtrise d’elle-même en équilibre avec son milieu. Elle devrait redécouvrir les méthodes de la sagesse méditative, qui permettent d’échapper à l’illusoire ego.

François Perin nous explique que lorsqu’il est devenu ministre de la Réforme des Institutions en 1974, l’opposition socialiste flamande avait misé sut son tempérament bouillant pour le faire sortir de ses gonds au Parlement. Jos Van den Eynde était particulièrement habile à ce jeu. François Perin demanda alors à un huissier de lui apporter un verre d’eau, qu’il se mit à fixer en pratiquant une technique de respiration, apprise lors d’un stage à l’abbaye d’Orval. Jos Van Eynde en fut déstabilisé, au point de demander au Premier ministre s’il avait administré un somnifère à l’intéressé…

Ecologiste, François Perin le fut bien avant l’heure. Dans une interview à « La Libre Belgique », le 28 décembre 1974, il déclare : Je commence à éprouver pour l’automobile, qui me paraît être le symbole de la stupidité de la civilisation occidentale industrielle avec son égocentrisme et son gaspillage aveugle, une répulsion presque haineuse. Si je pouvais venir en bicyclette rue de la Loi, je le ferais ! Ah si on pouvait tuer la voiture ! Cela ressemble, je le sais, à des rêves bucoliques, mais si les Occidentaux ne retrouvent pas un mode contemplatif des vivre, une certaine manière de joie de vivre venant de l’intérieur, nous sommes fichus…

Lucide, François Perin le fut également à propos de l’avenir de la Belgique. Dès 1962, dans son livre « La Belgique au défi », il saisit que la Flandre est devenue un Etat dans l’Etat et que l’avenir de la Belgique est bel et bien compromis : (…) l’éclatement du pays pourrait se solder par des institutions centrales très simples : des délégués des gouvernements wallon, flamand et bruxellois se concertent d’une manière régulière au sein d’un conseil fédéral et passent des conventions entre Etats pour la gestion d’intérêts communs (…) Les trois parties gardent la plénitude leur souveraineté : seules des conventions entre voisins régleraient les problèmes auxquels ils seraient inévitablement confrontés. C’est une formule de confédération centrifuge.

Aujourd’hui, le mot « confédéralisme » n’est-il pas sur toutes lèvres ?

Dans un article paru dans « La Meuse », le 21 avril 1981, il imagine le malheureux chef de l’Etat se mettant à courir après un gouvernement introuvable. Et d’annoncer, 23 ans avant le docu-fiction « Bye-bye Belgium » de la RTBF, l’implosion du pays : Qu’est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance et d’affirmer leur nation ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité.

Clairvoyant, François Perin l’est toujours à 90 ans, lorsqu’il accorde au « Soir » sa dernière interview : D’étape en étape, le mouvement flamand a gagné sur toute la ligne. Il a gagné de devenir une « nation », avec un esprit collectif qui, de fil en aiguille, deviendra une « conscience nationale ». Bart De Wever est dans la ligne et, logiquement, il dit : Nous voulons un Etat flamand indépendant. » Et vous aurez noté que, pour expliquer ça, il va d’abord à Londres. Chez Cameron. Il connaît l’histoire, De Wever ! L’Angleterre – la France n’y verra pas d’inconvénient – sera le premier Etat à reconnaître l’indépendance de la Flandre quand celle-ci sera proclamée.

En ce qui concerne l’avenir de Bruxelles et de la Wallonie, la vision de François Perin n’a jamais changé : Bruxelles est une ville internationale. Point. (…) Et la Wallonie en France !

A méditer à la veille des élections législatives et régionales du 26 mai prochain…

(1) Auteur notamment de « François Perin – Biographie », Editions Le Cri, 2015. r

« Le Flamand ne recule jamais » (Jules Destrée)

On trouvera ici l’opînion de Jules Gheude (1), publiée ce 29 janvier 2019 sur le site du « Vif » : https://www.levif.be/actualite/belgique/le-flamand-ne-recule-jamais-jules-destree/article-opinion-1085027.html

L’enjeu des élections législatives et régionales du 26 mai 2019 est majeur : il y va de la survie même de la Belgique. Jusqu’ici, les crises politiques se sont toujours soldées par une réforme de l’Etat visant à accorder davantage de compétences aux régions et communautés. Mais le  » compromis à la belge  » a atteint ses limites.

Comme le faisait remarquer Luc Van der Kelen, l’ancien éditorialiste de « Het Laatste Nieuws », dans « Knack », le 19 août 2018 : À un moment donné, il n’y aura en effet plus rien à réformer, parce que tout paraîtra avoir déjà été réformé. Nous approchons de ce stade à grands pas.

Les six réformes de l’Etat qui ont été opérées depuis 1970 s’inscrivaient dans un cadre fédéral. Mais ce cadre est aujourd’hui dépassé pour la Flandre. Depuis 1999, celle-ci, via son Parlement, a clairement fait savoir qu’elle entendait passer à un autre stade, celui du confédéralisme, Un confédéralisme que Francis Delpérée, l’ancien constitutionnaliste de l’Université de Louvain, a qualifié de fédéralisme des cons et dans lequel Pierre-Yves Dermagne, le chef de groupe du PS au Parlement wallon, voit l’expression d’un fantasme.

Pierre-Yves Dermagne néglige toutefois un point capital : comme l’indique le préambule de la « Charte pour la Flandre », présentée par le gouvernement flamand en 2012, la Flandre constitue une nation. Et une nation a, tout logiquement, vocation à devenir État.

Le combat entamé par le Mouvement flamand depuis plus de 170 ans s’inscrit dans cette logique. Un combat marqué par l’adoption des premières linguistiques, la fixation de la frontière linguistique, le « Walen buiten » et l’obtention de l’autonomie culturelle : un peuple, un territoire, une langue !

Dans sa « Lettre » au Roi Albert Ier, en 1912, Jules Destrée ne s’était pas trompé : Le Flamand ne recule jamais. Le Mouvement wallon, qui vit le jour en réaction aux premières avancées du Mouvement flamand, n’a pu empêcher celui-ci de gagner sur toute la ligne. Chaque fois, comme l’a fort bien constaté Paul-Henry Gendebien, la barricade francophone s’est révélée être en papier mâché.

Le recensement linguistique fut supprimé, les Fourons furent rattachés à la province du Limbourg, les Wallons furent expulsés de l’Université de Leuven, Bruxelles-Hal-Vilvorde fut scindé. Autant de capitulations francophones en rase campagne. Pour Joëlle Milquet – Madame Non -, un enfant équivalait un enfant et il était hors de question de toucher aux allocations familiales. On a vu le résultat. On ne gouvernerait jamais avec la N-VA et Charles Michel a accepté de s’allier à elle.

On constate d’ailleurs que, suite à la démission de Benoît Lutgen de la présidence du CDH, son dauphin Maxime Prévot tient un tout autre langage : Je ne connais aucun parti francophone qui spontanément ait l’envie de travailler avec la N-VA, mais nous sommes dans un pays complexe et l’on ne sait pas de quoi les résultats seront, mathématiquement, faits demain. Je ne veux donc pas pratiquer l’exclusive gratuite.

Elio Di Rupo, le président du PS, a, quant à lui, axé sa stratégie électorale sur la reconquête du pouvoir, tant à Wallonie qu’à l’échelon fédéral. Mais comme pour le mettre en garde contre l’éventualité d’une alliance avec Bart De Wever, Laurette Onkelinx s’est empressée de déclarer : Quiconque, au PS, viendrait avec cela, se ferait ramasser ! Mais à quoi ne serait-on pas prêt pour exercer le pouvoir !

Ce n’est pas par patriotisme ni en raison d’un amour immodéré pour la monarchie que le PS veut sauver le pays, mais tout simplement parce que la sécurité sociale constitue son fond de commerce. Mais la Flandre ne l’entend pas de cette oreille.

Avec la crise de Cockerill-Sambre, au début des années 80, le Nord a remis en cause le principe de la solidarité : Plus un sou flamand pour l’acier wallon ! Et ce n’est pas la manière dont la Wallonie a été gérée depuis la mise en place officielle de la régionalisation en 1980, qui a contribué à calmer les choses. Les Wallons ne peuvent tout de même pas invoquer éternellement la fermeture des charbonnages, intervenue il y a plus d’un demi-siècle ! déclarait le député CD&V Hendrik Bogaert, le 5 mars 2016.

Le discours flamand est bien connu : plus question de se montrer solidaire d’une Wallonie qui n’adopte pas la méthode adéquate pour se redresser. La fin des transferts financiers en provenance de Flandre est d’ores et déjà programmée sur une période de dix ans. Une perte sèche de quelque 7 milliards d’euros !

Si la nouvelle coalition wallonne MR-CDH qui est place depuis un an et demi, s’efforce de rectifier le tir, la situation de la Région reste toujours préoccupante, ainsi que l’explique Philippe Destatte, le directeur de l’Institut Jules Destrée : Les contrats d’avenir successifs lancés par les gouvernements wallons, les plans Marshall et les 12 milliards versés par les fonds structurels européens n’ont pas permis à la Wallonie de se redresser. Il n’y a pas de décollage. À aucun moment. La première fois que j’ai tenu ce discours en 1997, le contrat d’avenir représentait moins de 5% du budget régional. Comment voulez-vous activer un redressement avec moins de 5% du budget régional. Le constat tient toujours partiellement.

On peut comprendre la réaction de Bart De Wever face au retour probable d’une coalition « progressiste » en Wallonie.

Lorsque les intérêts fondamentaux de la Flandre sont en jeu, le Nord a tendance à chanter à l’unisson.

En ce qui concerne la sécurité sociale, Elio Di Rupo ferait bien de se méfier aussi des libéraux flamands. S’exprimant sur le plateau de VTM en 2002, leur président de l’époque, Karel De Gucht, avait lâché : La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer et, en attendant, elle n’apport plus aucune plus-value à la Flandre. Il est inadmissible que la Flandre paie davantage pour les soins de santé et reçoive moins en retour de la Wallonie. Quant à son ami Patrick Dewael alors ministre-président flamand, il avait présenté un projet de réforme institutionnelle qui visait à scinder quasi tout l’éventail des compétences restées fédérales, dont les soins de santé et les allocations familiales.

Quinze ans plus tard, on constate que les choses ne se sont pas améliorées. La dernière étude du Vlaams & Neutraal Ziekenfonds (Mutuelle flamande et neutre) révèle que les dépenses en soins de santé augmentent plus vite en Wallonie qu’en Flandre. Entre 2016 et 2017, elles ont augmenté de 1,1% en Flandre, contre 1,9% en Wallonie. Entre un Wallon et un Flamand, l’écart est ainsi passé de 83 à 103 euros. Et Jürgen Constandt, le directeur du VNZ, d’expliquer : Le Flamand paie en moyenne 8963 euros de cotisations sociales par an, soit plus de 2000 euros de plus que le Wallon. C’est le principe de solidarité. Mais malgré ces flux d’argent, le nombre de personnes bénéficiant d’une indemnité majorée augmente en Wallonie. Aujourd’hui, il atteint 21%, contre 15% en Flandre. Je n’ai aucune objection contre la solidarité en soi, mais nous remarquons peu voire pas de résultat en Wallonie. Les Flamands sont aussi moins souvent absents au travail que les Wallons. Nous payons en moyenne, pour un titulaire flamand, 20 jours d’indemnité de maladie par an. En Wallonie, c’est 26 jours. Je compare cela depuis 2006. La différence était alors d’environ deux jours.

Et Jürgen Constandt de conclure : En Flandre, la sécurité sociale est un filet de sécurité, mais j’ai le sentiment que, pour certains en Wallonie, c’est davantage un hamac.

Tout cela reviendra sur le tapis des négociations au lendemain du 26 mai. Pierre-Yves Dermagne devrait savoir que lorsque les intérêts fondamentaux de la Flandre sont en jeu, le Nord a tendance à chanter à l’unisson. Et ceci n’est nullement un fantasme.

En 1981, François Perin avait annoncé que, faute de pouvoir encore former un gouvernement, la Belgique finirait par imploser : Les Wallons se retrouveront bêtement belges tout seuls, contraints à une discipline dont ils n’ont aucune idée ! Elio Di Rupo n’aura alors plus que ses yeux pour pleurer…

(1) A paraître prochainement : « Allons enfants de Wallonie – Réflexions utiles à la veille d’un scrutin majeur ».

Jean-Luc Crucke: « Au nom de l’efficacité, régionalisons! »

Le Vif 29/01/19

Source: Belga

« La maison Belgique francophone est d’une inefficacité rare et d’un coût budgétaire indigne », déclare le ministre libéral wallon Jean-Luc Crucke dans Le Soir mardi. Il répète son souhait de régionalisation, par un transfert des compétences provinciales et de la Communauté française aux Régions. « Il s’agit donc de la suppression à terme de l’institution FWB comme elle fonctionne aujourd’hui, avec un parlement et une pléthore de ministres », estime-t-il.

« Le constat est que la maison Belgique francophone est digne d’un patchwork que Magritte ne renierait pas », décrit le ministre wallon du Budget et de l’Energie Jean-Luc Crucke (MR), déplorant « une inefficacité rare et d’un coût budgétaire indigne des priorités socio-économiques, environnementales et climatiques ».

Le libéral souligne le « besoin de plus de Région pour que le système fonctionne mieux, car les réalités sont différentes en Wallonie et à Bruxelles ». Cela passe selon lui par une simplification: « la suppression des provinces et le transfert de leurs compétences et de celles de la Fédération Wallonie-Bruxelles vers les Régions ». Il estime que cela peut être fait sans réforme de la constitution et avec des accords de coopération pour « un système à quatre Régions fortes qui font un pays fort ».

Il distingue ses propos de ceux des nationalistes flamands et de toute connotation séparatiste. « Cela n’a rien à voir avec la doctrine de la N-VA, qui ne rêve que de chaos pour imposer sa doctrine. Ici, c’est tout sauf le chaos. Il s’agit d’un régionalisme ouvert, pas replié sur lui-même ». Il confirme en outre un groupe de réflexion structuré des figures de proue régionalistes des trois partis traditionnels pour « discuter de la régionalisation de certaines compétences ». « Je ne cache pas qu’il y a des réunions entre régionalistes de tous les partis, libéraux, socialistes (c’est l’axe principal), centristes ou de sensibilité écolo ».

A quel jeu jouent vraiment les libéraux flamands?

On trouvera ici la carte blanche de Jules Gheude, publiée ce 10 janvier 2019 dans « Le Soir »

https://plus.lesoir.be/199577/article/2019-01-09/quel-jeu-jouent-vraiment-les-liberaux-flamands

Tantôt unitaristes, tantôt séparatistes, les mandataires Open VLD tiennent un discours ambigu dont les racines remontent à plusieurs décennies.

Lors d’un entretien à la chaîne flamande VTM en 2002, alors qu’il était président des libéraux flamands, Karel De Gucht avait déclaré : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre ». – EPA.

Réagissant à mon opinion « Une Flandre indépendante en 2019 n’est certes pas une chimère », publiée sur le site de « Knack », Tim Vandenput, bourgmestre de Hoeilaart et député fédéral Open VLD, m’écrit ceci : « (…) une fois de plus, vous oubliez de reprendre des faits importants dans votre article. Par exemple, 80 % des Flamands ne veulent pas une Flandre indépendante ! Ce n’est pas parce que des gens votent momentanément pour les menteurs de la N-VA que ces mêmes votants veulent aussi une Flandre indépendante. De cette façon, vous rendez votre article non crédible et il en devient même ridicule, comme toujours. Dommage ! Dans les dix ans qui viennent, on verra naître un mouvement pour une Belgique plus forte et une Europe fédérale. Des structures de l’Etat où la coopération sera centrale, au lieu de la volonté de scission d’une petite minorité. On en reparlera dans dix ans. »

Avant d’utiliser le terme « menteurs », il convient de bien réfléchir. Qui ment ? Qui est ici « non crédible » et « ridicule » ?

Des faits marquants dès 1967

On se souvient encore de la manière dont les partis traditionnels – qui avaient une structure unitaire – se sont opposés énergiquement à la mise sur pied du fédéralisme. Au congrès de Knokke des 29-30 septembre et 1er octobre 1967, les libéraux estimaient qu’une telle réforme conduirait le pays au séparatisme, à l’aventure économique et au déclin de son bien-être.

François Perin s’était empressé de fustiger l’attitude de ces conservateurs aveugles, précisant que les combats d’arrière-garde étaient vains face aux évolutions irréversibles.

La progression des formations communautaires

Le 7 février 1968, le gouvernement Vanden Boeynants tomba sur l’affaire de Louvain. Le parti libéral se présenta aux élections du 31 mars avec le slogan « Mon parti, c’est mon pays ! », assorti des couleurs tricolores. Mais il n’empêcha pas les formations dites communautaires (Volksunie, Rassemblement wallon et FDF) de progresser de manière significative.

On vit ensuite les partis unitaires se scinder l’un après l’autre : le parti catholique dans la foulée du « Walen buiten », le parti libéral en 1972 et le parti socialiste en 1978. Le visage de la Belgique, quant à lui, allait être profondément transformé.

Cette réforme de l’Etat sur une base fédérale ne se fit pas sans peine, avec la question bruxelloise comme pierre d’achoppement.

Après l’échec du Pacte d’Egmont en 1978, François Perin s’efforça d’accorder libéraux flamands et francophones autour d’un projet institutionnel commun. Mais face à l’intransigeance des premiers, il démissionna spectaculairement du Sénat, le 26 mars 1980 : « Après avoir vu, échec après échec, tous les événements de ces dernières années, je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat », déclara-t-il.

« La Belgique est bien morte ! »

Il est intéressant d’apprendre comment les libéraux flamands s’étaient comportés à l’époque. Dans ses notes personnelles, François Perin dévoile : « Un curieux dîner libéral eut lieu à Lierre, chez Vanderpoorten, le 13 octobre 1978. (…) Vanderpoorten affirma qu’il ne concevait pas de concéder quoi que ce soit aux Bruxellois. (…) Le ton monta et des propos aigres et pessimistes furent tenus sur la viabilité de la Belgique. (…) Jeudi 6 mars 1980 : groupe parlementaire commun PRL Chambre et Sénat. Belle révélation par Jean Gol pour la journée commune du 16 mars 1980 avec le PVV. Contre l’accord précédent, Bascour est imposé comme président au lieu de De Greef. En outre, De Clercq ne veut pas du drapeau belge, même assorti des drapeaux des deux communautés ! Les Anversois refusent de venir (Grootjans) ! La Belgique est bien morte ! »

Lorsque Paul-Henry Gendebien était Délégué général de la Communauté française à Paris (de 1988 à 1996), il eut l’occasion de recevoir Jean Gol, chef de file des libéraux francophones. Dans son livre Splendeurs de la liberté, il raconte : « Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) surtout, il avait été ulcéré par les “avancées” du nationalisme chez les libéraux flamands auxquels s’était d’ailleurs ralliée l’une des ailes marchantes de la Volksunie. Manifestement, le virus de la séparation avait atteint le libéralisme flamand.

Des libéraux à géométrie variable

Aujourd’hui, Tim Vandenput prêche pour une Belgique plus forte. Aurait-il oublié ce que déclara Karel De Gucht, alors président de l’Open VLD, sur le plateau de VTM, le 6 novembre 2002 : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. » Deux mois plus tard, Patrick Dewael, ministre-président flamand (Open VLD !) présentait ses priorités pour une future réforme de l’Etat. Il s’agissait, pour lui, de transférer un maximum de compétences à la Flandre, sur le plan de l’emploi, des soins de santé, de la mobilité et de la fiscalité.

Et que dire d’Alexander De Croo, président de l’Open VLD, qui retira en 2010 la prise du gouvernement Leterme II, plongeant ainsi la Belgique dans la plus longue crise politique de son histoire : 541 jours sans gouvernement de plein exercice !

Tels sont les faits. Ils sont, dit-on, plus forts qu’un lord-maire. Que sont en réalité les libéraux ? Quel jeu jouent-ils vraiment ? Tantôt ils se comportent en purs nationalistes flamands, tantôt ils affichent leur sensibilité belge.

Un vote flamand émis en connaissance de cause

Tim Vandenput accuse la N-VA de mensonge. L’article 1er des statuts de ce parti est pourtant clair. Il y est question de la République indépendante de Flandre, Etat membre d’une Union européenne démocratique. Le Vlaams Belang, quant à lui, défend sans ambiguïté une vision séparatiste. Ensemble, les deux formations totalisent 40,2 % des intentions de vote, selon le dernier sondage réalisé par Het Nieuwsblad. Tim Vandenput affirme que seule une faible minorité des Flamands est acquise au séparatisme. Mais chacun n’est-il pas censé voter en connaissance de cause ? Les 40,2 % de personnes qui soutiennent la N-VA ou le Vlaams Belang, sont censées soutenir aussi l’option séparatiste.

Le Parlement flamand est l’émanation du peuple flamand. Il dispose de la légitimité démocratique. Le jour où une majorité appropriée existera, rien ne pourra l’empêcher de proclamer l’indépendance de la Flandre. Pas besoin de référendum pour cela !

Faute tactique

Tim Vandenput évoque des structures de l’Etat où la coopération sera centrale. C’est aussi ce que souhaite le ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot (MR). Mais son plan pour une nouvelle agence destinée à coordonner la politique des régions vient d’être rejeté par le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA), ainsi que par son collègue bruxellois, Pascal Smet (SP.A). Pour ce dernier, ce n’est pas très malin, de la part de Bellot, d’avancer cette solution. Cela ressemble à la Belgique de papa qui dit aux régions ce qu’elles doivent faire. Une faute tactique.

Voyez aussi comment le plaidoyer de Maggie de Block (Open VLD) en faveur d’une refédéralisation de la politique de santé a été accueilli par le président du CD&V, Wouter Beke : « Le passé a montré qu’une politique fédérale unique n’était pas la réponse. Il ne peut dès lors être question de refédéraliser. »

Tim Vandenput est convaincu qu’on fera marche arrière et il me fixe rendez-vous dans dix ans. J’aurai alors 82 ans. Si je vis encore, je serai heureux de le recevoir à Namur. Et j’espère que la Wallonie sera alors une région française !

Tantôt unitaristes, tantôt séparatistes, les mandataires Open VLD tiennent un discours ambigu dont les racines remontent à plusieurs décennies.

Lors d’un entretien à la chaîne flamande VTM en 2002, alors qu’il était président des libéraux flamands, Karel De Gucht avait déclaré : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre ». – EPA.

Réagissant à mon opinion « Une Flandre indépendante en 2019 n’est certes pas une chimère », publiée sur le site de « Knack », Tim Vandenput, bourgmestre de Hoeilaart et député fédéral Open VLD, m’écrit ceci : « (…) une fois de plus, vous oubliez de reprendre des faits importants dans votre article. Par exemple, 80 % des Flamands ne veulent pas une Flandre indépendante ! Ce n’est pas parce que des gens votent momentanément pour les menteurs de la N-VA que ces mêmes votants veulent aussi une Flandre indépendante. De cette façon, vous rendez votre article non crédible et il en devient même ridicule, comme toujours. Dommage ! Dans les dix ans qui viennent, on verra naître un mouvement pour une Belgique plus forte et une Europe fédérale. Des structures de l’Etat où la coopération sera centrale, au lieu de la volonté de scission d’une petite minorité. On en reparlera dans dix ans. »

Avant d’utiliser le terme « menteurs », il convient de bien réfléchir. Qui ment ? Qui est ici « non crédible » et « ridicule » ?

Des faits marquants dès 1967

On se souvient encore de la manière dont les partis traditionnels – qui avaient une structure unitaire – se sont opposés énergiquement à la mise sur pied du fédéralisme. Au congrès de Knokke des 29-30 septembre et 1er octobre 1967, les libéraux estimaient qu’une telle réforme conduirait le pays au séparatisme, à l’aventure économique et au déclin de son bien-être.

François Perin s’était empressé de fustiger l’attitude de ces conservateurs aveugles, précisant que les combats d’arrière-garde étaient vains face aux évolutions irréversibles.

La progression des formations communautaires

Le 7 février 1968, le gouvernement Vanden Boeynants tomba sur l’affaire de Louvain. Le parti libéral se présenta aux élections du 31 mars avec le slogan « Mon parti, c’est mon pays ! », assorti des couleurs tricolores. Mais il n’empêcha pas les formations dites communautaires (Volksunie, Rassemblement wallon et FDF) de progresser de manière significative.

On vit ensuite les partis unitaires se scinder l’un après l’autre : le parti catholique dans la foulée du « Walen buiten », le parti libéral en 1972 et le parti socialiste en 1978. Le visage de la Belgique, quant à lui, allait être profondément transformé.

Cette réforme de l’Etat sur une base fédérale ne se fit pas sans peine, avec la question bruxelloise comme pierre d’achoppement.

Après l’échec du Pacte d’Egmont en 1978, François Perin s’efforça d’accorder libéraux flamands et francophones autour d’un projet institutionnel commun. Mais face à l’intransigeance des premiers, il démissionna spectaculairement du Sénat, le 26 mars 1980 : « Après avoir vu, échec après échec, tous les événements de ces dernières années, je ne parviens plus, en conscience, à croire en l’avenir de notre Etat », déclara-t-il.

« La Belgique est bien morte ! »

Il est intéressant d’apprendre comment les libéraux flamands s’étaient comportés à l’époque. Dans ses notes personnelles, François Perin dévoile : « Un curieux dîner libéral eut lieu à Lierre, chez Vanderpoorten, le 13 octobre 1978. (…) Vanderpoorten affirma qu’il ne concevait pas de concéder quoi que ce soit aux Bruxellois. (…) Le ton monta et des propos aigres et pessimistes furent tenus sur la viabilité de la Belgique. (…) Jeudi 6 mars 1980 : groupe parlementaire commun PRL Chambre et Sénat. Belle révélation par Jean Gol pour la journée commune du 16 mars 1980 avec le PVV. Contre l’accord précédent, Bascour est imposé comme président au lieu de De Greef. En outre, De Clercq ne veut pas du drapeau belge, même assorti des drapeaux des deux communautés ! Les Anversois refusent de venir (Grootjans) ! La Belgique est bien morte ! »

Lorsque Paul-Henry Gendebien était Délégué général de la Communauté française à Paris (de 1988 à 1996), il eut l’occasion de recevoir Jean Gol, chef de file des libéraux francophones. Dans son livre Splendeurs de la liberté, il raconte : « Il m’avoua qu’il ne croyait plus à la nation belge ni même à l’Etat. (…) surtout, il avait été ulcéré par les “avancées” du nationalisme chez les libéraux flamands auxquels s’était d’ailleurs ralliée l’une des ailes marchantes de la Volksunie. Manifestement, le virus de la séparation avait atteint le libéralisme flamand.

Des libéraux à géométrie variable

Aujourd’hui, Tim Vandenput prêche pour une Belgique plus forte. Aurait-il oublié ce que déclara Karel De Gucht, alors président de l’Open VLD, sur le plateau de VTM, le 6 novembre 2002 : « La Belgique est condamnée à disparaître à terme, à s’évaporer, et en attendant elle n’apporte plus aucune valeur ajoutée à la Flandre. » Deux mois plus tard, Patrick Dewael, ministre-président flamand (Open VLD !) présentait ses priorités pour une future réforme de l’Etat. Il s’agissait, pour lui, de transférer un maximum de compétences à la Flandre, sur le plan de l’emploi, des soins de santé, de la mobilité et de la fiscalité.

Et que dire d’Alexander De Croo, président de l’Open VLD, qui retira en 2010 la prise du gouvernement Leterme II, plongeant ainsi la Belgique dans la plus longue crise politique de son histoire : 541 jours sans gouvernement de plein exercice !

Tels sont les faits. Ils sont, dit-on, plus forts qu’un lord-maire. Que sont en réalité les libéraux ? Quel jeu jouent-ils vraiment ? Tantôt ils se comportent en purs nationalistes flamands, tantôt ils affichent leur sensibilité belge.

Un vote flamand émis en connaissance de cause

Tim Vandenput accuse la N-VA de mensonge. L’article 1er des statuts de ce parti est pourtant clair. Il y est question de la République indépendante de Flandre, Etat membre d’une Union européenne démocratique. Le Vlaams Belang, quant à lui, défend sans ambiguïté une vision séparatiste. Ensemble, les deux formations totalisent 40,2 % des intentions de vote, selon le dernier sondage réalisé par Het Nieuwsblad. Tim Vandenput affirme que seule une faible minorité des Flamands est acquise au séparatisme. Mais chacun n’est-il pas censé voter en connaissance de cause ? Les 40,2 % de personnes qui soutiennent la N-VA ou le Vlaams Belang, sont censées soutenir aussi l’option séparatiste.

Le Parlement flamand est l’émanation du peuple flamand. Il dispose de la légitimité démocratique. Le jour où une majorité appropriée existera, rien ne pourra l’empêcher de proclamer l’indépendance de la Flandre. Pas besoin de référendum pour cela !

Faute tactique

Tim Vandenput évoque des structures de l’Etat où la coopération sera centrale. C’est aussi ce que souhaite le ministre fédéral de la Mobilité, François Bellot (MR). Mais son plan pour une nouvelle agence destinée à coordonner la politique des régions vient d’être rejeté par le ministre flamand de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA), ainsi que par son collègue bruxellois, Pascal Smet (SP.A). Pour ce dernier, ce n’est pas très malin, de la part de Bellot, d’avancer cette solution. Cela ressemble à la Belgique de papa qui dit aux régions ce qu’elles doivent faire. Une faute tactique.

Voyez aussi comment le plaidoyer de Maggie de Block (Open VLD) en faveur d’une refédéralisation de la politique de santé a été accueilli par le président du CD&V, Wouter Beke : « Le passé a montré qu’une politique fédérale unique n’était pas la réponse. Il ne peut dès lors être question de refédéraliser. »

Tim Vandenput est convaincu qu’on fera marche arrière et il me fixe rendez-vous dans dix ans. J’aurai alors 82 ans. Si je vis encore, je serai heureux de le recevoir à Namur. Et j’espère que la Wallonie sera alors une région française !